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Marius Tour de FranceMTF #Orne

Jour 494 / Dernier bivouac de Malone

[Mardi 25 juillet]
Le temps est mitigé ce matin. On espère que la météo restera clémente aujourd’hui. Il nous reste deux jours de marche avant d’arriver à Le Boucé, chez Laure, Franck et leur fils Mathéo.  La petite famille, qui nous suit grâce à notre blog, nous a proposé de nous arrêter chez elle le temps pour moi de ramener Malone chez sa maman. Laure ayant deux ânes dans un grand parc, Marius pourrait rester avec eux le temps de mon allez-retour. C’est adorable de leur part, ils m’ôtent une sacrée épine du pied  ! Et puis ça va permettre à mon compagnon de se reposer quelques jours. A nous aussi d’ailleurs.
En attendant, nous sommes encore loin et il nous faut nous bouger un peu si on ne veut pas arriver trop tard ! J’ai acheté nos billets de train. Départ prévu dans quatre jours ! Alors hop hop !! J’ai laissé dormir Malone le temps de préparer son petit déjeuner, qu’il prendra sous le hangar planté au milieu du jardin.
La maman du propriétaire nous rend visite pour savoir si on a bien dormi et si on a besoin de rien. C’est très gentil à elle. Je la remercie chaleureusement. Grâce à son fils, nous avons pu avoir de l’eau et de l’électricité, c’est déjà beaucoup. Ce qui me fait dire aussi que Marius trimbale une batterie de 5kg qui ne me sert pas à grand chose. Enfin… quand j’en ai besoin, elle m’est très utile mais bien souvent, je trouve une prise même dans un pré !! Il y a toujours des gens sympas pour nous tirer une rallonge ! Du coup, si je fais le ratio du nombre de jours transportés par celui des jours utilisés, ça ne fait pas bésef comme dirait l’autre. Alors bon, j’hésite à chaque fois à la laisser chez un de mes hôtes.
Bref… la dame, à qui je n’ai pas demandé le prénom, me confie qu’à 80 ans, elle rencontre des problèmes pour marcher suite à une chute et que son mari avait de sérieux problèmes de cœur. Elle regrette aujourd’hui de ne pas avoir profité avant des bons moments avec ses enfants comme ceux que je vis avec Malone. « Aujourd’hui ce n’est plus possible » déplore l’octogénaire. Les regrets… C’est bien ce que je ne veux pas ! Mais finalement, ne regrette-t-on pas un jour certains de nos choix, quels qu’ils soient ?
Et pendant ce temps… Marius joue à cache-cache dans un bout de pâture, dissimulé par une haie d’arbres et situé dans un renfoncement du terrain où nous avons bivouaqué ! Un coin qui plait bien à Malone. « On aurait pu dormir là ». Oui c’est vrai !! Une prochaine fois !!!
On lève le camp vers 11h, passe voir la mère du propriétaire une dernière fois pour la saluer et la remercier encore. On repart tranquillement par un chemin qu’elle nous a conseillé. Un itinéraire plus court que celui que j’ai tracé. Après une heure de marche, je me rends compte que Malone n’a pas sa casquette sur la tête, et alors que je lui dit, je constate que moi non plus, je n’ai pas mon chapeau !! Arrrrggg !!!  Mon fils pense l’avoir perdu en chemin mais je suis sûr que lui comme moi avons oublié nos couvre-chefs là où nous avons dormi !! On est trop loin pour aller les chercher, on a déjà fait plusieurs kilomètres et puis il pleut. Je n’ai pas très envie de faire demi-tour même si je n’ai que ce chapeau pour me protéger de la pluie… Comment faire. Je tourne le problème dans tous les sens…. Il faut qu’on avance… On verra bien…
On joue, on discute et je suis moins attentif à la carte… Je me trompe souvent ce matin. Deux fois à un croisement ! On a dû rebrousser chemin car on a oublié de tourner à gauche pour me rendre compte un peu plus tard qu’en fait, on aurait dû tourner à droite !! Décidément ! Demi-tour pour prendre enfin le bon chemin et passer pour la troisième fois à côté du cadavre d’un merle écrasé au milieu du croisement.
J’ai en travers de la gorge la perte de mon chapeau. Je cherche une solution et me dis que je demanderai à quelqu’un de nous emmener à Cuy pour les récupérer. Alors qu’on longe une maison un peu plus loin avec deux ânes dans le « jardin »,  j’aperçois une dame qui nous fait signe à travers une des fenêtres qui donne sur le chemin. Me vient alors l’idée de demander aux gens s’ils peuvent nous amener à Cuy pour récupérer nos capeos et on laisserait Marius attaché dans la cour. J’hésite… encore une fois… me ravise et finalement je me lance.  Malone sonne à la petite porte du jardin et quelques instants plus tard, un homme nous ouvre. Je lui explique la situation mais notre Normand du jour n’est pas franchement ravi de nous voir et ne saute pas de joie à l’idée de nous rendre service. Il accepte toutefois mais du bout des lèvres et plutôt méfiant. Il commence à poser plein de questions sur notre voyage à Malone, tandis que j’attache Marius à un arbre. Un véritable interrogatoire ! Heureusement, mon Poulbot est devenu mon attaché de presse !  C’est lui qui bien souvent répond aux gens que nous croisons. Et lorsqu’il distribue des cartes pour Solidarité Elisa il n’oublie pas d’ajouter : « Il y a deux fautes ! » … Tout comme son père !
L’arbre, ça ne va pas finalement. « Mes ânesses ont peur des autres ânes » se justifie le propriétaire. Dans la cour, ce n’est pas possible « à cause des chiens ». Alors ce sera au bord du chemin. Je ne suis pas rassuré à l’idée de laisser Marius seul ici, tout comme nos affaires posées devant le portail de la maison. On va dire que ça va aller, nous n’en avons pas pour longtemps.
Malone et moi nous nous engouffrons dans la voiture. Notre chauffeur n’est au début pas très causant, puis au fur et à mesure se fait plus loquace. Sur la route, il me raconte avoir travaillé dans la Drôme, plus précisément dans le Diois il y a longtemps, il nous pose des questions sur le voyage et nous parlons des ânes… Bref, il se déride ! Arrivés à Cuy, il se gare devant la maison sur le jardin de laquelle nous avons dormi. On se précipite pour chercher mes chapeaux mais ils n’y sont pas. Et m****. On file à la maison de la maman, peut-être les a-t-elles récupérés. Elle n’est pas là… « Bon c’est mort !! ». Nous retournons dans la voiture, expliquons qu’on ne les a pas trouvés et qu’on reviendra à un autre moment. Notre chauffeur se gare devant la maison de la dame, attarde son regard dans le jardin et nous lance :« ils ne sont pas sur la table du jardin? ». A oui !!! Yeeees ! Je saute du véhicule, entre dans la cour et arrache les deux chapeaux ! Satisfaits, nous rentrons, pressé pour ma part de retrouver Marius qui est resté calme durant les 20 minutes qu’a duré notre trajet. Nous remercions chaleureusement notre chauffeur qui reviendra un peu plus tard avec du pain dur pour Marius et des bonbons pour Malone.
Avant de rebâter notre fidèle destrier, on mange un bout au bord du chemin. Il est déjà plus de 13 heures !
Notre route continue sous un ciel assez sombre. Plusieurs fois, nous remarquons que les bords des sentiers sont minés par de gros trous. Je ne sais pas s’il s’agit de terriers de blaireau, de renard ou de lapin, car ils sont difficilement reconnaissables, mais il y a par endroits de nombreuses ouvertures de galeries et la terre que les locataires ont évacuée forme de gros talus, réduisant même par endroit la largeur du chemin ! En rédigeant cet article je me suis d’ailleurs penché sur ces terriers pour en savoir un peu plus. J’y ai appris plein de choses, notamment que la taille de l’entrée permet de connaître la taille de l’animal et donc savoir qui y habite, que selon les locataires il peut y avoir entre 5 et 10 entrées différentes, que le blaireau fait un trou appelé « pot de chambre » pour y faire ses besoins à quelques mètres des entrées principales, ou encore que les grandes garennes de blaireaux abritent souvent plusieurs espèces en même temps comme les renards et les lapins, uniquement par intérêt car le goupil se constitue ainsi des réserves en cas de disette. Pour en savoir plus, c’est ici .
Au détour d’un chemin, nous croisons deux cavalières dont les équidés ont peur de Marius. Le contraire m’eut étonné ! Comme à chaque fois, je reste à l’écart, évite de bouger, range mon drapeau qui flotte et laisse passer les randonneuses équines que l’on rencontrera à nouveau un peu plus tard sur un chemin parallèle. Malone est fatigué et grognon, il a mal aux pieds et son petit sac à dos lui fait mal aux épaules. On cherche un terrain mais les cultures sont partout. Nous sommes sur la commune de Serans, à quelques kilomètres de Ecouché. Derrière une chapelle, j’aperçois une grosse bâtisse et surtout des parcs à chevaux. Un terrain privé ? Une pension ? « Malone, je pense qu’on a trouvé notre bivouac de ce soir ! ». On s’approche. Ça ressemble à une cave …. une cidrerie peut-être. Je vois l’une des deux cavalières croisées un peu plus tôt. « Re-bonjour, on fait un tour de France et on cherche un endroit pour bivouaquer ce soir. Vous auriez une pâture ou un paddock disponible ? ». La jeune fille va chercher sa maman qui, sans hésiter, nous propose un terrain clos. Elle est pas belle la vie !? Après avoir discuté autour de notre voyage, nous nous dirigeons vers le fameux paddock.
C’est le dernier bivouac de Malone. Sa dernière nuit dans la tente. On reparle ensemble de ces 3 semaines passées ensemble. On est heureux d’avoir vécu ce moment privilégié, même si le chemin n’a pas toujours été rose ! J’espère que j’ai su semer les graines qui germeront au fil de sa vie. Malone parle peu. Il n’exprime pas toujours ce qu’il ressent. Et puis, la petite fille de la famille qui nous accueille vient le chercher pour jouer. Je suis étonné que Malone ait toujours autant d’énergie pour courir après une journée de marche !
Je m’allonge dans l’herbe et regarde le ciel rosir. « Le 17e mois de voyage a commencé hier matin. Comme une envie de ne plus quitter le chemin… Je vous écris bientôt sur le blog. Toujours envie de vous emmener avec nous dans cette aventure magnifique. De partager le monde dans lequel je vis depuis bientôt 1 an et demi… » C’est ce que je viens d’écrire sur les réseaux sociaux. Je suis bien. Le bonheur est sur le chemin. Merci la vie. Merci là-haut. Merci à tous de nous suivre.
Il ne manque que Céline, mais j’espère qu’elle reviendra. Peut-être a-t-elle des graines à semer là où elle se trouve, des choses à apprendre et à comprendre… L’avenir nous le dira.
 
[Mercredi 26 Juillet]
On ne traine pas trop à ranger pour cette dernière journée. Nous avons 14 petits kilomètres pour arriver chez Laure et Franck au Boucé, un petit hameau situé au sud-ouest d’Argentan.
Nous remercions et saluons une dernière fois nos hôtes qui ont été très charmants. En fait, Benoît Louvet a transformé la ferme familiale, datant du 17e siècle et qui se trouvait dans l’ancienne ferme du château de Sérans, en une distillerie où on y élabore du calvados, du pommereau et du cidre
La distillerie Claque Pépin fabrique également du jus de pomme dont la famille nous ont offerts deux bouteilles hier soir. Un délice ! On s’arrête à Ecouché boire un petit café et un chocolat chaud. On passe aussi à la boulangerie acheter du pain. Les sourires illuminent les visages sur notre passage. Les regards approbateurs sont nombreux, ça fait plaisir ! Malone répond toujours avec joie aux questions des gens et distribue des cartes avec un grand sourire ! Je vais le garder, il fait un très bon attaché de presse !   
Aujourd’hui, on a beaucoup de goudron sur de la petite route. A la sortie de la ville, je quitte le GR36, trop long pour arriver à destination. Notre itinéraire nous conduit à Avoine, clin d’œil à Marius, où une habitante dont nous aurions vu la fille nous offre des fruits. Les gens sont vraiment super gentils ! Ce sera notre dessert ! Laure vient nous rejoindre avec son fils Mathéo. Ça fait toujours bizarre de « voir en vrai » les gens qui nous suivent et avec qui on a échangé par SMS ou sur les réseaux ! Ils nous accompagnent sur les cinq derniers kilomètres. Malone a trouvé un nouveau copain et moi je papote de notre voyage. L’après-midi va passer plus vite ! D’autant que le goudron est partout et la route bien monotone !
A l’entrée de Boucé, Malone saute de joie devant le panneau de la commune : « On est arrivé ! On est arrivé !! ». Joie vite retombée lorsqu’on lui explique que le hameau où habitent Laure et Mathéo est encore à 2 kils !!
On rencontre un couple d’agriculteurs bio surpris par notre petite caravane. On discute un moment au bord de la route et visiblement, nous sommes sur la même longueur d’ondes ! Leur philosophie de vie me parle. A l’heure du productivisme et du rendement, leur conception de l’agriculture est à contre-courant ! J’espère profiter de mon séjour ici pour les revoir à nouveau et pourquoi pas faire une interview…
C’est par les bords d’une départementale que l’on arrive chez nos hôtes, accueillis par Franck, le mari de Laure. La petite famille habite dans un hameau tranquille entouré de cultures et de parcs à vaches. Je débâte Marius, puis on l’emmène dans ses nouveaux quartiers, un vaste pré qui jouxte la maison. On fait la rencontre des deux ânes de la famille. Les présentations faites, je préfère les séparer le temps qu’ils fassent connaissance chacun dans leurs pâtures. On verra dans deux jours. Pour l’heure, Marius a largement de quoi se sustenter. C’est même à mon avis bien trop grand et trop gras pour lui ! Mais il va pouvoir se reposer ici plusieurs jours et ça c’est cool !
Les affaires rangées, c’est l’heure de l’apéro ! Un moment privilégié pour faire connaissance…
Tags : BoucéCuyEcouchéNormandiePont de NormandieSentillySerans

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