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Marius Tour de FranceMTF #Orne

Jour 505 / Mon bonheur est dans la simplicité des petites choses

[Vendredi 4 aout]

Je quitte le camping de Carrouges vers 10h. La famille de cyclistes est déjà partie et je n’ai pas vu l’ombre d’une gardienne me demander de m’acquitter des 8 € pour la nuit passée ici … . Les touristes anglaises qui campaient ont également repris la route. Restent les trois jeunes britanniques à qui je fais signe de la main en partant.
Après un quart d’heure de marche, j’arrive au village. Les artères principales qui coupent le village sont très fréquentées. Heureusement, je ne les emprunte pas. Marius est très farceur, il décide de poser un gros tas de crottin devant un salon de coiffure ! Il aurait pu le faire avant, mais non ! Heureusement, nous ne sommes sur le trottoir et je pousse l’objet du délit avec mon pied jusqu’à une grille d’évacuation des eaux de pluie. Je profite aussi d’une boulangerie sur une place tranquille pour acheter du pain. En descendant en bas du village, j’aperçois dans la plaine, le château du XIVe siècle. Carrouges fut en effet à cette époque une place forte de la guerre de Cent Ans. Le château est devenu au XVe, un logis seigneurial et fut fortifié au temps des guerres de Religion. J’aurais sans doute pu passer la nuit là-bas car il y a de grands terrain !! Les seigneurs de Carrouges ont bien reçu Louis XI en 1473 et Catherine de Médicis et sa suite en 1570. Alors après tout, ils peuvent accueillir Marius !!Ce soir c’est dans un autre château que je vais dormir ! Je suis attendu par Claire et Diane. Deux cavalières qui parcourent la France avec leurs trois chevaux depuis plus de deux mois. Elles sont parties de Bretagne et traversent l’hexagone dans le sens contraire du mien. Depuis plusieurs semaines déjà, nous communiquons en espérant pouvoir se croiser quelque part ! Finalement, c’est donc à Saint-Patrice-Désert, où elles sont posées depuis quelques jours, que nous nous retrouverons en fin d’après-midi. J’ai eu Claire au téléphone dans la journée,  il y a du terrain pour Marius et la châtelaine est d’accord pour m’accueillir. Chouette !

Je suis dans le Parc Naturel Régional de Normandie-Maine mais je marche encore sur la route pendant de très long moment. Ce qui ne m’empêche pas de traverser des bois. Derrière moi, une dame marche au bord de la route. Elle finit par me rattraper. Marius curieux s’arrête pour être certain qu’il ne s’agirait pas d’un prédateur !! On ne sait jamais ! En Normandie tout peut arriver ! Il tente même de fuir. une fois mon âne rassuré, la randonneuse nous accompagne un petit moment. Notre voyage sera le centre de la discussion… bien évidemment !
Sur ses conseils, j’emprunte un chemin pour quitter cette satanée route. Au vu de la végétation très dense, peu de monde passe par ici ! A croire que les marcheurs n’ont plus l’habitude de trouver des sentiers avec de la vraie terre sous leurs chaussures ! Bon, désolé je me moque … C’est que par endroit, je suis obligé de me baisser car les arbustes forment un tunnel de verdure. C’est magnifique mais mon drapeau a tendance à s’accrocher aux branches et aux ronces.  J’en viens à le prendre dans ma main car il finit par rester coincé.

Vers 13h, un pré me tend les bras ! Pause broute bienvenue après trois heures de marche ! Alors qu’on commence à manger, moi une salage et Marius… une salade d’un autre type, un agriculteur vient à ma rencontre. Il habite la maison qui jouxte le terrain où je suis posé. Il me raconte que nous sommes en Mayenne mais de l’autre côté de la route c’est l’Orne. Il m’explique que tout autour c’est la montagne armoricaine. Un massif qui s’étend de la vallée de l’Orne jusqu’au Sud de la Loire, mais les montagnes, érodées pendant des millions d’années par les eaux et la glace, sont aujourd’hui de simples collines. L’Armorique, ce nom évoque plein de choses pour moi. La Gaule bien évidemment, les celtes (bien que certains archéologues affirment qu’ils n’auraient jamais mis les pieds en Bretagne… ou presque) mais aussi de nombreuses légendes dont certaines ont bercé mon enfance. L’agriculteur qui connaît visiblement bien la région me parle aussi du bocage qui façonne les paysages et mêle haies larges, champs cultivés et prairies. Il n’y en pas d’où je viens. Ici, les champs cultivés et les prés sont enclos par des levées de terre ou des talus portant des haies d’arbres et arbustes sauvages ou fruitiers. Ca change des vastes étendues de cultures intensives.

Mon incartade en Mayenne est courte, une sieste et quelques kilomètres plus tard, je suis de retour dans l’Orne. Sans le savoir d’ailleurs !  Je suis encore à 6 ou 7 km de Saint-Patrice. Les agriculteurs  ont déjà mis la paille en rond-balle. Les terres semblent souffrir de la chaleur. Le granit est partout. Les maisons sont construites en pierres granitiques. Elles sont magnifiques et me font penser aux constructions en Ardèche ou en Lozère. C’est amusant de voir changer l’architecture des habitations comme les paysages.

C’est Claire qui m’accueille sous la pluie au château. Diane a dû s’absenter quelques jours pour raison familiale. Elle rentre ce soir. Les deux voyageuses sont logées dans une maison qui fut autrefois la ferme du Petit-Jard. C’est à côté des trois chevaux des cavalières que Marius passera la nuit. Claire a scindé leur parc en deux pour que mon âne puisse avoir le sien !! C’est très gentil de sa part. D’autant qu’il pleut beaucoup !

Peu après, je me couche un moment avant de prendre une douche chaude. Depuis le début d’après-midi, je suis pris d’une migraine qui monte en intensité. J’ai pris un cachet, l’huile essentielle de menthe poivrée n’ayant eu aucun effet. Lorsque je me réveille, Diane est arrivée. Je fais la connaissance de Django, son chien. Je me sens mieux même si ce n’est pas encore ça ! Notre rencontre est l’occasion pour nous de discuter de nos voyages respectifs, de cette expérience d’itinérance, de nos rencontres. On échange des conseils, des points de vue, des anecdotes … Nous passons une très belle soirée et je suis heureux de les rencontrer enfin ! C’est une très belle rencontre que j’espérais depuis un moment. J’aime leur esprit d’aventure…

[Samedi 5 aout]

Claire et Diane m’ont un peu raconté l’histoire du château du Petit Jard construit dans un écrin de verdure. C’est passionnant. Il était inclus, jusqu’au début du XIXe siècle, dans le domaine de la Motte-Fouquet, une commune proche. Les seigneurs de la Motte y avaient construit, au XVIIIe siècle, un pavillon de chasse. La chasse à cour était alors la passion dévorante de la famille, ce qui a causé sa ruine mais qui l’a aussi sauvée pendant la Révolution car elle possédait des meutes pour la chasse au loup. Le château fut détruit entre 1868 et 1883 par les nouveaux propriétaires qui construiront, outre le logis, des écuries (équipées d’un système de récupération des jus, de chambres d’invités et d’une sellerie magnifique), une remise à voitures, un chenil (petit bâtiment octogonal au toit pointu), une orangerie. Une partie du château est classé aux monuments historiques.

Ce matin il ne fait pas trop beau. Ce n’est pas l’envie qui nous manque de rester une journée de plus ici pour continuer à partager mais Dianes et Claires ne veulent pas abuser de la gentillesse de leurs hôtes. Elles sont toutefois d’accord pour enregistrer une interview (que vous pouvez retrouver ICI) entre deux averses éparses. Chose faite, nous allons chercher nos équidés respectifs et mangeons un bout (il est déjà midi) avant de les bâter. Il est donc 14h passés lorsque nous partons. Nous passons saluer les châtelains qui nous ont accueillis. Ils reçoivent des amis et un curé avec qui je discute. Mon voyage de 3 ans les rend perplexe et le prête tente de me raisonner :  » Il y a un âge pour tout mais il faut penser à construire. » me dit-il ! Construire ? Laisser son emprunte ? Laisser des biens ? Ça me fait penser à la Rolex de Séguéla : « Si t’en n’as pas à 50 ans, t’as raté ta vie ! ».  Ça me fait penser à l’ancien propriétaire du château qui avait « construit », qui « avait des biens » mais qui a dû tout vendre car la chasse à cour l’a ruiné. Alors construire pour quoi faire ? Payer un crédit toute sa vie ? Mourir avant d’en profiter ? 

Au cours de ce voyage, nous avons rencontré des jeunes qui n’avaient pas l’intention d’acheter une maison, ou de faire un crédit pour une voiture. Ils veulent être libres, profiter de la vie, voyager, pouvoir quitter leur boulot sans craindre de ne plus pouvoir payer leurs traites. Être libre. Vivre ! Voilà ce que veut cette jeunesse qui a vu ses parents trimer, galérer, …  La vie est courte et la nouvelle génération l’a appris dans les déboires de ses aînés et dans les crises financières qu’ils ont dû traverser. Maintenant, construire peut aussi vouloir dire évoluer, se développer dans ce que l’on aime et là où on est utile. Se construire dans l’être, dans l’histoire, poser sa contribution pour soutenir une humanité en transition. Dès lors, à chacun sa manière de construire… un monde meilleur !

Notre chemin se sépare après avoir traversé une piste boisée sur quelques centaines de mètres. On se quitte non sans difficultés. Cette rencontre était très belle. Trop belle pour qu’elle soit si courte. On se promet de se revoir. Peut-être à Rocamadour. Sans doute en Bretagne… l’avenir nous le dira ! Diane et Claire prennent plein est, direction la Sologne d’abord. Elles vont emprunter le chemin qui m’a mené jusqu’à elles. De mon côté, je vais marcher sur leurs traces pendant quelques jours.  Cette idée nous fait sourire !

Finalement, et vu l’heure, je ne marche pas très longtemps. Après avoir dépassé l’Etang du Petit Jard, je fais encore 5 ou 6 km avant de m’arrêter dans une ferme pour demander « une pâture pour mon âne ». Je m’installe un peu plus loin. L’herbe est haute et bien verte. Trop pour Marius. Cette nuit, je l’attache.  Il fait beau. Je plante ma tente. N’en déplaise au curé de ce matin, c’est mon seul bien ! Tous les soirs depuis 18 mois, je m’offre un paysage différent, un nouveau décor. Mon « jardin » n’est jamais le même. Les rencontres sont à chaque fois différentes aussi et toujours enrichissantes voire attachantes… Et ça, ça vaut tous les biens ! Mon bonheur est à présent dans la simplicité des petites choses et aucun palais ne saurait me rendre plus heureux.

Le bonheur est dans le pré…

Un commentaire

  1. Le témoignage de vie nomade que nous livre Stéphane est pour nous une belle source d’inspiration et nous fait entrevoir un monde où chacun a sa place. L’entraide qui y est peinte étonne même les curés désormais épris de sedentarisme et ayant oublié les colporteurs de bonnes nouvelles semant une vision d’un autre monde où tout est possible. De simplicité volontaire en testeur d’impossibles, son parcours nous enseigne l’humilité et l’amour inconditionnel qui devrait pourtant être la seule graine à germer sur nos chemins de vie. Merci à toi Marius, tu ouvres la voie à Zorba, note Percheron pour notre projet de vie en roulottes. Roulopa.blogspot.com

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