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 [Mardi 28 Juin]
Ce matin, je prends mon petit déjeuner avec Viviane et son mari, le couple qui habite à côté du champ où j’ai passé la nuit. Institutrice à la retraite et « défenseure » des animaux, Viviane est très attentive à la santé de mon compagnon de voyage. Tous les deux sont cavaliers et ont été très actifs dans une association qui avait pour objectif de rendre les chemins publics lorsqu’ils avaient été spoliés par les paysans. Nous discutons longuement autour du petit-déj. et l’heure tourne! Je finis pourtant par lever les voiles vers 13h !
En ce début d’après-midi, il fait chaud. Le soleil brille, alors que je me suis couvert de peur d’avoir froid et de prendre la pluie ! Il faut dire qu’au petit matin, on supportait une petite laine ! Difficile de s’habituer au temps normand… « Peut-être ben qu’oui, Peut-être ben qu’non ! »
Premier chemin : première barrière… Pour le coup, je crois que c’est moi qui me suis trompé  ! Demi-tour et retour par le chemin initialement prévu pour rejoindre le GR que j’ai abandonné la veille dans l’idée de me poser à Beaurepaire. En fait, en discutant avec mes hôtes,  j’avais décidé de ne pas prendre ce sentier qu’ils me déconseillaient car potentiellement dangereux avec un équidé. Finalement, il est plus facile que prévu !  Certes il y a quelques ornières, mais il est tranquille et en légère pente. Nous n’avons pas la même notion du mot « pentu ». Quand on a fait le Vercors, les Ecrins ou encore le Jura, ce genre de sentier est plutôt facile. Cela dit, il faut rester vigilant : une glissade et un accident sont vite arrivés !
Le chemin est arboré ! La verdure me manque beaucoup ! Ca fait du bien de retrouvé des sous-bois.  Je fais attention de ne pas me tromper car il se sépare en deux GR. Les traits rouge et blanc sont les mêmes, mais pas les numéros ! Il est préférable de ne pas se tromper pour évider de se retrouver dans une direction opposée.  Marius veut sans arrêt bouloter ! Il me tire le bras à chaque fois qu’il baisse la tête ! Ça fait mal ! Je découvre sur le sentier un jeune chevreuil mort, probablement fauché par la machine qui a coupé l’herbe … Le chemin s’étire joliment jusqu’à Criquetot-L’Esneval où le goudron refait surface. À la sortie de Vergetot, je constate que la route sur laquelle passe l’itinéraire que j’ai tracé est trop fréquentée. Pour éviter les galères et le stress du bord de route,  je fais un point carte rapide puis m’engage sur une petite route qui me conduira à l’entrée d’Emalleville. Un gros rond point nous permettra de traverser une autre grosse départementale en toute sécurité.
La fatigue pèse. En milieu d’après-midi, je me dis qu’il est bon que je trouve un endroit où m’arrêter. Devant la salle communale, j’hésite. Ses infrastructures sportives sont entourées d’une pelouse coupée mais verte. Toutefois,  je ne vois pas bien où je pourrais m’installer. Je continue donc et après deux kilomètres, j’aperçois une ferme depuis la route qui doit me ramener jusqu’au GR. Là encore, j’hésite à y aller : les bâtiments semblent vides.
Allez, je tente, on verra bien. Je m’approche et en longeant les hangars, j’entends du bruit. Serait-ce l’heure de la traite ? Lorsque je pénètre dans l’exploitation, les laitières ont presque toutes donné leur contribution. Un jeune homme termine de nettoyer la machine. Je le reconnais : je l’ai aperçu un peu plus tôt dans l’après-midi. Il conduisait un tracteur sur une des petites routes que l’on a prise et a attendu patiemment derrière nous. Le temps que nous nous rangions sur le côté pour le laisser passer. Après lui avoir expliqué ma démarche et ce que je cherchais, l’apprenti téléphone à son patron. L’exploitant arrive une dizaine de minutes plus tard. Les présentations d’usages faites, Nicolas m’indique une pâture pour Marius à côté de ses vaches et me propose de m’installer sous un hangar d’où je peux voir mes longues oreilles. C’est Royal ! Cela m’évite de monter ma tente ce soir ! C’est toujours du temps de gagné. Je vais juste étendre la bâche pour installer mon matelas et mon duvet.
Durant la discussion, Nicolas exprime le souhait de voir ma carte d’identité. Surprenante démarche pour un agriculteur qui accepte de m’accueillir pour une nuit ! J’acquiesce et feins d’oublier. Mais quelques minutes plus tard, il revient à la charge. Je l’interroge : « Pourquoi ? ». L’exploitant m’assure que c’est juste « s’il y a un problème, il a mes coordonnées ». La confiance règne me dis-je au fond de moi-même. J’ai le sentiment étrange de passer pour un présumé voleur.
Nicolas photographie ma pièce d’identité avec son téléphone puis me montre où je peux trouver de l’eau avant de partir en me souhaitant une bonne nuit.
Un quart d’heure plus tard, alors que je commence à installer mes affaires, Nicolas revient pour m’inviter à dîner et me proposer une douche. J’accepte bien volontiers. Je laisse Marius en espérant qu’il ne va pas trop braire pendant mon absence…
Après une bonne douche, je fais la connaissance de Christelle, la femme de Nicolas et de leurs deux enfants. Ces derniers me posent plein de questions sur mon voyage. Ils sont adorables ! Au cours de la soirée on échangera beaucoup sur l’état de l’agriculture et notamment les problèmes liés au prix courant du lait. Outre ses vaches laitières, Nicolas peu vivre de son exploitation grâce à la culture du lin et des céréales.
 
[Mardi 29 Juin]
A quelques jours des vacances scolaires, je cherche une nourrice pour Marius ! Je m’explique (enfin ceux qui suivent nos aventures depuis le début connaissent mais je ré-explique !) : notre voyage est rythmé par les vacances scolaires de mon fils. Du coup, à chaque fois, on se met en quête d’un lieu clos où nos mul’ânes pourront attendre tranquillement le temps que j’aille voir mon Poulbot. Lors des vacances estivales, je vais le chercher puis le ramène après un mois passé avec nous sur les chemins. C’est ce qui est prévu cet été pour juillet. Mais d’habitude Céline reste avec nos longues oreilles le temps de mon aller-retour. Cette fois donc, étant seul, je dois trouver une personne de confiance qui pourra garder Marius… Et à quelques jours de la fin des classes, ce n’est pas gagné ! Mais je fais confiance, je suis sûr que là-haut, « ils » me trouveront une solution !
A cette échéance s’ajoute une autre difficulté : le franchissement de la Seine ! Trois possibilités : le pont de Tancarville, celui de Normandie ou le bac. Pour les deux premières, un van est indispensable car longer ces deux énormes routes fréquentées me paraît compliquées. J’ai lu aussi qu’elles étaient interdites aux équidés. Je n’en ai pas eu confirmation, mais cela me semble assez évident au vu des images satellites que j’ai pu voir. Pour le bac, il faut réserver à l’avance pour la traverser du fleuve. Mais je crains de ne pas arriver à l’heure avec mon âne. Et puis je ne suis pas certain que Marius apprécie la traversée en bateau … Bref, c’est pas gagné ! Un contact m’avait bien proposé de me faire passer la Seine dans un échange de mail qui date un peu. Mais depuis, plus de nouvelles et pas de réponse à ma sollicitation. Heureusement, grâce à Facebook notamment, d’autres personnes qui suivent nos pérégrinations ont une cette même démarche généreuse. C’est le cas de Bruno.
Bruno habite à Beuzeville, de l’autre côté du pont de Normandie, dans l’Eure. Nous communiquons depuis plusieurs jours lui et moi. Propriétaire de trois ânesses, il suit depuis un moment déjà notre aventure et m’a invité à nous arrêter chez lui. Connaissant la problématique liée à la Seine, il m’a gentiment proposé de venir nous chercher. Ayant un planning chargé, ce passionné d’ânes et de randonnée vient me chercher aujourd’hui, en milieu d’après-midi, là où je serai ! Je vais me rapprocher au plus près de Tancarville pour lui éviter de faire trop de route mais je n’y serai probablement pas aujourd’hui comme je l’avais envisagé. A vrai dire, j’ai toujours un peu de mal à marcher sereinement et me pose toujours la question du sens de ce voyage aujourd’hui, sous cette nouvelle forme et après les événements récents… Et puis la route est monotone et je n’éprouve pas grand plaisir à marcher sur le goudron…
Il est 6h30 lorsque Nicolas vient me chercher sous le hangar pour aller petit-déjeuner chez lui. En cette période d’épreuves dans les établissements scolaires, il est examinateur dans un lycée agricole. Il doit partir tôt et je trouvais chouette de se voir avant son départ. J’ai beaucoup apprécié ma soirée dans cette petite famille. Comme souvent les échanges sont riches et intéressants. J’apprends beaucoup de ces rencontres. Elles me permettent aussi de faire tomber les préjugés et les idées reçues. Christelle m’a expliqué la raison pour laquelle son mari m’avait demandé ma carte d’identité. C’est un cambriolage commis la veille de mon arrivée chez ses parents qui est à l’origine de cette méfiance. Je comprends et je ne peux que les remercier de m’avoir malgré tout ouvert leur porte et leur cœur.
Je repars donc à pied jusqu’à la ferme. Marius n’était pas tranquille ce matin. Pas plus que les vaches d’ailleurs qui avaient peur de rentrer dans le hangar pour la traite ! J’ai dû déplacer Marius histoire de laisser passer les plus intimidées ! Ça n’a pas suffit : quelques-unes ont préféré rester dehors. Si Marius commence à faire peur aux vaches, Symphonie pourra peut-être revenir !! Elle se sentira protégée !!!
Après deux heures de marche, je me pose dans un champ. une jeune femme vient à ma rencontre et me demande ce que je fais. Elle habite dans la maison qui se situe de l’autre côté du pré. De là où je suis, je vois ses chevaux sentir mon âne et s’énerver. Je lui explique que je mange un morceau avant de reprendre la route et l’a rassure en lui précisant que je ne reste pas très longtemps. Elle s’en va, puis, trois quarts d’heure plus tard, revient toujours d’un pas décidé. La propriétaire des équidés me dit avoir fait des recherches sur internet pour trouver des informations sur notre équipage. Et elle est tombée sur ma page Facebook et mon blog ! La magie d’internet ! Je suis très surpris !
Mélanie me demande alors si j’ai besoin de quelque chose et je lui fais part de mes recherches d’un endroit où je pourrais laisser mon âme pendant quelques temps. Spontanément, elle me répond qu’il est possible de le laisser chez elle quelques jours. J’hésite. Ça m’enlèverait une vraie épine du pied, mais il me reste presque une semaine avant le début des vacances et si je ne marche pas, je perds aussi du temps. Et puis, Bruno et sa famille se sont organisés pour venir me chercher et m’accueillir. Je décline donc la proposition, même si elle était vraiment tentante. Je préfère traverser la Seine avant tout. Il me reste encore un peu de temps. Je m’inquiétais de savoir si j’allais trouver une solution pour Marius, mais je constate que des portes s’ouvrent. Je suis donc rassuré: Il y en aura d’autres.
Marius rebâté, j’avance encore un peu après avoir pris finalement un café avec Mélanie. Je passe au-dessus d’une l’autoroute et, vers 16h30, Bruno est au rendez-vous. Devant une ferme, on charge Marius qui rentrera tout seul dans le van ! Chapeau l’ami !
Je fais la connaissance de Yaouen, le fils de Bruno, qui l’accompagne. Direction le magnifique et impressionnant Pont de Normandie avec les explications de mon guide !
Nous arrivons après une demi-heure de route. Marius va pouvoir se reposer dans un pré un peu à l’écart des habitations mais à quelques dizaines de mètres de la villa de mes hôtes. Après avoir fait connaissance de Gaële, la femme de Bruno, des trois ânesses de la famille sans oublier les deux moutons,  Bruno me montre mes quartiers. Je vais rester ici quelques jours. Je dois prendre mon train en début de semaine.
Tags : BeuzevilleEmallevilleEureNormandiePontPont de NormandieSeine-MaritimeTancarvilleTour de France

4 commentaires

  1. Tu n’as pas filmé la montée en van de Marius pour montrer à Symphonie comment il faut faire ? Dans son dernier post Céline s’en souvient encore et appréhende de renouveler l’opération… au cas où…

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