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[Jeudi 18 mai 2017 -13 km]
Ce matin c’est la bonne, on se sent prêts à repartir. Stephane va mieux, même si ses douleurs persistent un peu, notamment sa sciatique et son genou gauche qui se comporte bizarrement. Prêts mais avec une pointe de mélancolie, car on était bien ici, dans ce lieu splendide, avec Emma et Cyril. En plus, la Picardie est une région qui a éveillé quelque chose en moi, je m’y sens bien. Les paysages me parlent, les maisons me touchent. On prend le petit dej’, on vide notre jolie chambre, on équilibre les sacoches. On se prépare et on attend Emma qui est partie très tôt et va revenir d’un tournage, pour lui dire au revoir. On a embrassé Cyril tôt ce matin, alors qu’il partait a son boulot. On laisse les mulânes brouter un moment dans la cour. Emma arrive, on charge, on s’en va vite, pour ne pas faire traîner les adieux, alors qu’elle filme notre départ. Il est passé 11h30.

Nous sommes très émus car cette rencontre a été une fois de plus forte et magique. Nous avions tellement de points communs, et nous avons beaucoup partagé. Nous nous reverrons sûrement. Nous commençons par marcher une heure dans des chemins creux et rendus très humides par les pluies d’hier soir, avec une herbe bien haute et détrempée. C’est glissant à certains endroits et la végétation en plein essor a repris le dessus. Nous devons un peu nous y créer un chemin, ce n’est pas désagréable avec les odeurs de fleurs et de plantes, mais autant dire que nous finissons trempés après peu de temps. Du coup, nous sommes heureux de retrouver un peu de goudron pour espérer sécher.

Les mulânes ont besoin, comme nous, d’un petit moment pour se mettre dans le bain. Eux aussi ils étaient bien chez Emma et Cyril, entre leur parc avec foin, la parcelle sous bois, ombragée et herbeuse, et les petites balades pour aller broutailler les bordures de chemins variées. Ça se passe toujours pas trop mal avec Symphonie face aux vaches, même si c’est pas encore à 100%, les progrès sont énormes.
Nous arrivons à Mercastel, et surtout au bois de Mercastel, qui est en partie privé. Nous ne savons pas si nous pourrons passer par le chemin prévu. Cette forêt me revigore, je m’y sens mieux et retrouve le bonheur de marcher. Symphonie aussi on dirait, elle s’est reconnectée et marche devant, cool. Il y a plein de chants d’oiseaux, c’est très paisible. Comme nous l’avions envisagé, certains chemins indiqués sur la carte, sont barrés d’une chaîne avec un panneau « entrée interdite » mais nous trouvons aisément un autre parcours pour rejoindre une petite route juste avant St-Samson-la-Poterie.

Ça nous ferra un petit détour mais rien de méchant. On s’arrête peu avant la lisière, vers 13h30, pour un casse-croûte dans un creux de forêt coloré. Des pans de terrain ont glissé sous les arbres et découvrent une terre orange qui fait ressortir la verdure festoyante. Les mul’ânes sont sages et broutent sans s’éloigner, choisissant à leur guise dans cette variété goûtue. Mais ils ne sont pas complètement tranquilles, ils n’arrêtent pas de regarder vers le chemin par où nous sommes descendus : il doit s’y passer quelque chose, mais à part trois buses qui tournent, nous, on ne voit rien. Après trois quart d’heure, on repart. La petite route est très agréable, bordée de fleurs des champs, de prairies et de forêt. On y croise deux faisans, qui se baladent en silence.

Nous bifurquons dans les bois de Canny, pour rejoindre le chemin qui longe les hauts de Canny-sur-Thérain, depuis le cimetière. On avait pensé couper en bas, par la ferme, mais les ornières boueuses remplies de flotte nous font faire demi tour. Un rayon de soleil apparaît et fait grimper la température, on enlève les vestes! T-shirts! La vue est splendide depuis en haut, on en prend plein les yeux. L’herbe est presque à hauteur de nez de nos compagnons, et ils ne résistent pas à grapiller en marchant.

Le chemin est d’abord bien ouvert, mais la végétation se referme au fur et à mesure. Pas grave, on passe. Nous débouchons sur la route peu avant Grumesnil, que nous traversons. Nous devons reprendre par les prés pour éviter au maximum cette route qui mène pourtant droit à notre destination: Les Nonettes, à Mondeville. Nous on va passer par Saint-Michel-d’Halescourt. Et c’est là que ça se gâte.

En traversant Grumesnil, on voit un ciel noir s’épaissir, l’air se rafraîchir. Les oiseaux se taisent et le vent se lève un peu. On va s’en prendre une, c’est certain… Comme il n’est pas très tard, nous faisons quand même une mini pause broute car les bordures sont riches de plantes diverses dont les doudous raffolent. Le temps d’enfiler nos vestes. Je ne sors pas mon poncho de pluie, pour quelques gouttes. Et ben si j’avais su! En effet, la petite pluie du débit ne semble pas méchante. Mais passé St-Michel, en quelques instants, nous nous retrouvons sous des trombes d’eau.

Symphonie l’avait senti venir car elle essaie de se caler les fesses au vent dans un petit recoin de chemin. Mais il nous faut continuer, sinon on va prendre froid, m’encourage Stéphane. Les passages sous les arbres n’y font rien, et la traversée dans les herbes hautes finit de nous détremper. Le dernier bout de chemin, creux, devient presque un ruisseau alors que nous motivons les mulânes courageux pour arriver le plus vite possible. Nous débouchons sur la route « mouillés jusqu’aux slips », et rentrons dans la propriété soulagés. Les quatre chevaux de nos hôtes, Xavier et Pascal, des amis d’Emma, galopent en « banc de poisson » en nous voyant arriver, puis reviennent au calme.

Nous débâtons Marius et Symphonie à l’abri dans l’allée devant les boxes, et Steph leur donne une poignée de foin reconfortant. Pascal arrive 5 min après nous, et nous discutons un moment, avant de mettre les mulânes dans leur grande pâture, et d’aller nous changer. Ouf, nous avons beaucoup de chance d’être au chaud et au sec pour la nuit, dans le petit studio que Pascal est en train d’aménager au dessus des boxes! Merci!

Par contre, Marius et Symphonie devront faire avec la pluie battante… Et Steph a toujours des douleurs. Sa cheville, ce qui est « habituel », mais son genou et la sciatique, ça c’est nouveau. C’était une des raisons de sa visite chez l’ostéo. Il s’inquiète un peu car il ne voudrait pas que ça s’aggrave, avec la marche. Et comme j’avais oublié d’en parler dans le blog, on s’engueule 😉 Par dessus le marché, le tracé qu’il avait fait jusqu’à notre prochaine escale à Boismont s’est effacé pour la Nième fois, et il doit le refaire, encore et encore… On se demande ce que tout cela peut bien vouloir dire.

[Vendredi 19 mai 2017 – 11 km]
Nous avons très bien dormi dans le petit studio de Pascal, avec le radiateur allumé et toutes nos affaires agglutinées autour pour les faire sécher. Stéphane et moi avons une grande discussion au réveil. Sur les douleurs physiques, notamment, qui se font parfois sentir et qui pourraient nous stopper. Quel en serait le sens, que ferions nous cas échéant? Tout en faisant des étirements pour nous dérouiller, nous nous demandons pourquoi nous nous arrêtons si souvent, est-ce un aspect du voyage qui consisterait à marcher de place en place, où nous resterions à chaque fois une semaine ou plus pour récupérer physiquement et s’occuper du blog, fignoler les videos, avancer dans la gestion de la correspondance, enfin toute chose qu’il est plus difficile de gérer lorsqu’on marche et qu’on bivouaque ? Nous avons l’impression que nous sommes bien fatigués pour dire que nous sortons d’une semaine de pause. Il y a aussi le fait que nous et les personnes que nous rencontrons avons mutuellement envie de passer un peu de temps ensemble, et c’est important de ne pas passer à côté de ça. Nous parlons aussi de nos réalités financières, qui nous rattrapent sans trop pourtant nous inquiéter. Arrivons nous à aller aussi loin qu’il était prévu au départ ? Arriverons nous à marcher jusqu’au Portugal ? Devrions nous envisager un plan B, ou penser un peu, voire lancer gentiment le début de l »après »?

Steph sent toujours sa tendinite, son genou, que veut lui dire son corps? Il espère qu’il pourra marcher, sans trop morfler, et prévoit déjà de retourner chez un ostéo lorsque nous serons arrivés à Boismont, chez « Escap’âne ».
Nous sommes désormais en Haute-Normandie. Le temps y est changeant. Malgré le fait que j’ai eu mal au cœur de les voir tête basse sous la pluie hier soir, les mulânes ont bien supporté la nuit dans les intempéries, et les doux rayons de soleil nous apportent à tous du bonheur ce matin. Parscal arrive alors que nous sommes en train de sortir nos affaires et il amène le petit déj : petits pains, brioches croissants et des fraises marché mmmh merci infiniment.
La météo annonce des averses orageux pour la journée mais nous décidons d’être courageux.
Départ donc à 11h15.
Nous commençons par du goudron, et c’est tant mieux, cela nous permettra de rester secs un moment et d’avancer plus franchement que sur les chemins boueux. Le long de la petite route, les céréales sont couchées par endroit, à cause du vent? Ça sent bon, par contre, mmmg. Notre marche est rythmée par des pétards à culture.
On suit le GR de pays des forêts de Haute-Normandie, qui passe par Haucourt. Est-ce le village où a été inventé la pendaison ?! Le ciel est devenu noir de cendre lorsque nous arrivons à Guaillefontaine. Il est 14h et comme nous avons bien avancé, nous décidons de nous offrir un café. Il y en a un, justement, en face de la mairie: le » café du commerce ». Alors que nous cherchons un endroit adéquat pour attacher les mulânes, Laurence, la patronne du café, sort et nous accueille à bras ouverts. Elle adore les ânes et les chevaux et nous fait de suite une place. Nous sommes au bord d’une grosse route et il y a pas mal de camions et de tracteurs qui circulent. Symphonie finit par se mettre en confiance et à se caler. À peine avons-nous fini de les décharger que le tonnerre se met à gronder et un qu’un déluge s’abat sur nous.

Enfin nous, nous sommes à l’abri mais Marius et Symphonie non… Ils baissent les oreilles, font le dos rond et essuient l’orage. Le temps change vraiment vite par ici, nous allons tâcher de nous en souvenir ! Pendant ce temps, Laurence nous prépare 2 assiettes de spaghettis à la carbonara, du fromage, des madeleines maison et un café. Nous sommes super touchés par tant de gentillesse, quel réconfort ! En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le soleil revient et le ciel est soudain aussi bleu que s’il ne s’était rien passé. Incroyable. Du coup, les mulânes, presque aussitôt séchés, ont droit à leur lot de carottes et font une sieste. Laurence nous met encore deux petits fromages de Neuchâtel fermier et un kilo de carottes à l’emporter. Elle nous offre tout cela de bon cœur, nous sommes abasourdis par tant de générosité. Laurence nous explique qu’elle a eu la chance de faire quelques sorties dans le désert. Elle y a appris avec bonheur ce qu’était l’Hospitalité, et pour elle, c’est évident.
Nous sommes arrivés ici dans le timing parfait et repartons réconfortés et surtout secs. Il est 16h et vu la météo super changeante, nous ne savons pas ce qui va nous tomber dessus et commençons à douter d’arriver jusqu’à Beaufresnes. Cela dépendra aussi de l’état des chemins.

À peine sortis du village, nous faisons une petite pause broute de 10 minutes dans les hautes herbes qui bordent la piste.
Les mulânes traînent ou alors regardent le paysage. Symphonie s’arrête tous les cinq pas pour regarder des vaches à 3 km, des voitures à 6 km ou des éoliennes au loin, dont on voit les palles survoler les arbres.
Dans ces moments-là, rien ne sert de se batailler ou d’essayer de les forcer à avancer, il vaut mieux les laisser regarder le temps qu’il faut pour qu’ils identifient l’objet. Après, en général, c’est reparti. Bref, nous avançons du coup très lentement mais espérons marcher encore une heure et demie jusqu’à Conteville. C’est sans compter sur les chemins complètement détrempés où nous devons nous-même marcher dans de grosses flaques d’eau, car il n’y a pas moyen de passer à côté.

Marius n’aime toujours pas l’eau mais il fait de gros efforts et passe quasiment partout. À un endroit, alors qu’il marche sur une petite bande de terre au milieu, il descend dans une flaque assez profonde sans s’en rendre compte, car l’eau est trouble et recouverte de pétales de fleurs des arbres. Quand il en prend conscience et alors qu’il a de l’eau à mi-canon, il se cabre complètement et saute en l’air comme un cheval sauvage, tout ça avec son chargement. Il atterrit à côté sans dommage mais sa cabriole était impressionnante ! Nous longeons un parc avec des chevaux puis un parc avec des vaches Charolaises allaitantes qui nous surveillent de près. Paradoxalement, les grosses flaques d’eau m’aident car Symphonie est en partie concentrée sur où elle pose les pieds. On fait beaucoup de progrès avec les vaches. Nous nous arrêtons à la première ferme à l’entrée de Conteville et le paysan nous laisse bivouaquer dans un de ces parc, d’où il vient d’enlever ses vaches pour la nuit. C’est justement le pré à côté des charolaises, ce sera un excellent exercice. Le seul truc, c’est que nous devons être partis demain à 8h30 avant l’arrivée des bovins. Bon, on se lèvera à 6h30 et ce sera notre record de départ tôt !

Nous entrons donc dans le parc, et débâtons nos compagnons qui se réjouissent de se rouler, de manger et de profiter. Il y a même quelques arbres pour s’abriter s’il pleut cette nuit. Il est 19h, et accompagnés des meuglements des vaches curieuses qui observent tous nos faits et gestes, nous montons le camp et profitons d’une magnifique soirée où la lumière se donne en spectacle. Le ciel noir joue avec le soleil sur les arbres et toute la végétation brille! Et cerise sur le gâteau, nous avons droit à un splendide arc-en-ciel complet qui nous enchante par sa magie. Après les pâtes avalées à 15h, nous n’avons pas faim. Nous goûtons quand même un Neuchatel fermier avec un bout de pain, bâchons nos affaires dessus et dessous en prévision d’éventuelles​ pluies nocturnes et filons sous la tente. Il fait jour presque jusqu’à 22h maintenant, et nous faisons blog et vlog au chaud dans nos duvets, pendant que les mulânes vont narguer les mamans vaches.

Tags : BazancourtContevilleLes NonettesOisePicardiePicardie Verte

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