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Marius Tour de FranceMTF #Seine Maritime

Jour 466 / Etretat sous la pluie, dernières falaises avant le retour dans les terres

Il est environ 9h30 lorsque je quitte le jardin de mes hôtes. Je n’ai vu personne ce matin. Je laisse la bouteille de cidre offerte la veille par le mari d’Emmanuelle devant la porte, car finalement elle sera trop lourde dans le bât de Marius. Je sors tranquillement du village de Vattetot-sur-Mer. Je contourne par la route la valleuse d’Étige, pour éviter les mauvaises surprises, et c’est donc par la départementale que je rejoins Bénouville, et reprends la clé des champs par le GR 21.
Lorsque j’arrive à Étretat, l’un des joyaux de la Côte d’Albâtre, il pleut ! Le chemin descend par une zone résidentielle. On y va lentement car le goudron glisse un peu sous les sabots de Marius.

Arrivés sur le front de mer, il pleut toujours. Mon regard cherche la fameuse arche. Celle pour qui je suis là. Malgré le mauvais temps, il y a des enfants, notamment des écoliers, dont un groupe intrigué, qui vient à ma rencontre pour me poser moult questions. Après quelques minutes, je continue mon chemin. Je n’aime pas trop m’attarder, de peur que Marius ne dépose un crottin. J’avance pour trouver le meilleur endroit pour faire un selfie ! Dommage, il pleut mais la beauté de ces vertigineuses falaises qui surplombent la Manche, méritaient bien un détour !

J’ai lu quelque part que sur cette plage, autrefois, les femmes lavaient leur linge. Aujourd’hui ce sont les touristes qui viennent en masse profiter du paysage. La photo dans la boîte, j’emprunte de petites ruelles pour sortir la ville. Je quitte la côte normande.  Retour dans les terres. Je mets le cap sur le pont de Tancarville. Après le camping, un champ utilisé comme parking me tend les bras ! Il n’y a quasiment pas de voiture et je saisis l’occasion pour y décharger Marius. C’est l’heure de la pause, cela fait 3h environ que l’on marche, et j’en profite aussi pour manger. La pluie redouble alors d’intensité, et je finis par me mettre sous ma bâche en attendant une accalmie.

Je me suis endormi alors que Marius dégustait l’herbe du terrain. Le temps semble s’arranger, alors je commence à ranger mes affaires, et je recharge mon compagnon de voyage. Au bout du parking, je retrouve une petite route goudronnée qui monte jusqu’au Tilleul. Sur ma carte est indiqué un camping, mais finalement je ne le trouve pas. Le bitume disparaît en quittant le village normand, et devient un très beau sentier herbeux qui sillonne au fond d’une petite vallée. Après une poignée de kilomètres, je quitte le chemin pour remonter jusqu’à Beaurepaire, afin d’y trouver un endroit où planter mon bivouac.

Après avoir cherché un petit moment, notamment du côté d’un centre de loisirs,  c’est dans une ferme que je demande à un agriculteur s’il aurait une pâture pour la nuit. Après avoir échangé sur le voyage (sa femme et lui on fait notamment une partie du chemin de Compostelle), il m’offre quelques œufs et de la salade, et m’indique un champ récemment coupé. La fenaison est terminée par endroit, ce qui me permet de trouver davantage de champs où me poser le soir. L’herbe est un peu sèche mais ce sera suffisant pour Marius. On pense à tort que l’herbe bien verte et bien grasse est bonne pour les ânes.

Ben doit me rejoindre ce soir pour pique-niquer. Mais une fois ma tente installée, il se met à pleuvoir à nouveau. Je m’installe alors dans mon 2 m2 de toile pour l’attendre ! Dehors, il pleut de plus en plus fort. Je pense à Marius qui lui, n’a rien pour s’abriter.
En sortant pour voir si tout va bien, j’aperçois une silhouette de l’autre côté du grillage, qui semble donner quelque chose à Marius. C’est une voisine qui pensait que Marius s’était sauvé de son enclos. On discute un moment. Elle a aussi des ânes. Je les avais aperçus à côté des habitations où je me suis installé. Elle me propose de mettre Marius à l’abri sous un arbre et m’invite à venir me réchauffer chez elle. Elle fait partie d’une association de protection animale, et trouve Marius en bon état. Ça me rassure ! Son mari et elle m’invitent à dîner, mais je décline car Ben doit arriver d’un instant à l’autre. Elle me propose alors deux œufs d’oie que j’accepte volontiers, ça nous fera une bonne omelette ce soir !

Finalement, ce sera des œufs à la coque ! Ben arrive en début de soirée, c’est toujours un plaisir de revoir ce jeune musicien devenu un ami, qui était venu marcher quelques jours avec nous entre la Baie de Somme et Offranville. C’est dans sa voiture que l’on dégustera les œufs. Il pleut trop dehors. On refait le monde, nous évoquons nos vies et le regard de nos familles sur nos projets, leur inquiétude face à l’avenir incertain, les projections de leurs peurs sur nous… Pas facile. Tout jeune, on nous assène qu’il faut une bonne situation pour avoir de l’argent et être heureux ! On formate les esprits d’abord dans les familles, puis dans les écoles. Bien souvent, les peurs des parents ne laissent pas leurs enfants s’épanouir, choisir leur véritable voie. Ils poussent leurs progénitures à faire des études supérieures pour qu’elles exercent des professions intellectuelles. Il vaut mieux être scientifique ou médecin que poète ou artiste. Et puis ça flatte toujours plus l’Ego d’avoir un enfant ingénieur  !

Moi, à 20 ans, je n’avais jamais eu envie de voyager. Partir marcher avec un âne ne m’était jamais venu à l’esprit. Je ne savais même pas que cela existait, des gens qui partent à l’aventure avec leur équidé. J’étais à 20 000 lieues de cela, pris dans le boulot, avec dans la tête le refrain en boucle de « la bonne situation » … Jusqu’au jour où la vie m’a « recadré » et m’a poussé sur les chemins avec Marius… Neuf ans plus tard, lorsque j’ai décidé de tout vendre pour partir, personne ne m’en a vraiment dissuadé… Je pense que d’abord, ils étaient peu nombreux à croire en mon projet un peu fou. « Ça lui passera », ont sans doute pensé certains. C’était mal me connaître et ceux qui me connaissent, savaient que j’irais  jusqu’au bout. Les plus critiques se sont tus ou ont gardé leurs jugements pour eux. Je ne les ai pas entendus même si leurs silences en disaient long… “Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront.” disait René Char. C’est exactement ça.

En dessert, Ben a apporté des … religieuses au chocolat ! Mon péché gourmand !! Hummmmm quel bonheur, un peu de douceur !!

Tags : EtretatNormandieSeine-MaritimeTour de France

2 commentaires

  1. Je suis ton aventure avec Marius sur FB de loin en loin. Je ne sais pas pourquoi, cette fois j’ai cliqué sur le lien de ton récit sur l’Arche… ton propos sur nos cages dorées raisonne tellement fort en moi…
    Merci et bravo pour ce que tu fais.
    Amicalement,
    Elisabeth

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