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Marius Tour de FranceMTF #Orne

Jour 513 / L’engagement au détour du chemin

[13 août 2017]
Beaucoup de nos rencontres marqueront mon voyage. Mais certaines plus profondément encore. C’est le cas d’Eva et Pierre, chez qui je suis resté une journée. Il est arrivé plusieurs fois que les gens pleurent lors de notre départ. Les au-revoir sont souvent emplis d’émotions. Cette fois, c’est moi qui ai quitté mes hôtes les larmes aux yeux. Mais ce couple d’artistes m’a redonné la patate !
Eva est originaire d’Espagne, où elle a grandi sous le régime de Franco. Grande comédienne et metteur en scène, elle a connu les heures noires de son pays et vu son père militer en cachette contre la dictature franquiste.

Pierre, lui, était dans le Larzac. Dans les années 70 y est né un mouvement de désobéissance civile non-violente contre l’extension d’un camp militaire sur le causse. Gamin, il participait à cette lutte en distribuant des tracts aux côtés de José Bové et de bien d’autres.
Autant dire que leur jeunesse a été marquée par ces combats et ces luttes, véritable terreau de leur philosophie de vie actuelle et de leur engagement.

Tous les deux sont encore militants aujourd’hui. Plus que jamais devrais-je dire ! Et ça me fait du bien de rencontrer des personnes qui se battent pour que notre monde ne soit pas vendu à l’empire du capitalisme et de la finance : ils sont notamment allés à Notre Dame des Landes planter leur bâton et défendre la terre contre le béton, ils préservent la biodiversité alimentaire et militent pour la libération des semences en adhérent à la cause de Kokopelli et en échangeant des graines localement. Pierre a d’ailleurs un potager étonnant avec, par exemple, du riz russe !! C’est un peu sa fierté !

Leur façon de penser stimule en moi le côté « révolutionnaire » qui gagne du terrain à chaque pas que je fais sur ce chemin. Lorsqu’on me demande ce que je ferai après ce voyage, « m’engager » est une réponse qui me brûle les lèvres.

Lors de ma journée de pause, j’ai profité pour faire plus ample connaissance avec mes hôtes. Leurs amis présents le soir de mon arrivée sont partis en fin de matinée, avant qu’Eva ne me conduise au marché de Mortain et à la supérette où j’ai pu me ravitailler. C’était vraiment un plaisir de rester avec eux cette journée. J’ai coupé un peu de bois tandis que Pierre poursuivait les travaux de rénovation de la maison. Eva elle, s’est retiré dans la caravane pour travailler. Pour l’instant, il n’y a pas de douche ni de toilettes. Le confort est spartiate : toilettes sèches et douche à la casserole pour tout le monde ! Le poêle est le seul moyen de se chauffer et de faire cuire les repas et le pain.

Nous avons certes refait le monde et parlé de beaucoup de sujets de société, comme la crise au Venezuela et la façon dont les médias en parlent, mais on a aussi beaucoup ri. Et ça fait du bien !

Il est donc midi passé lorsque je pars. Eva et Pierre m’accompagnent jusqu’à l’orée de la forêt où je vais poursuivre mon chemin et c’est avec beaucoup d’émotion que l’on se dit au revoir. Oui, un au-revoir, car c’est sûr pour moi, on se reverra !

J’ai marché sur le GR 22 sur trois ou quatre kilomètres dans une très belle forêt du Parc Régional de Normandie-Maine. Une forêt verdoyante grâce aux pluies tombées ces derniers jours et où serpente une rivière, la Saint-Jean.

J’ai ensuite rejoint la fameuse piste cyclable qui conduit jusqu’au Mont-Saint-Michel. En fait je suis toujours sur La Véloscénie, une voie qui démarre à Paris et que j’ai déjà empruntée il y a quelques jours. Cette partie reprend le tracé d’une ancienne voie de chemin de fer.

Il fait chaud malgré les quelques nuages. Je croise beaucoup de cyclistes et de promeneurs sur ce chemin, avec qui je discute de mon voyage. Cette piste est très utilisée et attire de nombreux touristes qui peuvent relier Notre-Dame de Paris au Mont Saint-Michel. En milieu d’après-midi, je suis arrêté par un cycliste qui me demande s’il peut faire un cliché de Marius et moi. Il est photographe et prépare un livre de portraits de gens qui empruntent cette voie cyclable. Pourquoi pas !

Il est 18h lorsque je commence à chercher un lieu pour la nuit. Mais sur les pistes cyclables, c’est souvent difficile de trouver un endroit convenable. Je tente d’abord au hameau de Néron mais je fais chou blanc. Il y a bien des pâtures à proximité de maisons mais je n’ose pas y entrer et je ne trouve personne à qui demander l’autorisation de m’y installer. Je repère des gens dans une maison un peu plus haut, et je reconnais certains visages croisés cet après-midi. Mais lorsque je leur dis que je cherche un terrain, ces personnes ne comprennent pas ma requête… Parfois les gens sont un peu long à comprendre les choses.

Finalement, c’est un peu plus loin que je me pose sur le terrain d’une maison garde-barrière fermée, sur les conseils d’un voisin à qui j’ai demandé de l’eau. L’habitation est vide et en vente.

Il est tard parce qu’avant de monter ma tente, je profite des derniers rayons de soleil pour tenter de faire sécher la lessive faite la veille. Je suis fatigué et mon envie de dormir l’emporte sur tout le reste, bonne nuit.

Tags : EspagneFrancoKokopelliLarzacMortainNormandieNormandie-MaineNotre Dame des LandesOrne

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