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Marius Tour de FranceMTF #Oise

Jour 412 / Ce n’est qu’un au-revoir !

Le réveil n’a pas sonné ce matin.. Oups, c’est Jo qui, en revenant de sa balade au marché avec Maiia, nous réveille à 8h30. Il a ramené le petit déj!! Merci beaucoup, nous sommes choyés. On se dépêche de rassembler nos affaires tout en discutant. Steph prend une petite douche pour essayer de faire passer son mal de tête, et départ pour le pré. Pendant que nous refaisons connaissance avec nos sacoches et notre matériel entreposés dans la sellerie, Jo, Victoire et Maxence prennent le camion fraîchement acquis et s’en vont chercher une grosse balle de foin à une demi-heure d’ici. Pour nos derniers instants dans ce bel endroit, on décide de lâcher les mulânes avec les autres, l’occasion de constater que Symphonie n’est plus en chaleur. En effet, le jour de mon retour, en traversant le pré, la présence de Dix-de-Coeur a fait s’exprimer des chaleurs intenses, avec des manifestations dignes d’une ânesse ! Je ne l’avais jamais vue comme ça, mais j’ai l’impression que ça lui a fait du bien, même si le gentil hongre n’a su que faire d’autre que lui gratter le dos pendant que la mule défaillait de pâmoison.

Lorsque nos hôtes reviennent, il s’agit de passer la balle de foin du camion au râtelier, ce qui nous vaut une bonne rigolade, car évidemment, ça ne rentre pas du premier coup. Puis nous nous préparons, toujours avec dans le cœur ce mélange d’excitation de repartir et de tristesse à laisser des amis avec qui nous avons partagé beaucoup, derrière nous. Anne, qui ne pouvait pas être là ce matin car elle travaillait au marché, nous rejoindra sur la route avec Jo à la mi journée: Nous ne pouvions en effet pas nous résoudre à nous dire au revoir hier soir sur le pallier, alors que nous dormions dans l’appartement d’à côté. Le temps passe vite et il est 12h30 lorsque nous partons. Après de grandes embrassades et une tranche de pizza avalée en vitesse, c’est en se filmant mutuellement que nous descendons la route. Une petite pluie est de la partie mais cela ne nous décourage pas, du moins pour l’instant. Après le village de la Chaussée, nous descendons vers une départementale très fréquentée, ce qui n’est pas plus mal car les voitures ne peuvent pas rouler très vite, du coup.

C’est par le pont de Saint-Leu d’Esserent que nous allons pouvoir traverser l’Oise et ensuite la voie ferrée à l’intérieur du Bourg. À peine avons-nous traversé le pont en créant un petit bouchon, que le téléphone sonne. C’est Anne! Elle est en route avec Jo pour nous retrouver. Nous décidons donc de nous arrêter tout de suite après le pont, sur une zone herbeuse agréable pour les attendre, avec un petit parking. Nous sommes très heureux de les voir une dernière fois, de les serrer dans nos bras. Anne nous a ramené des fruits et des légumes du marché, notamment des supers fraises goutues, que nous dégusterons plus tard. C’est dur de se quitter… La pluie reprend. Nous les regardons s’éloigner en récupérant nos LO qui broutent plus loin. Merci, tellement.
C’est là aussi que nous rejoignons le GR 11, ce qui va nous faciliter la tâche pour trouver notre route. En effet, il est plus simple de suivre le balisage du GR que de sortir nos téléphones sous la pluie. Nous passons devant une magnifique abbaye  et son église prieurale du XIIe et XIIIe que Stéphane décide d’aller visiter brièvement car il est déjà 14h30. Pendant que j’attends dehors, une dame qui passe, surprise de voir la tête de Marius, me demande si elle peut lui donner un bout de son croissant, mais n’attend pas ma réponse pour lui donner. Bon, je voulais lui dire que nous préférons ne pas leur donner de pain, mais tant pis. Puis nous passons devant un terrain de tir à l’arc et saluons les tireurs qui n’émeuvent aucunement nos mulânes. Toujours sous la pluie, qui s’intensifie d’ailleurs, nous traversons des champs, remarquons que le blé a bien poussé. Marius et Symphonie sont au taquet avec l’herbe, ils ne pensent qu’à manger, c’est un peu normal après trois semaines de parc, l’appel de la haute verdure est plus fort que tout.

Le GR passe dans cette ruelle étroite … comment dire ?!

Ils restent néanmoins concentrés, je trouve même que ma mulette est très à l’écoute, comme si Anne et Victoire avaient travaillé le « céder à la pression » en mon absence. Elle se montre très appliquée et légère en bout de longe. Je remarque aussi que son séjour entourée de chevaux fougueux a eu un réel effet sur ses craintes en présence de chevaux. Elle se tient plutôt calme et n’essaie plus de courir vingt mètres devant. Chouette, moi qui m’attendais à devoir reprendre ça sérieusement en main, je n’ai plus qu’à la conforter dans son nouveau comportement. Peut-être que le fait d’avoir pu vivre ses chaleurs pleinement en présence de Dix l’a aussi aidée à se sentir plus équilibrée ?

Après avoir marché un bon moment le long des champs de colza, nous traversons le bois Saint-Michel qui nous sépare de Le Tillet, notre étape du soir. Au début, tout se passe bien et nous sommes même un peu protégés de la pluie. Nous décidons alors de faire une petite pause pour décharger nos mulânes courageux, mais nous ne nous attardons pas car tout est trompé, et en plus nos compagnons ne tiennent pas trop en place, ne trouvant pas les plantes de ce bois à leur goût, manifestement. À un carrefour dans la forêt, nous quittons le GR11 et là, tout se complique. La piste est littéralement défoncée d’ornières géantes et glaiseuses provoquées par la circulation d’engins lourds de débardage. C’est un vrai massacre. Des petits lacs se sont même formés et Marius et Symphonie ont du mal à tenir debout sur cette terre patinoire.

Heureusement, de nombreux petits chemins parallèles se sont créés, qui nous permettent de progresser sans nous casser la figure tous les 5 mètres. Néanmoins, il faut se frayer un passage et notre avancée est lente. Et puis, ça reste quand même glissant et nous devons faire très attention. Nous sommes tous les quatre vraiment très mouillés lorsque nous arrivons à Le Tillet en priant pour trouver une possibilité de nous mettre au sec pour la nuit. Alors que nous descendons la rue du village, nous remarquons que celle-ci est bloquée en bas car ce soir nous avons droit à…. la fête foraine !!! V’la aut’ chose, ça pas être facile de traverser sereinement avec le son et les manèges…

Au même moment, un homme ouvre sa fenêtre et nous salue. Nous lui expliquons notre tour de France et Stéphane a la bonne idée de lui demander s’il connaît un terrain où nous pourrions passer la nuit. Il nous propose immédiatement une de ses pâtures, car lui aussi a des chevaux. Tout naturellement, il nous explique comment nous y rendre en revenant un peu sur nos pas, puis nous propose de nous y emmener de l’eau. Autant parfois nous devons un peu « gagner » notre bivouac, autant certaines fois il nous est livré « clés en main » avant même que nous ayons pu réaliser! Aujourd’hui, mouillés et fatigués, nous apprécions particulièrement cet accueil spontané.

Sept minutes plus tard, nous arrivons aux abords d’un magnifique terrain, au fond duquel se trouvent un bungalow et une petite caravane. Deux chevaux dans un parc voisin nous observent. Jean-luc arrive avec sa camionnette et nous explique qu’il a une vingtaine de poneys avec lesquels il participe à de nombreuses manifestations, et qu’il loue aussi à des familles pour se balader dans la forêt. À côté de ça, il a quelque chevaux lourds, notamment des percherons. Ceux-ci sont attelés et promènent des enfants ou des gens, également lors de manifestations, ou pour des occasions spéciales et privées. La saison vient à peine de commencer et il ouvre le bungalow, son « club house », juste pour nous. Nous n’en croyons pas nos yeux : l’abri que nous avons demandé nous est prêté encore mieux que nous le rêvions.

Nos mul’ânes ont un grand parc et pourront dormir en liberté. Nous espérons juste qu’ils ne mangerons pas trop… Mais pas le coeur de les attacher. Toutes nos affaires installées au sec, nous tentons bien que mal de nous réchauffer, avant de rejoindre la caravane ou un vrai lit nous attend. Nous sommes infiniment reconnaissants à notre bonne étoile, entre l’accueil chez Ânes Victoires et cet abri tombé du ciel. Même si dans la soirée, un grand feu d’artifice (week-end du 8 mai oblige) affole nos doudous et me foutent en rogne, on dormira bien. Stéphane va les voir pour essayer de les rassurer. Il vont finir par se calmer. Il n’y a, à mon goût, pas grand chose de plus inutile et désagréable qu’un feu d’artifice…

Siou, le chien de Jean-Luc, est curieux…

[Dimanche 7 mai 2017 – 17 km]
Le jour me réveille dans la caravane, accompagnée de plein de pensées philosophiques, des sensations difficiles à décrire dans un état entre deux consciences. Sur les choix de vie, les buts et faut-il absolument en avoir, est-ce-que je me sens toujours bien sur le chemin, serais-je capable et/ou aurais-je envie de m’arrêter et pour faire quoi, l’itinérance a-t-elle toujours un sens aujourd’hui, lequel, m’apporte-t-elle ce que je recherche ou est-ce devenu une sorte de fuite ? Un tourbillon de pensées et de ressentis qui s’entremêlent alors que j’émerge gentiment de mon sommeil. Je reste un peu dans cet état méditatif pendant qu’on prend un café-muesli dans le mobile-home. J’en discute avec Stéphane qui n’a pas la même approche du voyage que moi, puis il se dissipe et, de retour sur le plancher des vaches, on se prépare. L’endroit est vraiment beau, paisible, la pluie a cessé et la nature brille.On envoie un message à Jean-Luc vers 10h pour le remercier et l’avertir de notre départ imminent. Il débarque 30 min après, alors que nous sommes sur le point de charger les sacoches, avec sa fille Vanessa, randonneuse équestre, et le petit déjeuner, café et croissants, ouaaaah merci! Double p’tit dej ce matin! Super chouette moment. Tout en discutant de notre voyage et des futures étapes, ils nous parlent de leurs amis Dominique et Chantal, à Hodenc-l’Évèque, qui seraient susceptibles de nous accueillir ce soir, puisqu’ils sont sur notre tracé. Aussitôt, Vanessa les appelle pour leur en parler, ils sont OK, cooool !  Aujourd’hui, c’est le deuxième tour des élections présidentielles! Stéphane avait déjà vécu des élections en voyage, en 2012. Cette année, c’est un peu tendos… Dominique, qui nous accueillera ce soir, est Maire de Hodenc-l’Évèque, et il aura probablement fort à faire ce soir, mais il dit pouvoir trouver le temps de nous installer entre ses obligations.


Avec tout ça, il est tard quand nous partons… Presque midi. Pour faire 17 km c’est un peu rude, mais comme nous savons où nous arrivons, ça ira. Le temps est encore un peu humide et gris, mais les paysages me plaisent de plus en plus dans cette région. Nous commençons à voir quelques maisons de briques et de torchis. Il y a toujours des champs de colza, des cultures, des forêts, mais c’est vallonné et varié. Par ailleurs, les gens semblent très curieux et accueillants par ici. Partout les portes et les fenêtres s’ouvrent et des sourires se présentent sur notre passage, nous demandant où nous allons comme ça, et si nous avons besoin de quelque chose.

C’est le cas peu après Lachapelle-St-Pierre, alors que nous nous arrêtons une demi-heure pour manger une salade sur un petit terrain communal. Un couple ouvre sa fenêtre, l’occasion d’échanger quelques mots, et de savourer un petit café en leur aimable compagnie, pendant que nos mul’ânes broutent sous les regards affichés de Macron et Le Pen. Des dames que nous croisons plus tard dans une rue nous disent qu’avec nos vestes rouges et nos chapeaux, elle nous ont pris pour des Canadiens! Oui au fait, nous avons profité de la pause de Pâques pour troquer nos habits d’hiver contre le pack d’été. J’ai quand même repris une bonne veste (la rouge que j’avais laissée pour la verte, en décembre) car les soirées sont encore fraîches. Je la renverrai par la poste dans quelques semaines pour ne garder qu’un coupe-vent et mon poncho de pluie, bien sûr. Nous tenons régulièrement notre hôte du soir informé de notre avancement.

Nous croisons des parcs avec des chevaux à plusieurs reprises et Symphonie semble avoir enfin compris qu’elle n’avait pas besoin de choisir son camp, entre eux et les ânes. C’est un vrai plaisir car elle ne m’embarque plus quand on passe devant ! Par contre pour les vaches ce n’est pas la même affaire, alors que nous croisons un troupeau de jeunes veaux, peu avant Tillart, elle fait son cirque. J’arrive à la tenir un petit moment mais dès que le chemin s’élargit elle me prend la main et s’en va au courant sur une vingtaine de mètres. C’est compliqué car au départ, elle ne veut pas passer devant, et soudainement elle dépasse brusquement Marius, en le heurtant au passage. C’est très inconfortable pour tout le monde, il faut que je trouve une solution pour qu’elle prenne confiance avec les vaches. Cet épisode me fatigue beaucoup et les derniers kilomètres sont un peu difficiles, physiquement et émotionnellement. Je me sens énervée et vexée de ne pas parvenir à la rassurer, alors que notre relation se développe si bien par ailleurs. Et puis, « grmbl », c’est sans compter que j’ai les pieds mouillés depuis notre départ, les chaussures que j’avais gardées pour l' »été » prennent l’eau… Bon, on verra bien.
Nous descendons sur Tillard, un des plus beaux villages que nous ayons croisé ! Maisons anciennes de briques magnifiquement conservées, une église de toute beauté dans la lumière du soir. et à nouveau des propositions d’arrêt, de café. Mais nous devons arriver avant 19h si possible, car Dominique doit aller procéder au dépouillement des urnes!! En 1934, le village comptait quatre épiceries et son activité économique comprenait alors un four à chaux et des ateliers de tabletterie, un art qui embrasse une foule de petits ouvrages qui rentrent, sous plusieurs rapports, dans ceux de l’ébéniste, du marqueteur, et du tourneur. Le tabletier fait des pièces de tour délicates et une infinité de petits ouvrages en bois, en or, en écaille, en concordataire avec des billes de toutes taille, en corne, en nacre et en ivoire ; les dames pour le jeu de dames, les pièces pour le jeu d’échecs ; des peignes, des bijoux, des étuis, boîtes, éventails, etc. Aux XVIIIe et XIXe siècles, plus particulièrement sous le Premier Empire, la tabletterie connaît un âge d’or grâce à la vogue des nécessaires de voyage, coffrets où s’agencent minutieusement un grand nombre d’objets issus de la production des tabletiers. (Source Wikipédia)

En remontant sur la route en direction de Hodenc, une camionnette arrive en face et s’arrête à notre hauteur. C’est Dominique, son fils Alexandre et sa belle-fille Julie qui sont venus nous accueillir et nous expliquer comment arriver chez eux. Nous y sommes presque. Lorsque nous parvenons à la propriété, c’est Chantal, la femme de Dominique, qui nous montre très gentiment les lieux. Alexandre et Julie nous rejoignent peu après. C’est d’ailleurs dans l’ancienne habitation des jeunes que nous sommes installés pour la nuit avec toutes nos affaires qui pourront sécher. Un petit appartement façon chalet avec… un feu de cheminée!!!!

Il y a dans leur pâture un jeune cheval, et son compagnon l’âne Apollon. Alexandre et Julie préfèrent ne pas mettre nos Mulânes trop à côté du jeune, car il risquerait de les embêter. Nos doudous seront donc installés dans une belle stabulation extérieure et en partie couverte, sur du dur, ce qui est parfait car ils auront enfin les pieds un peu au sec, avec du foin sous l’abri, à côté de l’âne Apollon très intéressé par ses nouveaux voisins. Nous discutons un moment avec plaisir, je me détends. Quand Dominique revient du dépouillement, Chantal et lui nous invitent pour l’apéro, merci beaucoup. Une bonne bière tout en papotant autour de notre voyage, et aussi autour du nouveau président. Macron est passé ! Pas que nous l’apprécions particulièrement, mais c’est vrai qu’on a eu un peu les chocottes que Le Pen soit élue. A l’annonce du résultat, Stéphane verse d’ailleurs quelques larmes… Pas de joie mais de soulagement…Ça, c’est fait, il va pouvoir retrouver une activité, et surtout une digestion normale…
Il n’y a pas d’eau dans le chalet car une canalisation a dû sauter cet hiver. Avant de rentrer nous poser, je rempli le cubi d’eau froide, et l’outre noire d’eau chaude chez nos hôtes. Ainsi, je pourrai me prendre une petite douche revigorante, grâce au mince filet d’eau très économe mais très efficace. Une douche complète avec moins de deux litres qui me remet d’aplomb, pendant que Steph bosse sur la vidéo.
Je me couche tard pour avancer dans le blog, qui est très en retard. J’essaie d’écrire la journée en cours, plus un ancienne journée. Je suis un peu fatiguée et me mets la pression avec ça, parce que je n’arrive pas à suivre comme je voudrais. Je respire et espère que ça ira demain. L’endroit est très chouette et nous sommes choyés par nos hôtes, tout va bien, pourquoi m’en faire ?

Tags : ChantillyGR 11Hodenc-l'ÉvèquLachapelle-St-PierreLe TilletOisePicardieSte GenevièveTillard

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