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Jeudi 8 juin 2017 – 19 km]
Tout le monde a bien dormi dans le pré fraîchement fauché. Les mulânes se sont abrités dernière leurs bosquets respectifs pour se protéger du vent. Au matin, celui-ci est tombé un peu, il fait bon. Ben nous avait averti qu’Hulika risquerait d’aboyer plusieurs fois dans la nuit, tenant à la perfection son rôle d’alarme, mais non, nous n’avons rien entendu.
Alors que nous démontons les tentes tranquillement, nous voyons arriver une voiture, et une dame en sortir avec un panier. Mais, c’est Delphine!!! Elle a repéré sur la carte où nous étions posés et elle arrive avec le café et le petit déj ! Wahou merci beaucoup, c’est super sympa! Comme elle et François souhaiteraient nous rejoindre pour une étape, nous profitons aussi de ce moment pour discuter de comment nous ferons le lendemain pour nous retrouver.

Après avoir été remplir nos gourdes chez le monsieur qui nous avait donné de l’eau la veille, nous préparons les mulânes et partons, le cœur vaillant, à 10h30.
Ben assez bien supporté le poids de son sac mais il a quelques ampoules aux pieds, dues à ses chaussures neuves. Nous trouverons une pharmacie en route pour qu’il puisse y acheter de quoi se soigner.

Départ donc sur une piste caillouteuse bordée de champs de céréales. Le lin est en train de fleurir et il y a des coquelicots partout. Un savant mélange de verts, de bleus et de rouges, et d’odeurs qui nous accompagnent et nous enchantent. À un certain moment, le chemin devient vraiment très caillouteux et difficile pour nos mulânes​, car ceux-ci roulent sous leurs pieds, mais ils s’en sortent bien en utilisant aussi les bordures, profitant des herbes hautes pour grapiller l’air de rien. Bientôt nous pouvons apercevoir de plus près la mer, alors que nous nous nous rapprochons de Ault. Nous y croisons deux randonneuses retraitées enthousiasmée par notre périple! C’est ici que nous rejoignons notre tracé de base qui longeait toute la côte depuis St-Valery-sur-Somme. Nous avons gagné une quinzaine de km en passant droit à travers les terres.

La vue est splendide ici puisque nous voyons les falaises de craie tomber à pic sur la mer et recouverte d’herbe jusqu’au dernier cm. Ces mêmes falaises qui sont grignotées chaque année mar les assauts de la mer, la rendant comme « laiteuse ». Mais nous nous rendons aussi compte que longer la côte ne sera pas si facile, car il faut traverser les petites villes et que les dénivelés, autant en descente que pour monter de l’autre côté, sont très abruptes. Nous prenons le temps de filmer et de faire de belles photos à un point de vue splendide, où plusieurs personnes avec un sourire lumineux viennent nous demander s’ils peuvent nous prendre en photo. Puis, après une belle descente, un petit passage remarqué sur la place en bas, et une solide montée, nous tombons sur une petite place de pique-nique herbeuse qui nous invite à faire une pause.

Nous y croisons beaucoup de randonneurs qui ont emprunté en sens inverse le GR où nous allons marcher ensuite. Les mulânes ont l’air d’apprécier l’air marin et l’herbe qu’ils ont à disposition pendant la pause. Steph en profite pour faire une micro sieste, et Hulika pour récupérer à l’ombre sous la table. À partir d’ici, le chemin en bord de falaise est fermé, il y a des panneaux partout indiquant le danger d’effondrement potentiel. Heureusement, le GR continue un peu plus dans les terres. Celui-ci nous emmène jusqu’au bois de Cise, mais avant, il y a quelque parcs à vaches à passer.

J’utilise ma technique de la longe autour du museau qui fait un peu noeud coulant et c’est parfait, j’arrive à maîtriser ma mule qui se tient à carreau. Elle marche même un peu devant sur quelques centaines de mètres, puis demande à remarcher derrière. Elle s’est vraiment accommodée de la place de suiveuse, j’en suis parfois un peu frustrée mais en même temps, je me dis que je ferais mieux d’utiliser cette particularité comme un atout.

Le Bois de Cise est magnifique. Il y a beaucoup de pins et des maisons à l’architecture complètement hallucinante, située quelque part entre ferme traditionnelle du coin et bâtiment « rococo », avec des formes absolument uniques et des détails farfelus. On se demande si un architecte fou a vécu ici, mais cela donne beaucoup de cachet à l’endroit. Ben prend certains raccourcis avec Hulika, et les dénivelés étant trop importants, nous préférons suivre la petite route avec Marius et Symphonie. De toute façon, au bout desdits raccourcis, il y a souvent des barrières « anti-quads » qui nous obligeraient à débâter. Nous longeons ensuite le Bois de Cise avant de reprendre une piste où nous sommes sûrs de pouvoir passer. Nous profitons ainsi de l’ombre qui est plutôt bienvenue.

Puis nous voilà repartis à travers champs, nous passons à côté d’un camping et du bois du Rompval.
Peu avant Mers-les-Bains, nous refaisons une petite pause en bord de route pour grignoter quelque chose et respirer un peu à l’ombre. Nous allons essayer d’arriver à Mers en passant le long des falaises, car il y a un point de vue magnifique. Nous ne savons pas si nous pouvons passer avec les mulânes, mais décidons de tenter le coup. Alors que nous bifurquons à droite en direction des falaises, un policier municipal s’est garé sur la piste et nous attend, posté au milieu. Ils nous salue gentiment, nous pose quelques questions et finalement tout sourire, nous donne de l’eau, du pain de mie et des petites meringues.

En fait, il venait juste s’assurer que nous n’avions pas l’intention de camper au point de vue, Notre-Dame de la Falaise, car selon lui « il y a plein de problèmes et il s’en passe des vertes et des pas mûres par là-haut, la nuit ». C’est pour cette raison qu’il patrouille dans le coin. Nous le rassurons en lui disant que nous allons aller dormir à une air naturelle de camping, après le Tréport. Nous ne faisons que passer. Arrivés au point de vue, qui est une immense prairie où, en effet, il aurait fait bon bivouaquer, c’est avec soulagement que nous constatons que le chemin, même s’il est accidenté et pentu, est tout à fait accessible pour Marius et Symphonie, suffisamment large et loin de la falaise pour descendre en toute sécurité, tout en profitant des jeux des goélands dans le vent.

Une fois parvenus dans la zone urbanisée, on termine la descente en beauté avec un passage d’escaliers que nos compagnons gèrent avec agilité sous le regard ébahi des passants. Ben a pris un autre chemin avec sa chienne, pour prendre un peu d’avance dans l’optique de trouver une pharmacie et de la nourriture. Nous avons convenu de nous retrouver plus tard. Nous rejoignons le bord de mer et un grand quai très joli, bordé de maisons aux peintures colorées, que nous allons longer. En cette période de début de saison estivale, l’Esplanade du Général Leclerc est bondée de monde, de familles​ et de retraités qui se promènent, autant dire que nous progressons extrêmement lentement. Nous nous arrêtons en effet tous les 20 mètres pour répondre aux questions des passants, et aussi pour ramasser les crottins que nos mulânes, joueurs, ne manquent pas de déposer sur les pavés clairs et rutilants.

Arrivés au bout de l’esplanade, nous repérons une petite cabane de boissons et de nourriture rapide, derrière laquelle une barrière donne la possibilité d’attacher nos compagnons pour les décharger un moment. En effet, même si nous n’avons pas avancé beaucoup en raison des dénivelés et des rencontres, cela fait tout de même 3h que Marius et Symphonie portent leurs chargements. Cette pause est bienvenue car nous ne sommes pas au bout de nos peines. Il nous reste encore à traverser le port et nous ne savons pas du tout ce que nous allons trouver comme passerelles. Une dame émerveillée sur la promenade a insisté pour nous donner quelques sous pour nous offrir à boire, et alors que Ben nous rejoint, nous en profitons pour déguster une tournée de glaces. Les mulânes​ en profitent pour faire un brin de sieste. L’après-midi et déjà bien avancée mais loin d’être terminée.

Ben est allé en éclaireur constater que les passerelle sont suffisamment larges pour nos compagnons et leurs sacoches, mais rien n’est moins sûr qu’ils voudront les traverser, puisqu’elles sont métalliques sur les côtés et en caillebotis au milieu, ce qui leur laisse la possibilité de voir l’eau s’écouler sous leurs pieds. Nous nous présentons devant la première passerelle par un passage étroit au dessus d’une écluse en chantier que nous devons négocier. Marius s’engage avec un peu d’hésitation et traverse sur la pointe des pieds. Quant à Symphonie, pas moyen. Elle accepte à trois reprises de s’y engager, mais lorsqu’elle pose son sabot sur le métal, le bruit de résonance la dissuade et elle recule. Même le fait que Marius soit de l’autre côté ne l’encourage pas à passer. Nous insistons un peu, moi devant, Stéphane derrière, mais nous sommes interrompus régulièrement par des passants qui traversent aussi la passerelle. Symphonie monte en pression, ça sent le compromis.

Je décide alors de faire le tour par la route, ce qui me prendra 10 minutes, pendant que Marius traversera la deuxième passerelle, et nous nous retrouverons sur le quai de l’autre côté. Je décide de ne pas m’énerver et de ne pas perdre mon sang-froid, mais je me sens quand même un peu désarçonné​e et fatiguée. Heureusement, Symphonie accepte de se séparer de son « âne soeur » et de faire le tour le long de la route, qui présente un bas-côté bien large et facile pour progresser. Je la motive toniquement et malgré quelques hésitations et appels désespérés, elle me suit d’un pas franc. Le pont que je vais traverser et emprunté par les voitures et goudronné, et il ne présente aucune difficulté. Stéphane m’attend de l’autre côté un peu inquiet, pendant que Ben est resté avec Marius et Hulika.

Nous remontons tout le quai en sens inverse, il y a des voitures garées, un peu de trafic, mais quand même de la place, donc ça va. Les mulânes sont contents de se retrouver. Nous repartons et là, nouvelle bataille. Pour une raison que j’ignore, Symphonie ne veut pas marcher sur le quai en bois alors qu’habituellement cela ne lui pose aucun problème. Je dois faire attention, car en essayant de trouver un autre passage elle pourrait heurter des voitures garées avec son chargement. Après quelques tentatives qui ne font que la désécuriser, je décide de marcher sur la route, mais ça y est, je suis énervée. Nous remontons de l’autre côté sur une petite route, la route Des Ânes en l’occurrence, nous sommes bientôt arrivés à l’air naturelle de camping.

En marchant, j’ai des larmes plein les yeux, je me sens complètement impuissante. Nous nous en sommes sortis certes, mais cela me fatigue beaucoup, surtout après une journée de marche.. L’air naturelle​, à laquelle nous arrivons à passé 19h, est très sympa et calme. Nous pouvons compléter, avec nos cordes, un espace clos pour les mulânes derrière un bâtiment, ce qui nous évitera de les attacher, et nous plantons nos tente devant eux, dans un pré vide de tout autre occupant.

Ben a pris un autre chemin pour nous rejoindre et il a ramené de la bière et des fruits. Merci infiniment Ben pour ton soutien et ton écoute dans ces moments un peu difficiles. La soirée se passe bien, je me détends et me dis que tout ça n’est pas si grave, qu’il faut que j’arrive à prendre ce genre de situations avec plus d’humour et ne pas m’accabler ni accabler Symphonie pour des choses que nous ne maîtrisons pas, ou plus, ou pas encore. Surtout quand des badauds (mot qui a fait beaucoup rigoler Ben) en rajoutent, alors que j’essaie de gérer ma mule, en commentant copieusement « ou là lààà, qu’il est têtu!! » Malgré tout, je me rends compte que je tiens moins bien le choc en cas de problèmes ou d’imprévus, surtout si ceux-ci se présentent en fin de journée ou si ils s’accumulent. Je craque trop facilement, comme si je n’avais plus de batteries…Nous avons déjà traversé plusieurs grandes villes, mais toutes les villes ne présentent pas les mêmes difficultés. Celles de la côte normande sont un peu plus compliquées dans la mesure où il faut toujours traverser un cours d’eau, gérer le dénivelé et une urbanisation bruyante, et ceci au milieu du monde présent en cette belle saison.

Nous pouvons profiter de prendre une douche, ce qui nous remet un peu d’aplomb, et les quelques gorgées de bière m’aident à relativiser. Steph fait ses étirements de fin de journée, qui l’aident beaucoup à venir à bout de ses douleurs, Ben soigne ses ampoules, Hulika nous ramène sa balle pour jouer, les mulânes inspectent curieusement leur parc et se calent contre un mur, et nous allons nous coucher d’assez bonne humeur, pour dire, après un petit moment de guitare.

Tags : FalaiseFerme GrangeLe TréportNormandieSeine-MaritimeWoignarue

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