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Marius Tour de France

Jour 516 / Marius, la star du Mont Saint-Michel !

Mercredi 16 août 2017]

Ce matin nous ne voyons pas nos hôtes. Partis tôt pour le travail sans doute. Trop tôt pour nous en tout cas !

Christelle a eu l’impression de rester éveillée toute la nuit, écoutant la musique nocturne, se familiarisant avec les bruits autour du campement, notamment Marius qui se régale d’herbe jusqu’à plus faim. Ce matin, elle est heureuse que la journée commence, ne réalisant pas encore vraiment qu’elle est là, prête à marcher dans la Nature et rencontrer le Mont.

Pour moi, aujourd’hui est un grand jour avec l’arrivée au Mont Saint Michel dans l’après midi. En-fin !! Il est à notre portée et n’a jamais été aussi près de nous. Depuis le temps que j’attends ce moment ! Des semaines déjà que je marche sur les chemins de Saint-Michel qui retracent ceux utilisés par les pèlerins. Dès l’an mil, ils convergeaient de toute l’Europe pour prier l’Archange sur son rocher sacré qui faisait « l’objet de la vénération du monde entier ». Les pèlerins venaient en effet de toutes les provinces de France et de plusieurs pays européens : originaires d’Écosse et d’Irlande, ils traversaient l’Angleterre, puis la Manche en bateau. Beaucoup venaient également du sud, d’Espagne et d’Italie. D’autres affluaient des Pays germaniques (Allemagne, Suisse, Pays-Bas, Belgique,…) mais également d’Europe de l’Est (Pologne). Le premier pèlerin connu est un moine franc, nommé Bernard, qui au retour d’un voyage au Monte Gargano, à Jérusalem et à Rome, en compagnie d’un moine italien et d’un espagnol, se rendit seul au Mont en 867 – 868.

Je ne sais pas comment va se passer notre approche. On verra bien…

Pour l’instant, la Véloscénie n’a pas véritablement d’aménagements (il paraît que des travaux seraient dans les tuyaux), elle partage donc des départementales parfois assez fréquentées voire « dangereuses » nous a-t-on dit. Nous, nous empruntons le GR 22 – 223. Il nous reste seulement une douzaine de kilomètres. Le chemin de grande randonnée traverse d’abord plusieurs villages typiques par une petite route et nous offre différents points de vue du Mont Saint-Michel. Instants magiques. Christelle découvre les comportements d’automobilistes qui nous doublent, s’arrêtent, descendent de voiture pour nous prendre en photo et repartent illico sans bonjour, ni au revoir, ni permission de notre part. « Violent ! ». Elle découvre également les premières questions de personnes que l’on croise, comme deux dames anglaises qui ont épousé la France au sens propre et figuré, ces questions d’usage qui reviendront en boucle, donc elle finira par s’approprier les réponses !

Après quelques kilomètres, le GR quitte le goudron pour longer les prés-salés. J’hésite, un peu échaudé par mon expérience de barrières en Normandie et les détours imposés. Christelle parvient à me convaincre. « Soyons optimistes, tout va bien se passer ! ». A part les moutons qui paissent tranquillement sur cette première partie, Pas l’ombre d’un touriste ne vient perturber notre contemplation de la « Merveille » ! Après deux kilomètres, retour sur la route sur quelques dizaines de mètres, le temps de regagner une autre entrée. Ici il y a plus de monde. Les touristes profitent d’un parking pour laisser leurs véhicules et rejoindre le Mont à pied. Nous ne sommes plus qu’à 7 ou 8 kilomètres. Il fait beau et chaud ! Nous sommes gâtés !

Et malgré notre « positive attitude », il fallait bien deux barrières pour nous bloquer ! Il y a quelques jours, une rencontre m’avait prévenu qu’une partie du GR n’était pas faisable dans les herbus (autre nom donné aux prés-salés) avec un équidé du fait de clôtures pour le passage des troupeaux que les piétons et éventuellement les cyclistes peuvent enjamber. Les ânes bâtés eux, c’est un peu plus compliqué! J’ai pu cependant démonter le grillage de la première pour passer. La seconde était trop bien cloutée : elle a eu raison du Mc Gyver qui sommeil en moi ! [Note pour plus tard : acheter une pince !] Après avoir tenté de rejoindre la route, pour éviter un long demi tour, par un chemin perpendiculaire qui était finalement lui aussi fermé, pendant que Christelle poursuivait le GR pour vérifier qu’aucune autre barrière n’allait contrarier notre plénitude, on s’est engagé dans les pâtures par une porte à usage des bergers. Nous sommes ressortis un peu plus loin par une autre porte qui nous a permis de poursuivre notre chemin. C’est là que nous sommes passés à côté d’un camping-car et d’une voiture garés tranquillement le long des prés salés pourtant interdits à tous véhicules… Ça fait râler mais je comprends mieux parfois l’usage des barrières. Le comportement de certains « jailedroitdetoutfaireetjevousemmerde » poussent les propriétaires ou les collectivités à barrer certains accès. Bref …

C’est un peu plus loin qu’on pique-nique devant une toile incroyable : Le Mont juste en face de nous ! Magnifique ! Wouaw ! On contemple la beauté du site. C’est pour nous presque irréaliste !

Après une pause d’une heure, on se remet en route. Le chemin est vraiment agréable. Plus on avance, plus il y a du monde. Telles des fourmis qui se dirigent vers leur nid, les visiteurs marchent en ligne sur la digue puis sur le pont-passerelle qui les dirige au pied des remparts tandis que notre sentier serpente dans les herbus. Pas après pas, on s’approche de l’îlot. On ne sait pas jusqu’où on pourra aller, mais on y va ! Bien évidement, un âne au Mont Saint Michel ne laisse pas indifférent ! Notre caravane est prise en photos en long, en large et en travers. On nous pose plein de questions et on nous prend même pour des pèlerins. C’est amusant de piquer la vedette « au rocher » !

Le « Mont Tombe » comme il s’appelait à l’origine, n’est maintenant plus très loin. Environ 500 mètres et ce grâce à l’absence de marée. On peut presque le toucher. Sur la passerelle qui mène à l’abbaye, les allers-retours incessants des navettes et des calèches nous donnent presque le tournis ! Quand je pense aux gens qui s’inquiètent du poids des sacoches sur le dos de Marius… qui se soucie ici du bien-être de ces chevaux de trait estampillés « Véolia » qui conduisent de façon pittoresque la foule venue du monde entier consommer du site touristique ? Je sais, je fais mon rabat-joie… Nous, nous sommes loin de la foule tout en étant pourtant si proche. Malgré la proximité de ces vagues incessantes d’estivants qui déferlent sans arrêt sur le Rocher, nous sommes un peu comme dans une bulle.

Les sables mouvants nous stoppent dans notre lancée. Devant nous, des Néerlandais ont bien essayé de franchir cette barrière naturelle mais il y ont laissé leurs paires de chaussures ! On ne va pas tenter de s’enliser ! Le temps d’un film et de quelques photos et on quitte le site. Direction la Caserne, le hameau situé face au Mont devenu un grand centre commercial que tous les piétons traversent pour rejoindre la place des navettes ou la digue. Alors forcément, il y a pour nous la possibilité de faire quelques courses. On s’arrête boire un verre dans un bar à proximité du barrage du Couesnon. La encore, Marius fait l’attraction. Un peu trop ! Je veille mais je n’ai pas vu une petite fille lui donner un biscuit. Je vais la voir et la gourmande : « On demande si on peut donner à manger à des animaux que l’on ne connaît pas. Si ton biscuit rend malade mon âne, je fais quoi ? ». C’est pénible ! Ça me met en colère. Et pourquoi pas des bonbons tant qu’on y est ?!

Quelques minutes plus tard, les parents viennent me voir avec leur fille qui s’excuse en larmes. Arfff… je n’ai pas fait ce voyage pour faire pleurer les enfants. Je suis ému et triste. Envie de pleurer aussi, tiens ! Je lui remets une carte comme cadeau… Je suis touché et tellement désolé de m’être mis en colère… On discute un peu et le sourire de la gamine revient sur ses lèvres. Tout va mieux !

Christelle part faire quelques emplettes et me laisse avec ma bière et les australiens avec qui elle échangeait et qui s’extasient sur mon chapeau de baroudeur bien de chez eux ! On hésite à manger quelque chose… mais il faut trouver un lieu pour dormir… Ce n’est pas gagné ! On tourne en rond pendant près de deux heures. Les champs sont tous cultivés ou occupés par des moutons, les fermes transformées en gîtes 4 étoiles où les animaux n’ont plus le droit de cité… Finalement, c’est face au Mont Saint Michel, près d’un parc à grévins (nom donné aux moutons des prés salés) que nous installons la tente sous le regard médusé des touristes encore présents pour admirer le joyau normand sous le soleil couchant. Quel meilleur spot ?! Cerise sur le gâteau nous avons un point d’eau pour la toilette du soir et du matin au restaurant où nous avons bu un verre, c’est grand luxe.

Elle est pas belle vie ! J’ai tellement entendu de critiques sur les récents aménagements du site que je n’aurais jamais imaginé pouvoir m’approcher d’aussi près du Mont et encore moins dormir juste en face ! C’est un magnifique cadeau que je reçois aujourd’hui. J’aurais tant aimé partager ce moment magique avec Céline et le reste de la caravane d’utopistes… J’ai beaucoup pensé à eux en arrivant ici.

J’allais oublier, au Mont Saint Michel je totalise près de 3000 km à 50 km près ! Allez, dodo, j’ai encore quelques milliers de kilomètres à parcourir !  Il faut que je sois en forme demain : on arrive en Bretagne !

Tags : MancheMont Saint MichelNormandiePèlerinsTour de FranceVéloscénie

2 commentaires

  1. Je viens de découvrir votre blog, vous écrivez vraiment très bien et les superbes photos qui ponctuent vos articles donnent l’impression d’y être ! C’est magnifique, ça donne les larmes aux yeux… et envie d’acheter à bât pour mon haflinger !! Je crois que je vais commencer par essayer quelques randos dans nos forêts Vosgiennes avec deux sacoches, ça me chatouille depuis un moment 🙂
    Bonne continuation 🙂 et gratouille à Marius !

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