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Marius Tour de France

Jour 515 / Christelle rejoint la caravane

Les voies vertes restent des chemins monotones pour celui qui les parcourt à pied, et qui plus est, à la vitesse d’un âne bâté ! C’est, cela dit, un beau chemin en sable, souvent ombragé, qui sillonne le bocage normand, le pays de la pomme et de la poire, en descendant vers la mer. Et puis, cette voie me permet d’avancer plus vite ! Il m’aura fallu 3 jours pour arriver à Pontaubault, terminus de l’ancienne voie de chemin de fer. En fait pas tout à fait terminus puisque la ligne remontait jusqu’à Avranches. À noter que je suis arrivé dans le département de la Manche (le 22e traversé).
J’ai fait quelques rencontres sur cette piste cyclable. Des randonneurs et des cyclistes de tout poil bien sûr mais aussi un britannique charmant qui n’était pas content de me trouver dans son jardin ! Vous vous souvenez, dans le précédent message, je vous avais raconté que je m’étais installé sur le terrain d’une ancienne maison de garde barrière qui était fermée et à vendre. Et bien le lendemain, alors que je préparais Marius, voici que se présente un Anglais qui venait tondre. Je ne sais pas si l’homme a compris que j’avais dormi sur son terrain mais il m’a signifié que « It’s Private! ». Je lui ai bien répondu un « I’m go out » histoire de le faire patienter un peu mais il n’a pas attendu que je termine pour démarrer son engin. Pas le temps de fignoler le bâtage de Marius qui a eu peur du tracteur, de toute façon, le britannique n’était pas enclin à discussion.

La nuit suivante, j’ai dormi à côté de l’ancienne gare du Pont d’Oir. Une aire de pique-nique y a été aménagée et une vaste étendue d’herbe m’a permis de bivouaquer. Lorsque les trains de marchandises circulaient, le site servait à entreposer le matériel. Il y avait de l’activité ici puisqu’y étaient déchargés des chevaux, des tonneaux de calvados, des pommes mais aussi de l’engrais. Durant les longues manœuvres, les cheminots profitaient pour passer à la buvette de la gare, connue alors sous le nom de « La Chatouillette » tenue autrefois par Marie Duval surnommée Marie Chatouillot dont la spécialité était la « Teurgoule » (recette à base de lait entier et de riz rond qui, avalée trop chaude, « tordait la goule » des consommateurs impatients).

Cette ligne ferroviaire fut construite dans les 1880 pour soutenir le développement de fabriques de papiers, de couverts, de poteries, de boutons de nacres, de serrures, de ciseaux ou de chapeaux, les filatures de laine et de coton, sans oublier les carrières qui se multipliaient dans les vallées de la région. Comme partout, la route a eu raison du chemin de fer ! Les services les plus déficitaires sont supprimés les uns après les autres, les trains de voyageurs sont abandonnés dès 1939 tandis que le trafic de marchandises perdure jusqu’en 1988, date à laquelle la voie est définitivement neutralisée.

La Chatouillette vient d’être rachetée. Enfin, le resto n’existe plus mais la bâtisse située au bord de la départementale est toujours debout. La nouvelle propriétaire est une jeune architecte. Elle est venue me voir alors que je démontais mon campement pour me proposer de boire un café.  Elle a des équidés et aurait pu nous héberger, explique-t-elle avec regret lorsque je suis allé la voir. Elle veut faire de cet ancien restaurant, un lieu d’accueil pour les voyageurs. Alors sachez que si vous êtes dans le coin et à la recherche d’un endroit pour dormir, vous pouvez aller à la Chatouillette !

Je quitte donc la voie verte pour me rendre Pontaubault. Un très beau village situé au bord de la Sélune, un petit fleuve côtier qui se jette dans la baie en dessinant de larges boucles au tracé sans cesse changeant. J’y rencontre un cycliste qui voyage mais qui ne prend pas la même route que moi. Nous échangeons quelques mots le temps de d’acheter du pain à la boulangerie puis nous reprenons nos chemins respectifs. Il y a beaucoup de monde au bord de l’eau.  Les familles profitent du beau temps pour jouer aux boules mais aussi aux quilles.

Le GR 22 quitte un moment le goudron et trace dans les prés salés où les moutons broutent tranquillement. Mais finalement je finis par en sortir car Marius ne pense qu’à sentir et manger les crottes de brebis !
Ce soir, Christelle, une amie de Lyon doit me rejoindre. Nous avions fixé le point de rendez-vous à Pontaubault mais j’avance encore un peu afin de trouver une pâture pour Marius. Rien d’évident ici. Tout est cultivé ou alors les terres sont occupées par les vaches. Après plusieurs kilomètres le long d’une petite route, j’aperçois un terrain face aux prés salés, où un homme passe un gyrobroyeur pour couper les plantes invasives. Je vais à sa rencontre. Il descend de son tracteur. Je lui explique et il accepte que nous nous installions sur ce terrain sablonneux pour la nuit.

Après un long voyage au cours duquel elle a utilisé tout à tour le tram, le train, le bus, le co-voiturage et même le stop, Christelle finit par nous retrouver malgré une panne de téléphone. Fort heureusement, elle fut inspirée de noter sur un carnet mon numéro et grâce à l’aide de sympathiques normands, elle finit par me retrouver, conduite par les personnes qui lui avait offert l’hospitalité quelques minutes.

C’est ensemble que nous montons la tente. Le propriétaire a fini ses travaux et sa femme nous rejoint pour prendre une photo de Marius pour les enfants en vacances chez les grands-parents. Les questions fusent forcément ! Nous les remercions pour la mise à disposition du champ et plaisantons que cela ira, malgré l’absence de vue sur le Mont St-Michel ! Les hôtes nous recommandent de traverser le champ de l’autre côté de la route pour aller admirer le coucher de soleil dans la baie et apercevoir la fameuse merveille.

Nous avons de l’eau et de l’électricité, que demander de plus ?! Nous découvrons en effet une prise près du campement, vital pour moi qui recharge batterie, ordinateur et téléphone. Christelle en profite pour recharger le sien, même si elle ne compte plus trop s’en servir !

Le camp installé, nous allons de ce pas admirer le soleil sur la baie avant qu’il soit complètement couché. Le paysage est beau, ce Mont majestueux au loin. Je m’enfonce les pieds dans le sable. Selon Christelle il existe une technique qu’elle n’a pas apprise pour sortir des sables mouvants de la baie ! Pour cette première soirée, nous n’avons pas très faim, un bout de pain frais du boulanger du village fera l’affaire. Denrée rare et prisée le pain artisanal frais en chemin, on sera gâté de ce côté pendant le séjour !
Christelle observe le campement et prend ses marques lors de cette première soirée. Elle en soupire de joie  !
Tags : La MancheMont Saint MichelNormandiePontaubault

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