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Marius Tour de FranceMTF #Somme

Jour 443 / Les chemins emportés par l’effondrement de la falaise

Vendredi 9 juin 2017]
Nous nous réveillons tous assez en forme et prenons notre petit-déjeuner, pendant que les mul’ânes​ nous observent, au repos dans leur parc. Parc que nous avons pris soin de raccourcir un peu au fond avant de nous coucher, puisque nous y avons découvert une zone jonchée de pousses d’érable (toxiques pour nos compagnons équins). Hulika, elle, est moins pressée de jouer avec sa balle, elle a compris qu’elle avait meilleurs temps de s’économiser un peu. En fait, nous prenons deux petits déjeuners puisque, alors que nous démontons le camps, Delphine et François arrivent pour marcher avec nous, et ils amènent aussi le café et des petits pains! Miam, merci beaucoup. En plus Delphine a galéré pour le faire, ce café, sa machine étant tombée en panne. Doublement dégusté du coup!

Nos co-marcheurs d’aujourd’hui sont venus à deux voitures. Ils en laisseront une à l’air naturelle de camping et pendant que nous nous préparons, vont amener la deuxième à notre prétendue étape du soir. À leur retour, nous sommes en train de bâter. Symphonie était couchée et Marius planqué dans les arbres au moment où nous sommes allés les chercher, comme c’est souvent le cas vers 10h. Ma mule me semble un peu fatiguée, alors que je l’habille. Comme d’habitude, ou comme souvent à tout le moins, nous mettons beaucoup de temps à nous mettre en route et nous quittons les lieux à 11h, en une dynamique caravane augmentée avec Ben, Delphine et François. Aujourd’hui, Symphonie porte la tente de Ben, ce qui permet à ce dernier d’apprécier les trois kilos en moins sur son dosn! Ça paraît peu, mais ça fait une grande différence après quelques heures de marche.


Nous longeons l’aire naturelle pour aller rejoindre notre chemin plus au nord. Ce jour-là, nous n’avons que partiellement suivi notre tracé initial. En effet, 23 km par la côte, c’est vraiment beaucoup trop long. Pour la première partie de la journée, nous avons quand même rejoint la côte et le GR21 à la sortie du Tréport, où à nouveau, un joli point de vue avec des panneaux indicateurs partant de tous les côtés nous en met plein les yeux, avec la mer en-dessous. Par contre, s’ensuit un long bout de départementale rapide, la D126E toute droite qu’emprunte le GR. Nous évoluons à la queue-leue-leue, chacun à son tour criant « voituuure devaaant! » ou « camioooon derrièère », et François marchant même parfois à côté des mulânes pour inviter les automobilistes à ne pas nous frôler.

Pas très fun comme terrain pour discuter, mais bon nous n’avons pas le choix car ici comme souvent le long des falaises, les chemins et certaines routes, sont barrés, interdits à la circulation. Il n’est pas rare en effet que de gros blocs de craie se détachent. Sur internet nous lisons que selon les géologues, sur cette partie de la côte de la Manche, la falaise subit l’érosion par le bas avec des éboulements en bord de mer mais, sur le dessus, des poches souterraines de sable et d’argile gorgées d’eau de pluie gonflent au fil du temps et font éclater la falaise de craie. Ainsi, des maisons sont abandonnées car elles peuvent à tout moment être emportées par un éboulement et des quartiers entiers sont modifiés.  Beaucoup de maisons sont à vendre. Peut-être parce que la mer gagne du terrain… inexorablement.

Arrivés à Criel-Plage, nous longeons un peu la mer, dont le fracas des vagues sur les rochers intriguent un peu nos animaux, avant de bifurquer pour repartir dans les terres, en bordure des prés salés, et de monter dans des jardins d’observation et les petits chemins du Mont Joli Bois, absolument magnifiques. Nous y rencontrons un groupe de randonneurs enthousiastes. Nous prenons une variante du GR, lequel nous ferait évoluer trop proches des falaises, et profitons d’une barrière sur un beau chemin bien herbeux en montée pour décharger et faire la pause de «  »midi » », entre 14h et 15h. Pendant que Marius et Symphonie entretiennent les bordures goutues, nous sortons nos victuailles des sacs et mangeons, en vérifiant la météo, les cartes, et en échangeant des impressions et des infos.

C’est un chouette moment. Nous continuons sur ce chemin jusqu’à la Plaine du Mesnil, ou celui-ci se perd un peu dans les bois. Qu’importe, notre direction est bonne. Au sortir du bois, une belle vue sur des champs s’offre à nous, alors que nous suivons notre sentier bordé de haies drues. À partir de Tocqueville-sur-Eu et pour la fin de la journée, notre marche est beaucoup plus monotone car nous suivons principalement des petites routes goudronnées à travers les cultures, l’objectif étant de nous permettre​ d’atteindre plus facilement et plus rapidement notre étape du soir, prévue au départ à Belleville-sur-mer. Je me mets progressivement en pilote automatique, et pense surtout aux personnes qui marchent avec nous, en me disant que ça ne doit pas être super fun… Mais ça fait partie du voyage aussi, la monotonie.


Malgré que nous ne soyons plus très loin, nous faisons une deuxième pause broutte-déchargement de 20 min à St Martin. Il est 18h, et cela fait 3h que nos mulânes sont chargés. Pendant qu’il tondent la place communale, on s’assied sur le trottoir, on boit un coup, on partage des sourires et des regards bienveillants, plus que des paroles. En repartant, je laisse Delphine prendre un moment Symphonie, même pour passer à côté de la fausse vache toute colorée qui pourrait néanmoins faire son petit effet. On entame la départementale qui mène à Berneval-le-Grand, mais au vu du trafic, on bifurque rapidos dans une petite route de campagne, à peine plus longue mais tellement plus tranquille !!


Arrivés à Berneval, qui n’est pas notre étape prévue pour ce soir, on constate qu’on en a tous plein les pattes (enfin, pas Delphine et François qui sont encore étonnamment frais) et on commence à chercher de quoi bivouaquer. On repère un petit parc à l’entrée du village, où s’empilent des tas de bois, mais qui est suffisamment grand et clos. Je vais taper à une porte, celle devant laquelle est garée une remorque avec du bois aussi. Une dame me répond, qui appelle son mari, qui nous donne l’autorisation de nous poser dans ce pré où il accueille parfois des chevaux. Il nous donne une salade bienvenue, et vient avec nous vérifier les clôtures et amener de l’eau. Merci beaucoup Patrick.

Delphine et Francois nous y accompagnent, et après avoir rendu leur liberté à nos mulânes, nous discutons encore un moment, sur les principes de l’itinérance et du désencombrement. Puis, nous nous disons au-revoir avec émotion. Eux n’ont pas encore fini de marcher, puisque leur voiture se trouve à 3 km de là, à Belleville. On va chercher de l’eau chez Patrick et Nathalie, puis je prépare à manger, des pâtes tomate et thon, pendant que les gars montent les tentes et que les animaux profitent de leur soirée. Notre présence s’ébruite, et on reçoit la visite de David, un jeune agriculteur revenu habiter sa Normandie natale après avoir vécu plusieurs années à Marseille. J’ai du mal à suivre la conversation, il faut dire que je ne rêve que de mon duvet.

En mangeant, on reparle de la fatigue, des traversées de ville que je n’aime pas, des journées qui sont parfois trop longues, de nos départs trop tardifs le matin, et on finit par monter le ton, comme à chaque fois qu’on discute de ça. Je pose ma gamelle entamée et pars faire quelques pas sous la pleine lune, déjà énorme et brillante alors que la nuit n’est pas encore tout à fait tombée, avec dans mon coeur une drôle de graine qui germe, celle du besoin de faire autre chose, ou de voyager autrement. Je sens la fatigue physique et psychologique, trop bien enracinée pour que je puisse me permettre de repousser encore la limite, car je n’arrive plus à me ressourcer, alors même que je vis un de mes plus grands rêves… Je suis néanmoins parfaitement consciente qu’on ne fait pas toujours, voire rarement, comme on veut en itinérance. Impossible de prévoir les imprévus, même après 15 mois de baroude! C’est pourquoi je demande plus de marge pour les gérer et ma foi, si ce n’est pas possible et que je ne suis plus apte au voyage, et bien je m’arrêterai le temps qu’il faut. Facile à dire… Stéphane me rattrape et me dit qu’on peut essayer, d’en faire un peu moins, de partir plus tôt, adapter le voyage… de retour à la tente, Symphonie nous accueille, elle était inquiète de nous avoir vu partir.

Alors que les garçons sont déjà couchés et que je me brosse les dents, une voix m’appelle. C’est Virginie, une amie de David et de nos hôtes. Ils passent la soirée tous ensemble et elle est venue nous inviter à boire un verre. Elle est adorable et émerveillée, et a plein de questions. Il est 22h30, je tombe de fatigue, mais devant son insistance je ne peux refuser. J’irai seule. Un peu éméchée, elle me prend par la main et m’emmène. J’accepte un café, en me promettant de faire court. J’y resterai plus de deux heures, comblée d’attentions. Lorsqu’enfin je parviens à me lever en expliquant mon besoin vital de sommeil, Nathalie me prépare un sac de nourriture. C’est vraiment adorable, merci. David et Virginie me raccompagnent au camp, où après avoir fait un dernier câlin aux mulânes, je m’effondre sous la tente et plonge illico dans un sommeil qui s’annonce d’ores et déjà trop court.

Tags : Berneval-sur-MerGR 21Le TréportNormandieSeine-Maritime

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