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AisneMarius Tour de France

Jour 381 / Coup de mou dans la caravane !

[Vendredi 7 avril 2017 – 17 km]

C’est un matin difficile. Je n’ai pas très bien dormi, il a fait très froid cette nuit et au réveil tout est givré, l’herbe, les affaires, et même les oreilles des mulânes. Je n’ai pas le moral, d’autant plus que nous apprenons par les réseaux sociaux que l’Amérique a bombardé l’Afghanistan. Pfff mais où va le monde? C’est à nous de nous accrocher, garder espoir et nourrir le positif qui anime ou sommeille en chaque être humain. On se prépare un petit déj’ avec les mains glacées, on essaie de se réchauffer comme on peut en piétinant.

On revient à la vie petit à petit après chaque gorgée de café chaud. Un jeune employé de la ferme nous propose une bouteille de lait fraîchement trait, nous le remercions chaleureusement mais déclinons la proposition.. on ne boit pas de lait. Le fils de l’agriculteur vient aussi nous voir pendant que nous démontons le camps, pour s’assurer que nous avons bien dormi, que tout va bien, et nous poser quelques questions sur notre voyage qui l’intéresse. Vers 9h, alors que la température monte, le toit de l’abri dégivre et commence à goûter sur nos affaires, c’est très bien, ça accélère un peu notre départ. À 10h, on est prêts. Il fait maintenant meilleur qu’hier et on en est ravis.

Nous reprenons le GR de pays du tour de l’Ormois en revenant un peu sur nos pas et en bifurquant vers La Pommeraie. Des feux anti gel ont été allumés sous les jeunes pommiers en fleurs afin de les préserver. Nous regardons les éoliennes en marchant. Symphonie traînasse 20 m derrière, pas de grosse motivation. Je vais m’acheter le t-shirt où est inscrit : « je peux pas, ma mule veut pas », si ça continue.. à travers champs et prairie, le GR nous amène à Armentières sur Ourcq, puis à Breny. On s’amuse à penser que c’est le village des mule clin d’oeil à l’heure crie un peu bizarre: le brénissement, un mélange pas toujours heureux entre le braiement de l’âne et le hennissement du cheval.

Un petit coin d’herbe ligneuse entouré de haies, avec en prime une table et des bancs, nous invite à faire notre pause casse-croûte ici. À côté, un parc où se trouvent trois chevaux et une ânesse qui nous regardent avec beaucoup de curiosité. Après avoir avalé une salade, il me prend l’envie impérieuse de faire une sieste au soleil, pendant que Steph règle des trucs sur le blog. Nous attachons Marius et Symphonie, qui ont bien mangé, et ils font la sieste aussi. À mon réveil, une heure plus tard, j’ai récupéré de ma mauvaise nuit et me sens enfin d’attaque pour finir cette journée. On redémarre à 14h15, rejoignons une petite départementale où circulent de gros camions, mais ils sont sympas, ils ralentissent. Nous piquons au sud, toujours par le GR, en direction de Latilly, où une belle fontaine au milieu du village fait le bonheur des mulânes, qui s’y abreuvent longuement. Enfin, il faut tout même sortir la gamelle pour Marius qui ne se risquerait pour rien au monde, à moins d’être aux portes du trépas, à mettre le nez dans une fontaine. Entre Latilly et Neuilly-st-Front, notre étape du soir, je me sens à nouveau fatiguée et m’arrêterais bien à l’hôtel restaurant « Le Lagon Bleu » dont la pancarte me tend les bras avec ses belles promesses de terrasse ombragée et de pieds sous la table. L’idée nous traverse l’esprit quelques fractions de seconde, mais ce n’est pas raisonnable… On continue notre chemin, mais aujourd’hui, comme cela m’arrive parfois, c’est de ça dont j’aurais eu envie. Neuilly est un assez grand bourg et nous devons trouver un bivouac à ses abords car il est trop tard pour y rentrer et le traverser. Nous arrivons dans une zone résidentielle un peu chic, et nos demandes concernant un terrain possible pour la nuit restent sans réponse. Les gens ne savent pas trop… un peu plus loin, un couple à qui nous demandons de l’eau nous indique qu’il y a un grand parc communal près de l’école maternelle, à quelques centaines de mètres de là. Ouf! En nous y rendant, nous voyons sur notre droite une immense prairie d’herbe un peu drue, bordée de forêt, qui est ouverte. Ni une ni deux, nous décidons de nous installer là, grimpons dans la prairie et nous posons dans un petit coin magnifique en bordure d’un chemin.Les mulânes semblent apprécier également l’endroit, se roulent avec délice comme chaque soir, et s’en vont brouter en liberté, ça et là. Les journées sont plus longues maintenant et nous profitons d’une belle soirée ensoleillée à « chiller ». Le faisan est à nouveau à côté dans la haie. Nous nous délectons d’une superbe lumière. Après avoir attaché symphonie à sa longue longe, je vais lui faire des câlins et des soins et des petits massages des pieds à la tête. D’habitude, le soir, ils aiment bien qu’on leur fiche la paix, mais ce soir, elle semble vraiment apprécier. Alors que je suis accroupie à côté d’elle à lui masser la jambe, elle tourne la tête vers moi et me presse contre elle. J’ai le cœur en fête.

Puisque, affamés, nous avons mangé des biscuits en arrivant, nous n’avons plus très faim. On saute donc le repas du soir et avalons juste une pomme et un bout de pain. Nous échangeons également des messages avec Hélène qui devrait nous accueillir demain soir. On apprend qu’elle n’habite pas à Villers-Cotterets, mais à Vivière, plus haut. Il nous faut revoir donc l’itinéraire car concrètement, c’est une journée supplémentaire de marche. On mettra alors deux jours à 15 km et on n’y sera pas demain soir, comme on se réjouissait. Hélène nous assure qu’il est possible de faire étape à Corsy, chez des amis à elle. Nous changerons un peu notre itinéraire mais tout devrait bien se passer. Bonne nuit!

[Samedi 8 avril 2017 – 15km]

Réveil dans la brume. Pas une brume épaisse qui bouche la vue, mais de celles qui rasent les prés et laissent des trous pour entrevoir les rayons du soleil qui se lève. C’est très beau. Nous détachons les mulânes un moment pendant que nous préparons les affaires, et nous décidons de nous arrêter dans un café à Neuilly pour prendre le petit déj. Nous arrivons sur la place de l’église et le seul endroit où nous pouvons attacher nos compagnons est occupé en partie par un petit marché et une dizaine d’enfants qui s’amusent. Ils s’approchent de nous pour caresser Marius et Symphonie et comme on ne veut pas laisser tout ce petit monde sans surveillance, je vais chercher des cafés à l’emporter et des petits pains à la boulangerie d’à côté, que l’on déguste au soleil. Un des petits garçons est très turbulent et nous devons garder un œil sur lui. Son papa, qui vend des légumes sur le marché, apporte des carottes pour les doudous reconnaissants.

Nous marchons jusqu’à Marizy-Saint-Mard, Puy Marizy-Sainte-Geneviève, où on pique au nord pour suivre le GR 11A qui monte droit sur Corcy. Les villages sont très beaux, il y a plusieurs bâtiments anciens et bien conservés et des jardins entretenus très chics. Je n’ai pas beaucoup d’énergie aujourd’hui et Symphonie se cale sur moi. Un peu avant de passer sous la voie de chemin de fer, nous entrons dans un joli bois où j’ai besoin de faire une pause. Petite tension et mal au ventre. Être une femme demande certains jours, une fois par mois, à écouter son corps et ralentir un peu le rythme, même en voyage. Parfois ça passe tout seul, parfois c’est un peu plus compliqué, mais j’ai pu remarquer de manière générale que la marche m’aide globalement à ce que tout circule mieux.

À Noroy-sur-Ourcq, nous décidons de manger un morceau. On se cale dans un chemin sans issue à l’ombre, et après avoir retiré Symphonie 2 fois du champ de blé, je finis par l’attacher jusqu’à la fin de la pause. Hélène est en train de nous rejoindre avec sa mule, nous devrions bientôt arriver à sa rencontre. Nous repartons après avoir récupéré de l’eau, passons par Ancienville. Alors que nous remontons une petite route goudronnée, Stéphane, de la même manière qu’il dirait « voituuure » pour m’avertir de l’arrivée d’une auto, se retourne et me dit tout fort: « cavalièèère », puis après quelques instants: « muuule » ! C’est Hélène, fièrement montée sur sa mule Alpha. Nous nous saluons tout sourire, les animaux aussi. Même si Symphonie ne montre pas beaucoup d’intérêt avoir une copine mulette, les présentations se passe bien.

Hélène met pied à terre et prend la tête de la caravane pour nous guider jusqu’à notre étape du soir, la ferme de Corcy. C’est là-bas qu’Alpha est en pension au prés avec deux juments retraitées. Ça me fait plaisir de voir une autre mule, plus grande, super jolie. Malgré ses 7 ans passés, elle a un air encore un petit peu ado et ébouriffée : j’adore. En fait, sa maîtresse nous dit que plusieurs personnes lui ont affirmé qu’Alpha était une bardotte (croisement entre une ânesse et un étalon) mais nous sommes bien incapables de voir la différence. Nous discutons avec Hélène tout le long du chemin, enfin surtout Stéphane, parce que moi je marche au rythme de Symphonie qui préfère les laisser un peu devant. Nous traversons le grand bois de Hautwison, une très très belle forêt dont les chemins sont en partie défoncés par des engins de débardage. Par ici, ça monte et ça descend tout le temps, mais c’est chouette.

Nous y rencontrons Sophie, la fille des agriculteurs de la ferme de Corcy, qui cherche ses deux chiens. Apparemment, ils aiment fuguer pour aller se balader dans la forêt. Lorsque nous reprenons le chemin, dans une descente, Symphonie se retourne après avoir entendu du bruit dans les bois: ce sont les deux chiens qui, nous ayant repérés, s’approchent de nous. Ils sont identiques et ressemblent un peu à des loups à poil de sanglier, je ne sais pas dire de quelle race ils sont mais en tout cas, ils ne sont pas communs ! Comme ils n’aboient pas, Symphonie ne les reconnaît pas comme chiens et commence à s’inquiéter sérieusement de ces deux bêtes qui s’approche par derrière. Nous espérions les emmener avec nous mais la mule, les sentant derrière elle, décroche une ruade qui les décourage à nous suivre.. nous appelons Sophie pour lui dire que nous les avons croisés. Nous remontons jusqu’à la ferme par un petit chemin envahi de ronces dans lequel je regrette de m’être mise en short pour la première fois de l’année. Hélène nous laisse au bord de la pâture d’Alfa et nous indique comment arriver à la ferme au bout du chemin.

Lorsque nous arrivons, nous sommes saisis pas la beauté du lieu. En plus, la lumière est très belle. Sophie et son compagnon nous y accueillent, nous montrent le paddock prévu pour les mulânes et nous offrent l’apéro. Wouaw! Hélène nous rejoint et nous profitons de la belle fin de journée, quel bonheur! Nous avions prévu planter la tente mais, dans le bâtiment où habitent Sandrine et Pierre, les parents de Sophie, il y a les anciennes chambres des enfants que nous pouvons utiliser, ainsi qu’une salle de bain où nous pouvons nous doucher. Sophie propose de nous y accueillir, Merci beaucoup ! Après avoir rangé toutes nos affaires dans un box, on décide d’aller se faire un resto avec Hélène, après un petit détours ravitaillement avant la fermeture des magasins. L’occasion de faire connaissance avec notre hôte. Hélène est une grande et belle jeune femme au regard doux et clair, au sourire immense. Elle est thérapeute, contemplative, et très intéressée par les nouveaux modes de vie, notamment par les Tiny houses. Je m’y intéresse aussi beaucoup, et nous passons une super soirée à parler du monde et de tout ce que nous pouvons faire pour l’améliorer. Elle nous redépose ensuite à Corsy, elle reviendra demain matin. Nous donnons une petite brassée de foin aux mulânes et filons profiter d’une bonne nuit dans un vrai lit.

Tags : AisneArmentières sur OurcqBrenyCoincyCorcyGR 11AHauts-de-FranceNeuillyNeuilly-St-FrontPicardieVillers-Cotterets

2 commentaires

  1. super, toujours aussi agréable de lire vos épopées. on s’attache à vous comme le font les gens que vous croisez sur la route!
    je suis toujours surprise de savoir les mulanes rester sagement prés de vous meme détachées !!
    Je profite de mon commentaire pour poser une question :
    on me dit souvent que dans l’association mule et ane, l’ane va moins vite et pénalise la mule mais je ne crois pas avoir lu cela de vous ?

    1. Bonjour Carole, merci pour tes message 🙂
      Pour les ânes et les mules, c’est avant tout une question de caractère individuel. Quand la mule marche devant, elle distance très rapidement Marius. Mais le plus souvent, Symphonie préfère marcher derrière et elle s’arrête souvent pour regarder les paysages ce qui compense leurs différences de rythme. Par ailleurs, Sympho est une petite mule, ce n’est pas une mule de selle.

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