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Marius Tour de FranceMTF #Seine Maritime

Jour 455 / Plus que jamais, être attentifs aux signes

Du dimanche 11 juin au samedi 17 juin 2017]

Cette semaine a peut-être été l’une des plus intenses au niveau des prises de décision et des choix qu’il a fallu effectuer rapidement, dans ce que nous présentions comme une étape déterminante ou un tournant dans le déroulement de notre itinérance. Nous sommes donc à nouveau en pause forcée, dans le lieu plutôt sympa qu’est le Parc du Colombier de Offranville, où se trouvent le camping et le centre équestre municipaux. Ce n’est certes pas la première fois que ça nous arrive, de devoir nous arrêter. Mais cette fois, c’est différent, parce que même lors des précédents coup durs, tels que la mort de Kali en novembre 2016 dans les Vosges, l’arrêt du voyage pour Bayah à Verdun en février 2017, les aléas de la météo ou les difficultés concrètes du chemin, je n’avais jamais remis en question mes capacités à continuer. Même quand j’avais déjà valsé à cause d’un troupeau de vaches placides vers le ballon d’Alsace, sur ce GR5 qui nous avait fait suer. Nous trouvions toujours dans les événements autour ou les rencontres, une source inépuisable d’énergie, des occasions d’apprentissage et des cadeaux qui nous rendaient plutôt avides de voir se dérouler la suite, le cœur battant.

Mais là, je sens que les complications de ces dernières semaines ne sont pas anodines, les choses arrivant parce qu’elles doivent arriver, en fonction de ce que nous avons à vivre ou à comprendre. Il faut dire que depuis notre remontée en direction de la Baie de Somme, nous avions eu la sensation d’avoir été avertis. Pour rappel, Stéphane avait dû recommencer au moins six fois le tracé, qui s’effaçait, ce qui nous avait mis la puce à l’oreille. Je ne sais pas en combien de temps se remet un claquage au mollet, mais les personnes à qui j’en parle me disent 2 à 3 semaines…même si nous n’avons pas vraiment d’obligations, il est bon en voyage de garder un certain rythme, et là nous avons du mal à le garder ! De plus, bêtement pour des questions de budget, rester arrêtés puise davantage dans nos réserves que nous déplacer. Le dimanche, nous remettons à plus tard nos réflexions, car Emma, Cyrille et Bubulle vont venir nous chercher, Stéphane, Ben, Hulika et moi, pour nous emmener à Varangeville, un petit coin de paradis qu’ils adorent.

Nous nous réjouissons de les voir, et de passer un moment agréable entre amis. La scintillante douceur d’Emma et les tendres blagues de Cyrille nous remettent d’aplomb. Et nous voilà partis, face à la mer, nous balader dans les recoins où s’élèvent de belles et vieilles maisons, dont la plupart seront condamnées bientôt, sur les falaises. Nous déjeunons dans un restaurant de pêcheurs, puis allons prendre un café avec une tarte normande dans une boulangerie excellente, où l’accueil exécrable légendaire est devenu une marque de fabrique. Sauf que là, c’est une jeune vendeuse polie, nous sommes presque déçus ! Avec mes béquilles, j’arrive à clopiner suffisamment pour qu’on puisse se balader un peu et profiter de cette belle journée de retrouvailles. Au retour, nous allons voir Marius et Symphonie dans leur petit pré, pour leur remettre de l’eau, un peu de foin, et s’assurer que tout se passe bien. Et là, nous constatons que Symphonie boite légèrement.. En y regardant de plus près, on voit que son antérieur gauche a doublé de volume !

Aoutch… une friction de poil sur son boulet laisse à penser qu’elle a dû se taper sur quelque chose, mais je n’en ai pas le souvenir. Au départ de nos amis, nous ramenons les mul’ânes au club pour lui mettre un cataplasme d’argile. Je lui donne de l’arnica. Idéalement je devrais lui doucher les pattes, mais ma mulette ayant toujours vécu à la sauvageonne, elle craint le jet d’eau. Et en voyage, pas trop l’occasion d’exercer ça… pas grave, je ferai à la main avec un seau. Elle qui par contre se laisse habituellement bien soigner, se montre rétive face à Virginie qui lui met le cataplasme, pendant qu’Antoine, un autre moniteur, essaie de la tenir immobile. Moi je ne suis pas très efficace avec mon mollet coincé, et je les regarde se débattre. Ces prochains jours, je ferai les soins tranquillement au parc, avec son entière collaboration. Massage, eau, argile, gaulthérie, arnica. Mais cela ne fait que faire pencher la balance du côté du besoin de repos. Pour un temps inconnu.

 

Les quatre jours suivants se partagent entre les soins aux mul’ânes, les courses, les cafés à la terrasse de la Maison du parc, le resto du camping où Stéphane s’installe à une table de longues heures pour avancer sur les vidéos, et où Medhi nous accueille d’un sourire chaque jour. Il y a les discussions et longs échanges avec Virginie, adorable, et Pascal, non moins adorable, qui nous accueillent et nous soutiennent, et ne comptent pas leurs heures de travail au club équestre. Ils ont une énergie incroyable, d’autant plus que la sécheresse rend la carrière très poussiéreuse et qu’ils ont l’interdiction d’arroser. Chevaux comme moniteurs bouffent de la poussière à longueur de journée, sans rechigner. Ils essaient de faire le plus possible de sorties en extérieur, pour respirer. Il y a les enfants, les jeunes en situation de handicap, les ados s’exerçant pour les concours… Ben reste avec nous jusqu’au mardi. Il participe à la plupart de nos discussions au sujet de la suite et fait preuve d’une écoute réconfortante.

Après trois jours de repos, je peux poser mes béquilles, je boîte encore mais je me débrouille. La tentation de reprendre la route est grande, même si je sais que la blessure est trop fraîche, que Symphonie n’est pas prête non plus et qu’il y a des choses à envisager autrement de mon point de vue. Par exemple, je préfère prévoir « moins » et faire « plus », si la journée est fluide et qu’on est en forme, alors que Steph préfère prévoir « plus » et s’arrêter avant l’objectif si on est fatigués. Sauf que pour moi, quand on est fatigués, c’est trop tard. Car il faut encore trouver le terrain, rencontrer les gens, monter le camp, installer les mul’ânes, faire à manger, écrire pour le blog, faire les vidéos, toute activité qui demande encore de l’énergie. Ainsi, ce qui est justifié sur un voyage de quelques semaines ou deux mois, ne l’est plus forcément sur le long terme. Je sais aussi qu’à partir de 17h j’ai envie de poser. Il suffit que nous arrivions un peu tard plusieurs jours d’affilée pour que j’accumule de la fatigue. En partant à 11h le matin, on multiplie les chances d’arriver tard… Alors nous discutons beaucoup, longtemps, sans censure. Nous refaisons le match, envisageons toutes les possibilités, analysons nos ressentis, faisons un état des lieux détaillé des troupes, évaluons les forces en présence. Devant mon énième changement d’avis et mes « OK, je veux bien essayer encore, tenir bon », Steph me rappelle que c’est la troisième fois en deux semaines que je lui dis « J’arrête ! », et que Symphonie ne va pas miraculeusement ne plus avoir peur des vaches ou stresser en ville, que nous allons croiser encore des situations similaires et que mon état de fatigue est à tenir en compte. Je sais qu’il joue à l’avocat du diable et qu’il préférerait que je continue dans notre projet, nous et nos mul’ânes sur les chemins de France, en route pour Compostelle et le Portugal. Mais j’ai demandé des signes et j’en ai eu, pourquoi devrais-je forcer encore ? À chaque incident, les choses s’aggravent, comment sera le prochain ? Je suis blessée, Symphonie aussi, nous sommes continuellement arrêtées, et nous n’allons pas pouvoir passer encore 3 semaines dans ce camping.

Alors je prends ma décision : je fais une pause, une vraie. La vie nous l’a dit, TOUT VA BIEN, accueillons ces nouvelles données avec le plus de sérénité possible, c’est peut-être reculer pour mieux sauter, préparer la suite, poser les fondations de l' »après voyage », même si nous n’imaginions pas ça comme ça. Steph hésite aussi à me suivre dans cette pause. Il s’octroie encore quelques jours de réflexion. Cela dit, faire une pause, c’est bien, mais où et comment ? Il y aurait plusieurs possibilités d’accueil pour Symphonie et moi. Nous pensons à Emma et Cyrille avant tout, car j’ai vraiment flashé sur la région, et nous nous étions sentis si bien avec eux. J’appelle Emma, lui fait part de mes réflexions, de mon besoin de m’arrêter, et nous tombons d’accord sur le fait que je pourrai aller chez eux. Ils ont de la place, et des chevaux. Il habitent à une heure de route environ, et si je ne trouve pas de camion de transport équin, elle pourrait venir me, ou nous chercher avec son van le samedi suivant. Merci Emma et Cyrille, tellement, pour vos bras ouverts. Si Steph décide de continuer, il va falloir séparer les mul’ânes, et ça, ça me brise le cœur, d’autant plus que Symphonie colle Marius comme un poisson pilote son requin. Peut-être que justement, il est temps qu’elle commence à se référer plus à moi, pour qu’on puisse évoluer plus sereinement, car son attachement est anxiogène. J’ai quelques jours pour faire des exercices de séparation, consolider le traitement au fleurs de Bach, et me positionner plus que jamais en leader en qui avoir confiance, c’est à dire travailler sur mes propres angoisses et inquiétudes, et agir en confiance et en éclaircissant mes objectifs.

Du jeudi au samedi, nous nous habituons à cette idée de pause, puis par conséquent de séparation, même momentanée. Nous mûrissons avec elle et en écoutons la résonance. Ce n’est pas facile à avaler, mais il semble que ce soit la bonne direction. Steph, lui, fait le choix de continuer avec Marius, sûr que les premiers jours de chemin en solo lui indiqueront rapidement la marche à suivre. Pendant cette semaine de réflexion et de remise en place, nous faisons aussi de belles rencontres : Christian, d’abord, qui vient planter sa tente en face de nous pour une nuit. La même marque, mais le modèle 1 place. Christian est un randonneur de 71 ans. Pour passer la transition de sa retraite, déjà tardive, ce militant de cœur a eu envie de marcher trois mois chaque année en France, sur une période de 3 ans. En cette deuxième année, il en est déjà à 1,5 mois. Au cour de ses périples, il va à la rencontre de personnes qui sont aussi en transition : vers un monde alternatif, meilleur, plus humain, plus sain pour la planète et ses habitants. Comme nous, il cherche à rencontrer des groupes de personnes inscrites dans une démarche positive et audacieuse, et à créer un réseau. Et bien sûr, entre les rencontres voulues et organisées qui jalonnent son chemin, il y a les rencontres fortuites, fulgurantes, poétiques, humaines tout simplement, au détour des sentiers, ou sur une place de camping. Nous discutons de longs moments avec lui et décidons de lui consacrer une interview, impressionnés par son engagement, son dynamisme et son envie sans cesse renouvelée d’apprendre et de s’émerveiller.

 

Et puis, un jour que nous étions attablés à la Maison du parc, une petite femme pimpante et souriante s’approche de nous et nous dit qu’elle a eu vent de notre voyage et de Symphonie blessée. Elle se penche à mon oreille et me demande: « souhaitez-vous que je la regarde ? Je suis magnétiseuse. » Ah bah oui madame, avec plaisir. Car ma mulette, bien qu’elle ne boîte plus du tout, n’a pas beaucoup désenflé malgré les soins pendant 5 jours. Cette dame souhaite garder l’anonymat et je l’appellerai Claire. Nous allons toutes les deux jusqu’au parc, elle m’avoue n’avoir jamais fait de soin à un animal, et jamais approché d’équidé d’aussi près ! C’est la première fois qu’elle fait ça, mais elle a senti qu’elle devait venir. Symphonie apprécie le soin et lui abandonne sa jambe. Des larmes coulent, l’énergie est forte. À notre retour, j’ai droit à un soin aussi, pour mon mollet, et nous en profitons pour parler aussi. La douleur, ou sensibilité, est tout de suite soulagée, et 4 jours après l’intervention de Claire, comme celle-ci me l’avait annoncé, on sent une nette amélioration. Symphonie est en état de voyager. Je cherche des transporteurs, en vain. Tous les propriétaires de chevaux possédant un camion ou un van ne sont pas disponibles, la saison des concours ayant commencé. Virginie fait plusieurs téléphones, sans succès. Elle trouve finalement un de ses amis, qui n’habite pas loin et qui serait d’accord de nous emmener, mais pas avant la fin de la semaine d’après. Il est aussi prêt à nous accueillir chez lui, avec ses chevaux. Ça fait un peu loin dans le temps, Steph souhaite repartir dès que possible. Alors je rappelle Emma, elle viendra me chercher le samedi 17 au matin. En attendant, nous allons balader Marius et Symphonie tous les jours, pour aller à la boulangerie, ou juste pour un peu de broute sous les arbres. Marcher leur fait du bien et aide à la circulation dans la jambe de Symphonie. Il nous faut aussi refaire le paquetage de Marius, en essayant d’alléger le plus possible, car il va devoir prendre sur lui quelques chargements de Symphonie. Steph se sépare de tout superflu, sachant qu’en cas de besoin, je peux lui envoyer par poste.

Le vendredi soir, Ben revient nous voir et passer la soirée avec nous. Il a emmené Hulika bien sûr, et une amie à lui, Laurence, qui a beaucoup voyagé. Ils arrivent avec une délicieuse tarte normande, de la bière et du pommeau maison, spécialité locale alcoolisée et sucrée tout à fait succulente. Il nous laisse la bouteille d’ailleurs, à nous d’en faire bon usage. Ce n’est donc pas Steph qui la prendra ! Nous passons une très chouette soirée, ça nous fait vraiment plaisir de les voir, et de partager ces derniers moments avec eux. Il sont présents lorsqu’à 20h, nous publions une vidéo en direct pour faire un point de la situation avec les personnes qui nous suivent. J’en profite d’ailleurs pour toutes et tous vous remercier du fond du cœur pour vos gentils commentaires et encouragements ! Notre dernière nuit se passe bien. Nous avons assez réfléchi, assez pleuré, assez cherché… Nous avons décidé de suivre les signes, simplement, et de s’en remettre, encore et toujours, à la vie. Ce voyage physique est aussi un chemin psychologique, spirituel, évolutif. Nous prenons le pack. Le samedi matin, je me coatche pour ne pas stresser du chargement et de la séparation. Nous prenons le temps d’aller saluer et remercier toutes les personnes que nous avons côtoyées ici, et qui nous ont soutenus. Je discute avec un couple de vieux hippies anglais en vadrouille dans leur bus. Ils ont fait Compostelle, et nous souhaite « buen’ camino ».

Lorsqu’Emma arrive, nous chargeons mes affaires dans la voiture. Steph et moi nous disons au revoir avant de ramener les animaux, car on va enchaîner. En effet, Symphonie n’entend pas du tout monter dans le van ! Il nous faudra lui mettre une petite bride et nous y mettre à cinq pour qu’elle cède finalement, après 45 minutes de négociation, et charge sous le regard placide de Marius qui ne sait pas encore que lui, il reste là. Une fois chargée par contre, tout se passe à merveille. Elle n’a pas l’air stressée et voyage tranquillement. Nous avons enlevé toutes les barres et bas-flancs pour qu’elle ne se sente pas trop coincée, et elle reste très calme. Nickel, je suis heureuse et soulagée. Je fais des grands signes de loin à Virginie et lui envoie des bises dans le vent, qu’elle me retourne. Steph a prévu de bâter et de se mettre en chemin aussitôt après notre départ, pour son moral et celui de Marius. Seulement voilà, cela fait à peine 15 minutes que nous sommes parties que je reçois un coup de téléphone. C’est Steph. Marius a une grosse boule sous le ventre, au niveau du passage de sangle… TOUT VA BIEN.

Tags : NormandieOffranville

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