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Marius Tour de FranceMTF #Côtes d'Armor

Jour 533 / Quand Dieu se rappelle à mon bon souvenir

[Samedi 2 septembre 2017]

Marius a commencé à m’appeler vers 6h30. Sans doute pris de court par le coq qui, lui, chante depuis 5h30. Entre deux coups de clairon, j’ai pu retrouver le sommeil et dormir par à-coup jusqu’à 8h confortablement couché sur un lit de paille.
Invité par mes hôtes, je me suis laissé tenter par un petit café et bien évidemment j’en ai profité pour discuter un petit peu. Le cheval de la fille de Daniel est toujours un peu inquiet mais il s’est habitué à la présence de Marius.
J’ai repris l’ancienne voie de chemin de fer aujourd’hui transformée en route départementale. J’alterne avec des chemins de terre qu’affectionne Marius, non pas qu’il les préfère pour préserver ses petits pieds nus mais parce qu’ils sont herbeux et qu’il peut croquer quelques touffes tout en marchant !
À hauteur de Yffiniac, je découvre la baie de Saint Brieuc que je n’ai pu traverser à cause d’un coefficient de marée trop bas. Au niveau de la patte d’oie des Grèves, je rejoins le GR 34 facilement accessible qui offre un magnifique point de vue sur la plus grande réserve naturelle de Bretagne. Ce haut lieu ornithologique est, depuis toujours, un carrefour de migration : ce ne sont pas moins de 40 000 oiseaux de 112 espèces différentes qui peuvent être observées. Certains oiseaux y font étape tandis que d’autres s’y établissent pour leur nidification.
Le GR suit l’ancien tracé d’une voie ferrée qui desservait Yffiniac depuis Saint-Brieuc. Il est plat et suit la digue en bord de grève et du schorre (les prés salés en batave). J’y rencontre un peu de monde notamment un homme et son petit fils intrigués. Ils m’accompagnent sur quelques centaines de mètres. Au cours de nos échanges, il me raconte qu’ici autrefois, il n’y avait que des plantations de carottes dans les terres sableuses sur lesquelles aujourd’hui ont poussé des maisons comme des champignons. L’homme me raconte que son fils revient d’un voyage de deux ans à vélo. Il est parti d’Ushuaïa pour rejoindre le Canada. « Un voyage dont on ne revient pas indemne » me confie-t-il. Effectivement, ce doit être difficile de se remettre de 2 ans d’itinérance et de reprendre une activité normale. C’est une réalité à laquelle je devrais me préparer…
Un peu plus loin, une conductrice s’arrête à ma hauteur pour me demander où je vais. Elle finit par affirmer que Marius est fatigué ! Je lui demande alors si elle a des ânes. « Euh non ! Mais j’ai des amis qui en ont … » me répond la dame tout sûre d’elle. Comment dire… J’ai préféré couper court !
J’avance jusqu’au lieu dit « Le bout de la ville » sur la commune de Langueux, où se trouvait jusqu’au XIXe siècle, une tuilerie-briqueterie. Aujourd’hui, c’est un musée construit sur les vestiges de cette ancienne usine où une centaine d’ouvriers (parmi lesquels des enfants embauchés dès l’âge de 13 ans) produisaient en 1870, environ 15 000 briques ! L’emplacement en bordure de Baie de Saint-Brieuc était idéal car on y prélevait l’argile et la marne utilisées pour réaliser la pâte céramique. La qualité des matières premières, associée au processus de fabrication et de cuisson, ont contribué à la renommée de la Briqueterie dans toute la Bretagne et jusqu’à Paris.
Aux abords du musée, l’Association des Chemins de Fer des Côtes-du-Nord (ancien nom pour désigner le département des Côtes d’Armor) a aménagé 800 m de voie pour faire découvrir le site à bord du Tramway de Boutdeville. L’association dévoile aux visiteurs la plus grande collection de matériel ferroviaire historique de Bretagne. C’est près d’un des trains exposés à l’extérieur que je déjeune après avoir fait un tour du site, mais à pied !
Mais je ne suis pas seul à profiter du beau temps et de l’herbe verte de la gare. Il y a un groupe de Témoins de Jéhovah qui pique-nique. Leurs « habits du dimanche » me laissent d’abord penser qu’il s’agit de professionnels du tourisme venu découvrir le site. Mais lorsque la discussion s’engage avec quelques personnes, je comprends qui ils sont. Je leur parle de mon voyage et eux évoquent Dieu. Enfin une certaine vision de la bible. Souvent, en chemin, on me demande si mon périple est une quête, un pèlerinage, si je crois en Dieu… Je ne vais pas m’étaler ici – aujourd’hui en tout cas – sur ce sujet. Je dirais simplement que s’il y a une quête dans ce voyage, elle est spirituelle, pas religieuse. Certains me diront que ces deux mots sont synonymes. Pourtant… il y a tant de différences entre eux. Pour moi, la spiritualité est la religion du cœur, elle ne se pratique pas, elle se vit simplement et se manifeste dans notre quotidien. Nous avons tous mille manières personnelles et uniques de la faire briller dans nos vies et ce sont là toutes nos richesses. Pas besoin donc de modes d’emploi, d’étiquette ou de partis religieux pour l’enfermer.
   J’ai écouté et nous avons échangé avec respect et sans jugement. C’est important. Car finalement qui détient LA vérité ? Qui a raison ? Quelle interprétation des textes est la bonne ? Et comme chantait Souchon « Et si en plus y’a personne« … Ils ont partagé avec moi leur repas tiré du sac avec gentillesse et bienveillance.
Alors que je range mes affaires, je me dis que Dieu s’invite souvent dans notre voyage… Comme pour se rappeler à notre bon souvenir ! Je salue le groupe et reprends mon chemin. Le GR 34 poursuit sur la plateforme de l’ancienne ligne qui longe la grève. Autrefois, une ligne desservait la briquèterie afin d’apporter la glaise jusqu’au four et de récupérer les produits finis !

L’ancienne voie de chemin de fer monte avec une pente régulière dans le sous-bois qui borde la côte. Le chemin s’en écarte près de la grève des courses. Ici, des courses de chevaux étaient pratiquées au début du XIXè siècle. C’est Napoléon qui autorisa ces courses pour améliorer la race équine de l’Empire. Des prix conséquents récompensent les vainqueurs afin d’encourager les éleveurs.

Au fil des ans, les courses de Saint-Brieuc deviendront une véritable institution, drainant des milliers de spectateurs venus de toutes la région et ce jusqu’en 1985. Mais dans les années 70/80, la « Grève des courses » connaît un sort moins glorieux : elle servira de décharge publique. Pas moins de 28 ha seront gagnés sur le domaine maritime pour y déposer les ordures de la moitié du département des Côtes d’Armor.

Le sentier équestre qui empiétait jusque là sur le GR, quitte le bord de mer, je ne passe donc pas les pointes de Gourien et de Cesson. Le sentier n’est peut-être pas praticable avec un équidé. La route que j’emprunte longe quelques ouvrages d’art de l’ancienne voie de chemin de fer comme des ponts. A Cesson, je descends au port du Légué, à l’embouchure du fleuve côtier du Gouët. Vu des oreilles de mon âne, il ne paie pas de mine ! Mais s’il fut autrefois un port de pêche, il est devenu aujourd’hui le 5e port de commerce régional et 1er port départemental.

Après la capitainerie et les écluses, je passe devant le bassin Guales de Mezaubran qui borde l’aire de réparation navale et où les produits de fret en transit sont stockés sur les quais, je passe l’écluse. Je poursuis jusqu’au pont tournant que je traverse. Je découvre le port de plaisance et la jolie place de la République et ses jolies maisons colorées dont le charme est quelque peu gâché par le viaduc autoroutier de plus de 60m de haut qui domine le Gouët.

Il y a du monde. Il fait beau ! Un homme m’accoste et me propose de venir boire un verre avec ses amis. J’accepte. Je décharge Marius, l’attache à un panneau puis je rejoins les trois amis curieux de connaître mon histoire. Eux aussi bourlinguent et se sont arrêtés quelques jours dans le secteur. On discute le temps d’une bière mais je ne peux rester plus longtemps d’autant que l’on m’attend ce soir. Je m’arrête dans une famille qui habite un hameau de la commune de Plérin, au nord de Saint-Brieuc.

La côte pour sortir du Légué est rude… ! Vu l’heure, je n’irai pas à la pointe du Roselier. J’ai donc tracé un itinéraire au plus droit… ou plutôt au mieux pour éviter la Nationale 12, traverser le ruisseau du Bachelet et sillonner la campagne en allant de hameau en lieu-dit.

J’atteins Saint-Eloi en fin d’après midi. Visiblement on m’attend ! Un automobiliste qui me croise, s’arrête pour m’indiquer où habitent mes hôtes ! Encore quelques dizaines de mètres. Je passe devant une très belle chapelle qui aurait été fondée au XVIe siècle. Il n’en reste que la poutre de gloire.

J’arrive devant la maison. La famille est au fond du jardin. Ce sont Damien et Simon qui viennent ouvrir le grillage qui sert de portail. Leurs parents, Sandrine et Denis, leur emboîtent le pas. C’est Sandrine qui nous suit depuis un moment : un peu avant notre départ, elle nous avait proposé de nous accueillir. A ce moment-là on devait être en Bretagne en décembre… 2016 !! Je fais aussi la connaissance de Mylène, une amie de la famille qui possède trois chevaux et a amené plusieurs piquets et du fil pour tirer un parc sur le terrain de la maison. Marius dispose d’une belle pâture d’où il peut admirer la magnifique baie de Saint-Brieuc.

C’est au fond du jardin et en partageant une bière locale que nous faisons connaissance. Denis et Sandrine ont invité le couple qui loue leur gîte.

Je me sens bien. Zen. Content de rencontrer cette chouette petite famille.

Tags : Association des Chemins de Fer des Côtes-du-NordBretagneCôtes d'ArmorDieuGR 34PlérinSaint BrieucTémoins de JéhovahTour de France

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