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Marius Tour de France

Jour 460 / Seul… Face à mes doutes…

[Du dimanche 18 juin au vendredi 21 juin 2017]
TOUT VA BIEN !
Mais cette boule grosse comme ma main sous le ventre de Marius, qu’est ce que c’est ? Une tumeur ? Une Piqûre ? Le signe que j’attends pour me montrer la direction à prendre ? Un signe pour me dire que je dois m’arrêter? Je suis perdu… Où sont les Anges qui veillaient jusque-là ? Que se passe-t-il là haut ? Pourquoi devrais-je arrêter ce voyage aujourd’hui, alors que depuis 4 ans tout semblait indiquer que je devais le vivre ? Je suis perdu…
J’appelle Céline qui est partie depuis à peine 10 minutes. Après quelques hésitations de part et d’autre, nous décidons de ne rien changer, on verra bien. J’avais décidé de bâter Marius juste après son départ, et de repartir pour me replonger sur les sentiers sans attendre. Attaché à un arbre de la haie de notre emplacement de camping, mon fidèle compagnon n’a pas manqué une seconde du chargement mouvementé de son amie Symphonie dans le van d’Emma. Lorsque celle-ci se débattait pour ne pas rentrer, il a bien essayé de bouger, de montrer quelque chose, de manifester son inquiétude entre plusieurs diarrhées… Impuissant, il l’a finalement regardée se volatiliser dans la boite métallique. Silencieux, il l’a vue s’en aller… Quelques derniers signes de la main et à mon tour, j’ai vu la voiture s’éloigner avant de disparaître !
Pas le temps de m’apitoyer, j’ai décidé de partir dans la foulée, me remettre en marche sans attendre… Et puis je dois libérer le paddock, mes affaires sont prêtes, les sacoches équilibrées… C’est en brossant Marius avant de lui installer le bât sur le dos, que j’ai vu cette « gonfle » située au niveau du passage de sangle. Il semble avoir mal lorsque je pose ma main dessus. Pris d’angoisse (cela ne m’arrive d’ordinaire jamais), je décide de le détacher et de l’emmener au centre équestre qui jouxte le camping. Là, il y aura bien quelqu’un qui pourra me dire si c’est grave ou non. Virginie, une des responsables du centre, m’assure que ce n’est rien. Juste une piqûre d’insecte. Probablement un taon. « Parfois nos chevaux font des réactions allergiques » m’explique une cavalière. Voilà qui me rassure. Une véto passe voir son cheval ici régulièrement, peut-être qu’elle pourra me confirmer ce diagnostic.
Bon, ça me rassure mais ça ne change rien au fait que je sois bel et bien encore bloqué ici plusieurs jours… Il faudra du temps pour que cette boule diminue de volume et que je puisse bâter à nouveau Marius. Sur les conseils de Céline et Virginie, j’achète de l’homéopathie et commence des applications de compresse d’alcool que me donne Virginie. Il parait que c’est très efficace, alors…
Ce voyage est sans doute celui d’une vie… Celui de ma vie. Tout vendre, tout quitter, garder juste l’essentiel, dessiner sur une carte un itinéraire qui pourra être modifié en fonction des rencontres, des lieux, du vent ou de la marée ; et partir sur les chemins de traverse au pas de son âne. 15 mois déjà que l’itinérance nous conduit de famille en chemin, de ferme en pré, de montagne en plaine … 15 mois déjà que ma vie est rythmée par cette liberté de mouvement et de choix du nomade.
Cette aventure, j’avais commencé seul à la dessiner sur les cartes. Et puis, un an avant de partir, j’ai rencontré Céline qui rêvait d’un voyage avec une mule. Alors, après en avoir longuement discuté, nous avons fait de nos projets individuels, un voyage commun. Bien sûr, on s’était dit dès le départ qu’à tout moment on pouvait se séparer, reprendre notre liberté pour expérimenter l’itinérance en solitaire. D’autant que nous ne partions pas pour les mêmes raisons, les mêmes objectifs, les mêmes envies. Malgré ces différences, nous avons su nous écouter, nous comprendre, nous adapter sur des chemins qui ont été parsemés de rencontres, de joies, de fous rire, de réflexions, de pensées, de silence, mais aussi de larmes, d’orages, d’agacements… Mais comme la neige qui ne tient jamais très longtemps sous les rayons du soleil, nos conflits disparaissaient toujours rapidement.
Si nous avions toujours gardé à l’esprit la possibilité de voir notre chemin se transformer en une aventure en solitaire, je pense que nous ne pensions pas réellement que cela pouvait se produire un jour. Pourtant, il fallait bien se rendre à l’évidence : le troisième « J’arrête » de Céline, son claquage au mollet et la blessure de Symphonie signaient la scission, temporaire ou non, de la caravane. En tout cas, entre le penser, l’envisager et franchir le cap, ce n’est pas la même chose !  On peut toujours imaginer les choses avant qu’elles n’arrivent, tant qu’elles n’existent pas, elles ne sont qu’abstraites, avec leurs lots de certitudes et de persuasion. Mais lorsqu’elles frappent à la porte, c’est autre chose : voir partir le van d’Emma qui rapatriait Symphonie et Céline en Picardie fut difficile. C’est le moins qu’on puisse dire. On ne balaie pas 15 mois comme cela…
Aujourd’hui je me retrouve seul avec mes doutes et mes interrogations sur la suite du voyage. Et puis il y a mon fils à qui je manque, ma fille à l’autre bout de la planète qui aimerait bien que je revienne sur son île … Me voilà tiraillé entre un choix de vie et une famille qui ne le valide pas vraiment. Finalement, ce voyage a-t-il un sens ? A-t-il du sens ?
Céline arrête, elle s’en va… mais moi, je fais quoi ? Coincé au centre équestre, je me suis plusieurs fois posé la question de la suite de mon aventure. Dois-je arrêter ? La poursuivre ? Attendre Céline ? Mais si elle ne poursuivait finalement pas l’aventure ? Quel sens aurait la caravane ? Je n’en sais rien… Je suis perdu. Le voyage suspendu à une piqûre. Rester, partir, continuer? Je n’en sais rien !
Au centre équestre, Virginie et Pascal, sans oublier Meddhi au café restaurant du site, sont aux petits soins pour moi. Je peux occuper le club-house pour dormir et travailler sur les vidéos. Je fais un peu plus connaissance des cavaliers et des personnes qui gravitent autour du site. Mes journées sont ponctuées par les soins apportés à Marius avec qui je reste le plus souvent possible, malgré la canicule. Je m’assoie dans le parc, l’observe, lui parle, le caresse… Il n’a pas l’air triste. Il appelle peu. Difficile de savoir ce qu’il pense… Il est un peu comme moi, il ne montre pas grand chose. Parfois, il a la compagnie de chevaux qui occupent le paddock voisin. Je le sors au moins une fois par jour pour aller brouter dans un parc arboré situé pas très loin près d’une barre d’immeuble.
Jour après jour, je constate que la boule diminue en volume mais s’étend sous le ventre. Je comprends au fil des jours que, malgré mes soins, elle mettra du temps à se résorber complètement. Je n’attendrai d’ailleurs pas pour reprendre le chemin.

A la veille de partir, cinq jours après le départ de Céline et Symphonie, je comprends que cette boule m’a permis de me poser, d’attendre un peu avant de partir, de laisser du temps au temps. C’était peut-être mieux comme ça. Rien n’arrive jamais par hasard. Le chemin me l’a appris il y a 10 ans. Comme toujours, ne pas forcer les choses. Inutile d’aller contre, de faire du forcing lorsque l’Univers t’impose des choix mais au contraire accueillir avec bienveillance ce qu’il t’impose, à toi.

Me voilà seul face à mes doutes… mais avec Marius !

Tags : Céline BugnonNormandieOffranville

2 commentaires

  1. Salut Stéphane,

    Content de te lire ! J’appréciais beaucoup l’écriture de Céline et ça fait tout drôle qu’elle soit partie, mais c’est sympa aussi d’avoir ta vision des choses… Chacun de vous met un peu de sa personne dans l’écriture d’un article, avec son ressenti et ses émotions. C’est chouette que vous soyez finalement repartis Marius et toi !

    Bonne route, et à bientôt !

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