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[Jeudi 20 juillet] 
Ce matin le temps est à la pluie. L’ambiance aussi avec le départ de Camille pour la Bretagne. Après 10 jours passés avec elle, Malone a du mal à retenir ses larmes…
Depuis qu’on est debout, les averses se succèdent et je profite toutefois d’une accalmie pour ranger la tente. En attendant, Malone joue à l’abri sous des arbres après avoir petit-déjeuner sous la tente.
Avant de partir, le père de Camille m’a emmené à la Poste pour récupérer le colis envoyé en poste restante par Emma, l’hôte de Céline, qui s’en est chargée. Pour ceux qui n’ont pas suivi les précédents épisodes, ce colis contient des arceaux de rechange pour ma tente, qui vont me permettre de réparer ceux qui se sont cassés lors d’un montage. La Poste restante est un service postale très pratique pour se faire livrer des affaires lors d’un voyage !!! On l’a déjà utilisé pour des paires de chaussures notamment. Lors du retrait du pli au guichet, j’ai eu la bonne surprise de ne rien devoir payer. La postière m’a fait « don » de mes 4 euros ! C’est déjà ça de gagné ! Peut-être un geste pour les désagréments occasionnés par la fermeture exceptionnelle du bureau la veille.
On reprend donc la voie verte jusqu’à Vimoutiers. Changement de département. Bienvenue dans l’Orne ! Sur ma carte, la voie s’arrête à l’entrée de la ville mais sur le terrain, l’ancienne voie ferrée a été aménagée au-delà. Alors plutôt que de la quitter et de sillonner les rues de la ville, je me dis que c’est pas mal d’y rester pour éviter la circulation. Sauf qu’il n’y a que des ponts qui enjambent des rues et donc pas de possibilités pour rejoindre le GR !!
Finalement, on n’a pas eu besoin de faire demi-tour comme je l’envisageais déjà. En continuant un peu, j’aperçois en contrebas un petit passage qui pourrait nous permettre de couper. Je demande à Malone de descendre et de me dire ce qu’il voit pendant que je garde Marius. D’après sa description, il semble qu’on peut passer par le parc d’une résidence qui donne sur une rue. Toutefois, il faut débâter car des arbres sont trop serrés pour un passage avec les sacoches. Une fois déchargé, je descends mes deux longues oreilles puis remontent avec mon fiston récupérer nos affaires.
La ville est plutôt facile à traverser. Il y a peu de circulation et certaines rues sont fermées car en travaux. Et puis il n’est pas encore 14h, les magasins sont fermés. Alors qu’on remonte une rue, une dame vient à notre rencontre, puis un homme dont la fille globe-trotteuse fait le tour du monde. Notre voyage l’interpelle, forcement. Il nous propose un lieu où nous poser mais c’est à l’opposé de notre direction. Tant pis ! La sortie de la ville se fait par une petite côte. Doucement nous retrouvons enfin des chemins boisés et non goudronnés ! On apprécie les sous-bois. Autour, des cultures, notamment de blé et de maïs. Les salers et les limousines remplacent les vaches normandes, qui se font rares à quelques kilomètres pourtant du village de Camembert.
Il est 16h30 lorsque nous arrivons à Crouttes. Je me mets rapidement à la recherche d’un terrain. Une pancarte en signale un à vendre. Bon, autant être clair, je ne suis pas là pour acheter un lopin de terre. Toutefois, j’interroge un voisin qui sort avec ses enfants lorsqu’ils nous aperçoivent. Il me répond que le propriétaire est très gentil et que je peux aller le voir. Je pénètre donc dans la propriété pour aller demander si je peux m’installer sur le terrain qui a l’air très vaste. J’hésite quand même parce que le chemin est assez long jusqu’à la maison et je n’ai pas très envie de perdre mon temps. Et puis, de loin, tout semble éteint à l’intérieur de l’ancienne ferme. Mais en m’approchant, je distingue une télévision allumée. Je toc à la porte vitrée et un homme me répond. Après m’avoir posé quelques questions sur mon voyage, il m’indique plusieurs endroits autour de la maison où on pourrait s’installer pour la nuit ! Chouette ! le site est bien vert et Marius a beaucoup de place et de l’herbe délicieuse.
Malone m’aide à installer le bivouac et pendant qu’il joue, je prépare à manger. Une fois notre dîner pantagruélique avalé (nan j’déconne), Michel, le propriétaire, nous invite dans sa maison pour boire un café. Mon voyage l’intrigue. Comme souvent lorsque les gens nous accueillent, c’est un vrai échange. Il me parle aussi de son ancienne maison qu’il a acquise au début des années 2000, tout en sortant un album photos. Celles-ci témoignent qu’il n’y avait pas d’eau courante lorsqu’il a acheté et que l’installation électrique datait de la guerre !
Les murs extérieurs était recouverts d’une épaisse couche de lierres. Si épaisse qu’elle obstruait certaines fenêtres de la maison et que c’est à la tronçonneuse qu’il est arrivé à bout de cette végétation envahissante, dont il reconnaît toutefois qu’elle a protégé le bois des colombages. Sur le terrain, autrefois agricole, il a planté un millier d’arbres sur une surface d’un hectare et il a agrandi la mare. Aujourd’hui, cet endroit est un véritable havre de paix où la faune et la flore se développent dans le parc magnifique qui nous a servi de décor. Après un petit verre de calvados histoire de goûter l’alcool local, Malone et moi retournons sous la tente pour nous coucher.
[Vendredi 21 juillet] 
La nuit a été calme. Ce matin j’ai du mal à réveiller Malone qui dort profondément, sans doute encore sous l’émotion du départ de Camille. Je prépare son chocolat chaud à mon fiston qui finalement le boit froid. Pour sa venue, j’ai trouvé du lait en poudre Bio. Il déjeune aussi des céréales qu’il fait tremper dans son bol. Un ptit dej’ presque comme à la maison mais en mode pique-nique. Il ne semble pas dérangé par ces habitudes de voyage.
Alors que nous faisons la vaisselle grâce à un robinet extérieur de la maison, Michel nous propose une douche. Il s’excuse presque de ne pas l’avoir fait plus tôt ce matin et nous explique que, son amie étant handicapée, il fallait attendre l’infirmière. Il est déjà presque 11h, et j’hésite car je crains que nous ayons chaud aujourd’hui, sans compter le risque d’arriver tard… Mais bon, allez, hop ! On y va ! Ça fait deux jours qu’on a pas pris de vrai douche.
Une fois propres comme des sous neufs, nous faisons la connaissance d’Évelyne, l’amie de Michel. Elle est atteinte d’une sclérose en plaques depuis une trentaine d’années. Aujourd’hui, elle vit dans un fauteuil roulant et son état s’est sévèrement aggravé ces derniers mois. Michel me questionne sur Solidarité Elisa, l’association de la région de Montélimar qui aide des familles d’enfants malades et/ou handicapées pour laquelle nous essayons de récolter des fonds en marchant. Il me pause aussi encore tout un tas de questions sur mon périple. Il est très intéressé et ne cache pas ses envies de voyages. Pendant ce temps, Malone lit son Picsou Magazine tout en sirotant un jus d’orange sans toutefois manquer une bribe de notre conversation !
C’est finalement vers midi que nous retournons vers Marius qui broute tranquillement à côté des sacoches. Sacoches toutefois mises suffisamment hors de portée pour ne pas qu’il fouille dedans !! Comme il est midi, on prend le temps de déjeuner avant de partir. Nous ne sommes plus à un quart d’heure près !
Après avoir salué notre hôte chez qui je sens beaucoup d’émotion à nous voir partir, on retrouve le chemin là où nous l’avons laissé la veille. Des logos indiquent que nous sommes sur une voie qui mène au Mont Saint-Michel. Surprise dix minutes après être partis, le chemin goudronné du GR est … fermé avec un cadenas ! On aura vraiment tout vu en Normandie ! Même du goudron sur des chemins privatisés pour accéder à des pâtures !  Il y a juste la place pour laisser passer un homme de la corpulence de Malone ! Même débâté, Marius ne passe pas ! On dois se résigner à faire demi-tour et prendre une petite départementale pour aller retrouver le GR plus loin. Doucement, on retrouve des sentiers en sous-bois et des chemins herbeux. Ils sont de plus en plus fréquents. L’Orne me semble bien plus accueillante pour randonner que son voisin le Calvados…
J’avais envisagé un temps prendre la direction de Camembert, village mythique où est né notre emblème national ! Je ne connaissais pas son histoire. Je l’ai trouvée sur le site touristique de la communauté de communes. Je vous la livre : « En pleine révolution française, les religieux qui refusaient de prêter serment à la constitution civile du clergé étaient poursuivis et devenaient des prêtres réfractaires. L’un d’eux, très certainement originaire de la région de Brie près de Paris, est venu demander asile et protection au manoir de Beaumoncel à Camembert, où Marie Harel fabriquait déjà des fromages. L’observant à sa tâche crémière, le prêtre lui donne une recette de fabrication utilisée dans sa région et qui permet de former une croûte autour de la pâte. Ainsi les fromages sont plus faciles à transporter de marché en marché, l’affinage est différent, le goût et la texture s’en trouvent modifiés. Ainsi vient de naître l’ancêtre du camembert que nous connaissons aujourd’hui ». Bref donc, j’envisageais de passer par là et de m’arrêter dans un temple Bouddhiste mais le temps manque. Dans dix jours je dois ramener mon Poulbot à sa maman. Les choses sont presque calées : on s’arrêtera au sud d’Argentan chez une famille qui possède deux ânes et qui est d’accord pour garder mon compagnon de voyage le temps de faire l’aller-retour jusqu’à Valence.
18 heures. Nous sommes aux Ecorches. Il est temps pour nous de trouver une pâture d’autant qu’une amie, Katia, vient pique-niquer avec nous ce soir ! Nous recherchons un terrain libre. Pas simple, entre ceux occupés par les vaches et les cultures ! Un tracteur s’engouffre dans la cour d’une ferme. Nous le suivons. L’engin est là, pas l’agriculteur ! Mince ! Le moteur est en marche, il ne doit pas être très loin ! On le cherche. Pas signe de l’éleveur ! Il doit être chez lui mais on ne peut pas accéder à la villa car le fameux tracteur bouche le chemin. On ressort de la ferme alors que les vaches nous regardent en ruminant !  Marius avance trèèèès doucement. J’ai l’impression qu’il marche sur des oeufs. Zut, on entend le tracteur repartir…. « Demi-tour !!! ».
Je lui fais signe lorsqu’il sort de l’exploitation. Le fermier éteint le moteur et descend de la cabine. Il me répond qu’il a un verger un peu plus loin et nous demande de le suivre. Bon, un âne qui suit un tracteur… comment dire… Les 500 mètres de routes nous paraissent trèèèèèèès longs !!!!  On finit par arriver devant la parcelle. Une des rares qui ne soit pas occupée par les vaches. L’endroit est idéal ! Je dois faire attention à ce que Marius ne mange pas trop de pommes. ce n’est pas bon pour lui.
Avant de monter la tente, je cure les pieds de Marius mais il est très énervé. Il aimerait bien croquer les pommes au sol. J’insiste mais il n’est pas très coopératif ! Lorsque j’entame le dernier sabot, l’antérieur droit, il m’envoie délicatement son postérieur qui me frôle le visage au millimètre. Je vois rouge ! Cela me met dans une grosse colère. Je finis par l’attacher à une clôture pendant que Malone et moi plantons la tente.
Au bout d’une heure, Marius m’appelle. Je vais le voir, lui demande s’il est calmé et le détache. Le laisser là n’aurait servi à rien. Je pense, en tout cas j’espère, que le message a été entendu. On se fait un câlin et je le laisse manger tranquillement tout en veillant à ce qu’il n’engloutisse pas trop de pommes. D’ailleurs, rapidement je l’attache à sa longue longue pour éviter qu’il ne boulotte trop de fruits.
Il est environ 20h lorsque Katia arrive. Elle découvre avec joie la caravane réduite ! Pour l’anecdote, lorsqu’elle est arrivée, je lui ai demandé de reculer sa voiture et de la garer à l’entrée du champ. Marius qui m’avait vu à côté d’elle, s’est mis à galoper vers le véhicule lorsqu’il l’a vu partir, pensant sans doute que je le laissais !! Choupinou !!!
On a passé une très bonne soirée tous les trois. Katia avait apporté, entre autre, une pizza au chorizo pour Malone qui en avait envie ! Petits plaisirs du chemin !! Merci beaucoup Katia…
Je suis couché. Malone dort. Je travaille ce soir sur la prochaine vidéo. Soudain, j’entends des pétards. C’est un feu d’artifice tiré depuis des maisons en contrebas du champ. Ce n’est pas un spectacle de grande qualité… très amateur même mais suffisamment pour faire peur à Marius en panique au bout de sa longue longe. Je sors pour le rassurer. Heureusement, cette plaisanterie ne dure pas longtemps.
Tags : CalvadosCamemberGRLes CrottesNormandieOrneVimoutiers

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