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Marius Tour de FranceMTF #Oise

Jour 388 / Arrivée en terre équine

« Mais c’est formidable, vous faîtes le tour de Senlis à poney ? » s’exclame une dame croisée dans une rue pavée de Senlis…
Nous avons passé une bonne nuit dans le parc de André. La douche, après avoir été aspergé par le tracteur pulvérisant des produits douteux dans les champs de céréales encore vertes, nous a fait le plus grand bien. Les mul’ânes ont finalement mangé un petit peu de foin et ont évité les quelques plantules d’érable que nous n’avions pas vues. Plusieurs personnes viennent nous parler brièvement, mais nous ne revoyons pas Jean, le papa d’André. Il a peut-être oublié que nous étions ici, dans notre tente, avec nos ânes sans fers. Il fait un peu froid ce matin, le ciel est couvert, « mi-figue mi-raisin ». Pendant que Stephane commence à démonter le camps, je vais au village en quête d’un petit déjeuner à la boulangerie, qui est heureusement ouverte. Le café, par contre, est fermé… Aaarg tant pis, nous nous chaufferons de l’eau pour un lyophilisé​ avant de remballer.
Aujourd’hui, nous avons à parcourir 16 km, dont 12 km de forêt en continu, la magnifique Forêt domaniale d’Ermenonville (site classé depuis 1998), en suivant le GR11. Après avoir retraversé le village pour reprendre notre tracé, Symphonie en tête comme à chaque fois que nous revenons sur nos pas, nous longeons les champs cultivés jusqu’à Montlognon, avant de nous diriger vers les bois et d’arriver par la route vers une magnifique demeure. C’est l’ancienne abbaye de Chaalis, un ancien monastère fondé en 1136 par le Roi Louis VI Le Gros et confiée aux moines de l’abbaye de Pontigny. Pendant la Révolution, elle avait été vendue comme bien national et l’abbatiale construite au XIIIe siècle, détruite. Le domaine fut transformé au XIXe siècle en résidence de chasse. Plus tard, Nélie Jacquemart, grande collectionneuse et dernière propriétaire du domaine, l’a légué à l’Institut de France avec les œuvres d’art qui y sont conservées. Aujourd’hui, elle est transformée en musée. C’est une bâtisse impressionnante à l’entrée de laquelle un café nous tente. Mais nous préférons continuer. Nous sommes aussi devant le parking du parc d’attractions « la Mer de Sable ». C’est Élodie, à Tramery juste après Reims, qui nous en avait parlés.
Dans ce parc, les visiteurs peuvent notamment prendre un train et vivre une simulation d’attaque de bandits à cheval, façon western. Nous hésitons à y entrer pour aller faire une figuration de chercheurs d’or du far west, mais finalement, on se dit qu’on sera mieux dans le calme des bois et la douceur des arbres. Après avoir traversé en vitesse une grosse nationale rapide et pleine de camion, nous entamons les 12 derniers km en entrant dans la forêt domaniale. À l’instar de beaucoup de zones forestières dans la région, celle-ci est à nouveau très changeante, et splendide. De grands tronçons sabloneux à la végétation du sud nous dépaysent. Nous profitons simplement de ces heures de marche en contact avec cette puissante nature. À tel point que nous nous trompons de chemin, trop occupés à admirer le lieux pour suivre le balisage.
Nous faisons une longue pause casse-croûte en finissant d’écrire le blog sur nos réflexions de voyage après un an, aux abords d’une autre route qui traverse la forêt, pendant que nos mulânes broutent en liberté. Il y a une clairière, des tables et des bancs face à la maison forestière de La Maison Blanche. Top, c’est bien. Rien de spécial à signaler sur la suite de la balade du jour, mise à part la beauté du site ; les seules personnes que nous croisons sont des bûcherons. Nous passons également sous l’autoroute, qui traverse cette forêt comme un sabre laser, et cela nous fait très bizarre d’entendre ce gros trafic d’activité humaine​ alors que nous avons l’impression d’être perdus Into the Wild.
Nous devons nous arrêter ce soir au plus proche de Senlis, qui est une assez grande ville bordée de forêt ou de culture. En sortant des bois, nous suivons une petite route goudronnée et le GR nous fait passer devant le terrain du Club d’Aéromodélisme Senlisien où trois gars s’affairent autour de petits appareils volants. Ils​ nous font signe et l’un deux vient discuter avec nous. C’est Tony, qui gère le terrain ; rapidement il nous dit que nous pouvons bivouaquer ici, si nous le souhaitons. Le terrain et grand comme un stade de foot, l’herbe a été tondue mais nous pouvons laisser brouter un moment Marius et Symphonie en dehors du parc.
Le seul truc, c’est que nous n’avons pas d’eau et que l’un de nous doit marcher les quelques centaines de mètres qui reste jusqu’aux maisons pour nous approvisionner. L’un des monsieur s’en va en voiture et Stéphane saute sur l’occasion pour lui demander de le déposer avec gourdes, outre et cuby, à un point d’eau. Pendant ce temps, je débâte les mulânes et les attaches à leur longue longe, à l’extérieur du terrain, pour qu’ils puissent se détendre. Tony me fait des signes​ pour me demander si nos animaux sont effrayés par les OBM (objet volant modélisé), car ils aimeraient faire un tour de vol. Comme je suis près d’eux, je lui réponds qu’ils peuvent essayer, au pire je prendrais les doudous en main et les amènerai un peu plus loin. Mais à part la surprise du décollage, les mulânes ne prête pas trop d’attention à ce petit hélicoptère qui virevolte au-dessus du terrain.
À la première maison où Stéphane demande de l’eau, un Monsieur le renvoie à une fontaine un peu plus loin. Étrange. La fontaine en question et une borne pour laquelle il faut une clé spéciale, sans quoi pas d’eau. Steph tente donc une deuxième maison, et les gens présents y sont plus sympathiques. Non seulement ils remplissent nos récipients, mais en plus ils se proposent de revenir à pied avec Stéphane pour l’aider à porter les 18 litres d’eau et voir les ânes, avec leurs enfants en bas âge.Lorsque Tony et son ami s’en vont, ils nous donnent le code du cadenas de la chaîne du terrain et nous souhaitent une bonne soirée. Marius et Symphonie sont enchantés d’avoir un si grand parc et ils se mettent immédiatement à la tâche d’entretenir les longues bordure. Il fait bon, c’est très agréable. Nous montons joyeusement le camp, avant que nos compagnons reviennent vers nous pour se faire gratouiller. Ça commence à devenir un petit rituel du soir, que nous apprécions beaucoup. Nous nous sentons bien en troupeau.
[Samedi 15 avril 2017 ]
À peu près au même moment où le réveil sonne, nous entendons Marius, juste à côté de la tente, faire des petits cris comme lorsqu’il appelle ou qu’il demande quelque chose. Nous pensons qu’il s’impatiente de nous voir émerger de notre cocon, mais en fait, lorsque je sors, qu’elle n’est pas ma surprise de voir un sachet papier et un petit paquet en carton devant la barrière du parc. Ce sont des petits pains, des croissants et un petit canard en chocolat. Mais oui, c’est vrai, nous sommes le weekend de Pâques ! Il n’y a personne en vue et nous n’avons rien entendu, mais quelqu’un est venu nous déposer ce présent. Le coeur en joie, nous remercions la vie pour ce genre d’attention. Celle-ci rend notre matinée très douce.
Nous enlevons les crottins dûment déposés le long des barrières, nous préparons et reprenons la route pour traverser Senlis. En passant devant la maison des gens qui étaient venus hier soir, nous nous arrêtons pour leur dire au-revoir et les remercier pour le petit-déjeuner, car en effet, c’était bien eux. Marius en profite pour laisser un crottin devant l’entrée, ce que les gens prennent avec beaucoup d’humour, heureux d’avoir un peu d’engrais à disposition. La vieille ville est très jolie, en vieilles pierres, pavée, fleurie avec pas mal d’espaces verts. En nous voyant, une dame très chic avec une poussette s’exclame, avec un accent en cul-de-poule comme on dit en Provence (d’après Stéphane !) : « Mais c’est formidable, vous faîtes le tour de Senlis à poney ? » Comment dire… Oui, Madame, c’est ça.
Nous tournons un peu dans les ruelles historiques de la citée ceinte de remparts gallo-romains et médiévaux, autour d’une cathédrale gothique, où le GR11 rejoint le GR12 et le chemin de Compostelle, puis finissons par trouver le bon chemin. Nous espérons rencontrer une place où attacher Marius et Symphonie pour boire un petit café, mais les rues sont étroites et bondées, ce n’est vraiment pas idéal. Et puis nous nous sentons pas très à l’aise dans cette ville plus habituée aux grosses berlines de luxe et aux chevaux de course qu’aux nomades et aux ânes. Nous passons donc notre chemin. Une voiture s’arrête alors à notre hauteur et la dame nous lance, en baissant son carreau : « Bonjour! Vous vous souvenez de moi? Nous nous étions rencontrés en Alsace, devant la boulangerie à Ribeauvillé. C’est chouette de vous voir ici, vous en avez fait du chemin ! » Ce genre de coïncidences, si c’en est une, nous fait toujours très plaisir! Nous n’avons malheureusement pas la possibilité de nous éterniser, car des voitures attendent derrière et manifestent leur impatience.
Après Senlis, nous entrons dans la grande forêt de Chantilly. Par ici, nous voyons partout des pistes d’entraînement pour les purs-sangs de course et la forêt est striée d’immenses pistes de galop et de giratoires dignes de grandes départementales, au milieu desquels trônent des poteaux indicateurs très chics et travaillés. Les pistes moelleuses de terre sableuse sont manifestement entretenues et hersées tous les jours, pour que les chevaux de prestige et leurs cavaliers puissent s’y entraîner dans le plus grand confort. Pour nous, c’est assez fatigant de marcher dans ce terrain meuble et nous cherchons un peu les bordures, cette fois-ci pour y trouver un peu de dur!
Lorsque tout est calme, nous laissons marcher les mul’ânes​ en liberté. Nous nous amusons encore une fois de notre allure de baroudeurs, avec nos longues oreilles bien plus petits et rustiques que les purs-sangs​ ou les chevaux de concours lustrés que nous pouvons croiser. Ces chevaux, ainsi que leur matériel et leurs cavaliers, sont tirés à quatre épingles et brillants de propreté. Tout à fait comme nous, mais dans un autre style ! Nous manquons à plusieurs reprises de provoquer des chutes car les chevaux se voient très surpris de cette caravane à sacoches sur leur piste ordinairement libre. Plusieurs d’entre eux s’affolent, font demi-tour ou respirent bruyamment en essayant de nous éviter.
Certains cavaliers arrivent à récupérer la situation et à rassurer leur monture, certains autres, ne s’attendant pas à de telles réactions, se font embarquer en sens inverse. Heureusement, nous n’aurons à déplorer aucune chute à notre actif, ça aurait fait désordre, quand même. Nous nous réjouissons d’arriver devant le château de Chantilly, où nous avons rendez-vous avec Anne et Victoire, deux jeunes femmes que nous avons hâte de rencontrer, ainsi que leurs deux ânesses Gribouille et Pépita. Anne et Victoire font avec leurs compagnes à longues oreilles tout ce qu’il est possible de pratiquer avec des chevaux, et tout en douceur. Nous vous en parlerons plus en détail dans la prochaine publication. C’est elles aussi qui prendront soin de Marius et Symphonie pendant les vacances de Pâques: grand luxe pour nos doudous.
Lorsque nous arrivons au niveau de la maison forestière de la Fourrière, juste à côté des Grandes Écuries de Chantilly, nous envoyons un ultime message à nos hôtesses pour qu’elles aient le temps de venir nous retrouver à pied, vers le château, avec leurs ânesses. Arrivés vers le point de rendez-vous, nous remarquons une friterie-sandwicherie mobile. Nous ne résistons pas à l’envie d’un petit café serré, idéal en attendant. Les gens d’ici, habitués à voir de grands chevaux de prestige, sont plutôt charmés de voir nos mul’ânes, ça leur change un peu. Lorsque les filles arrivent, alors même que nous ne nous sommes jamais vus pour de vrai, ce sont comme des retrouvailles. Elles sont accompagnées d’Éloïse, une jeune fille qui s’implique aussi beaucoup avec les ânesses.
Notre joyeuse caravane augmentée se remet en route pour passer devant le château et prendre une photo souvenir digne d’une carte postale. C’est Éloïse qui nous mitraillent de photos. Nous longeons les impressionnants champs de course des Grandes Écuries sous le regard amusé des passant. La rencontre entre les ânes s’est bien passée, même si, à son habitude, Symphonie presse un peu le pas et ne sait pas trop où trouver sa place, elle qui a des demi-longuez’oreilles. Nous rejoignons ensuite le grand canal, et dans une ruelle descendante, nous entendons quelqu’un nous héler par une fenêtre. Hey, mais c’est Tony, le patron du terrain de modélisme de Senlis! Génial, quel était le pourcentage de chance que nous passions dans sa rue !
Nous faisons encore un petit bout de chemin et arrivons à la pâture, où nous attendent le grand et jeune cheval pur-sang réformé Dix-de-cœur et le petit poney en pension Bilbao. L’endroit est super chouette et les filles super bien organisées. Elles voulaient au départ mettre Marius et Symphonie avec leurs équidés, même séparés par un fils, mais les ânesses ont eu quelques soucis de parasites suite à la visite d’une asinerie peu scrupuleuse. Du coup, et même si leurs ânesses sont à priori guéries, les filles ont préféré nous trouver une pâture à quelques centaines de mètres.
Après avoir déchargé, débâté et rangé notre matériel dans leur petite sellerie, nous emmenons Marius et Symphonie à travers le dédale de fils électriques et de poignées. C’est un parcours du combattant que Symphonie n’apprécie que peu. Un couloir ou des purs-sangs curieux s’agitent de chaque côté. Elle monte un peu en pression, tire sur sa longe, je finis par la lâcher et la laisser faire des allers-retours, pendant que Marius marche placidement… fidèle à lui même ! Je suis toujours étonnée de sa « crainte » des chevaux..une mule est en général plutôt attirée par eux.. je vais m’occuper de ça pendant notre séjour ici. Rester trois semaines entourée de chevaux la désensibilisera peut-être. J’envoie donc un message à Virginie Cheysser, une amie muletière toujours de très bon conseil, pour avoir son avis.
Une fois nos compagnons parqués et heureux de se rouler, nous regagnons le pré des filles pour y rencontrer Mélanie, qui a son ânesse Fanelle, sa jument Anouk et son poney Nougat dans la pâture d’à côté. Ce soir, nos hôtesses nous ont prévu un apéro et un barbecue trop top dans les sous-bois de leur pré. Maxence, le compagnon de Victoire et Arnaud, le mari de Mélanie, nous ont rejoint. Nous sommes super heureux et reconnaissants d’être là et d’échanger avec toutes ces personnes adorables, avec qui nous aurons beaucoup à partager ces prochains jours. Merci de tout cœur pour cet accueil magnifique.
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