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Marius Tour de FranceMTF #Côtes d'Armor

Jour 522 / L’accueil breton… je déchante …

[Mardi 22 août 2017]

Les chevaux se sont calmés en fin de soirée. Tant mieux.

Lorsqu’on quitte le champ ce matin, je croise l’homme qui m’avait proposé de bivouaquer ici. Il est venu voir si ma nuit s’était bien passée.

Je redescends vers Le Frémur. Juste après un pont d’où j’aperçois des pêcheurs, un joli chemin longe les bords du fleuve côtier qui se jette dans la Manche au niveau de la Côte d’Émeraude. Il se met à pleuvoir. Les chemins équestres vont dans tous les sens. Difficile de se repérer. Je finis par me tromper ! Lorsque je m’en rends compte, je suis assez loin de mon itinéraire. Je préfère alors rester sur les petites routes pour éviter de me perdre à nouveau. Je tombe sur ma première porcherie bretonne … quelle odeur !

J’entre dans Ploubalay par un petit chemin. La ville semble être sur un important axe routier. Il y a beaucoup de véhicules. Le beau temps est revenu. A côté de l’imposante église, une supérette est ouverte. Je vais pouvoir faire quelques courses. J’attache Marius à l’entrée. Il y a peu de circulation ici. Mon fidèle destrier suscite la curiosité des clients et du personnel du magasin.

Je quitte la ville et son incessant ballet de véhicules. Je retrouve mon tracé que j’avais quitté à l’entrée du village. Le GR 34 longe la baie de Lanceux. Je suis fatigué et j’ai de violents maux de tête. Je sonne à la porte d’une maison pour demander de l’eau. Il fait très chaud. Un peu plus loin, je rencontre un homme qui sort de chez lui pour aller chercher son bateau. Il me dit avoir un âne. Il est pressé. Il doit partir. J’hésite à lui demander une pâture, je ne suis pas très bien… Non j’avance. Bon, pas très longtemps puisqu’un peu plus loin, je débâte Marius et me couche près d’une zone protégée du polder de Ploubalay. Besoin de fermer les yeux pendant 15 ou 20 minutes.

Je suis réveillé par les promeneurs. Marius est en liberté mais n’a pas bougé. Je recharge sac à dos et sacoches et je reprends mon chemin. Ça va un peu mieux. Ça tiendra jusqu’au bivouac en tout cas. Je longe donc le Polder, ces terres souvent agricoles gagnées sur la mer grâce à l’édification de digues qui subissent les assauts de la mer lors des grandes marées. Celle de Ploubalay a été construite quand les moines résidaient à l’Abbaye de St Jacut de la Mer. Ce sont 75 hectares qui ont été gagnés sur la mer. Le GR 34 traverse un peu plus loin la départementale qui coupe Ploubalay en deux.

Je contourne un château puis arrive à Trégon, un joli village de maisons en granit. Ne trouvant pas de lieu pour bivouaquer je demande aux habitants de la dernière maison du bourg. Une dame accepte bien volontiers de remplir mes gourdes. Elle m’explique qu’il y a du terrain près du château du Guildo. « C’est à 45 minutes » précise-t-elle. Son mari lui, n’en est pas très sûr. Bon… On verra. Je prends mes 4 litres d’eau dans l’idée de me poser dès que possible. Je n’ ai pas envie de risquer d’aller jusqu’au château et de ne rien trouver pour Marius. Environ 200 m plus loin, une pâture me tend les bras ! Bon j’ai un vis-à-vis avec des riverains mais ça devrait aller pour cette nuit. Je ne suis pas très regardant !!! Je décharge Marius que je libère et invite à se régaler. Pendant ce temps je sors la tente que je fais sécher et me repose un peu. Le mal de tête est toujours là. Dans les maisons en face, je vois des gens. Dans le jardin de la petite à droite, j’aperçois une dame. Celle du milieu est plus moderne, plus grande aussi, où semble vivre une famille. J’imagine que ce sont des touristes peut-être à leurs allers et venues… La troisième est face à moi. Elle ressemble à ces maisons modernes construites en assemblant des cubes. C’est beau. Enfin j’aime assez. Un homme est à l’intérieur. Difficile de ne pas le voir, tout est vitré chez lui.

Après, une petite heure de repos, j’émerge. La dame de la maisonnette me fait signe de la main. Je mets mes chaussures et vais la voir. Elle me raconte que le terrain où je suis n’est pas agricole mais qu’il appartient au propriétaire de la grosse maison. Un homme plein d’argent mais qui n’aime pas les autres et encore moins les gens qui viennent se poser chez lui… A moins de payer comme les locataires de l’autre maison, celle du milieu. Des estivants venus passer quelques jours ici . Je réponds à la dame que « j’irai le rencontrer… » Pour l’instant je ne le vois plus. Je retourne près de mes affaires et au moment où je m’assois, le propriétaire se dirige vers moi tout sourire. J’aurais du me méfier… Comme pour le Maire de Lelling en Moselle qui nous avait demandé nos papiers…

A peine ai-je le temps de me présenter et de lui expliquer les raisons pour lesquelles je suis sur son terrain qu’il explique que la parcelle appartient aux trois maisons. Là, je sais là qu’il me ment et à ce moment-là, je sais aussi que je vais devoir partir. Pas la peine d’insister. Il me propose de m’installer sur le terrain agricole qui touche le sien. Je refuse parce que le foin vient d’y être coupé et n’ est pas encore ramassé. Ce gars est méprisant. « Ne viens pas chez moi tu seras mieux chez mon voisin… ». Je coupe court. « Je m’en vais ! ». Je range mes affaires, rebâte Marius, vais dire au revoir à la propriétaire de la maisonnette qui m’avait fait un portrait très juste de son voisin. Et alors que je pars, il me prend en photo. Même pas de honte. Je lui hurle dessus. Pauvre d’esprit.

Il est tard. 20h presque. Après avoir fait chou blanc en frappant à la porte de plusieurs maisons inhabitées, je finis par arriver dans une ferme. En fait, c’est une ancienne exploitation m’explique le fils de l’agriculteur à la retraite. Ce dernier n’est pas là mais après un coup de fil pour obtenir son approbation, je peux m’installer dans un grand champ. Jean-François, le père retraité, vient me voir un peu plus tard. C’est en fait le maire de la commune depuis 3 mandats. Pendant la discussion je lui parle de ma mésaventure avec l’un de ses administrés. Et bien sûr, il le connaît bien… Je vous passe les détails mais il est connu, pas pour de bonnes raisons…

Ce soir, le ciel est étoilé.. Il fait bon. Je médite sur cette histoire et me dit qu’il n’y a pas de hasard. Il y a sans doute des enseignements à tirer de cette expérience désagréable. Cependant, elle me fait laisse songeur quant à l’accueil breton : à force d’en entendre parler, j’imaginais qu’ici il était exceptionnel ! Et bien non : la Bretagne n’est pas une terre d’irréductibles d’hospitaliers qui reçoivent l’étranger avec son âne les bras ouvert. Je m’en rends compte depuis quelques jours (voir les épisodes précédents !).  « Stéphane, descend de ton petit nuage ! » Me faire virer d’un terrain, c’est inédit ! « Fallait bien que ça arrive un jour ! » me direz-vous ! Certes… Après les premiers jours euphoriques qui ont suivi notre arrivée en Bretagne, on ne peut pas dire que l’accueil soit, pour l’instant, des plus chaleureux…

Tags : Baie de LanceuxChâteau du GuildoCôte d'EmeraudeLe FrémurPloubalay

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