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Marius Tour de France

Jour 506 / « Faites confiance à la vie et lâchez prise ! »

[Dimanche 6 aout]
Avant de partir, je repasse à la ferme prendre de l’eau. Avant d’y entrer, je croise deux cavalières dont les chevaux sont quelque peu effrayés par notre petite caravane. Avant qu’il y en ait une qui se retrouve à terre, je quitte la route et la contourne par les bâtiments de l’exploitation agricole pour les laisser passer. Décidément, impossible de papoter avec des cavaliers !!!
Un peu plus loin, je rencontre le châtelain, surpris de me croiser aussi près de chez lui. Je me suis arrêté là car il y a une forêt à traverser sur plusieurs kilomètres et je n’aurais pas eu le temps d’arriver au village le plus proche. Lui m’assure que j’aurais pu dormir en forêt, sur un chemin… Pas l’idéal quand même ! Je n’ai pas insisté ni essayé de lui faire comprendre qu’avec un âne, trouver un bivouac n’est pas si simple.
Je suis de nouveau sur la voie cyclable qui va au Mont Saint-Michel. Plusieurs voyageurs à deux-roues  me doublent d’ailleurs. Je rentre dans une forêt magnifique. Le sentier est d’abord caillouteux puis il se fait plus tendre dans la forêt de pins. Je respire les odeurs d’humus. C’est un bonheur de marcher ici. Je retrouve des sentiers escarpés et légèrement techniques. Il y a tellement longtemps qu’on est sur terrain plat, depuis la Moselle je crois, que je ne sais pas si on va savoir faire !! Je plaisante mais c’est quand même une impression bizarre. Le sentier redescend vers une route puis emprunte un chemin privé. Une barrière interdit l’accès de la Vallée de la Cour. Pourtant le GR passe bien cette propriété privée où fut installée au XIXe, une filature avant qu’elle soit transformée successivement en fabrique de blocs de glace, en hôtel restaurant, en discothèque et depuis peu, en gîtes. Il y a beaucoup de monde devant le lac qui fait face aux bâtiments. Il semble se dérouler une fête familiale. Je réponds à quelques questions mais certaines réflexions puériles ne m’engagent pas à m’attarder pour converser. « Vous faites du camping avec ça ! » me lance une dame ! C’est la deuxième fois qu’on parle ainsi de Marius ! « Ça, c’est un âne. Et oui je fais un tour de France avec lui ». Les questions des gens que je rencontre sont parfois déconcertantes.
On quitte le site par une petite montée un peu raide et un peu plus loin dans la forêt domaniale des Andaines, je m’arrête un moment pour manger. Je profite de la beauté du lieu et de son calme pour me caler contre un arbre tandis que Marius, débarrassé du poids de ses sacoches, mange avant d’entamer une petite sieste.
La piste forestière traverse une départementale puis contourne un petit aérodrome où atterrissent quelques planeurs presque silencieusement.
On avance à un bon rythme. Le bruit des moteurs devant moi m’indique que j’approche d’une départementale. La ville n’est pas loin. Je vais traverser Bagnole-de-l’Orne, une ville thermale.
Selon la légende locale, les origines de l’activité thermale dateraient du Moyen Âge. Le seigneur Hugues de Tessé, sentant qu’il atteignait la fin de sa vie, décida d’abandonner son cheval dans la forêt d’Andaine, lequel revint quelques heures plus tard, fort et totalement revitalisé. L’animal emmena son maître vers les eaux de Bagnoles où, après avoir bu, il fut aussi rajeuni. La station thermale était née ! Dans un autre conte, il est rapporté qu’un très vieux moine franciscain, qui lui aussi avait pris les eaux de Bagnoles, retrouva une étonnante nouvelle vigueur. Une autre facette de cet endroit fascinant sont les légendes « arthuriennes », puisque Bagnoles et ses environs seraient le pays de Lancelot du Lac, chevalier de la Table Ronde et héros éponyme du roman de chevalerie Lancelot du Lac, écrit au XIIIe siècle. 
La traversée du centre ville se fait tranquillement malgré la foule de touristes et surtout de curistes. Sur les chemins, je rencontre aussi beaucoup de randonneurs et cyclistes. C’est dimanche, il fait beau.
Bagnoles est une jolie ville avec son quartier « Belle-époque » construit fin XIXe début XXe pour et par la bourgeoisie. Ses superbes villas richement ornementées tranchent avec l’architecture « Art déco » des bâtiments érigés durant l’entre-deux-guerres pour séduire une clientèle sophistiquée et exigeante. Je découvre de nombreux établissements haut de gamme, longe le lac puis bifurque sur un petit chemin de promenade arboré qui conduit les curistes aux thermes.
Au bout du sentier, je poursuis par la route. Impossible de rejoindre le GR, trop étroit pour Marius et son harnachement. Une piste cyclable nous permet de marcher en sécurité.
Le GR aboutit dans le parc d’un magnifique château qui abrite actuellement l’Hôtel de Ville. Il fut édifié entre 1855 et 1859 pour le compte d’Anne-Marie-Catherine Goupil, fortunée propriétaire. Je décide d’y aller pour le voir d’un peu plus près. Il y a aussi beaucoup de monde car un concert doit y avoir lieu un peu plus tard. Le temps d’une photo de Marius en train de brouter l’herbe du parc devant ce château. Je repars rejoindre le GR 22 lorsqu’un homme me hèle. Il porte un appareil photo en bandoulière et une veste de photographe. Je comprends vite qu’il est journaliste ou correspondant de presse.
Effectivement, l’homme d’une soixantaine d’années, pige pour le journal local. Intrigué, il a pensé que j’étais un routard et me demande s’il peux faire une photo et un article. J’accepte avec plaisir et il me laisse quelques minutes le temps pour lui, d’aller chercher de quoi écrire dans sa voiture. Lorsqu’il revient quelques minutes plus tard, il me retrouve encerclé par de nombreux curieux qui s’intéressent et s’interrogent. La discussion s’engage pendant une quinzaine de minutes sur mon voyage, son financement ou encore ma « retraite que je ne prépare pas ».  C’est amusant de ressentir les craintes des gens sur leur propre vie lorsqu’ils posent des questions.
Alors que je discute avec le correspondant, un homme m’interpelle pour me dire que lorsqu’il était cavalier et qu’il s’arrêtait, il déchargeait son cheval. Son jugement m’agace. Je lui rétorque que mon âne est débâté toutes les trois heures, que ça fait seulement 20 minutes que nous sommes arrêtés, qu’il en profite pour manger, que nous avons  fait une petite journée et que je ne pensais pas m’arrêter ici. Je ne m’arrête pas d’ailleurs, je m’attarde à répondre aux questions. J’objecte enfin que certains cavaliers trop lourds pour leur chevaux n’hésitent pas à cavaler 75 km par jour…  alors le bien-être animal, il repassera…
Le pigiste me propose de m’installer dans un pré au fond de son impasse, qui est clos, car il connaît le propriétaire du terrain. J’accepte d’autant qu’une amie doit me rejoindre pour passer la soirée. Alain est aussi Pasteur. Autant dire que nous avons des choses à échanger. Il me propose une douche et nous invite à manger chez lui ce soir. Natacha et moi acceptons bien volontiers. Au cours du repas, il nous parle de sa rencontre avec Dieu, de sa vie, de cette façon qu’il a de faire confiance, de lâcher prise. Céline et moi appelons « l’Univers » ce que lui appelle « Dieu ». Qu’importe. Nous passons une très belle soirée à côté de cet homme bienveillant et tellement optimiste. Encore une très belle rencontre que le chemin a mis sur ma route… Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous…
Tags : Bagnole-de-l'Orneforêt des AndainesHugues de Tessé

3 commentaires

  1. A quand le livre! Ton phrasé me rappelle mes humble article de blog sur notre projet de vie en roulotte. On y retrouve une vision (naissante pour nous) du lâcher prise et du laisser faire. Nous espérons vivement pouvoir se croiser sur la route d’ici quelques années peut être (nous partons de Gironde au printemps prochain pour rejoindre la Bretagne). roulopa.blogspot.fr

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