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Marius Tour de FranceMTF #Orne

Jour 509 / Que d’eau mes aïeux, que d’eau !!!

[Lundi 9 Août]

En route pour Domfront où je vais pouvoir faire quelques courses. « Cité Médiévale, Plus Beau Détour de France, Petite Cité de Caractère, Site Remarquable du Goût »… peut-on lire sur le site de l’office de tourisme de la commune. Rien que ça ! Si ça ne donne pas envie d’y aller…. !!
Je dis au revoir à mes hôtes avant d’attaquer le GR 22 sur la même longue ligne droite par laquelle je suis arrivé dans le hameau où j’ai bivouaqué. À l’approche de la ville, la piste est nappée d’une couche de goudron.

Je finis par quitter mon itinéraire pour prendre une des artères principales du bourg, puis une rue me conduit dans le centre ancien marqué par le passé médiéval. Je passe d’abord un premier pont qui enjambe une rue. Peut-être y avait-il avant un pont-levis ici autrefois. J’aperçois d’ailleurs les premiers remparts datant du XVIIIe. Ils ceinturaient l’ancienne cité et comptent 22 tours. La ville a conservé de très belles maisons à pan de bois, des rues étroites et pavées, des cours et des hôtels particuliers, les origines de Domfront sont en effet liées à l’édification du château.

Elle a su préserver son caractère médiéval au cours des siècles. Sans savoir vraiment où je vais, j’avance vers le château construit sur un éperon rocheux, culminant à plus de 70 mètres la rivière Varenne. Il est séparé de la cité médiévale par un ancien fossé aujourd’hui route d’accès. En fait, le premier château de Domfront est un édifice en bois construit par Guillaume de Bellême vers 1010. Les ruines que l’on voit aujourd’hui sont les vestiges du donjon de pierre (25 m de haut et des murs de 3 m d’épaisseur) qui fut érigé par Henri Ier Beauclerc, futur Roi d’Angleterre. Du beau monde a séjourné ici : Aliénor d’Aquitaine, Henri II Plantagenêt ou encore Richard Coeur de Lion, …

En tout cas, ils avaient une jolie vue depuis ce caillou : de là-haut, ils pouvaient contrôler les routes de Caen vers le Maine et l’Anjou, et celle d’Alençon vers le Mont Saint-Michel. Ses remparts renforcés à la fin du XIIIe siècle par Robert II d’Artois ne l’ont toutefois  pas empêché d’être pris et occupé par les anglais durant la Guerre de Cent Ans, de 1356 à 1366, ainsi qu’en 1418 par le Duc de Clarence ! Le château sera délivré du joug anglais en 1450. J’apprends aussi que le chef protestant Gabriel de Montgommery y fût capturé en l’an 1574, après que le château fût assiégé par les troupes royales. Le comte de Montgommery est décapité à Paris le 26 Juin 1574 et le château a été démantelé par Sully sur ordre du roi Henri IV en 1608. Cela me renvoie un peu à la première partie de notre voyage lorsque nous marchions sur les traces des Huguenots.

J’entreprends de faire le tour du parc du château avec Marius, avant de prendre une grosse « averse éparse » sur la tête ! Je sillonne ensuite la partie médiévale de Domfront qui fut possession personnelle de Jean sans Terre. Autant dire que Domfront est riche en histoire ! J’adore !

Je découvre la place de la mairie, ancienne place de la « cohue » (marché), la rue Saint Julien avec sa place où se tenait autrefois le marché aux fleurs, l’Église Saint Julien de style néo-byzantin, érigée en 1924 en béton armé avec, à sa droite, la demeure remarquable dite « la Vicomté  » et face à elle… une petite épicerie où je ne trouverais malheureusement maigre pitance… Je descends donc vers la ville nouvelle où un supermarché datant du XXIe siècle a été construit pour les sujets du royaume !

Après avoir acheté quelques victuailles pour quelques jours de marche, je repasse le long des remparts et me dirige vers la Varenne, la rivière qui coule en contrebas de la fortification. Il est tard. J’ai peu marché mais j’ai apprécié visiter cette ville. Après quelques kilomètres, je tape à la porte d’une maison isolée. La dame âgée qui en sort ne semble pas rassurée. Je lui demande de l’eau et l’interroge sur un possible lieu où je pourrais bivouaquer. Elle me renvoie vers le village. Je n’insiste pas. Je poursuis mon chemin et tombe sur un ancien corps de ferme en partie entouré par un champ. Je tente ma chance. Je frappe à la porte. Un jeune homme ouvre et me répond que je peux m’y installer. Cool ! Lui doit partir. Tant pis. On tapera la discut’ une autre fois. Ou pas.

Il fait beau. Enfin.. Il ne pleut pas ! Je plante la tente. Marius se régale mais ce soir il sera attaché au piquet car le terrain n’est pas clos.

[Mardi 10 Août]

Il fait frais ce matin. Il y a de la brume. Le soleil a du mal à percer. Drôle de temps pour un mois d’octobre … euh !! d’août ! Il est très changeant : il y a 2 jours, je crevais de chaud en fin de matinée !

Alors que je prépare mes affaires, une voiture s’arrête. Il faut dire que Marius est en train de brouter sur la petite route d’accès à leur maison. Le couple de retraités Britanniques descend de la voiture tout sourire. Dans un français approximatif et moi avec un anglais improbable, on échange quelques mots. Ils m’expliquent qu’ils possèdent 3 ânes autour de leurs maison. Les Anglais sont nombreux à vivre dans le bocage Normand. J’en rencontre souvent. Ils aiment beaucoup la région et ne sont pas très loin de leur île.

Je salue le propriétaire du terrain puis descends vers la Varenne. D’ailleurs après quelques centaines de mètres il faut tremper les pieds dans l’eau. Une petite passerelle permettrait de traverser mais elle nous oblige à débâter. Et encore, je ne suis pas certain que Marius ait envie de passer par là. Les pierres qui servent de marche pour y accéder paraissent glissantes. Je reviens sur mes pas car j’ai vu tout à l’heure un quad traverser le champ que je viens de longer. J’ai donc suivi sa trace pour trouver le passage à gué indiqué sur ma carte et que l’agricultrice au guidon de son engin a dû prendre. Mais la rivière est large et j’ai de l’eau jusqu’aux chevilles.

Derrière moi, plusieurs chevaux qui se dirigeaient vers la passerelle rebroussent aussi chemin et me rejoignent. Le groupe se rend au Mont Saint-Michel. Je les laisse passer. Les équidés ne sont pas très rassurés : comme la plupart de leurs congénères, ils ont peur des ânes. Marius intrigué et surtout content de croiser des cousins, se met à presser le pas pour les suivre. Malgré sa fougue, on les perdra de vue rapidement. Ils avancent plus vite. Peu après, nous passons devant une ferme où je découvre plusieurs dizaines de cages où sont emprisonnés des veaux fraîchement venus au monde, victimes de la loi de la productivité et du rendement… Dure vie dans certaines exploitations même, si pour en avoir rencontrés, je sais que les agriculteurs aiment leurs bêtes.

Les pieds trempés, je continue sur une route goudronnée avant de retrouver un chemin bien herbeux. Marius avance bien malgré ses arrêts intempestifs sur chaque crottin déposé par les chevaux qui nous ont doublé. Le GR22 traverse une départementale assez fréquentée puis emboîte sur une autre départementale, moins roulante mais les automobilistes roulent comme des dingues. J’ai l’impression qu’ils ne se rendent pas compte que si Marius fait un écart, c’est dans leur pare-brise qu’il se retrouvera…

En parlant de se rendre compte… après 200 ou 300 m je constate que je me suis trompé de route ! Allez zou : demi-tour ! Arf !! Je retourne sur l’ancienne Nationale sur la départementale pour retrouver le bon chemin. Sur cet axe important, ce n’est même pas la peine de faire signe aux camions et aux voitures de ralentir ! La plupart n’en non rien à cirer ! Pire, certains accélèrent… Quand à la distance de sécurité, certains ne connaissent même pas ! Je suis obligé de me mettre au milieu de la route pour tenter de faire ralentir les chauffards.

Marius a une petite diarrhée depuis deux jours. Désolé de vous parler des problèmes intestinaux de mon compagnon mais vous voulez des nouvelles, je vous en donne ! Nourriture trop riche ou stress … Peut-être les deux ! A l’heure de la pause, j’évite l’herbe trop grasse pour lui et c’est sous un frêne que nous nous posons. L’arbre nous abrite de la pluie qui tombe depuis moins d’une heure.
Jusqu’à Lonlay-L’Abbaye, situé au Nord-Ouest de Domfront, le sentier est très vallonné mais aussi très boisé. C’est magnifique. Je suis toujours dans le parc Normandie-Mayenne. Les arbres nous protègent des nouvelles averses qui tombent sur nos têtes. Le chemin se transforme en un petit cours d’eau par endroit. Nous pouvons marcher au bord pendant un moment mais on finit par marcher dans l’eau. C’est dans ces moments-là que je me rends compte combien Marius a fait des progrès pour ne pas rechigner à marcher dans les flaques.
Sur les hauteurs de Lonlay (étymologiquement « la longue vallée »), je découvre ce très beau village aux maisons en pierres granitiques et aux toits d’ardoise, situé aux confins du Domfrontais et notamment son abbaye fondée au XIe siècle par Guillaume Ier de Bellême. Celui-ci avait voulu racheter ses péchés par notamment, la construction de cette abbaye bénédictine dans ce qui était à l’époque la forêt appelée « lande pourrie »

Ça descend sec pour rejoindre le centre du bourg. Ce village est splendide. C’est l’heure de la pause ! Avant de me poser devant l’abbaye, je dois patienter car un enterrement s’y déroule. « C’est l’ancienne institutrice du village que l’on enterre », m’explique un habitant avec qui j’échange quelques mots. Le villageois ne sera pas le seul à venir nous voir. D’autres paroissiens attirés par mes longues oreilles, s’approchent et engagent la conversation. Le corbillard parti, j’attache Marius contre la façade de l’édifice qui fut détruit et reconstruit à plusieurs reprises au cours de son histoire. Après avoir répondu à de nombreuses questions notamment sur le poids du chargement et les sabots, je finis par visiter l’Abbatiale. Je suis émerveillé par sa beauté et happé par une atmosphère paisible et chaleureuse. Je ne peux malheureusement pas m’attarder trop longtemps. Marius attend dehors et je l’entends braire. Il m’appelle.

Lorsque je sors, je rencontre encore quelques badauds et notamment un homme qui est en train de faire un tuto en vidéo. Selon Jérémy, je peux bivouaquer à plusieurs endroits autour de l’abbaye : la commune a l’habitude de recevoir des pèlerins. Chouette ! L’idée de dormir autour de ce site magnifique m’enchante beaucoup ! L’herbe n’est pas très haute mais ça devrait aller ! Il m’assure également que je peux dormir dans le pré situé derrière le parc. Je vais jeter un coup d’œil rapide pour constater que la pâture est effectivement idéale dans un lieu idyllique !  Je recharge mon âne en vitesse pour faire les 50 m derniers mètres de la journée. Cependant, j’aurais dû me méfier : en ouvrant la clôture j’ai pris une décharge électrique. La clôture est électrifiée ?? Bizarre ! Je rentre Marius alors que la pluie commence à tomber. Elle redouble d’intensité. On se protège sous une haie d’arbres au milieu du champ. Je débâte. Marius est énervé. De l’autre côté d’une petite rivière qui traverse le pré, j’aperçois des vaches. Il ne faudrait pas qu’elles aient accès à cette pâture… Je fais un rapide tour le long de la rivière et un doute me prend. Et si les bovins pouvait traverser … Merdum…-

« Marius, on remballe ! On ne peut pas rester ici ».

« T’es sérieux là ? »

« Oui oui ! Ça ne se voit pas ? »

« Non mais tu déconnes ! T’as vu l’heure ? T’as pris ton temps pour aller visiter ce tas de cailloux et maintenant on doit reprendre la route ! J’hallucine ! »

« Oui  ben, t’hallucinera un peu plus tard hein ! Faut qu’on y aille »

Bon, autant vous dire que Marius tirait la tronche ! On a finalement marché encore quelques kilomètres avant de trouver un endroit pour se poser. En je n’avais presque plus d’eau. Un comble avec tout ce que l’on a pris sur la tête aujourd’hui. Je tente d’abord dans un hameau où je rencontre un homme qui sort d’une ancienne ferme. Je lui demande si il sait où  je peux trouver un terrain. L’air complètement gêné, il me répond négativement. Il faut dire que tout autour de lui, il n’y avait que des terrains ! Il me conseille d’avancer un peu, « il y a un gîte un peu plus loin ». Je réponds que je ne dors pas dans les gîtes. « Je vais me débrouiller, merci ». Çà m’éneeeeeerve cette mauvaise foi. « Les gens ne sont pas obligés de nous accueillir » m’aurait lancé Céline. Certes, néanmoins, vu l’heure et le temps pourri, il aurait pu être un peu plus aimable et bienveillant. Bref ! On continue. Pas le choix. Pas terrain. Plus une goutte de flotte….

Un peu plus loin, à droite du sentier, j’entrevois le toit d’un bâtiment sur une bute. On grimpe et on tombe sur une ferme. En face d’un hangar, une maison semble habitée. On y va. Je rentre dans la cour où est garée une voiture immatriculée en Allemagne. Nous sommes accueillis par un berger allemand sur la défensive. Il aboie sans arrêt mais reste à bonne distance de Marius. Je sonne à la porte en espérant que la maison n’est pas louée par des touristes. Une jeune femme au fort accent allemand ouvre. Elle réfléchit à ma requête. Cherche un lieu. Ne sait pas trop… Finalement, elle me propose le verger derrière sa maison. Çà ira très bien. Je ferai attention aux pommes. Je vais l’attacher cette nuit.

Je plante ma tente. On sera bien cette nuit ici. Mon hôte me donne de l’eau. Je comprends qu’elle a des chevaux et que son mari est agriculteur. Il élève des vaches. Il passe d’ailleurs me voir avant de rentrer chez lui et s’assure que je n’ai besoin de rien. Cette fin de journée fut pénible mais elle se termine bien.

Je profite d’un magnifique couché de soleil avec vu sur le troupeau de vaches !  Allez, un sourire et au lit !

Tags : DomfrontGR 22Huguenots

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