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Marius Tour de FranceMTF #Seine Maritime

Jour 464 / Et si le vagabond que je suis, n’avait pas d’âne …

[Lundi 24 Juin]

J’ai bien dormi à côté des boxes. Une longue nuit de plus de 12 heures, à l’abri sous l’appentis. Marius a été très calme dans le paddock à côté. Ce matin, le ciel est nuageux. La météo annonce de la pluie. Je profite d’une prise électrique pour charger la batterie de mon téléphone, et celle de mon ordinateur. Je me fais chauffer  de l’eau dans le cabanon de jardin qui sert de bureau, comme me l’avait proposé hier soir Sandrine. Pendant que je range mes affaires, je laisse Marius brouter sur le parking fermé du centre équestre. Il y a de belles bandes herbeuses dont il profite avec appétit. Il est 10 heures lorsque Sandrine arrive. Après avoir partagé un café et remercié mon hôte, je décolle.

La journée commence par un petit bout de route départementale avant d’entrer dans Saint Valéry en Caux, pour rejoindre le GR 21 par la Cavé aux Ânes. Ça ne s’invente pas ! Les gens roulent prudemment à l’entrée de la ville. J’ai droit encore à des pouces en l’air et des « C’est génial » !! Ça me redonne le sourire. Au niveau de la déchetterie, je récupère non pas du matériel, mais le GR … lui aussi goudronné.

La petite route m’emmène jusqu’à un parking où les gens peuvent se garer pour aller voir un monument qui célèbre le premier vol Paris-New York sans escale. Un exploit réalisé par le pilote Dieudonné Costes et l’aviateur Maurice Bellonte les 1er et 2 septembre 1930, à bord du Breguet XIX Grand Raid, baptisé « Point d’interrogation ». Je fais un petit détour pour le voir. En fait, je pensais que le panneau indiquait un monument. Je croyais qu’il s’agissait d’un lieu en mémoire de soldats tombés pendant la libération. J’en vois souvent ici. Il faut dire que les plages du débarquement ne sont pas loin et qu’en août 44, la région a été le théâtre de nombreuses batailles. Ce monument design, en acier, sobre mais imposant, surplombe la falaise d’Amont, avec une vue imprenable sur la station balnéaire. La vue est magnifique. J’en profite pour faire quelques photos avant d’entamer la descente vers le centre-ville.

La pente est forte mais Marius gère bien. Je croise les doigts pour ne pas trouver une borne en bas. Finalement, c’est par un petit escalier que termine la descente ! Serait-ce mon jour de chance ?! Les quelques marches ne sont pas trop étroites. Marius les enjambe facilement.
Notre arrivée dans le centre ville est très remarquée. Ça fait chaud au cœur tous ces sourires, ces gestes d’encouragement. Des touristes viennent à ma rencontre, me posent des questions… Toujours les mêmes… mais je réponds avec plaisir, bien qu’il me soit toujours difficile de mettre un « Je » là où j’ai mis un « Nous » pendant des mois.

Je découvre le port, photographie la maison d’Henri IV, puis grimpe dans une rue,  pour quitter la ville, après avoir traversé plusieurs petits immeubles. On devra se contenter d’une route pendant plusieurs kilomètres avant de trouver un chemin de terre. Nous ne sommes pas très loin des falaises. On aperçoit la mer mais les cultures prédominent le paysage. Peu avant la centrale électrique du Paluel, je quitte le GR pour éviter la départementale, sous la pluie, et le décor d’un site nucléaire qui ne me fait pas trop rêver.

Je regarde sur ma carte quelle alternative j’ai au goudron… Il n’y pas grand chose… J’improvise.
Entre la plaine de Tot et la plaine de Femmare, je me pose à Bertheauville pour casser la croûte. Je débâte Marius qui peut se sustenter sur un terrain vague. Ça me fait toujours bizarre de faire les choses tout seul. De devoir prendre de nouvelles habitudes. Céline et moi nous appelons tous les jours pour prendre mutuellement des nouvelles, se donner des conseils. Elle s’inquiète pour moi. Je vis vraiment mal son départ, le fait de me retrouver seul sur ce chemin sur lequel nous avions marché à deux. J’ai vu notre carav’âne d’utopistes perdre un à un les nomades qui l’a composait ! Ça mine mon moral !

Après une courte pause, je reprends la route. Première à droite, un sentier doit me permet d’éviter la route, mais rapidement le chemin se transforme en un sillon qui serpente dans un champ de blé ! Comment dire ? Il est où le chemin? Seul, je pourrais passer, mais avec Marius…  Bref. Pester ne sert à rien. Je fais donc demi-tour, retrouve la route qui m’avait mené jusqu’ici. Je descends sur Paluel par un chemin… enfin ! Il a été en partie aménagé pour permettre aux touristes de visiter une ancienne base Allemande, appuyée aux falaises de la Côte d’Albâtre. L’armée d’occupation avait abandonné le site et ses 25 blockhaus, dont une partie a été dynamitée en 1947 par des prisonniers allemands, avant d’être laissé à l’abandon par l’Armée Française. Pas le temps malheureusement de m’attarder sur ce lieu. J’aurais bien aimé, mais des barrières me laissent à penser que le chemin d’accès pourrait être fermé un peu plus bas. Le sentier herbeux glisse sous les sabots de Marius qui a bien du mal à rester debout ! En bas, deux barrières en bois ferment le site aux quads, mais laissent un passage confortable pour passer ! C’est la première fois depuis la Baie de Somme que je trouve enfin des personnes qui réfléchissent un minimum avant de fermer les GR.

Le chemin descend jusqu’au front de mer, emprunte la départementale, enjambe la Durdent, une petite rivière qui serpente dans les prairies de Paluel avant de se jeter dans la mer. Face à moi, Veulettes, une petite station balnéaire qui est, paraît-il, « la perle du pays de Caux » ! Les falaises de craie typiques que j’aperçois en longeant la digue, sont magnifiques. L’office de tourisme de la ville est ouvert. J’en profite pour expliquer à l’hôtesse que les barrières ne sont pas cool pour les balades à cheval ou en âne… mais peut-être que le tourisme équestre n’intéresse pas le territoire qui n’en a pas besoin.

« Pas du tout » me répond la dame qui m’assure qu’elle fera remonter mes doléances aux élus locaux. Pour montrer son mécontentement et appuyer mes dires, Marius dépose un joli crottin devant la porte de l’office ! Après avoir ramassé, je retrouve la digue. Au niveau du Casino (il y en a un dans presque toutes les villes que je traverse le long de la côte), je reprends de l’altitude. Pas d’autre choix que la route pour poursuivre mon avancée. Après une poignée de kilomètres, je décide de chercher un lieu pour monter mon bivouac. C’est dans une ferme que je trouve un bout de pâture pour mon âne et moi. Le hameau s’appelle le Mesnil, et l’exploitation se situe près de … la rue de la solitude !! Ça ne s’invente pas non plus !

Les agriculteurs sont très gentils. J’arrive pendant la traite. C’est le fils qui m’accueille. Je leur raconte mon voyage tandis que je monte la tente. On parle de leur métier, je les questionne sur les difficultés qu’ont les agriculteurs à vendre leur lait au meilleur prix. Ils confirment et reconnaissent qu’ils ont dû, comme bon nombre d’éleveurs, se diversifier. Heureusement le lin est beaucoup plus rentable d’autant qu’il ne pousse que dans cette région, grâce à de bonnes terres et un climat idéal pour la plante. « Plus de 90% de la production part en Chine pour fabriquer des vêtements » m’expliquent-ils. C’est énorme ! Tout comme la canicule et la sécheresse qui touchent cette année la région. Un dérèglement climatique en partie dû à cette mondialisation sans fin, capable d’envoyer des matières premières à l’autre bout du monde, pour la fabrication de biens de consommation qui transiteront ensuite par de nombreux pays, pour y être transformés, avant d’être vendus dans nos enseignes … La pérennité des exploitations n’en a que faire de l’impact carbone. Les paysans ont déjà du mal à s’en sortir et à vivre de leurs productions, alors ne leurs parlez pas de circuits courts, eux qui sont mangés par les marchés mondiaux! Pourtant, à ce rythme, dans moins d’une génération, ici comme ailleurs, l’agriculture pourrait changer en profondeur à cause des hausses de température. Adieu alors le lin qui était si rentable…

C’est un peu désabusé que je vais me coucher. Le consommateur est en grande partie responsable de ce système qui finit par le tuer à petit feu. Pathétique…

[Mardi 25 Juin]

Lorsque je sors de ma tente, la ferme semble encore endormie. Pourtant, les 90 laitières sont déjà à la traite, et mes hôtes au labeur. Vers 9h30 (oui oui c’est tôt !!) , je quitte la ferme, mais je n’ai pas encore fait 200 mètres qu’une voiture immatriculée dans le département 95 s’arrête à ma hauteur. « Je suis curieuse mais d’où venez-vous ? » m’interroge la passagère avant de me demander si elle peut nous prendre en photo. Son mari s’arrête sur le bord de la route, et pendant que je réponds aux questions durant une dizaine de minutes, la photo souvenir est dans la boîte et presque aussitôt envoyée au petit-fils prénommé… Marius !  Ça valait bien une photo souvenir!


A la sortie du village, notre chemin passe devant trois éoliennes. Un très bon exercice pour Marius qui en a une Sainte horreur !  Mon compagnon de voyage n’a pas peur devant ces grands moulins à vent, mais il marche à vive allure lorsque les pales tournent derrière lui ! J’ai du mal à le rassurer, mais à bonne distance il se calme, et on se pose quelques minutes, histoire de peaufiner l’exercice encore un peu ! Marius se détend et arrache un peu d’herbe sans montrer de crainte.
À Saint-Martin-aux-Buneaux, nous rencontrons un groupe de randonneurs normands avec qui je discute un moment dans la rue, puis nous reprenons notre chemin. Je profite d’une petite supérette pour acheter quelques victuailles. Cependant, je n’ai pas trouvé de recharge de bouteille de gaz, ce qui pourrait rapidement devenir un problème si je n’en trouve pas d’ici quelques jours, car la mienne est presque vide.

La descente est généralement abrupte sur chacun des versants qui mènent aux valleuses, ces dépressions de terrain permettant l’accès à la mer. C’est le cas aux Petites Dalles, un hameau qui tire sa réputation des falaises qui encadrent le village, et de la plage, qui ont inspiré les peintres impressionnistes comme Claude Monet et Berthe Morisot, et de ses nombreuses villas balnéaires de la fin du XIXe siècle, parfaitement conservées. Les touristes, parisiens notamment, sont nombreux. Les locaux rient beaucoup de cet afflux de gens de la capitale. Quelque peu moqueurs, ils ont même donné le nom de quartiers huppés de Paris à certaines plages  !  Je rencontre en tout cas des gens enjoués. Ça sent les vacances. Bien évidemment, les questions fusent. Les gens restent toujours surpris lorsque j’explique que nous sommes partis il y a 16 mois et que nous avons tout quitter pour ce voyage. Je ne peux pas trop m’attarder. Il est temps pour moi de repartir après un long moment passé à raconter cette aventure.

Je quitte le village par l’autre versant de la valleuse. Un gros dénivelé qu’on a du mal à grimper ! Je ne me souviens plus d’avoir gravi une côte comme celle-là. Peut-être dans le Vercors ou dans le Massif des Ecrins, et encore…. Celle-ci était particulièrement difficile. Marius a assuré ! Sur le plateau, j’admire la vue splendide, tout en longeant le sentier des douaniers
Nous profitons d’un parc ouvert pour nous poser, avant d’entamer la descente qui s’annonce tout aussi abrupte. Déjà 3h que nous marchons, et je n’ai pas l’impression d’avoir beaucoup avancé. Je débâte Marius, qui a droit à un pré bien vert près d’un petit lac où se trouve un poste de chasse au canard . Mon repas sera interrompu plusieurs fois par la curiosité des randonneurs et des familles.

J’hésite un peu à poursuivre mon chemin vers les Grandes Dalles. Je préférerais presque bifurquer par un sentier que je vois dessiné sur ma carte, et qui a l’air d’aller dans une ferme. Bon, sur le terrain, le sentier a presque disparu, et je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée de le suivre. Je reprends le GR en espérant que la descente soit plus douce. S’accrocher aux branches, c’est un peu compliqué pour Marius ! Et puis, il glisse toujours sur l’herbe. Je dois être vigilant. La première partie de la descente se déroule plutôt bien. C’est après que ça se corse ! Le chemin devient sentier,  s’engouffre dans un sous-bois où j’aperçois un peu plus bas des marches, alors que le sentier se rétrécit. Je n’ai pas trop le choix que de continuer à descendre. Marius franchit facilement les premières marches. En revanche, les deux autres sont trop hautes et trop rapprochées. Je suis obligé de débâter dans une position délicate … entre deux marches et en descente.

Mon compagnon attend. Il s’impatiente. Et puis, juste après, il y a deux poteaux, qui de toute façon m’empêcheront de passer avec les sacoches ! C’est péniiiiible !  Je fulmine encore contre les abrutis qui plantent ces poteaux sans un minimum de réflexion. Je m’escagasse à enlever son chargement, tout en retenant mon âne qui veut avancer. Je mesure à chaque galère de ce type, combien il est compliqué de passer par la côte avec un équidé. Ça gâche vraiment le plaisir et l’envie de découvrir la beauté du Pays de Caux. Je demande de l’aide à un groupe de randonneurs qui descend le sentier, et arrive à ma hauteur. Une fois Marius déchargé, je le descends 100 mètres  plus bas, et je l’attache au portail d’une villa fermée. Il est temps pour moi de remonter chercher mes affaires restées en bordure du chemin. Mais c’est avec joie que je croise les randonneurs qui m’avait aidé, descendre avec tous mes sacs ! C’est vraiment très gentil de leur part !


Je continue ma progression vers le hameau des Grandes Dalles. Face à moi, le GR semble vertigineux. J’ai l’impression qu’il monte à pic ! C’est sûr, je ne le prendrai pas ! Une rue unique conduit à la mer. Un grand parking fait face à la digue, tandis que deux caravanes proposent une restauration rapide. Je me rends compte que j’avais accroché les sacoches à l’envers sur le bât. Je profite d’une petite place herbeuse pour décharger à nouveau, et boire un café.

J’y retrouve les randonneurs croisés dans la matinée, avec qui on échange encore quelques mots sur notre avancée. Personne ne semble s’émouvoir de la présence d’un SDF qui a planté sa tente sur le bout de pelouse où j’ai attaché Marius. L’homme, qui ne doit pas avoir trente ans, est habillé de guenilles :  ses chaussures sont éventrées, son jean déchiré ne tient que par des lambeaux… La misère est devant nos yeux et tout le monde trouve cela normal sur cette plage de Normandie. Personne ne regarde ce pauvre homme, comme si tout le monde détournait ses yeux de cette misère qui fait peur. Les yeux sont vissés sur moi et Marius… Pourtant je suis comme lui, un vagabond, sans domicile fixe. La différence réside dans le fait que j’ai un âne, que mes habits ne sont pas déchirés et que  j’ai choisi de ne plus avoir de maison… mais pour le reste… Quand je raconte que j’ai tout quitté pour vivre cette « expérience » les gens me regardent avec admiration. Lui ne raconte pas, on ne lui pose même pas la question de savoir pourquoi il a planté sa tente ici, devant un grand panneau « Camping interdit » qui sonne comme un « Casse-toi le mendiant ». Sans doute que lui n’a pas choisi cette vie de vagabond. Contrairement à moi, personne ne va vers lui pour lui demander ce dont il a besoin, personne ne l’invite à déjeuner ou à boire un café, personne ne le prend en photo… Tout le monde l’ignore, le laisse dans ce dénuement. Il lui faudrait peut-être un âne pour qu’on le remarque, qu’on s’y intéresse… qu’on voit enfin qu’il existe… Malaise. Et si d’ailleurs je n’avais pas Marius, combien de personnes me regarderaient ? Viendraient vers moi ? M’hébergeraient spontanément ou accepteraient que je pose ma tente sur leur terrain ? Mon âne, cet animal humble, est un peu mon passeport. Une clé qui ouvre la plupart des portes et des coeurs parce qu’il rassure. Pourtant, l’homme sans âne reste le même… Ce n’est juste qu’une question de confiance…


Pour éviter la prochaine côte, je reprends la rue principale, emprunte la départementale, puis sur le plateau, retrouve le GR jusqu’à St-Pierre-En-Port, où je m’arrête au cimetière remplir ma gourde d’eau.
Le GR trace entre les cultures céréalières, après être passé dans un petit bois. Ça fait plaisir de voir enfin des bouts de forêt. Ça me manque ! Je trouve les paysages monotones. Certes, les valleuses et les falaises sont magnifiques, mais les galères gâchent le plaisir. Et quand je les évite, on mange du bitume. Ça ne fait pas rêver le marcheur, le goudron de Caux!

D’ailleurs, c’est par une partie de route que j’arrive à  Neuville-sur-Fécamp, mon étape du jour pour bivouaquer ! A l’entrée du bourg, je rencontre deux touristes qui descendent de leur  4X4 pour discuter avec moi. On parle voyage et ils m’expliquent qu’ils écoutent l’émission Allo la planète dans laquelle d’ailleurs je suis passé plusieurs fois ! Baroudeurs tous les deux, ils me confient regretter de ne pas être partis plus tôt en voyage… Je comprends. Moi même j’aurais aimé avoir ce déclic à 20 ans.

Mais l’heure tourne, je dois trouver un endroit où me poser pour cette nuit. Je salue le couple qui m’indique avant de partir qu’il y a une ferme dans le village, et que peut-être je pourrai y trouver une pâture ! Pourquoi pas ! Je passe devant le stade du village, il y a du monde. Je ne m’arrête pas, pourtant à côté d’une salle communale, se trouve une vaste étendue herbeuse, dont l’accès est fermé par des barrières. Après une demi-heure de marche dans Neuville, je rencontre deux villageois qui me conseillent aussi d’aller voir cet agriculteur « de la part de son cousin », me dit l’un d’eux, après m’avoir conduit devant le chemin de l’exploitation. Si en plus la famille me donne un coup de pouce, alors ! Le chemin mène à une belle maison construite au milieu de hangars agricoles.  Je frappe à la porte. Personne ne répond. Vu l’heure, les éleveurs sont probablement à la traite. Je fais le tour de la ferme, et je me dirige vers un bâtiment d’où provient le bruit d’une machine et le beuglement de vaches. Au fond d’une allée, une porte est ouverte, d’où j’aperçois un couple traire leurs vaches. Je les interpelle.

L’homme m’entend et vient me voir. J’explique que je viens de la part de son cousin, et que je cherche une pâture pour passer la nuit avec mon âne. Le paysan est navré mais m’explique que ce n’est pas possible en ce moment, car elles sont toutes occupées par ses troupeaux. « Vous ne craignez pas le vent ? » me demande-t-il . Euh non, j’ai un peu l’habitude ! « Alors quand vous sortez de la ferme, prenez à gauche puis la deuxième à gauche et au fond de chemin, au bord de la falaise, il y a un terrain que je viens de faucher. Vous pouvez vous installer là… ». Euh … Bah… Comment dire … je remercie l’agriculteur sans oser lui parler du terrain devant sa maison… Je n’insiste pas. Je vais jeter quand même un coup d’œil… de loin… mais je ne vois pas où attacher mon compagnon. Demi-tour… Je vais tourner dans le village près de deux heures au total, avant de rencontrer un cycliste.

Curieux, il vient à ma rencontre et m’interroge sur mon voyage. Je lui réponds brièvement et lui lance que je suis à la recherche d’un terrain herbeux où passer la nuit. Il me répond que chez lui c’est sans doute possible, mais qu’il doit en parler à sa femme qui se trouve derrière. Il va la rejoindre et m’invite à avancer : « Je reviens vers vous dans 5 minutes ». Quelques dizaines de mètres plus tard, ce sont des enfants qui me rejoignent d’abord : « Les adultes sont d’accord. Notre village se trouve à 5 km d’ici ! »… Arrrg !! Le sort s’acharne ! 5 kilomètres c’est presque encore 2 heures de marche et avec nos 22 kils dans les guiboles, ça ne va pas être possible. Ce que j’explique au cycliste lorsqu’il revient vers moi. Déçus, ils s’en vont. Je me résous à aller dormir sur le terrain herbeux près du stade. Je trouverai bien une solution pour y rentrer. Quelques minutes plus tard, le cycliste revient vers moi et me propose de revenir en famille pour pique-niquer tous ensemble ! Bien sûr avec plaisir !! Le temps pour eux de rentrer, de préparer un repas à la bonne franquette et de revenir. Le temps aussi pour moi de monter ma tente et d’installer Marius. Je tends une longe le long de la haie d’arbres où j’ai planté mon bivouac, pour éviter qu’il ne s’emmêle les pinceaux durant la nuit. A côté, un champ de trois normandes qui viennent de temps en temps voir ce qu’il se passe.

En début de soirée, la petite famille croisée deux heures plus tôt arrive au parc avec un copieux pique-nique ! On discute un long moment sur mon voyage, nos vies, nos espoirs, notre vision du monde… Bref on refait le monde ! Claire m’explique qu’elle a une amie à Vattetot, un village situé à 15 km de là, qui pourrait être la prochaine étape. Ils ont un grand terrain et pourraient m’accueillir. Bonne idée! Claire me propose de la contacter et de me prévenir le lendemain ! Coool ! Très belle idée. Notre soirée se termine tranquillement dans la joie et la bonne humeur. Un chouette moment improvisé, comme je les aime !

Tags : Allo la planèteGR 21Neuville-sur-FécampNormandiePays de CauxSaint-Pierre-En-PortVattetot

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