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Marius Tour de France

Et pendant ce temps …. Symphonie balade Céline !

Le travail dans la bonne humeur et l’entraînement progressif ont eu l’air de porter leurs fruits. La vie en troupeau aussi. Depuis fin juillet, Symphonie et ses trois comparses profitent d’un parc façon « Paddock paradise », avec des pistes, des zones plus larges, des arbres, des échappatoires. Ils sont beaucoup plus zen depuis qu’ils vivent là-dedans. Sans doute car il ne sont plus confrontés à la limite d’un carré et ont toujours la possibilité de bouger en avant, et de bouger plus, surtout. Les zones plus herbeuses sont au font, les abreuvoirs près des boxes ouverts en libre service, et par conséquent ils sont presque toujours en mouvement. Nous l’avons tout de suite ressenti sur leur état d’esprit. Symphonie a une place « inférieure » dans le troupeau. Au départ, elle n’avait accès aux différentes parties que si les autres le lui accordaient. Mais comme elle a toujours vécu en troupeau avant le voyage, cela n’avait pas l’air de la déranger, au contraire. L’important est d’avoir une place. Et puis la mulette est maline, elle sait comment s’y prendre pour arriver à ses fins.
Par ailleurs, j’ai repris un peu le travail au sol, à pied, avec des indications plus claires, des exercices simples, sans pression autre que celle de bouger les hanches, les épaules, avancer, reculer, passer des petits obstacles en s’amusant. J’ai commencé à utiliser un petit stick qui sert uniquement à prolonger mon bras pour donner les indications en me permettant de moins me déplacer. Symphonie y répond de mieux en mieux, et de plus en plus finement, et avec bonne volonté. Je n’avais jamais eu l’occasion de faire ça avant, les conditions de voyage nous obligeant à « passer, même si ça doit être un peu à l’arrache ». Et puis je me suis formée, j’ai lu, regardé des webinaires et des personnes travailler. J’ai accepté de recommencer du début pour développer la finesse et la légèreté. C’est absolument incroyable la différence et le confort obtenus en quelques jours seulement!! Rien n’est jamais figé et cela vaut TOUJOURS la peine de se remettre en question. Le fait que je me sente plus sûre de moi la rend plus sûre d’elle, et la communication en est améliorée.
 
En duo avec Symphonie pour la première fois.
Rando deux jours, boucle de 34 km, Wambez – Armentières – Wambez,
mardi 2 et mercredi 3 août 2017
 
Résultat des courses, je me suis sentie prête et curieuse d’expérimenter une rando de deux jours avec un bivouac à l’extérieur, seule avec ma mulette. Comment allait-elle le vivre? Comment accepterait-elle de se séparer des autres avec qui elle commence à créer des liens? Allait-elle prendre du plaisir? Serait-elle paniquée d’être seule avec moi ou serais-je assez bon leader pour la rassurer?
Et bien le bilan est très bon, au-delà même de ce que j’envisageais. Symphonie a été géniale, en toute situation. Calme et motivée, communicative, concentrée et à l’écoute, disposée à rencontrer des gens ou passer des obstacles, curieuse et sereine, tout en profitant avec plaisir de goûter en chemin aux plantes dont elle raffole. Même le départ s’est fait sans difficulté, seulement quelques regards en arrière pour vérifier que les autres ne venaient pas, puis elle s’est mise en route franchement.
Le premier jour donc, départ à 9h30 après avoir dormi au pré. Je devais faire, selon mon tracé, 14 km. C’était sans compter que mon itinéraire passait au travers d’une forêt devenue privée, et que dans la réalité vraie, je n’ai pas pu passer. Il a donc fallu improviser et changer de destination, tourner en rond pour retrouver un chemin, revenir un peu sur nos pas, pour rejoindre un GR parsemé de nombreuses embûches destinées aux « non-piétons », des barrières et des escaliers, des passages étroits, que nous avons pu traverser dans le calme et sans stress. Au final, nous avons fait 18 km. Bivouac dans un centre équestre, où Symphonie et moi avons eu droit à un joli petit parc clos. Elle a même accepté de rester calme avec la tente et les affaires alors que j’en étais sortie pour aller manger non loin avec mes hôtes. Elle a bien tourné un peu en appelant au début, puis s’est posée. Je n’en suis encore pas revenue. Mon changement d’attitude influence directement son changement d’attitude, je le savais, pourtant, théoriquement. Mais de le voir dans les faits, je suis bluffée!
 
Nuit sous la pluie, bien à l’abri dans ma petite tente, bercée par le bruit de l’eau. Au matin, le doux frottement du museau de Symphonie au dessus de moi a remplacé le crépitement des gouttes sur la toile. Elle surveille de près le cocon dans lequel je dors et signale en brénissant doucement tout passage à proximité.
Une belle accalmie m’a permis de démonter le camp au sec, et de nous préparer confortablement. Je sens une vraie communication, une vraie attention, une vraie confiance opérer, et je trouve ça magique.
Deuxième journée égale, voire mieux que la veille. Des vaches, des vaches, des vaches, de toutes les couleurs, et pas de tension dans la longe. Je vois qu’elle prend toujours un peu sur elle, ma mulette, mais elle se fie beaucoup plus à moi. Je jubile de bonheur.
En sortant d’une piste qui rejoint la route peu avant Lanlu, je croise une voiture, qui s’arrête. Delphine, tout sourire, me propose de m’arrêter chez elle, c’est sur mon chemin. Je pourrais manger un morceau avec elle et sa famille, les enfants seront ravis. Delphine, Sébastien, leur amie Alexandra et les enfants Carla, Oscar et Maïa m’accueillent donc à leur table et me posent plein de questions, pendant que Symphonie attend plus ou moins sagement dans le préau. Elle reste calme mais manifeste tout de même un brin de mécontentement de devoir rester là, attachée à attendre un peu. Ma foi, je ne peux faire autrement. L’espace est petit et il y a plusieurs enfants en bas âge. Et mulette serait capable de provoquer quelques incidents en allant satisfaire sa curiosité dans le garage…
Puis je repars, accompagnée par Carla, 10 ans, à vélo, qui me laisse un bout plus loin, plein d’étoiles dans les yeux. J’ai croisé vraiment beaucoup d’enfants pendant ces deux jours. Des enfants entre 6 et 12 ans, très intéressés, qui se sont arrêtés pour m’interroger, qui ont fait demi-tour pour m’escorter alors que je cherchais un nouvel itinéraire, qui m’ont amenée chez leur papy qui « connaît tous les chemins », des enfants conquis par Symphonie mais aussi interloqués par la démarche du voyage, cherchant à le comprendre avec une foultitude de questions très directes et pertinentes mais aussi avec des suggestions et des avis assez posés sur ce qu’ils pourraient faire. Comme soudainement reconnectés à leurs rêves. Deux d’entre eux m’ont demandé si c’était « comme un travail, de faire ça »? Rare question qui mérite d’être remarquée. Oui, c’est un peu comme un travail, un choix de vie dans le mouvement avec les animaux et le silence, mais aussi dans la rencontre et dans l’instant:  « raconter pour faire rêver », c’est une sorte de travail. Mais pas tout le monde ne le comprend, au premier abord. La plupart des gens demandent: « Et à part ça, vous faites quoi dans la vie ? », comme on demanderait à un musicien, un peintre ou un comédien s’il a un « travail sérieux » en parallèle. Je suis sincèrement convaincue que nous avons toutes et tous une voie qui nous est propre et par laquelle nous pouvons améliorer ce monde et y apporter notre contribution, pour le bien COMMUN et celui de notre Terre. Prendre soin les uns des autres. Ne plus avoir peur. Quand ça vibre à l’intérieur, c’est qu’on est proche de cette « légende personnelle », même si elle semble folie et déraison. Ça vaut vraiment le coup de tenter de suivre cette vibration.
 
Symphonie a su qu’on avait entamé le retour avant moi, mais n’a pas pour autant cherché à se presser. Elle a juste marché la truffe au sol comme un chien, reniflant la piste de la maison. Moi, je rentre avec cette belle sensation que nous serions capable de voyager toutes les deux. Que Symphonie est tout à fait en mesure de se séparer des autres pour me suivre en chemin, et même d’y prendre plaisir. Je rentre aussi avec la conviction que j’adorerais voyager seule sur un temps défini, un mois ou deux, avec un but précis. Mais pour une longue itinérance telle que nous l’avions démarrée avec Steph, je préfère être deux. Notre équipe fonctionnait bien.
 
Retour et retournements
 
Dès lors, le voyage me redémange, vient me chercher la nuit, mais j’ai encore quelques questions sur mes capacités physiques à reprendre la route. Ma tête et mon cœur se dispersent dans plusieurs esquisses de projets. Et mon ancienne vision, datant d’avant la décision de partir à pied, revient me hanter : celle d’avoir un autre équidé, mule ou cheval monté(e), pour former un duo avec Symphonie, et qui ne m’empêcherait pas de rejoindre la caravane du Marius tour. Un ange équidé supplémentaire pour soulager nos douleurs physiques en cas de besoin, et pour le plaisir. Je marcherais toujours, évidemment, car j’adore ça et c’est inévitable en voyage, dans certains endroits. Mais ce nouveau membre pourrait parfois nous porter, nous, ou prendre sur lui une partie du chargement de nos mul’ânes. J’y pense… beaucoup. Ce n’est néanmoins pas une décision qui se prend à la légère. Un nouvel animal s’assume ensuite totalement. Je laisse la vie travailler à ma place. Si je tombe sur « la perle rare » je prendrai ça comme un signe 😉
Mais un nouveau virage de compréhension m’attend. Depuis mon retour de ces deux jours extras, mais avec toutes ces questions qui se bousculent dans ma tête et dans mon cœur, Symphonie est redevenue ombrageuse. Avec moi surtout. Retour au point de départ. J’explore différentes pistes, les chaleurs, des douleurs, mon humeur ? J’avais envie de travailler « le van », pour qu’un éventuel futur transport se déroule dans les meilleures conditions, mais rapidement ma mulette me montre qu’elle a de la difficulté à me côtoyer, même pour le pansage, même pour des câlins. Inutile d’essayer de partir seule avec elle en promenade sous peine de devoir vraiment insister lourdement… Je me sens plus triste de jour en jour. Que se passe-t-il ? Que signifie ce revirement ? Comment puis-je projeter quoi que ce soit dans ces conditions ? Et plus je me sens triste et rejetée, plus elle me jette. Au point d’apogée, comme vide et perdue, je me débats avec ma raison, mes envies, mes échappatoires, quelque chose qui me presse à « faire », à régler le problème, à focusser sur elle, plutôt que de m’arrêter et respirer. Juste « être », à l’écoute. Je suis tendue sur un fil, et j’ai envie de pleurer à tout moment…
Je comprends que Symphonie me montre en miroir mon état d’être. Emma me confirme qu’elle le sent aussi. Je mets beaucoup trop d’émotions et d’enjeux dans tout ce que je fais. Emma pense avec pertinence que Symphonie prend beaucoup sur elle, mais que là, elle ne veut ou ne peut plus. Elle a besoin que je sois calme et sereine et ne peut pas prendre en charge mon trop-plein ni les attentes que j’ai déposées sur elle. Elle en déborde, de mes émotions et de mes inquiétudes. Il me faut reprendre contact avec moi-même sans compter sur ma mulette pour me rassurer. Déjà qu’elle me montre la mauvaise et la bonne voie.
Ouf, ok je lâche… des larmes plein les yeux, je suis entièrement d’accord avec Emma. Bon, ok je lâche mon impatience et mes attentes inadaptées, et je profite de l’instant. Je fais un appel à la joie et on décide avec Emma de faire des exercices de respiration et d’étirements, si possible en présence des chevaux.
Puis au matin du 11 août, allègement. Pour la première fois depuis 10 jours, je me réveille avec le sourire. La pluie qui bat dehors me plaît. Je vais arroser et prendre soin de ce sentiment. La joie.
Tags : ArmentièresPicardieWambez

7 commentaires

  1. Salut Céline, merci pour ce très chouette article, ça prend aux tripes de te lire ! J’essaye de suivre cette « vibration » depuis un an et comme par hasard, ça m’a mené à beaucoup de joie, de nombreuses sensations d’être au bon moment au bon endroit… Très intéressantes aussi ces réflexions sur ta relation avec Symphonie. Bon cheminement à toutes les 2 !

  2. Tu es sur le bon chemin Céline. Ta Mulette te rappelle à l’ordre parfois et ça c’est génial : la véritable communication !

  3. MERCI Céline pour ces nouvelles ! Symphonie est une coquine, en témoigne son sourire narquois su la première photo ! Elle a peut-être cru que vous partiez rejoindre Marius ?? Va savoir ce qui se passe dans une tête de mule ! Des bises et bon courage en l’avenir !

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