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[Lundi 26 Juin]

Alors que je range tranquillement mes affaires sur l’aire municipale où j’ai bivouaqué, et que Marius broute encore un peu tranquillement, un jeune homme s’approche de moi, et me demande si j’ai dormi ici. Surpris, j’ai d’abord pensé qu’il s’agissait de quelqu’un qui bosse à la mairie du village. Et puis, en voyant son sac marin sur les épaules, et ce qui semblait être une couverture en laine, j’ai compris que c’était un voyageur ! Avec ses petites chaussures en cuir, Nicolas n’a cependant pas la dégaine du « wanderer ». Lui, son trip, c’est de marcher en direction du Danemark où, me dit-il, il va chercher son bateau. Tout en terminant de boucler les sacs, on discute un moment. Il me demande si je peux lui faire un café. J’accepte, bien que tout soit déjà rangé. Allez, Steph, c’est ta bonne action du jour !

Vers 10h, je lève le camp. Nicolas prend la direction de la Baie de Somme tandis que je pars de l’autre côté, vers Etretat… Juste pour la photo. On se salue et on se dit que, qui sait, un jour peut-être on se croisera à nouveau… Après tout, il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas … et encore ! Quelques minutes de marche plus tard, je reçois un appel de Claire qui me donne les coordonnées de ses amis qui sont d’accord pour nous recevoir dans la soirée. Chouette !

Direction Fécamp. Une nouvelle ville à traverser ! J’y vais sans appréhension, mais je ne peux m’empêcher de penser à Céline et Symphonie, pour qui la traversée des villes n’était pas une sinécure.

Ancien port morutier sur le littoral du pays de Caux, Fécamp se trouve dans la valleuse de la Valmont, sur la côte d’Albâtre. Je découvre la ville depuis les hauteurs de Notre-Dame du Salut, une chapelle érigée au XIe siècle, puis reconstruite au XIIIe. Grâce à sa « situation remarquable pour les navigateurs », le site a échappé à la destruction révolutionnaire. Plus tard,  au XIXe siècle, les marins pêcheurs de Fécamp feront de cette chapelle le but de leur pèlerinage. Ils s’y rendent avant et après leurs voyages à Terre-Neuve, en passant par le chemin nommé « la sente aux matelots ». Je prends quelques minutes pour admirer la vue, mais ce n’est par cet ancien chemin de croix des marins que j’atteins le centre-ville. Je préfère la route car je suis sûr de ne pas tomber sur une barrière !

Le sentier traverse la rade, puis emprunte l’avenue en bordure de mer. D’ici, impossible pour nous de longer la plage, il y a trop de marches pour y accéder ! Avant de me lancer sur l’artère très animée, je décide de me poser à la terrasse d’une sorte de cabane à frites pour y boire un café. Les points d’attache ne sont pas légion près du snack, alors je décide de laisser Marius en face, et de l’attacher à une sorte de clôture. En fait, je n’en ai pas eu le temps : il a fait un bon crottin sur le trottoir ! Hé mer*** ! Bon… Ben… Le café ce sera pour plus tard ! Là, j’entends quelqu’un râler dans le snack d’en face. « Faut ramasser », me lance le commerçant. Réflexion qui a le don de m’agacer et je lui rétorque que « je sais ce que j’ai à faire » et que, pour sa gouverne « le crottin d’âne ce n’est pas des crottes de chien ». Le café ce ne sera pas ici, c’est sûr.

Je prends le temps de débâter avant de ramasser l’objet du délit ! Après vingt bonnes minutes, j’emprunte le boulevard sous les regards intrigués des badauds. A quelques dizaines de mètres du Casino qui se situe au bout de l’artère, un groupe d’enfants traverse la rue avec plusieurs accompagnatrices. Je les laisse passer et au milieu du passage clouté, elles me posent des  questions sur mon aventure (certaines ont lu l’article paru la veille dans le quotidien Paris-Normandie), me prennent en photo et alors que des voitures commencent à s’agglutiner derrière moi, adultes et enfants m’applaudissent… Wouaw !!! Que d’émotions ! Je les remercie chaleureusement et reprends mon avancée.

Je passe devant le Casino puis grimpe sur l’autre versant de la valleuse et là, une nouvelle barrière bloque mon chemin ! Non mais sérieux ! Quand ça veut pas ! Pourtant, j’avais bien pris soin, lorsque j’étais en bord de mer, de demander à des locaux, si ce chemin était barré ! Visiblement, ces personnes ne fréquentent pas souvent cette route, car ils auraient vu cette vieille barrière rouillée… Heureusement, il n’y a pas de cadenas, mais la barre en fer est longue et très lourde. Ça va être compliqué de la soulever d’une main tout en tirant Marius de l’autre…  Je tente donc d’approcher mes longues oreilles au plus près de la barre avant de la porter à bout de bras. Marius n’est pas très rassuré. Il avance avec prudence et soudain se met à accélérer. Il me pousse. Je retiens la barrière péniblement et pour éviter de la laisser tomber, je me contorsionne. J’ai mal. Marius est passé… Je lâche tout, en rageant de douleur. J’ai très mal aux côtes et au bras mais il est passé ! Ouf ! Je prends quelques minutes pour souffler un peu, puis on continue notre grimpette. Le GR sillonne dans un camping que l’on traverse, sous le regard amusé des touristes qui nous photographient.

A travers champs, mais jamais très loin de la mer, je poursuis sur le GR 21, traverse Grainval puis Criquebeuf-En-Caux, où je remplis ma gourde et donne à boire à Marius, en discutant avec les deux sympathiques agents communaux qui m’ont indiqué où je pouvais trouver un robinet dans le cimetière qui ceint l’église. Un peu plus tard j’entre dans Yort, un autre très joli petit port de pêche avec son … Casino ! Je n’en ai jamais vu autant au km2 ! C’est à se demander si les joueurs sont si nombreux à tenter de gagner de l’argent aux bandits-manchots !  Impressionnant ! Très belle station balnéaire, je galère toutefois pour la traversée entre les bruits de véhicules en tout genre, et les rues à sens unique. Mais je garde le sourire ! Les gens sont sympas !

Il me faut descendre encore dans une valleuse avant d’arriver à Vattetot-sur-Mer où je suis attendu par Emmanuelle, l’amie de Claire. Je trouve facilement la maison, grâce à l’adresse qu’elle m’a indiquée. C’est en fait son mari qui me reçoit. La maison est celle de ses beaux-parents absents pour quelques jours. Ils ont un verger bien herbeux dans lequel je plante ma tente et attache Marius loin des arbres. Je profite d’une salle de bain pour prendre une douche… froide, mais une douche revivifiante !

Le mari d’Emmanuelle doit partir ce soir pour Paris. Informaticien, il partage sa semaine de travail entre son bureau en Normandie et la capitale. La construction de la ligne TGV permet une certaine qualité de vie, appréciable pour ceux qui ont décidé de fuir la mégapole. Moi qui prône l’éloge de la lenteur, je suis à l’opposé de cette course effrénée contre le temps. A la vitesse de mon compagnon de route, je suis bien loin de la foule parisienne !

C’est donc finalement seul que je passe la soirée. Ce n’est pas ainsi que je l’imaginais mais c’est comme ça, après tout… J’avais peut-être besoin d’être seul.

Tags : Criquebeuf-En-CauxEtretatGR21GrainvalVattetot-sur-MeYort

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