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Marius Tour de FranceMTF #Orne

Jour 492 / C’est [presque] là que le bât blesse…

Samedi 22 juillet] 
Hier soir, la femme de l’agriculteur propriétaire du terrain nous avait dit qu’elle viendrait ce matin avec du lait fraîchement tiré. Nous l’avons attendue un long moment avant de préparer le petit-déjeuner mais elle n’est jamais venue. Sans doute a-t-elle eu un contretemps. Finalement, Malone se contentera du lait en poudre bio que j’ai acheté pour le voyage ! Je lui aurais préféré du lait d’amande ou un autre lait de substitution mais difficile de faire changer les habitudes palais !  Le matin il mange aussi des céréales au chocolat. J’ai aussi des compotes et si on en a, je lui tartine de la confiture et/ou du miel sur des tranches de pain. Cela dit, il est temps pour nous de trouver une supérette pour aller faire quelques courses car on va commencer à manquer de provisions.
Une fois rejoint le GR que nous avions laissé 500 m plus haut, nous profitons d’un joli chemin qui se dessine dans la sous-bois c’est vraiment agréable de retrouver de vrais sentiers non goudronnés. Le plaisir de marcher dans l’herbe ne dure pas !! Nous retrouvons le bitume qui nous conduit jusqu’à Trun, où j’espère pouvoir faire car selon ma carte, il va se passer quelques jours avant de trouver une épicerie dans un des prochains villages que l’on doit traverser.
Après m’être trompé plusieurs fois dans le centre du bourg, je finis par trouver la rue qui mène à la supérette. J’attache Marius sur une partie herbeuse du parking avant de rentrer avec Madone. Bien évidemment, non seulement tous les regards se portent sur nous. D’autant que j’ai gardé mon sac à dos sur les épaules. C’est un peu comme si je portais une pancarte où serait indiquée : « Oui oui, il est bien à moi l’âne dehors qui m’attend ! ».
Une fois passés en caisse où j’ai laissé les sur-emballages aussi inutiles qu’encombrants, on retrouve Marius avant de se diriger dans un parc situé face à l’enseigne de supermarché. Nous étions passés devant avant de faire nos emplettes et avions remarqué, surtout Malone, qu’il y avait des jeux ! Il y a un peu d’herbe pour Marius qui jongle entre les déchets qui jonchent le sol. On s’installe à une table de pique-nique et nous commençons à manger mais très vite, il se met à pleuvoir ! Décidément c’est pas cette année qu’on usera les maillots de bain !
Malone a froid, on ne s’attarde pas. Il me propose qu’on aille dans un café pour se réchauffer. On se redirige donc vers le centre-ville où, avant d’aller à la supérette (ça a du bon de se tromper !), nous étions passés et avions remarqué un bar.
Difficile de trouver un point d’attache pour Marius. Le seul endroit que je trouve est entre des boîtes aux lettres mais une grille d’évacuation d’eau lui fait peur. Il n’est pas très en confiance et tire sur sa longe tout en regardant la plaque de métal.
Du coup on hésite à rester là. C’est alors que les propriétaires du café qui m’observaient nous proposent d’attacher Marius à une gouttière à côté de leur établissement. Bonne idée !
Alors que nous prenons l’un et l’autre un chocolat chaud et un café, je remarque que le vent qui s’engouffre sous le pare-soleil de la terrasse inquiète mes longues oreilles. La bâche n’est pas plus rassurante que les pots de fleurs qui bougent au dessus de lui !  La pause est donc de courte durée car entre les voitures, les passants sur le trottoir et la pluie… on est à deux doigts d’un problème que j’aimerais éviter !
On reprend donc notre chemin sous un ciel mitigé. L’orage ne semble être pas très loin. On passe devant une église des Templiers et une tour construite sur un menhir pour rejoindre un joli chemin herbeux à travers champs ainsi que des vergers de pommes. Ils sont de plus en plus nombreux. Cela dit, on est au pays du cidre.
Malone, Marius et moi ne marchons pas toujours à la même allure. Si lorsque nous jouons ou parlons, nous restons côte à côte, il arrive assez souvent que mon poulbot s’amuse ou rêvasse loin derrière moi. Et à force d’avoir la tête ailleurs, il me perd parfois des yeux. Et c’est comme ça que ne me voyant plus au détour d’un croisement, il s’est mis à hurler et à pleurer de grosses larmes. Un gros chagrin que j’ai eu du mal à calmer.
En chemin, la nature nous régale de ses fruits ; quelques mûres et des prunes. De quoi nous réconforter lorsque les kilomètres semblent interminables ! Malone a mal au dos. Son sac à dos est un peu lourd mais il ne veut pas se séparer des livres et magazines qu’il ne lit plus. Je lui ai proposé de les renvoyer par la poste pour qu’il les retrouve en rentrant mais il n’a pas confiance !
Nous voilà à Bailleul ! L’heure de se poser a sonné ! Le village semble vide. Des petites maisons anciennes sont parsemées autour de l’église. Alors qu’on s’engage sur un chemin où j’avais vu un terrain, une automobiliste passe à nos côtés pour se garer devant chez elle : le château du village. Elle sort de son véhicule et me demande ce que l’on fait. On lui explique et elle me propose d’abord un premier terrain devant chez elle puis se ravise et nous amène à un second terrain « beaucoup mieux » selon elle. Il donne sur une aile de la propriété. Nous c’est sous le hangar qui jouxte le terrain que nous dormirons. Pour faire plaisir à Malone on monte la tente, mais seulement la toile de couchage.
Marius n’est pas très rassuré, il appelle et ne décolle pas du portail. Je l’emmène au fond du pré pour qu’il voie toute l’herbe dont il dispose mais il revient lorsque j’en sors. Y a t il quelque chose qui l’inquiète?
Brigitte, la propriétaire, nous invite à prendre un verre chez elle. Elle est en pleine organisation d’une manifestation qui a lieu demain. Une randonnée équestre, cyclo et pédestre. Des amis sont là pour finaliser les préparatifs. On discute de mon aventure. Tous sont cavaliers. Brigitte aussi l’a été avec son mari. D’ailleurs, son mari et elle ont eu des chevaux qui sont malheureusement morts. Peut-être que Marius les « sent » ?
Je fais la connaissance d’Aurélia, la fille de Brigitte qui après une douche nous propose de dîner avec elle. Notre hôte, elle, est partie passer la soirée chez des amis. Dehors, les averses elles se succèdent… les éclaircies aussi. Un temps normand quoi ! !
Pendant que je vais prendre ma douche, Malone regarde la télévision et reprend les bonnes vieilles habitudes, tandis que la fille de Brigitte a préparé un petit repas.
Nous passons une très agréable soirée mais l’heure tourne et il faut rentrer dans nos quartiers. Marius est toujours devant le portail. Il appelle. Nous voir à ses côtés devrait le rassurer …
[Dimanche 23 juillet]
Marius a passé la nuit devant le portail, comme je le craignais… Je pense qu’il doit y avoir autre chose que simplement la peur d’être abandonné. Mais autant dire que ce matin, il n’a qu’une seule idée en tête, c’est boulotter tout ce qu’il trouve long des chemins ! Il va bien globalement. Seule chose qui me fait souci, ce sont les frottements notamment sur le dos, après le bord arrière du tapis de bât. J’utilise deux tapis : un en feutre et un autre type western par dessus, très épais et recouvert en partie de mouton synthétique. Jusqu’il y a quelques semaines, tout allait bien. Il y a eu d’abord des frottements de la bricole au niveau de la pointe de l’épaule, et à présent, c’est au niveau des reins que Marius perd ses poils. Heureusement, ce n’est pas sous le chargement! Mes différents réglages ne changent pas grand chose à l’usure. J’ai avancé les tapis, je les ai reculés, j’ai modifié les réglages du harnachement. Pire, la zone de frottement a même plutôt tendance à s’étaler. Si pour l’instant il n’y a pas de conséquences, cette usure pourrait le blesser à terme. Est-ce sa morphologie qui évolue et qui occasionne cela ? Peut-être. On a souvent constaté, Céline et moi, que les musculatures de nos mul’ânes sont en perpétuel changement, que ce soit après une pause comme après plusieurs jours de marche. J’ai quand même le sentiment que ses couvertures de bât y sont pour quelque chose. Céline, qui avait déjà constaté ces frottements avant son départ, est du même avis. Elle doit m’envoyer un nouveau tapis de selle avec un amortisseur en mousse dense, qui me permettrait d’une part d’avoir une meilleure zone porteuse des arçons, et d’autre part de supprimer le tapis le plus épais et voir s’il y a du mieux…
Avant de partir, Brigitte nous conduit sur le stade de la commune, lieu de départ de la journée sportive que notre hôte organise avec des amis. Cette manifestation l’est d’ailleurs à la mémoire de son mari décédé en 2009 et qui est à l’origine de ce rendez-vous. Je sympathise avec quelques participants, notamment avec un propriétaire d’ânes. L’ambiance est joyeuse malgré le temps incertain. Une fois tout le monde parti, Brigitte nous ramène. Elle ne tarde pas car elle doit retourner à l’organisation. On se dit une dernière fois au-revoir. Pour nous, vu l’heure, la journée sera courte.
Journée marquée par la traversée de la forêt de Grande Gouffern. Il y a bien longtemps que ça ne nous était pas arrivé de traverser une forêt ! On manque d’ailleurs se perdre sur les chemins. Ceux que j’avais tracés sur ma carte ne sont plus vraiment d’actualité et à un moment donné, on doit se résigner à suivre la route jusqu’à Occagnes.
Malgré le peu de kilomètres effectués, il est déjà 16h et l’envie de se poser se fait déjà sentir. Nous ne trouvons rien pour bivouaquer dans cette commune de la plaine d’Argentan. Il y a bien un vieux lavoir avec un espace vert autour mais celui-ci est trop petit pour Marius et temporairement occupé par des boulistes et leur voiture.
On continue donc jusqu’au village d’après : Cuy ! La longue ligne droite qui nous y amène nous offre une vue sur le Château du XVIIe. On fait le tour du village une fois, sans trouver. On passe bien devant une ferme mais il n’y a pas âme qui vive ! Je me décide à sonner à une porte, sinon je crois qu’il ne se passera rien ! Une vieille dame vient nous ouvrir. Elle nous confirme que le terrain n’est pas le sien mais précise que son fils a un terrain autour de la maison qui se trouve face à la sienne.
Elle nous y amène et l’endroit est parfait pour notre nuit ! Malone et moi montons la tente juste avant de prendre une bonne averse pendant au moins une heure. J’aime beaucoup ce moment de complicité entre lui et moi.  Marius, lui, a trouvé un arbre pour se protéger !
On attend la fin de l’averse pour se faire à manger. Dans la tente, on lit, on joue, on « blog » !!
Lorsque le ciel le permet enfin, je m’installe sous un auvent pour faire chauffer le repas. Notre hôte vient nous voir avant de repartir chez des amis. Il m’ouvre la porte de sa maison pour que je puisse prendre de l’eau « si besoin » et même s’il n’est pas là. Il me montre une prise électrique que je peux utiliser pour recharger mes batteries. Top !
Plus tard c’est sa maman qui vient voir si tout se passe bien et surtout s’assurer que son fils est bien rentré. Il n’est pas là. Elle est inquiète. On parle un peu. Puis elle retourne chez elle sans doute une boule au ventre.
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