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« Vous avez bien raison, quand on vit la vie trop vite, on l’a brûle, et quand elle est brûlée… elle est brûlée. » nous dit Hubert, des larmes plein les yeux.

[Lundi 22 mai 2017 – 17 km]

Cette journée de pause nous a fait à tous le plus grand bien et nous nous réveillons en forme. Au saut du lit, nous croisons Christophe, qui est venu travailler et qui passe nous dire au revoir car il ne nous reverra probablement pas. Il est allé voir notre site internet dans la soirée et en sait un peu plus sur notre périple. Ingrid nous appelle pour venir boire le café et prendre un petit déjeuner. Elle se désole de n’avoir plus grand-chose à nous proposer puisque la famille est venu passer le week-end à la ferme, mais pour nous, c’est Royal : café, jus de fruits et tartines. Et des bananes pour la route! Nous discutons encore un bon moment avec notre hôtesse. Ingrid et Christophe sont dans une situation familiale compliquée et nous sentons beaucoup d’émotion. Lorsque nous allons préparer les affaires, elle nous accompagne ainsi que son fils Clément. Nous prenons une photo souvenir puis Ingrid nous escorte jusqu’au début de notre chemin et c’est les larmes aux yeux que nous nous quittons.

Départ donc à 11h, nous entrons désormais dans la Somme!
Nous traversons Digeon. Puis nous apercevons le viaduc de l’autoroute et au loin  retour dans les cultures, avec les tracteurs qui traitent et les éoliennes en image de fond. Après Gauville et la traversée sur l’autoroute avant le Bois du Vicomte, le GR est joli et varié, surtout plat mais avec quelques petits dénivelés, tantôt sur petite route goudronnée, tantôt sur piste semi herbeuse. Un savant mélange bien dosé de prairies, de forêts. La forêt domaniale de Beaucamp-Lejeune est très agréable, nous y croisons un garde forestier barbu avec sa voiture, qui nous rappelle Hervé, dans les Vosges, lorsque Kali nous a quittés. Du coup j’y repense, à ma petite louve, qui n’est plus à nos côtés mais dans mon coeur.

Il fait bien chaud et nous revoilà en t-shirts. Ça ne nous déplaît pas! Steph est en grande forme, plus de trace de migraine ni de tendinite. Tant mieux, c’est chouette. La verdure explose et la végétation est immense, avec des feuilles géantes. On trouve plein d’orties à fleurs blanches, super car elles ne piquent pas et les feuilles peuvent être consommées telles quelles. C’est Emma qui m’a confirmé ça, il y en avait plein dans son jardin.

Toute la journée, je surveille la démarche de ma mule et de ses pieds. Elle cherche les bordures, ça tombe bien, il y en a! Sur la route ça va, seuls les chemins caillouteux semblent un peu difficiles. Bon, on va doucement. Et comme on a bien entamé nos réserves de nourriture, on est plus légers. Faire attention à où elle pose ses sabots la détourne de son habitude de s’arrêter pour regarder le paysage. Du coup, les mulânes avancent super bien, et groupés, ce qui nous permet, à Stéphane et moi, d’avoir une conversation ! À 13h30 nous avons déjà fait la moitié de nos 17km, on s’arrête pour décharger et manger en haut d’un chemin, où il y a aussi un bon réseau pour mettre en ligne la vidéo sur le contenu des sacoches. Pas facile le bureau itinérant. On repart peu avant 15h, les mulânes ont bien mangé et sont prêts à marcher encore.


Nous assistons à un ballet de tracteurs transporteurs de cailloux à un croisement, heureusement on quitte la route. On entend un cri bizarre, entre l’oiseau de mer et le cochon qu’on égorge… On ne saura jamais ce que c’était.
Peu avant St-Germain sur Bresle, on décide de changer un peu notre itinéraire et de continuer sur le GR jusque vers la ferme de la Rosière, juste avant Bouafle. C’est joli, Marius et Symphonie avancent bien, et on trouvera sûrement de quoi s’arrêter à la ferme.


Vers 17h30, après une bonne descente heureusement sur terrain doux et facile, nous arrivons à ladite ferme, posée à côté d’étangs. C’est splendide, mais nous n’y trouvons personne. Zut zut c’est trop beau par ici. Et si on veut continuer sur Bouafle, on doit traverser la rivière.. Arrive alors une voiture et un monsieur qui ouvre un portail un peu plus haut sur la route. On lui demande et, trop chouette, il nous ouvre sa propriété pour la nuit : un lieu préservé et magnifique, ponctué d’étangs entourés de forêt et de clairières tendres, peuplé de milles oiseaux, y compris d’eau.

Il y a une petite cabane, prolongée d’une terrasse sur l’étang, que nous pouvons utiliser. À peine installés, Stephane retourne à la ferme chercher de l’eau, car nous avons vu la voiture du paysan arriver entre temps, et discuter le coup avec lui. À son retour, il part en quête de belles images, pas difficile par ici ! Pendant ce temps, je donne du sel et de l’eau aux mulânes, prépare le dîner. Nous retournons faire quelques pas autour des étangs, et Marius et Symphonie nous accompagnent librement jusqu’à une belle clairière, où ils décident de rester un peu pour manger.

Ils reviendront tout seuls plus tard vers la cabane. Nous voulions au départ les cantonner vers nous pour la nuit, mais finalement on va les laisser complètement libres. L’immense propriété est close, autant qu’ils en profitent, comme nous profitons d’une magnifique soirée et du couché du soleil, des divers cris d’oiseaux et des bonds d’impressionnantes carpes géantes à la surface de l’eau. À la nuit, hop dans la cabane, nous verrons bien s’ils seront vers nous au matin. Oui oui, on est joueurs ! Il y a aussi un nid de frelons dans le toit de la cabane… Joueurs, on vous dit !

[Mardi 23 mai 2017 – 16,5 km]
Réveil dans la petite cabane au bord de l’étang.. c’est toujours aussi beau! Le temps est un peu couvert.. Les mulânes sont allés manger dans une clairière un petit peu plus loin. Ils reviennent tout seuls faire la sieste devant la cabane, en suivant de loin Steph qui était allé checker où ils étaient, pendant que je prépare le petit-déjeuner: tartine de miel et mirobolique confiture de rhubarbe d’Emma sur la terrasse au bord de l’eau. Y a des moments pires…

Nous rangeons nos affaires, et au moment de préparer Marius et Symphonie, nous remarquons qu’ils ne sont plus là! Nous prenons les licols, partons à gauche, là où ils sont allés cette nuit, on ne les trouve pas. On se sépare pour contourner un autre grand étang chacun de notre côté, en scrutant chaque coin d’herbe pour y repérer une tache sombre et une tache claire, sans succès.

Je reviens vers la cabane pendant que Steph continue de chercher, mais ils n’y sont pas… Bon. Je repars, à droite cette fois, et les trouve à 30 m de là, tranquillou. Évidemment, c’était si simple. Un demi heure de recherche alors qu’ils étaient juste à côté, mais de l’AUTRE côté.
Nous quittons cette belle propriété en refermant bien le portail, comme demandé, et en laissant une petite carte avec nos remerciements.


Nous devons donc traverser la rivière. Il y a un petit pont de pierre, et après quelques hésitations, Symphonie s’y engage. Marius refuse catégoriquement. Il y a juste avant le pont un petit affaissement un peu caché sous les hautes herbes, et cela ne l’inspire guère. Alors Stephane le fait passer dans l’eau. Qui aurait cru qu’un jour, Marius choisirait la rivière plutôt que le pont ! Stéphane doit insister un peu mais finalement, il passe.

A partir de là, nous sommes en Seine-Maritime ! Nous continuons dans le sous-bois, il y a beaucoup d’eau, ben oui, zone d’étangs. 200 m plus loin, nous retombons sur une rivière, super profonde pour le coup, et la passerelle à barrière est trop étroite pour les sacoches. Débâtage, passage des mulânes, transportage du matériel nous-même, et rebâtage de l’autre côté, pendant que nos compagnons broutent tranquille. On croit presque percevoir quelque amusement dans leur regard ! On a fait moins d’un km en une heure.

Alors que nous traversons Hodeng-au-Bosc, trois ânes nous regardent passer, puis une odeur de barbecue empli nos narines, ce qui me fait monter plein de souvenirs d’enfance!
Après Hodeng-au-Bosc, nous reprenons le GRP des forêts de Haute-Normandie, à travers champs, au soleil, ou en longeant des bois jolis. Après Courval et son usine, nous entamons une bonne grimpette à la fin de laquelle nous faisons une pause miam de 45 min, sur une large tranchée herbeuse coupée dans la forêt. Nous y trouvons un vieux meuble en métal, qui nous fait de suite penser à Cyril! Il en ferait sûrement une splendide commode design dernier cri! Départ à 15h, tout le monde est en forme.

Heureusement car la journée est loin d’être finie. Au bout du chemin, nous rejoignons une piste et un panneau indicateur du style de ceux de Chantilly, mais en moins classe, trône au milieu du carrefour. La piste, parfois recouvertes de grosses flaques ocres, nous emmène à travers une clairière en train de repousser, il y a beaucoup de genêts. Puis elle se transforme en sentier qui descend sur le village de Nesle-L’Hopital, et nous marchons sur des feuilles mortes parfois un peu glissantes.

Nous devons retraverser une zone d’étangs, c’est très beau mais nous nous attendons à des passerelles, et on prie pour qu’elles soient suffisamment larges. Oui! Ça passe ouf. Par contre, après un très joli chemin dans les bois humides bordés d’eaux fraiches et sillonnantes, le GR nous emmène droit sur un « tourniquet », une barrière que nos compagnons ne peuvent passer, même déchargés… Pas le choix que de passer quelques centaines de mètres plus loin sur une route départementale à grand trafic, pour rejoindre notre tracé. Heureusement, il y a un bas côté herbeux bien large, et nos mulânes ont assez de place. On rejoint le village et on remonte de l’autre côté de la voie de chemin de fer en suivant une route goudronnée.

Nous commençons à fatiguer un peu, mais nous ne sommes pas encore arrivé à notre étape du soir et il va être temps de refaire une pause déchargement pour les mulânes. Il y a des vaches qui viennent nous voir, Symphonie accélère et s’excite, nous sommes en train de discuter de je ne sais plus quoi et, comme parfois quand nous ne sommes pas d’accord et fatigués, ça clash un peu. On décharge dans un chemin perpendiculaire à la route, le long du parc à vache, bon exercice, et prenons notre pause chacun de notre côté, pour retrouver notre calme. Je me sens fatiguée. Contrairement à Stephane qui a des douleurs qui vont et viennent ou des migraines qui le ralentissent, je n’ai rien de tout ça, mais peut-être plus une fatigue générale, et psychologique. Et souvent je veux en faire trop, parce qu’on est en chemin, qu’il faut s’accrocher. Après réconciliation et quelques larmes, nous repartons. L’orage ne dure jamais très longtemps.

Il est 17h50. Pour deux heures de route goudronnée au milieu d’une plaine ponctuée d’éoliennes jusqu’à Ramburelles, en passant par Rambure, où nous n’avons pas le courage de faire un détour pour voir le château. On arrive vers 19h30. Sur la carte, on voit qu’il y a un stade un peu à l’extérieur du village, ce sera notre plan « B ». De toute façon, il nous faut de l’eau, donc on rentre dans Ramburelle. Nous ne croisons pas grand monde, les gens par ici ne semblent pas très curieux. Arrivés au centre, finalement un monsieur vient vers nous en souriant. Nous en profitons pour lui demander s’il connait un terrain où nous pourrions passer la nuit.

Il se trouve que René est Conseiller municipal, il nous emmène donc chez le maire qui nous propose un joli terrain à côté de l’église, où nous pourrons aussi trouver de l’eau. Il y a des allée des peupliers de chaque côté, nous trouvons facilement de quoi installer Marius et Symphonie. L’herbe est une pelouse communale, mais ça ira pour cette nuit. Pendant que nous montons le camps sous le regard méfiant des gens d’en face, nous recevons la visite de Hubert, un agriculteur retraités un peu éméché, qui s’intéresse à nous. « Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas du village! » me dit-il en introduction. Après que nous lui ayons expliqué notre périple, il nous dit, des larmes plein les yeux: « Vous avez bien raison, quand on vit la vie trop vite, on l’a brûle, et quand elle est brûlée… elle est brûlée. » Cela nous touche beaucoup. Il nous raconte son histoire : sa femme qu’il a perdu, ses enfants qu’il a peu vu, et son boulot qui lui a pris toute sa vie… Les yeux humides, Hubert semble tout chamboulé. Il n’en revient pas de notre voyage et autant dire que ça réveille des choses en lui. Il finit par nous proposer des oeufs. On discute encore peu puis il s’en retourne à sa vie.

Notre campement se situe juste en face de la grotte de la vierge, que nous avions vu sur la carte auparavant. Nous allons y faire un tour et y déposons une prière dans le livre commun. Je demande humblement à ce que nos pas soient guidés sur notre chemin d’évolution, et qu’il en soit ainsi pour tout le monde.
Personne d’autre ne vient nous voir ce soir, à part quelques chats de cimetière qui traversent par là, et les vaches dans le champ attenant. Je n’ai pas le courage d’attacher Symphonie en longue longe près des vaches, je la préserve de ce stress. Ce n’est peut-être pas bien de trop la couver… Nous tendons notre cordelette blanche entre les peupliers pour éviter que les mul’ânes s’emmèlent durant la nuit.
Après avoir mangé des oeufs et de la purée, il est déjà presque 22h. Moi je vais me coucher, bien naze, pendant que Steph travaille encore un peu.

Tags : AumaleHodeng-au-BoscLes étangs de BouafleNesle-L'HopitalNormandiePicardieRambureRamburellesSeine-MaritimeSomme

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