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[Vendredi 25 août 2017]

Lorsque je remplis ma gourde à un robinet situé devant chez mes hôtes, j’ai pu constater qu’ils étaient partis. Je quitte donc le hameau de Bellevue sans leur dire au revoir. Je traverse la départementale pour rejoindre un petit sentier. Il me fait faire un détour afin de m’éviter la route très fréquentée encore en cette fin août. La mer ce matin est à marée haute. Jusqu’à Port-à-la-Duc, je suis les chemins de traverse puis emprunte le pont du Frémur avant de regagner le GR34, une petite route au bord de la baie de la Fresnaye. Les voitures roulent plutôt tranquillement sur cette voie sinueuse qui mène au Cap Fréhel. J’ai droit à des appels de phare, des saluts ou des pouces en l’air. Ça fait toujours plaisir. Parfois automobilistes et cyclistes s’arrêtent pour m’interroger sur le sens de mon voyage. Une famille m’attend sur le parking du port Nieux près de la pointe du Muret pour me poser plein de questions, me prendre en photo et caresser Marius. Je m’arrête quelques minutes, le temps d’observer la mer se retirer de la baie. Sur un banc, une pile de coquilles Saint-Jacques est posée… Un signe ?

Tandis que je reprends le chemin, une énième voiture nous double mais celle-ci s’arrête un peu plus loin avant de fait marche arrière. La conductrice me propose de m’héberger. Ses paddock sont inoccupés car ses chevaux sont dans leurs quartiers d’été. Il y a donc de la place pour Marius. Nadège habite dans dans un hameau de la commune de Plévenon. Après un rapide coup d’œil sur ma carte, je constate que mon itinéraire passe presque devant chez elle ! Je prends son numéro de téléphone et lui dit que je confirmerai dans la journée si je m’arrête.

Après une dernière côte, j’avance en direction de Fort la Latte, l’un des plus célèbres châteaux bretons. Il a été construit à la pointe du même nom, en face du cap Fréhel. Je traverse quelques hameaux où je rencontre quelques habitants et notamment une retraitée venue passer quelques semaines avec son mari dans leur résidence secondaire. Elle me propose de boire un café que je finis par accepter. Je débâte Marius et le fais rentrer dans son jardin joliment fleuri tout en faisant attention aux deux ifs. Une des petites filles du couple est là. Je réponds aux questions tout en buvant mon café. Les retraités me parlent de leur région. Ils m’expliquent que dans le centre Bretagne, « ils ne parlent pas Français », « ce sont des terriens, rien à voir avec ceux qui vivent au bord de la mer ». Je comprends qu’il y a des « rivalités » entre bretons. Il y a ceux qui pensent être les « vrais » et qui considèrent les « autres » pas vraiment bretons. Nous avons échangé pendant presque une heure. Je finis par prendre congé. Je recharge Marius et salue le couple qui m’a invité. Je ne suis plus très loin du Fort.

Pour y accéder, je franchis d’abord un portillon. Marius qui connait au millimètre le volume de ses sacoches, passe presque sans frotter contre les montants. On descend vers la forteresse sous le regard interloqué des touristes. Je discute avec certains de notre voyage tandis que d’autres viennent me voir car ils aimeraient randonner ou voyager avec leur âne. Et bien sûr, j’ai droit à « il est fatigué ! » de la part de la rabat-joie de service qui a sans doute fait « âne 2ème langue » et qui sait, au gramme près, le poids du chargement de mon âne…

Je passe devant un menhir appelé aussi « le doigt de Gargantua » ou encore « la dent de Gargantua ». Il existe plusieurs légendes autour de cette pierre dressée. Selon une, Gargantua aurait perdu sa dent ou son doigt alors qu’il enjambait la Manche pour rejoindre les côtes d’Angleterre. La trace de ses sabots et de sa canne seraient visibles dans la roche, au pied du menhir. Une autre légende raconte que Gargantua serait mort au Cap Fréhel après un dur combat avec des Korrigans. On dit que tous les îlots que l’on peut voir dans la mer, seraient des morceaux du Géant et que le menhir représenterait son doigt qui serait tombé ici et se serait fiché dans le sol.Je continue à descendre et finis par apercevoir le château de la Roche-Goyon (autre nom du fort). Magnifique. Il a été construit au XIVe siècle sur un éperon rocheux. Un site choisi pour son emplacement favorable, naturellement peu accessible et offrant une vue dégagée sur la Manche, la Côte d’Émeraude et la Baie de Saint Malo. Assiégé en 1379, à la suite du retour d’exil du duc de Bretagne Jean IV par Bertrand Du Guesclin ; attaqué et pris une seconde fois lors des guerres de Religion au XVIe, abandonné jusqu’au XVIIIe avant de reprendre son intérêt stratégique et bastionné sous Louis XIV, l’édifice appartient aujourd’hui à un privé et est l’un des sites bretons les plus visités. Malheureusement, Je ne peux pas accéder à l’enceinte du fort avec Marius. Il y a un pont levis et je n’ai pas l’intention de le laisser à l’entrée. J’aurais pourtant bien aimé pénétrer avec lui dans ce véritable décor de cinéma ! Tant pis, je ne m’approcherai pas davantage. Demi tour !

Je reviens donc sur mes pas, traverse encore quelques hameaux puis découvre la lande du littoral d’où j’aperçois le phare du cap Fréhel alors que le soleil se couche sur la mer. Les couleurs sont particulièrement belles en cette fin d’après-midi. Comme si la végétation s’embrasait.

Avant d’arriver chez Nadège, je fais deux dernières rencontres. D’abord, sur un petit chemin dans un bois, je croise un homme en … peignoir ! Étrange la Bretagne !! Pas le temps de faire connaissance ! Je ne m’attarde pas, il est tard ! Un peu plus loin, je discute avec deux randonneuses dont l’accent chantant me laisse penser qu’elles ne sont pas originaires de la région. « On vient de Salon de Provence » reconnaît l’une d’elle lorsque je me permets de leur dire qu’elles ont l’accent du sud et m’amuse des expressions que j’avais presque oubliées comme « Fan des pieds » qu’elles lancent lorsque je leur raconte que j’ai déjà marché 3000 km ! Et forcément, lorsque je leur réponds que que mon âne s’appelle Marius, elles sont conquises !

J’arrive en toute fin d’après midi chez Nadège. Elle et son mari Yannick m’accueillent avec de larges sourire. Après avoir installé Marius dans un grand paddock où il va passer la nuit, nous faisons plus ample connaissance autour d’un verre. Nadège est artiste potière depuis une douzaine d’années. Elle confectionne des pièces utilitaires pour l’art de la table et décoratives ainsi que des bijoux qu’elle expose dans sa boutique ou à l’extérieur. Elle fait aussi découvrir la poterie aux adultes et aux enfants, lors de stages et d’animations. Nous passons une chouette soirée à papoter autour du voyage et des équidés.

Tags : Baie de la FresnayeCap FréhelFort LalattePlévenonPort-à-la-Duc

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