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Marius Tour de France

Jour 483 / En Normandie, un accueil extraordinaire !

[Mercredi 12 juillet]
 Il est 7h30 quand on se lève, une fois le soleil revenu nous réchauffer sous la tente. Hélas le ciel se noircit rapidement.
Nous prenons le petit déjeuner sur la précieuse bâche qui sert à abriter les sacoches en cas de pluie, après que j’ai pris soin de démonter la tente, craignant à juste titre qu’il ne pleuve davantage.

Le propriétaire du camping passe pour nous rembourser les douches de la veille. Décidément, après un accueil particulier, puisqu’il nous a demandé nos cartes d’identité en prétextant l’état d’urgence…. ce monsieur semble touché par ma démarche et tient à nous rembourser le paiement du camping pour le transformer en don destiné à Solidarité Elisa !
En fin de matinée, nos affaires sont prêtes mais nous nous abritons devant les sanitaires en attendant qu’il cesse de pleuvoir.
Il faut dire que nous ne sommes pas pressés aujourd’hui car nous n’avons que 9 km pour arriver chez Catherine, qui nous avait proposé la veille, devant le café de Pont L’Évêque, de faire halte chez elle.

Le trajet jusqu’à Bourgeauville est vallonné et se termine par de jolis chemins creux, boueux et empierrés qui rendent les pentes délicates pour Marius comme pour nous, qui manquons de glisser à plusieurs reprises. Nous marchons dans la Vallée de la Touques, un fleuve côtier qui naît aux confins du pays d’Ouche, du Perche et de la campagne d’Alençon, près de Champ-Haut dans l’Orne. Dans le pays d’Auge où nous sommes, il entaille le plateau calcaire, crayeux et argileux. Le fleuve baigne principalement la ville de Lisieux et se jette dans la Manche entre Deauville et Trouville-sur-Mer.
Beaumont-En-Auge, village pittoresque avec ces maisons en colombages, en ardoises et en tuiles, construit sur un éperon rocheux que nous traversons, nous offre un large panorama sur cette fameuse vallée.
Nous arrivons finalement devant l’église vers 17h15, le temps de nous reposer en attendant l’arrivée 30mn plus tard de Catherine et son mari Didier qui possèdent ensemble une entreprise de peinture et de décoration.
Les voilà qui arrivent à deux voitures, pour nous permettre de finir confortablement les derniers mètres avec les sacs et la chienne dans le coffre, Malone sur les genoux de Camille sur le siège passager. Quelle belle intention ! Jusqu’au-boutiste, je rebâte Marius et enfile mon sac-à-dos pour parcourir les 600 derniers mètres.
Catherine nous offre immédiatement des boissons tandis que Didier me propose un de leurs paddocks pour Marius. En effet, le couple possède sur le lieu deux chevaux qui vivent au pré/paddocks/boxes. L’un des deux toise 1m90, magnifique alezan pour le hunter, et l’autre est un beau franche-montagne, sollicité pour les balades de Didier qui est cavalier débutant.
Je monte l’unique tente qui reste, puisqu’un bout d’arceau de celle de Camille a cassé lors de la nuit au camping, craquant légèrement la toile; elle préfère donc ne pas empirer les dégâts en la montant à nouveau.
Nous nous succédons à la douche pendant que Catherine prépare apéritif et dîner avec les fonds de placard puisqu’ils rentrent de 15 jours d’absence. Nous sommes très touchés par cet accueil aussi généreux qu’improvisé !
Après un repas simple et délicieux à la fois, assaisonné d’agréables échanges, nous partons nous coucher, bien fatigués. Camille bénéficie même d’une couverture en polaire prêtée par le couple, un peu de douceur fait beaucoup de bien quand le voyage comporte quelques aspects un peu rudes ! Il est vrai que nos repas du midi sont parfois légers, Camille a mal au dos dû à son sac trop lourd et à l’inconfort qu’elle éprouve sous la tente… mais heureusement le plaisir du voyage et des rencontres est plus fort que les difficultés et l’inconfort qui le teintent, surtout au début.
[Jeudi 13 juillet]
Catherine nous ayant donné rendez-vous la veille au soir pour un petit déjeuner ce matin à 8h30, nous honorons sa proposition. Encore une fois, elle a raclé les fonds de placards pour nous nourrir. Malone a droit à l’unique brioche aux pépites de chocolat de la maison. Son mari Didier étant parti tôt au travail ce matin, Catherine ferme la maison derrière elle et nous laisse finir les préparatifs du départ. Elle nous indique par quel portillon sortir de son terrain, et nous recommande de ne pas oublier de fermer le verrou derrière nous, car son cheval sait l’ouvrir ! Mais c’est sans compter que Marius ne passe pas avec les sacoches par ce portillon ! Heureusement le jardinier arrive et il acceptera au moment de notre départ, de nous ouvrir le grand portail.
Le chemin nous mène aujourd’hui jusqu’au joli village de Beaufour. Enfin, le chemin … Plutôt une succession de routes départementales plus ou moins fréquentées. On traversera aussi les communes de Branville, Danestal et Cresseveuille. Dans cette petite commune du Calvados de 300 âmes, Serge Gainsbourg et Jane Birkin venaient vivre, trois mois par an, dans le vieux presbytère acheté sur un coup de coeur par Jane au milieu des années 70 avec l’argent du film « La Moutarde me monte au nez ». Il ne reste plus rien aujourd’hui de cette maison à part un porche gris au bout d’un chemin en pente, près de l’église. La bâtisse a disparu.
En face de l’église de Beaufour, nous apercevons deux ânes dans un pré accolé à une belle maison. Camille propose d’aller sonner : les propriétaires auront sans doute une pâture pour Marius et un coin pour la tente. Un homme nous ouvre et après avoir écouté notre demande, nous explique qu’il n’a pas de terrain et que l’un de ses ânes est un peu agressif. Il propose alors de solliciter son voisin d’en face qui possède une pâture. Camille va voir et m’appelle pour que je lui dise si la pâture conviendrait. Thierry, le propriétaire du pré, accepte immédiatement et le plus naturellement du monde d’accueillir Marius et nous dans son jardin ! Nous le prévenons rapidement que nos amis Bruno, Gaëlle et leur fils doivent nous rejoindre ici ce soir.
Non seulement il accepte d’accueillir nos amis pour la soirée, mais en plus il nous propose d’installer une table dans le jardin ! Thierry explique qu’il va dîner chez son voisin, il nous offre alors un paquet de spaghettis, un bocal de sauce tomate et un saucisson local ! Sa générosité et sa confiance nous touchent profondément. Il nous propose également d’utiliser sa cuisine pour la cuisson des pâtes et ses casseroles. Son voisin, le propriétaire d’ânes, revient de son jardin avec des aromates pour agrémenter nos pâtes ! Comme si cela ne suffisait pas, Thierry nous met sa salle de bain à disposition. Lorsque Camille revient pour se doucher, Thierry a déposé des serviettes éponge, des rasoirs, de la mousse à raser, des cotons, des brosses à dents, du dentifrice, un gel douche, un shampoing, un savon, des cotons-tiges… bref l’équivalent de toute une trousse de toilette ! Camille lui exprime son étonnement et son émotion, Thierry lui répond qu’il a beaucoup voyagé, notamment en auto-stop, et qu’il connaît l’importance du sens de l’hospitalité.
Pendant ce temps, je montre la tente avec Malone. Hélas un arceau se casse et déchire la toile. La loi des séries ! Thierry notre Sauveur nous offre du scotch gris et de quoi réparer provisoirement.
Nous passons une excellente soirée en présence de nos amis qui ont même pensé à apporter un repas végétarien pour que Camille puisse manger comme elle aime ! En effet, en voyage, il n’est pas toujours facile de se nourrir selon ses valeurs. Pour nous tous, c’est aussi un repas équilibré et complet pendant ce voyage qui nous réjouit ! Malone retrouve son copain Yaouen avec qui ils jouent dans le parc de la maison. Notre hôte propose aux enfants de ramasser groseilles et cassis pour notre dessert ! Nous sommes comblés.
Vers 23h, nos amis s’apprêtent à repartir et Thierry qui revient de sa soirée nous installe gentiment une lumière pour notre tente.
[Vendredi 14 juillet]
Après une nuit sereine, réveillée par la lumière du jour, Camille ouvre la porte de la tente et éclate de rire, Marius est dans le jardin et non plus dans son pré, il a réussi à ouvrir le portail en bois tout seul ! Il est devenu le spécialiste de l’évasion ! En pyjama et sandales, elle s’empresse d’aller le chercher pour me le ramener. Je constate que Marius a enlevé le fil qui les attachait, avant de réussir à tirer vers lui l’un des deux battants du portail qui s’ouvre vers l’intérieur ! Trop fort !
Camille se rend à la cuisine pour finir la vaisselle de la veille lorsque Thierry descend et nous invite à prendre le petit-déjeuner avec lui.
Nous voilà bientôt tous les quatre autour d’une table offrant du pain grillé délicieusement odorant. C’est bien le voyage, parfois synonyme d’inconfort et de manque, mais surtout synonyme de retour à l’Essentiel, qui fait prendre conscience des petits plaisirs simples de la vie… comme celui de l’odeur du pain toasté !
Thierry  nous parle de ses voyages, et nous raconte quelques anecdotes concernant des périples à l’autre bout du monde avec ses enfants et sa femme. C’est un chouette moment de partage et d’échange, purs instants de bonheur à nos yeux.
Nous ne reprenons la route qu’un peu avant midi, en direction de Druval après avoir remercié notre hôte très chaleureusement.
Peu après la sortie de Beaufour, une voiture ralentit à notre hauteur et un jeune couple nous propose de venir boire un verre chez eux environ un kilomètre plus loin. Nous acceptons avec joie même si nous venons juste de partir, en voyage toute occasion de rencontre est bonne à prendre.
Nous voilà arrivés chez Romain et Marie qui nous installent expressément autour de leur jolie table de jardin en bois. Je m’occupe d’installer Marius dans un petit pré attenant au jardin. Un torrent sépare le jardin de la parcelle d’herbe par endroit boueuse.  Je me résous à le traverser en chaussures, Marius, lui, décide de le sauter d’un grand bond qui manque de me bousculer !  Spectaculaire saut de Marius que nous n’avons absolument pas eu le temps de photographier !
Marie, incroyable fée du logis, s’empresse de nous préparer un repas improvisé à travers un apéritif amélioré. Le couple a de délicieux produits frais à nous proposer.
Ils nous expliquent posséder tous deux une écurie de chevaux de course galopeurs. Leur récit passionné fait chaud au cœur. Ils nous disent aimer leurs chevaux et leur offrir un traitement bien meilleur que la majorité des établissements de ce type.
Ils nous proposent rapidement de rester passer l’après-midi avec eux et d’installer la tente dans leur jardin à côté de Marius car leur chambre d’amis sera occupée ce soir par un couple invité. Nous acceptons avec plaisir, nous voyons là l’occasion d’une belle rencontre et puis, même si Camille est un peu frustrée de ne pas avoir marché davantage, cette journée de repos nous fera le plus grand bien. Avec seulement deux kilomètres, cette étape sera sans nul doute, la plus courte du Tour de France !
Nous passons finalement une agréable soirée avec au menu brochettes de légumes et viande bio au barbecue.
Malone lui, a enfin l’occasion de profiter de la présence d’un autre enfant de son âge.
La façon de voir les chevaux de nos hôtes ne correspond pas à la nôtre, mais nous comprenons qu’ils les aiment sincèrement, à leur manière, et on les écoute avec attention. On échange, on partage dans le respect de nos différences de points de vue.
C’est une expérience riche pour nous, de partager ce moment avec des personnes de cheval qui sont dans le monde des courses, univers opposé que nous ne comprenons pas toujours, parfois avec des préjugés, et de découvrir qu’ils ont le cœur sur la main !
Après avoir fini la soirée au chaud sur le canapé du salon, nous rejoignons la tente, laissant la joyeuse troupe chanter jusqu’au milieu de la nuit.

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