close

Samedi 10 juin 2017 – 21,5 km]
Quand le réveil sonne je n’y crois pas. « Quoi déjà ? » Comme je le craignais, je suis crevée. Je n’ai pas assez dormi car je me suis couchée trop tard, après avoir passé la soirée chez nos hôtes et leurs amis… et moi qui insiste pour que nous partions plus tôt le matin, j’appréhende aujourd’hui la journée de marche comme ça m’arrivait pour certaines journées de boulot…
C’est Symphonie qui me motive à sortir de la tente: elle frotte doucement sont museau sur la toile et passe son minois à la fermeture éclair que nous ouvrons, tandis que Marius observe de plus loin. La tête dans le gaz, j’allume le réchaud du même nom et prépare le café. Patrick arrive vers 9h avec son tracteur et sa machine pour couper le bois. Il apporte aussi le petit déj, croissants et pains au choc, waouh merci beaucoup ! « David vous avait promis les croissants, mais je doute qu’il soit levé! », lance-t-il en riant. Pendant qu’il commence à travailler, Ben, Steph et moi démontons le camps, rassemblons nos affaires et enlevons les cordes que nous avions passées autour des machines pour éviter toute blessure.

Une grosse journée nous attend encore en kilomètres mais aussi en difficulté probable, puisque nous allons traverser Dieppe. Depuis Le Tréport, je me méfie un peu…nous devons rejoindre ce soir le centre équestre et camping de Offranville, où nous avons prévu de faire un jour de pause pour que Emmanuelle est Cyrille viennent nous y retrouver et nous faire visiter des petits coins qu’ils adorent dans la région. C’est Ben qui a organisé notre pause, car il connaît Virginie, une amie à lui qui travaille au centre équestre. Celle-ci n’a pas hésité à organiser notre accueil, pour nous et nos animaux, c’est vraiment super sympa! Nous bâtons, chargeons et nous mettons en route. Nous traçons tout droit en direction de Belleville-sur-Mer, où nous rejoindrons le GR 21.

À Bracquemont, nous n’avons plus d’eau et nous nous arrêtons pour en demander à un groupe de personnes en train de monter une barrière en travers du chemin. Heureusement qu’elle n’est pas finie, ainsi nous pouvons passer. Les gens sont très gentils, nous discutons un moment tout en remplissant nos gourdes et en présentant des gamelles d’eau à nos compagnons à quatre pattes. Après Bracquemont, le GR devient très joli et nous emmène sur un petit sentier de cailloux, que les mulânes gèrent bien. C’est agréable car nous sommes à l’abri du soleil sous les bordures boisées. Nous passons à proximité du « Camp de César »… qui d’ailleurs, n’est jamais venu ici ! On devrait plutôt appeler cet endroit la  » Cité de Limes  » (ou Cité d’Olyme).

En effet, il s’agit d’un « oppidum gaulois » (enceinte fortifiée, très souvent ouverte sur la mer) ou plus certainement gallo-belge qui date de bien avant Jules César ! Cette « Cité de Limes » possédait en effet un port. On trouve encore, au milieu du site, la descente vers la mer. Cette valleuse descendait jusqu’au port. Avec le recul des falaises, elle s’arrête aujourd’hui sur un mur de craie de 30 mètres environ. C’est le Roi Louis XIII, venu ici-même avec ses gentilshommes, le 29 novembre 1617, qui choisit ce nom. Après une partie de pêche et des promenades, entouré des Ducs d’Orléans et de Nemours, Louis XIII transforme ce vieil oppidum celtique en « Camp de César » ! Ben voyons ! Par respect pour sa majesté et son noble entourage, ce nom restera dans le langage populaire.

Le sentier débouche à Puys, où nous rejoindrons la route qui descend vers la mer avant Neuville-les-Dieppe. Pour sortir du chemin, nous devons contourner une barrière anti-quads en passant par le talus, heureux d’avoir des animaux 4 x 4 !! Du coup, nous décidons de faire la pause casse-croûte ici, sur une petite place, à l’ombre d’un panneau indicateur nous parlant du Camps de César. Moi, j’ai plus sommeil que faim et je m’octroie une sieste obligatoire si je veux espérer pouvoir finir la journée sans trop de difficultés. À mon réveil, une dame qui habite une maison tout proche vient nous voir et nous demande gentiment si nous voulons de l’eau pour les mulânes, qui se sont régalés des hautes herbes et plantes diverses qui entourent la petite place. Ils me suivent tous les deux illico lorsque je prends la gamelle pliable pour me diriger vers la maison. Ils connaissent très bien le matériel et savent exactement à quoi sert chaque chose! Cela fait, nous nous motivons pour repartir, je me sens un petit peu mieux, Steph et Ben sont bien reposés et repus également et Hulika a bien profité de récupérer à l’ombre aussi.

La descente vers la mer se fait sans encombre, nous retrouvons sa belle couleur et les falaises de craie blanche. Nous retrouvons aussi les passages trop étroits ou compliqués à prendre avec nos mulânes, et à plusieurs reprises, Ben et Hulika suivent le GR pendant que nous continuons par des bouts de route pour essayer de le rejoindre plus loin, notamment juste après le pont qui passe au-dessus de la grosse D 485. Au moins, qu’il profite de la vue, si nous ne le pouvons pas, et même si Hulika regarde derrière en se demandant, en bon chien de berger, pourquoi nous nous séparons.

Tout se passe bien et nous arrivons petit à petit sur les haut de Dieppe. Nous avons alors une vue phénoménale sur le port et la vieille ville. Nous prenons donc le temps de nous arrêter, en laissant brouter Marius et Symphonie sur une petite place, pour filmer un peu, faire des photos et discuter avec des personnes intéressées. J’essaie de ne pas anticiper la traversée de la ville car il y aura un pont, c’est sûr, mais comment sera-t-il ? La descente se passe bien, nous suivons le GR par quelques petites ruelles étroites qui demandent un peu de négociation de trajectoire, mais nous passons, et quelques escaliers à larges paliers où les mulânes assurent. Arrivés en bas, nous retrouvons Ben sirotant une boisson fraîche à une terrasse en nous attendant.

Nous nous trouvons aussi nez à nez avec le pont, et quel pont! Sa structure est entièrement métallique, il est ouvert au trafic et très bruyant, le sol n’est pas de goudron mais de caillebotis. Il y a bien des passerelles piétonnes en bois sur les côtés, mais elles sont très étroites. Il nous faudrait soit arrêter le trafic momentanément, pour autant que Symphonie veuille bien marcher sur le métal, ou alors décharger pour passer sur les passerelles en essayant de ne pas croiser de piétons, et transporter nous même le matos. C’est mal barré car le pont est hyper fréquenté, et c’est doublement mal barré car, alors que nous nous approchons, Symphonie me regarde d’un air de dire: « Non mais t’es sérieuse? » et se met à reculer… À nouveau ma fatigue prend le dessus, je me sens complètement impuissante, nous sommes en pleine ville, il fait chaud et je ne sais pas du tout comment nous allons bien pouvoir passer, bien que nous n’ayons pas le choix ! Je fonds en larmes sous le regard compatissant des garçons.

C’est alors qu’un ange débarque de nulle part, un monsieur s’approche de nous et comprenant notre difficulté, nous signale une passerelle un peu plus loin. Pour éviter de nous expliquer comment y parvenir, il nous propose de nous y accompagner. Merci l’Univers, nous voilà en train de suivre ce monsieur à travers un dédale de ruelles jusqu’à une petite passerelle parfaite où les mulânes traversent sans problème. Nous parlons d’un ange, car ce monsieur nous dit au-revoir et disparaît comme il est arrivé. Merci! Nous nous sommes éloignés de notre tracé initial et les garçons cherchent sur les cartes une voix possible pour sortir de la ville. Moi, j’en suis incapable à ce moment là.

Nous remontons néanmoins un bout sur le quai qui va vers la mer, mais nous allons essayer d’éviter de faire tout le tour du port, où nous serions certes plus tranquilles, mais ce qui nous rallongerait beaucoup. Pendant toutes la remontée sur le quai, nous voyons briller au fond une immense enseigne rouge sur laquelle est écrit: « TOUT VA BIEN ». Nous la remarquons tous et prenons ça comme un signe supplémentaire. J’essaie de respirer et de me détendre, mais je vois bien que suis trop souvent fatiguée et que le moindre pépin se transforme en drame dans ma tête, mon coeur et mon corps, qui encaisse plutôt que de se régénérer. Quelque chose ne va plus. Je demande d’autres signes car j’ai besoin de savoir si je dois m’accrocher ou si je dois faire une pause..

Au bout du quai, nous arrivons sur une place bondée de monde. Symphonie se tient plutôt bien, mais n’est pas complètement tranquille et cela nous demande beaucoup de concentration. Marius on profite pour lâcher une grosse diarrhée devant un stand de glaces Nestlé: le message est clair !  Alors que ma mule monte un peu en pression dans le bruit et la foule, nous parvenons à nous faufiler de l’autre côté de la place et à rejoindre une petite ruelle un peu plus tranquille. Il y a aussi beaucoup de motards dans cette ville, et la tradition doit être de faire gueuler les moteurs car beaucoup s’y adonnent, ce qui n’aide pas à calmer les choses. Après un court moment de répit, la situation se complique un peu car pour sortir de la ville, et alors même que nous avons rejoint le tracé du GR, nous sommes censés marcher le long d’une route embouteillée et trop étroite pour les voitures et nous. Nous allons et venons en essayant de trouver une sortie à cet enfer, et décidons finalement d’emprunter une autre petite ruelle. Nous passons à côté d’une place où s’élève une église, et au moment où nous empruntons la ruelle étroites, plusieurs choses se produisent en même temps : des enfants nous voyant arriver courent vers nous en criant, nous passons devant un kebab où les clients et de tenanciers sortent en applaudissant et en parlant fort sur notre passage, des voitures arrivent en face et c’est très étroit, et surtout des motos… Ben marche devant et tente de faire signe au groupe de motard de calmer le jeu, car Marius et Symphonie sont effrayés, mais ceux-ci font vrombir leurs engins juste à l’angle de la petite ruelle !

C’en est trop pour ma mule qui panique et décide de faire demi-tour. Elle ne m’enbarque pas mais le message est clair, alors je décide de la raccompagner le mieux possible dans ce raffut et de retourner sur la petite place, le temps que les motards passent et le temps de trouver une autre solution. Alors que je débarque sur la place, une dizaine d’enfants arrivent vers moi en courant, je leur demande de dégager car Symphonie tourne en rond et son bât est en train de tourner! Ils ne comprennent pas le danger qu’ils courent, et que leur excitation nous met vraiment en difficulté. Steph et Ben n’ont pas compris tout de suite que j’étais retournée en arrière, et ils tardent à revenir. Et surtout, en retenant Symphonie, une douleur fulgurante me traverse le mollet et je ne peux plus marcher… c’est le claquage.


Quand Ben, Hulika, Steph et Marius me rejoignent, je suis toujours en train d’essayer de calmer Symphonie et d’essayer de faire s’éloigner les enfants, mais sur un pied. Stéphane vient à ma rescousse. Nous attachons Marius et les déchargeons tous les deux, le temps de reprendre nos esprits. Je prends du Rescue, en donne à Symphonie qui finit par se calmer. Nous réfléchissons à toute vitesse à comment nous pouvons faire. Mais n’y a pas 36 solutions, il nous faut trouver quelqu’un avec une voiture qui puisse m’emmener avec les affaires de Symphonie, Hulika et les sacs à dos jusqu’au camping de Offranville, et c’est Ben qui marchera avec ma mule pour la fin de l’étape. Il a géré un âne entier dans de pires situations, je lui fais totalement confiance. Nous cherchons en vain quelqu’un qui pourrait nous emmener et finalement nous appelons un taxi, en précisant qu’il faut un gros coffre et qu’il accepte les chiens. Lorsqu’il arrive, tout s’enchaîne, nous chargeons rapidement la voiture, un bisous et me voilà partie avec une chienne qui se demande ce qu’elle fait entre mes pieds, mais qui joue le jeu très sagement, et un chauffer de taxi plutôt taciturne au début, mais qui finit par se dérider un peu et à s’intéresser à notre périple.

Arrivés au camping, il décharge lourdement toutes mes affaires sur le parking, et moi je prie pour que Ben, Stéphane et les mulânes s’en sortent… Virginie, qui a été avertie, arrive: « Salut la randonneuse! » C’est une petite blonde jolie et super dynamique qui vient à ma rencontre tout sourire. OufN! Nous chargeons les affaires sur une brouette avec l’aide d’un de ses amis et ils m’emmènent jusqu’à la place de camping no 81, qu’elle nous a réservée. Quand elle me voit boîter bas, Virginie me dit qu’il y a une kiné au club équestre et que je devrais profiter de la voir. J’attache Hulika au sac à dos de Ben, à l’ombre avec un bol d’eau, et boitille jusqu’au club. Comme je m’y attendais, il n’y a rien de spécial à faire à part appliquer du froid et se donner du repos.

Lorsque je reviens, Hulika est en mode « garde du sac » et ne me laisse plus approcher. Heureusement, j’avais mis le mien un peu plus loin ! Je termine l’après-midi en attendant mes collègues couchée par terre avec la chienne, à récupérer. Nous échangeons quelques messages avec Steph, ouf, tout s’est bien passé à part que le bât sans sa charge n’arrête pas de tourner (moindre mal). Ils sont sur la voie verte et arrivent bientôt. Heureusement que Ben était là pour le coup, je ne sais pas ce qu’on aurait fait sans lui ! Mon moral passe du fond des chaussettes à des espoirs nouveaux, c’est le yoyo. Lorsqu’ils arrivent, bien fatigués, nous déchargeons Marius sur la place de camping, enlevons les bât et allons à pied jusqu’au joli paddock que Virginie nous a aussi réservé pour 2 nuits.

Nous présentons que notre séjour ici risque de se prolonger un peu.. Je me sens triste et en échec, sentiments qui évolueront ces prochains jours. J’avais demandé des signes et voilà, je dois m’arrêter.. On en discute un moment avec Steph qui n’en mène pas large non plus, avec Ben qui fait son possible pour nous soutenir, lui qui était venu marcher pour une semaine de liberté… puis nous décidons de nous en remettre à demain, la nuit porte conseil. Pour l’instant, nous allons essayer de passer une bonne soirée et nous allons donc chez Virginie justement, qui a organisé un barbecue avec ses ados et des amis, l’occasion d’échanger et de faire mieux connaissance. Nous passons une très chouette soirée, nous sommes merveilleusement accueillis et nous sentons que nous allons être soutenus ici. Steph et moi ne rentrons pas trop tard, Virginie me prête une paire de béquilles qui me sera bien utile ces prochains jours. Ben reste encore un moment. Nous nous endormons un peu barbouillés, un peu secoués, avec mon mollet chaud et enflé, en faisant néanmoins le choix de faire confiance à l’avenir, et à la vie, puisque TOUT VA BIEN.

 

Tags : Berneval le GrandNormandieOffranvilleSeine-Maritime

Un commentaire

Laisser un commentaire

Simple Share Buttons
Vous ne voulez manquer aucune de nos publications ? Abonnez-vous en laissant votre mail ici :
Abonnez-vous !