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Marius Tour de FranceMTF #Orne

Jour 507/ « La Vie donne des cours qui ne s’inscrivent pas dans notre calendrier humain »

[Mardi 8 aout]

Notre discussion avec le pasteur se poursuit au petit-déjeuner. On savoure cette belle rencontre et ce très beau moment de partage. Alain n’est pas un prêtre comme les autres. Il a un regard critique sur les religions, sur leurs façons d’interpréter les textes. Il a un rapport intime et très particulier avec Dieu dans sa façon de lui parler, de communiquer avec lui. Sans chichi. Le pasteur désacralise la relation avec lui ce qui lui permet de tirer des enseignements de tout ce qu’il vit et philosophe sur son parcours de vie qui ne l’a pas conduit sur le chemin où il pensait marcher.  Originaire de Franche-Comté, il s’était toujours dit qu’il n’habiterait jamais en Normandie. Force est de constater que « la vie », « dieu », « l’univers » en a décidé autrement. Marié puis divorcé, il a fait justement de ses échecs une réussite et a su rebondir. C’est ainsi qu’il a pu, grâce à une étonnante rencontre dans un restaurant, écrire un essai, une réflexion un rien piquante, sur les paradoxes qui habitent la complexité humaine, et sur son principal fléau : La religion. Un comble pour un pasteur ! « La Vie donne des cours qui ne s’inscrivent pas dans « notre » calendrier humain, mais dans le sien, éternel ! C’est une école extraordinaire, car elle nous donne de vouloir comprendre que nos échecs d’une période ne sont rien de plus que des ‘parties remises’, et non des actes manqués irréversibles. Dire « merci  » plutôt que « c’est pas juste » fait de nous de bons élèves, patients, tenaces, prêts à recommencer une, deux, trois ou autant de fois qu’il faudra pour faire d’un objectif, même manqué à une date arrêtée par nous, une pleine réussite plus tard, dans un calendrier qui est devenu celui du Créant » écrit le pasteur pour qui « Savoir dire « merci  » même quand tout va mal, et cela, bien trop peu d’humains sont disposés à le faire. Vivre nos échecs, nos « non-faits », nos ratés et nos tracas comme des cadeaux nous permet de les vivre sans en souffrir plus que de raison, et donc sans faire souffrir d’autres personnes de cette déraison ». Des propos positifs qui font écho en moi. Ce livre et cette rencontre, qu’il ne doit pas au hasard, l’ont mené jusque dans l‘Orne où il pige comme correspondant de presse pour un journal local. Un job qui lui a permis de connaître du monde et d’avoir une implication plus importante dans la commune. 
« Le choix nous appartient de vivre comme nous le souhaitons, mais chaque décision, chaque attitude et chaque moment dit ce que nous sommes vraiment. Cela est vrai dans le déroulement de notre intimité individuelle, cela est tout aussi vrai dans notre relation envers l’autre. L’arbre est notre enveloppe charnelle, ses racines le maintiennent dans le terreau de notre existence terrestre, et tout ce qui grandit le fait en allant vers le haut, vers la lumière. C’est dans cette lumière que doit vivre tout ce qui entoure l’arbre que nous sommes, et envers qui notre raison d’être est d’être prolifique et généreux, sans quoi nous ne servons qu’à peu de chose. Quoi que nous décidions d’être, tout ce qui sera produit sera le fruit que nous portons, avec, pour chacun, vivant parmi les vivants, la capacité de décider de se servir en premier ou de penser d’abord aux autres » poursuit Alain qui s’interroge :  « Saurons-nous comprendre, nous, ‘gens civilisés’, que nous ne sommes en fait que des pions, manipulés par un système qui nous rend dépendant du « progrès social » qui n’est en fait qu’une régression des vraies valeurs ? Saurons-nous tous enfin choisir, (après avoir compris, à l’observation des lois de la nature, que tout arbre ne peut donner que son fruit) de devenir de « bons » arbres, portant des fruits succulents et plaisants au goût ? Saurons-nous donner à notre vie son véritable sens en l’orientant vers l’intérêt de notre prochain d’abord ? La question est posée à chaque humain, en lui laissant le choix ».

Après cette longue discussion avec Alain, Natacha  nous quitte vers midi tandis que je finis de préparer encore mes affaires. Je ne vous ai pas parlé d’elle. Natacha suit nos aventures​ depuis un moment. Elle est en Bretagne pour quelques semaines, chez une amie propriétaire d’Herbarius, un jardin médiéval situé à Planguenoual dans les Côtes d’Amor. Ardéchoise d’adoption, Natacha est une fée qui vit avec la nature. Son univers ne ressemble en rien à celui du commun des mortels. Dans son monde, elle côtoie les habitants des forêts, elle parle aux arbres, aux fleurs mais aussi aux animaux et aux Anges. Poète mystique pour qui Aura et chakras n’ont plus de secrets, tout à une signification car « il y a ce que la logique humaine veut et pense savoir ce qui est bon et puis, il y a le reste ».  Bien évidemment, notre rencontre avec Alain avait aussi du sens pour elle. Le hasard n’existe pas et tout est question de synchronicité. Elle et moi échangeons depuis plusieurs semaines. Nous devions éventuellement nous voir à la fin du mois dans les Côtes d’Armor. Finalement, une ​curieuse envie de découvrir la caravane l’a pressée, et elle a fait 1h30 de route pour  partager ce moment impromptu.

Natacha s’est installée dans le sud Ardèche pour y créer une ferme pédagogique ou plutôt un « moulin à bonheur » qui sera ouvert à tous, touristes, écoliers, personnes handicapées…Elle y proposera des découvertes de la vie à la ferme, des balades aromatique​s​ dans le potager, un espace culturel avec expos d’artistes locaux, des veillées et contes d’autrefois les soirs d’hiver, mais aussi une sensibilisation aux priorités environnementales, ou tout simplement un havre de paix où il fait bon se reposer et séjourner seul ou en famille… Dix mois déjà que Natacha structure, trace, bichonne, observe chaque parcelle, apprend quel endroit a besoin de ceci ou cela, laisse faire aussi, pour voir ce qui vient, ce qui ne tient pas, découvre la faune et la flore… Tout cela au rythme de Dame Nature puisqu’elle veut travailler en biodynamie et permaculture.

Il fait beau et chaud, j’hésite à rester. Il est 15h quand mes affaires sont enfin prêtes. Je demande à Alain si ça gêne si je reste une nuit de plus. Il ne me répond pas « non » mais m’explique qu’il ne voudrait pas abuser de la gentillesse du propriétaire du terrain. Je comprends. Je pars. Je repasse devant le château, rejoins le GR 22 puis retrouve le chemin qui s’engouffre dans la forêt des Andaines qu’il coupe en une interminable ligne droite sur presque 17 kilomètres jusqu’à Domfront. J’y croise quelques marcheurs et des cyclistes.

Dans cette forêt magique qui regorge de légendes, je m’arrête un moment devant un dolmen appelé « Le Lit de la Gione ». Il y a de la magie ici ! un panneau indique justement qu’un mauvaise fée « La Gione » habitait ces lieux. « Elle aurait établi sa demeure sous d’énormes blocs de pierre qu’elle aurait transportés elle-même dans son tablier. Elle rendait visite aux paysans, lesquels étaient bien obligés de la recevoir ! Or, un soir de Mardi Gras, l’odeur des crêpes chaudes l’attira dans une ferme : les enfants faisaient bouillir de l’eau dans des coquilles d’œufs, qu’ils posaient sur les cendres du foyer. Elle prit l’habitude de venir admirer ces petits pots bouillir. Les occupants voulurent se débarrasser d’elles, et disposèrent sur le petit tabouret, où elle avait pris l’habitude de s’asseoir, la galetière rougie au feu. Lorsqu’elle arriva, elle s’assit sur le tabouret et poussa un cri terrible. Saisissant son balai, elle l’enfourcha et s’enfuit par la cheminée. On ne la revit jamais. »
Une poignée de kilomètres plus loin, en bordure de la route qui mène du bourg de Juvigny-sous-Andaine, au carrefour de l’Etoile, point central de cette forêt domaniale des Andaines, c’est un édifice très particulier qui interpelle le promeneur : la chapelle Sainte Geneviève. Construite tout en granit en 1856, les jeunes filles désireuses de se marier dans l’année, se rendaient naguère là et écrivait leur nom sur les murs. A l’intérieur, des sculptures en bois ont été réalisées. Tout autour, une allée de bancs de pierre a été installée autour de la chapelle pour permettre aux fidèles de suivre un éventuel office.

Je pensais dormir ici mais je n’ai pas d’eau. Les deux habitations autour de la chapelle sont barricadées. Ca ne donne pas envie de sonner ! Il y a un bien un camping-car garé en face mais les deux passagers font mine de ne pas nous voir… Bref, on continue encore quelques kilomètres. Un peu plus loin, une carriole tractée par un poney fait demi-tour. Elle va plus vite que notre petite caravane. Je ne la rattrape pas mais le « cochet » m’attend dans le hameau suivant. Je ne l’ai pas reconnu bien sûr, c’est lui qui me dit qu’il était devant moi. Je lui demande s’il aurait un terrain pour Marius et moi. Il me propose une pâture qui jouxte sa maison. Chouette. Il fait beau, l’herbe est belle, nos voisins sont sympas ! Que demande le peuple !!! La pleine lune ? Ok, suffit de demander !

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