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Marius Tour de FranceMTF #Orne

Jour 503 / Marius, le roi de l’évasion !

[Jeudi 3 aout]
La nuit a été courte… J’ai trouvé le sommeil vers 3 heures du matin. Enfin, c’est plutôt le sommeil qui a fini par me trouver.
Ce matin, difficile de me lever et je sens que cette première journée de marche va être looooongue après une nuit éclair et 10 jours d’arrêt. Je commence à ranger mes affaires, descends boire un café. Franck n’est pas là. Il a repris le travail. Mathéo est parti en vacances en Bretagne. Laure m’accompagnera pendant quelques heures.
Marius brait sans arrêt je ne sais pas ce qu’il a ou ce qu’il veut. Pendant mon absence, il a ouvert le portail plusieurs fois entraînant ses compères dans le jardin de la maison. L’herbe n’était pourtant pas plus verte ailleurs mais sait-on jamais ! Le roi de l’évasion n’a pas pu aller très loin car la parcelle qui entoure la maison est clôturée et un portail ferme l’entrée. Il sent peut-être que c’est le jour du départ, alors il me rappelle à l’ordre afin que je me dépêche et surtout que je ne parte pas sans lui ! C’est beau d’imaginer des tas de trucs dans la tête de son âne !
Il est 11h lorsque je suis fin prêt. Les sacoches sont équilibrés avec les affaires de Malone en moins mais les courses pour quelques jours en plus. Le temps que les provisions baissent, Marius aura une charge plus lourde que d’habitude. Je compatis. J’ai mis dans mon sac quelques fruits et légumes… Ah oui, je ne vous ai pas dit, j’ai changé de sac à dos à Paris. J’ai laissé le vieux devant la vitrine du vieux campeur sur les conseils du vendeur : « Il trouvera quelqu’un qui en aura besoin ». Je n’en doute pas. Ça tombe bien, je ne me voyais ni le jeter, ni le vendre, et cette idée m’a beaucoup plu !
Il faudra marcher environ 6 km avant de quitter le goudron et trouver enfin un vrai chemin. Celui-ci traverse un bois avant d’arriver à Goult,  un joli petit village médiéval. C’est devant une chapelle romane, un des derniers vestiges du prieuré de la commune,  construit par les moines de Lonlay, que nous décidons de nous arrêter. Du prieuré du XIe, il reste surtout des ruines. La chapelle Saint-Pierre devant laquelle nous pique-niquons, fut restaurée au XIIe siècle, période de l’apogée de l’abbaye. Détruite, elle est reconstruite au XVII siècle. Après avoir servi de grange pendant un temps, elle fut restaurée mais vu de l’extérieur, elle n’a rien d’extraordinaire si ce n’est le portail orné de six chapiteaux de la fin du XIe aux décors très originaux.
Et tandis que nous mangeons un morceaux, Marius profite de l’herbe tout autour de l’édifice. Tout à côté, on devine les vestiges d’un camp romain. Laure me confie son envie de lancer un projet autour de ses ânes. Elle recherche des sentiers pour randonner en famille. Franck de son côté est en train d’aménager un camion pour le transport des longues oreilles ! Je lui ai donné quelques conseils pendant mon séjour et je l’encourage à poursuivre sur cette voie. La réussite sera au bout de chemin puisqu’il semble être le bon… En parlant de chemin, nous regardons les cartes pour réfléchir au sentier qu’elle prendra pour rentrer en faisant une boucle. Elle a peur de se perdre et ne cache pas aussi le souhait de continuer un petit bout de chemin avec nous. De mon côté, je dois retrouver ce soir l’équipe de Caval’Breizh, Diane et Claire, deux cavalières parties il y a plus de deux mois pour un tour de France avec 3 chevaux dont un cheval de bât. Il se trouve que nos itinéraires doivent se croiser à Saint Patrice du Désert. Pour être dans les temps, je modifie mon trajet, ce qui me permet d’éviter les détours et de tirer plus droit.
Alors que nous longeons les parcs d’un haras, on aperçoit un gars sur un quad qui semble aller chercher des chevaux. Effectivement, il entre dans un paddock, met un licol à un cheval, ressort et remonte sur son engin. Mais le canasson a vu Marius et commence à s’énerver. On se trouve loin d’eux et on avance doucement mais le cheval finit par arracher la longe au moment où le jeune homme tente de démarrer le quad ! Nous sommes interloqués par ce manque de considération envers l’animal !  L’équidé détale à l’écurie. Le quad finit par démarrer et disparaître dans le haras ! Le Pays d’Argentan comme le Pays d’Auge ornais sont des régions où les haras sont partout ! Il semble que le sol et le climat sont exceptionnellement favorables à l’élevage du cheval.
Le Haras national du Pin, le « Versailles du cheval » affecté à la reproduction des pur-sang, reste l’emblème de ces usines à fric où sont fabriqués à la chaîne des chevaux de course dont le bien-être n’est pas la priorité. L’important ce sont les résultats ! Ils doivent être à la hauteur des investissements. Fers alourdis, attache-langue, surnombre d’enrênements qui empêche l’animal de baisser la tête, rênes à piques à l’encolure si jamais il cherche à se décaler, trotteurs entravés … Les dérives sont légions mais il paraît que la fin justifie les moyens. À en croire les amoureux. Et si par malheur les courses ne sont pas gagnées alors c’est la boucherie, au mieux la réforme… à condition de trouver preneur. Mais là encore, ce n’est pas toujours gagné car les chevaux sont marqués à vie et souvent démolis physiquement et psychologiquement par les entraînements intensifs alors qu’ils ne sont encore que des « bébés ». Mais comme dans beaucoup d’autres situations qui concernent la planète et tous ses habitants, dès qu’il y a beaucoup d’argent en jeu, on dirait que le monde devient aveugle.
On avance dans des bois où ça sent bon le pin et la mousse. Il y a vraiment longtemps que je n’avais pas eu le plaisir de sentir ces parfums. c’est vrai bonheur ! A Saint-Sauveur-De-Carrouges, Laure et moi nous sommes séparés. Nos chemins prenaient une direction différente dans le centre du village. Merci encore Laure pour ton accueil et ta gentillesse. Merci aussi à Franck et Mathéo. Merci aussi d’avoir gardé Marius pendant les quelques jours où je suis monté à Paris. Je te souhaite de tout cœur de réussir ton projet.
A la sortie du village, je continue sur de la petite départementale monotone. Sur ma carte, j’ai repéré un terrain de foot ainsi qu’un camping à Carrouges. Peut-être pourrais-je me poser. J’ai encore à marcher 3 km et demi sur cette « petite départementale monotone ».
Il y a longtemps que je ne m’étais pas retrouvé à marcher seul avec Marius ! Lorsque j’arrive au camping municipal, il n’y a personne. Enfin, juste la toile de tente d’une famille. Des enfants jouent tandis que je cherche l’accueil. Personne. Une pancarte invite des campeurs à s’installer et précise que le gardien vient le soir et le matin. Je ne sais pas si Marius sera accepté, j’attends un peu avant d’installer ma tente. Je discute avec le couple qui a entrepris avec ses deux enfants de suivre la voie du Mont-Saint-Michel !  Ils sont partis avec leurs vélos de Nogent-le-Rotrou dans l’Eure il y a quelques jours. Une première pour eux et sans doute une très belle aventure familiale.
Je finis donc par planter mon bivouac à l’endroit qui me semble être le mieux pour Marius il y a de l’herbe à foison mais ça lui suffira d’autant qu’il s’est bien goinfré chez Laure pendant huit jours ! Le camping s’est rempli un peu depuis mon arrivée. Beaucoup de touristes Anglais sont là. Je ne verrai pas la gardienne ce soir ! Il est 21h15 quand je rentre dans ma tente, le soleil se couche de plus en plus tôt… Les jours rétrécissent déjà.
Tags : NormandieOrne

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