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[Jeudi 7 septembre 2017]

Dominique, qui m’a gentiment prêté son jardin pour y passer la nuit avec Marius, est venue me voir ce matin pour savoir si tout allait bien pour nous. Sa maison, dont la porte d’entrée était restée grande ouverte toute la nuit, est occupée surtout pendant les vacances par ses enfants et petits-enfants. Mon hôte s’excuse ne pas m’avoir proposé de m’installer dans sa maison. Elle n’y a pas pensé. Ce n’est pas grave, car de toute façon je n’aurais pas laissé Marius seul attaché à la longe. Toutefois, avant de partir, Dominique me propose d’utiliser la cuisine, les toilettes et la salle de bain si besoin. J’ai pu ainsi prendre une douche, me préparer un p’tit dej chaud et recharger téléphone et ordinateur.
En traversant les villages, je constate à quel point ils sont inoccupés une fois la rentrée des classes sonnée. Les touristes sont partis, les résidences secondaires se sont vidées, seuls quelques chanceux septembristes sont encore là, profitant du retour au calme des plages… Même le soleil est parti !! Enfin, la Bretagne doit avoir le soleil en garde alternée avec la Normandie !!! Un jour il pleut, un jour il va pleuvoir ! Enfin, j’exagère un peu… Mais pas tant que ça. Les Bretons positivent et assurent que dans leur chère région, « il fait beau plusieurs fois par jour » et « on peut avoir les 4 saisons en une semaine ». Selon eux, les marées influenceraient beaucoup les conditions météorologiques. A chaque nouvelle montée des eaux. En réalité, ce sont les conditions météorologiques qui amplifieraient les vagues.
L’itinéraire a changé par rapport à mon tracé. A moins que je ne me sois trompé quelque part ! Quoi qu’il en soit, les sentiers sont toujours très bien indiqués grâce aux associations de cavaliers locaux qui ont fait et font un travail remarquable sur le terrain. Il y a peu de départements qui peuvent se targuer d’avoir un réseau de sentiers équestres aussi importants. De mémoire, je ne connais que la Drôme. Je ne suis pas chauvin, mais ce département du sud-est de la France offre pas moins de 2500 km de chemin balisés pour les équidés !
Seul bémol : l’odeur du lisier que les tracteurs épandent. Ça empeste ! Alors que j’assiste désabusé aux va-et-vient d’engins agricoles qui transportent et déversent des tonnes de fumier, je ne peux m’empêcher de penser que ce n’est que la partie visible d’une abondante pollution des rivières et des nappes phréatiques. Les nombreux élevages industriels hors-sol que compte la Bretagne sont responsables de contaminations aux conséquences écologiques désastreuses. J’ai déjà au l’occasion de voir ces algues vertes qui prolifèrent sur certaines plages et dont la dangerosité est détaillée sur des panneaux installés à proximité des lieux de baignade. Pas très rassurant ! Dans plusieurs villages, j’ai vu aussi sur des puits, des panneaux d’association de protection de l’environnement réclamant aux élus des analyses de l’eau.

Mais ça coûte cher, alors les collectivités rechignent à les faire et optent pour un panneau « Eau non contrôlée » ou « Eau non potable ».
Ce soir, c’est dans un champ clos que j’ai monté ma tente. Avant de m’y poser, je suis descendu dans le hameau situé à 1,5 km de là, pour trouver un propriétaire qui aurait un bout de terrain et surtout pour remplir mes gourdes. Ce ne fut pas simple ! Je n’ai pas trouvé grand monde ! Finalement, j’ai rencontré un fermier en pleine traite. L’accueil était comment dire… particulier ! Néanmoins, l’agriculteur m’a proposé de bivouaquer dans le champ où je suis installé ! Je lui ai demandé de l’eau mais l’homme est allé cherché un seau d’eau… Le voyant préoccupé par son troupeau, je n’ai pas osé lui dire que j’avais en fait besoin d’eau pour remplir ma gourde et préparer mon repas de ce soir… J’ai fait demi-tour… Marius n’avais pas soif ! C’est à la sortie de village que j’ai rencontré une personne âgée à qui j’ai demandé cette fois « de l’eau pour remplir ma gourde ». De l’importance d’être précis…

[Vendredi 8 septembre 2017]

Le bivouac démonté, je lève le camp direction la mer. Les chemins sont boueux : le plus dur souvent ce n’est pas un jour sous la pluie, ce sont les suivants à marcher sur des chemins gorgés d’eau et boueux. Autant dire que Marius fait la tronche !

La végétation est parfois surprenante. Par endroit la forêt verdoyante laisse place à des bois de pins sylvestre. Je suis étonné de trouvé ce type d’essence ici alors que le pin sylvestre breton est présent sur l’ensemble du la Bretagne excepté les franges côtières.

Après m’être trompé à Saint-Kerégal (où j’ai pris de le temps d’admirer la chapelle de 1775) pour descendre jusqu’à la plage du Palus à Plouha , j’ai dû faire demi-tour pour un chemin qui débouche sur les hauteurs de cette jolie plage de galets entourée de falaises. Le vent balaie les nuages bien décidés à ne pas laisser le soleil percer aujourd’hui. L’endroit est vide. Ou presque. Quelques touristes ou locaux profitent de la marée basse pour marcher sur le sable. Certains ne regardent avec curiosité. C’est le cas d’Elisa, une italienne venue en Bretagne avec son camion. La voyageuse me pose des questions sur notre aventure alors que je fais des photos de la plage. On finit par se diriger vers un café restaurant pour boire un café. Finalement ce sera une galette en terrasse ! Marius est en face, débâté, il ouvre grand ses oreilles pour regarder les goélands qui l’observent !

Grande voyageuse, Elisa aime beaucoup notre histoire. Elle me raconte avec un très bel accent italien qu’elle est ici pour un stage de voile à Paimpol. En fait, elle a « troqué » cette formation d’une semaine contre une semaine de bénévolat dans le sud de la France. Dans dix jours, elle sera de retour en Italie où elle envisage de faire du bateau-stop afin de rejoindre un équipage et traverser l’Atlantique. Elle souhaite passer quelques temps en Amérique du Sud pour œuvrer bénévolement au sein d’une ONG.
J’ai eu à peine le temps de dire au revoir à Elisa qu’elle était déjà partie après avoir gentiment payé la note. Pris par les questions de plusieurs vacanciers, je n’ai même pas pensé à la prendre en photo à côté de Marius… Alors que le temps commence à vraiment se gâter, un couple charmant me propose de nous héberger. Il habite en face du restaurant où on s’est arrêté. En fait le chemin par lequel je suis arrivé sur la plage passe devant chez eux. malheureusement, leur terrain n’est pas herbeux. Marius n’aurait rien à manger.

Je décide donc d’affronter la pluie qui commence à tomber et de poursuivre ma route. Je sors du hameau et avant une chapelle, je quitte le goudron pour emprunter un sentier à travers bois. Petite grimpette jusqu’au plateau toutefois, sur ce chemin qui rejoint la pointe de Plouha, j’ai dû me tromper quelque part : le sentier débouche sur un cul de sac ou plutôt la clôture d’un champ. Je reviens un peu en arrière, trouve un chemin mais pas le mien. Tant pis : je poursuis sur une route goudronnée qui traverse une série de lieux-dits, puis une piste qui me conduit à la « Maison d’Alfonse » dont il ne reste qu’un petit mur de pierres et une plaque commémorative rappelant un fait de Résistance. Je m’arrête quelques minutes pour lire et comprendre ce qu’il s’est passé ici durant la Seconde Guerre mondiale. Cette habitation isolée à l’époque et proche de la chapelle Saint-Samson (lieu dit Kersauzon) était l’ultime relais de regroupement d’aviateurs alliés qui étaient cachés dans des maisons voisines en attendant un message diffusé par radio Londres : « Bonjour, tous dans la maison d’Alphonse ».

Les membres du réseau d’évasion Shelburn étaient alors informés qu’une corvette partie d’Angleterre se positionnerait un peu après minuit au large d’une crique déserte des Côtes-du-Nord, et que des chaloupes viendraient embarquer les aviateurs alliés. Ces derniers devaient alors se rendre à l’anse Cochat, appelée alors du nom de code « plage Bonaparte » et située à trois kilomètres, traverser un champ de mines qui barrait l’accès de la côte et descendre vers la grève par une falaise à pic. Ainsi, entre janvier et août 1944, Shelburn évacua vers la Grande-Bretagne 135 aviateurs qui purent reprendre le combat, ainsi que divers agents qui étaient attendus par les services secrets alliés. Cette plaque rappelle également que 23 bretons perdirent la vie dans ces opérations. La maison d’Alphonse a été brûlée au lance-flammes et détruite à l’explosif par les Allemands.

« Mon père disait que les vrais héros étaient les Bretons, qui étaient extrêmement courageux et ne refusaient jamais de donner abri à des aviateurs anglais en dépit du danger qu’ils encouraient », disait Jane Birkin en 1989, deux ans avant la mort de son père. À bord de la corvette de la Royal Navy, qui ramenait les aviateurs anglais dans leur pays ou qui aidait les combattants de la France libre à rejoindre l’Angleterre, David Birkin fut de ceux qui participèrent au réseau Shelburn de Plouha.

Il est temps pour moi de trouver un endroit pour me sécher et me poser. Je passe devant la très belle Chapelle Saint-Samson du XVIIIe construite en grès, en granite et est recouvert d’ardoises. Un peu plus loin des serres me laissent à penser qu’un maraîcher pourrait avoir un terrain où je pourrait me poser. Depuis la route je ne vois rien. J’avance encore un peu, tourne à gauche au croisement suivant et trouve un terrain qui pourrait nous convenir. Avant de m’y installer, j’opte pour sonner à la porte de la maison qui touche la pâture mais je suis accueilli par un berger suisse qui fait son taf de gardien ! Un jeune homme ouvre la porte d’entrée.

Je me lance : « Bonjour, je fais un tour de France avec mon âne. Je cherche un terrain où me poser cette nuit. Vous savez à qui appartient celui qui se trouve à côté ». « À mon père » me répond-il ! Le propriétaire sort de la villa et me propose deux terrains. Difficile de choisir car ils ont chacun des inconvénients : l’un est recouvert de glands et l’autre est bordé d’arbustes inconnus pour moi et dont j’ignore la dangerosité pour mon âne. Après avoir tergiversé un moment sous la pluie et dans boue, c’est finalement sur ce dernier que je décide de planter le bivouac. Je vais tirer une corde pour éviter que Marius ne boulotte la haie tout en lui permettant cependant de s’abriter du vent car la météo annonce de grosses rafales pendant la nuit. Quand à la tente, je vais la planter sous un arbre histoire de ne pas trop écoper pendant la nuit s’il pleut ! Il faut dire que ma tente prend l’eau depuis quelques semaines. Pourtant c’est du matériel coûteux et conçu pour le bivouac mais il reste fragile.

Tags : BretagneCôtes d'ArmorPollutionProduit en BretagneTour de France

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