close
C’est une certitude : le Mont Saint-Michel ne dort pas la nuit ! Les visites n’ont pas d’heures pour de nombreux touristes qui préfèrent découvrir le monument sous les étoiles ! Mêmes les navettes fonctionnent ! Cela ne nous a pas empêché de dormir mais j’ai été réveillé plusieurs fois. L’Abbaye, que les moins bénédictins ont quitté en 1790, aurait-elle définitivement perdu son silence ? Christelle trouvait que ça sentait le bouc dans la tente. C’est vrai que la dernière douche remonte à plusieurs jours. Mais c’était soit partager sa nuit avec un caprin, soit porter sa guitoune ! Je crois que le choix a été vite fait ! Et puis, quelques gouttes d’huiles essentielles de gaulthérie ont suffit à parfumer délicatement la couche et Christelle a dormi merveilleusement bien.

Et tandis que les touristes commencent à affluer doucement, on démonte le bivouac. Certains viennent nous voir et on prend le temps de discuter. Christelle est toujours dans la découverte de notre caravane, des habitudes du vagabond et elle se sent comme un poisson dans l’eau, prend en main le petit déjeuner en agrémentant le muesli à l’eau de fruits frais coupés et de petites graines.

Une fois les affaires rangées, direction l’hôtel-restaurant où nous avions bu une bière hier soir. On traverse de nouveau le barrage, trouve un endroit un peu en retrait pour Marius histoire qu’il ne soit pas dérangé sans arrêt par les curieux, et allons prendre notre dose de caféine du jour. En fait, je n’en bois quasiment plus depuis le départ de Céline. Je n’en ai d’ailleurs pas dans les sacoches et les seules fois où j’en avale un, c’est dans un bar, lorsque je peux m’arrêter. Mais étonnamment ça ne me manque pas, pourtant j’en consommais à haute dose !! On retrouve le serveur de la veille qui m’avait expliqué avoir eu un âne qui mordait. Un âne seul et entier.. forcément. L’homme nous offre des viennoiseries !! Quelle gentille attention.

Marius appelle les chevaux de trait à chaque passage des calèches. Les équidés lui manqueraient-il ? Ca me fait penser que je ne vous ai pas reparlé de ses poils. Ils repoussent bien ! La partie du galon en simili-cuir usé qui ornait le tapis en feutre était sans la doute la cause du frottement !

On repart motivés pour nos derniers kilomètres en terre Normande sous trois gouttes de pluie, ce seront les seules ! La Bretagne n’est plus qu’à quelques pas ! On traverse à nouveau le Couesnon, le fameux fleuve côtier à cause duquel le Mont-Saint-Michel serait en Normandie et non pas en Bretagne. Tout le monde connaît cette querelle ancestrale. Un vieux dicton local dit que « le Couesnon dans sa folie a mis le Mont en Normandie », certains ajoutent volontiers que « le Couesnon, dans sa raison, le rendra aux Bretons » ! En effet, lors d’une de ses fréquentes divagations, le fleuve se serait mis à déboucher à l’ouest du Mont, faisant ainsi passer ce dernier en Normandie. Quoi qu’il en soit, le Joyau Normand a été Breton pendant presque 150 ans ! En 867, le roi Charles le Chauve a concédé une partie du Cotentin et de l’Avranchin au roi Salomon de Bretagne. Quand le viking Rollon s’est établi en Normandie, en 911, le Mont ne faisait pas partie de son territoire. Ce n’est qu’en l’an 1009 que la frontière sud de la Normandie fut déplacée jusqu’au Couesnon.

Voilà pour le point historique ! Nous, on quitte le GR 22 pour le 34, le fameux sentier des douaniers ! Soyons fous ! Nous longeons les prés salés où l’on admire le Mont sous d’autres angles, puis regagnons la digue de mer qui trace tout droit dans la baie. Sans le savoir, nous franchissons la « frontière » qui sépare les deux régions peu de temps après notre départ. C’est seulement en arrivant à la Chapelle Sainte-Anne (une chapelle de granite du XIIe), située sur la commune de Carruex qu’une dame nous confirme que nous sommes bien en Bretagne, dans le département d’Ille et Vilaine ! Yeeees ! Enfin !

Pendant plusieurs heures nous avons ainsi marché entre les herbus, ces prairies naturelles recouvertes par la mer aux grandes marées, où pâturent les fameux agneaux de prés-salés, et les polders, étendues artificielles de terre gagnée sur l’eau, située souvent sous le niveau de la mer et protégée par des digues construites par Anne de Bretagne. Le chemin, parfois miné par des terriers de lapins, nous obligeait à marcher dans les prés.

On continue notre avancée sur le GR toujours en bord de mer, mais il nous faut de l’eau. Nos gourdes sont vides. Dès les premières maisons, je confie Marius à Christelle et je vais demander aux autochtones. Un couple de retraités me propose des pommes et des prunes ! On a notre dessert ! Pendant ce temps, Christelle fait la connaissance de riverains qui nous offrent des palourdes pêchées du matin ! On est vraiment gâtés ! Quel accueil ! La Bretagne serait-elle aussi accueillante que ce que l’on m’en dit ?

Nous reprenons le sentier qui borde la mer, à la recherche d’un lieu pour bivouaquer. Bruno, Gaële et Yaouen (qui nous avaient accueillis en juillet dernier dans l’Eure) doivent venir nous voir ce soir. Ils ont passé quelques jours en Bretagne et font un crochet pour venir nous voir. Nous passons par la plage de Cherrueix très appréciée des amateurs de char à voile. Christelle est pleine de joie de vivre ! Elle s’amuse beaucoup de nombreuses situations comme lorsque nous cherchons un terrain. Toutefois, nous n’avons pas le même humour : elle n’apprécie pas toujours mes vannes et me trouve parfois « relou » !

J’appelle un camping pour savoir s’il est possible d’y passer la nuit avec un âne. La gérante accepte et me confirme qu’il y a de l’herbe pour notre compagnon de voyage. Chouette ! On y va ! On traverse le centre-ville. Plusieurs producteurs locaux sont installés sur une place où se déroule un marché nocturne. Bien sûr, la caravane ne laisse pas indifférent. On finit par trouver le camping mais l’emplacement est trop peu herbeux pour Marius et entouré d’une haie d’arbustes dont certains peuvent être toxiques pour lui. On regrette de ne pouvoir rester. Je m’excuse auprès de la propriétaire qui est très déçue mais on ne peut pas rester juste pour « faire plaisir ». J’ai toujours choisi le lieu de bivouac en fonction de Marius. S’il ne convient pas, il nous est arrivés, à Céline et moi, de marcher parfois tard pour trouver un lieu qui convienne à nos mul’ânes.

On traverse de nouveau la place du bourg. L’ambiance de la caravane s’est dégradée. Je ne suis plus d’humeur à rire malgré la jovialité de Christelle. Je sens que ça va être compliqué de trouver un endroit ce soir. Nous quittons le bourg et nous nous dirigeons finalement vers un autre camping où, nous-a-t-on dit, les propriétaires possèderaient du terrain, ce qui nous permettrait de nous poser cette nuit.

Il est tard lorsque nous arrivons. Bruno et sa petite famille sont déjà arrivés à Cherrueix. Ils nous cherchent.

A l’accueil du camping, notre arrivée fait sensation ! Le propriétaire enchanté me conduit vers un emplacement situé au fond de son terrain. A première vue, il n’est pas idéal car outre une allée de Thuya, il y a ça-et-là des arbustes toxiques ou que je ne connais pas… Pas simple ce soir… Je réfléchis à comment tirer une cordelette pour ne pas que Marius s’attaque à la végétation. Le gérant a bien un terrain mais il est occupé par une veille vache et son poney. Il hésite à me proposer d’y emmener Marius mais finit par me dire « qu’il fera l’attraction »… Comment dire ? Mon âne n’est pas un phénomène de foire, ni un cirque ! C’est une attitude qui me déplait et qui revient malheureusement souvent lorsque je m’arrête dans un camping.

Finalement on reste ici. Bruno, Gaële et Yaouen sont là ! C’est la troisième fois qu’ils nous rendent visite. J’ai toujours un grand plaisir de les revoir. Pendant que j’improvise un parc pour Marius, je le laisse libre. Les campeurs s’amusent de voir un âne brouter entre les allées ! C’est sûr, c’est pas courant ! Christelle gère le repas. Au menu : palourdes fraichement pêchées ! Nos visiteurs ont aussi apporté un grand pique-nique que nous partageons ! Notre rencontre s’est transformée en une belle amitié. Ils prennent souvent des nouvelles. Je n’ai pas toujours le temps de répondre mais ça fait toujours chaud au coeur de recevoir des messages de personnes que nous avons rencontrées en chemin.

Kenavo

Tags : BretagneCarruexGR 22GR 34Ille et VilaineMont Saint MichelTour de France

Laisser un commentaire

Simple Share Buttons
Vous ne voulez manquer aucune de nos publications ? Abonnez-vous en laissant votre mail ici :
Abonnez-vous !