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[3 avril 2017 -13 km]
Lorsque nous quittons l’ancienne gare devenue la maison d’Élodie et Christophe, il est 12h30. Stephane a dû régler des bugs sur le site internet en plus de finaliser et publier le vlog de la semaine, ce qui lui a pris beaucoup de temps. Il fait chaud, nous marchons en t-shirt! Le printemps se donne à fond, les primevères sortent de partout! Nous entendons toutes les 5 minutes le cri d’un coq faisan, suivi du bruit d’ailes caractéristique : nous devons être au coeur de la saison des amours, et nous nous amusons à penser que c’est le même coq qui nous suit! Les mulânes sont globalement mous, malgré leurs trois jours de pause. Ils avancent lentement, peut-être à cause de la hausse de température ?
Symphonie, qui perd de grosses touffes de poils et n’est pas encore arrivée à sa robe « mi-saison », s’est remise en mode « paysage » et ne veut marcher que 10 à 20m derrière Marius. Lui suit la maxime: « en avril, ne te découvre pas d’un fil »! Soit. Marius mange beaucoup, tout le temps. Il tire quasi en permanence pour grappiller des touffes d’herbe ou des branches. Nous savons qu’il est un vrai estomac sur pattes, mais aurait-t-il mal au ventre? Car ses crottins sont très mous. L’herbe est très (trop) riche pour eux au printemps et nous devons faire attention. Le choix des bivouacs est important, même si parfois nous n’avons pas des tonnes de choix.
Nous suivons le GR 142 qui nous emmène par mont et par vaux à Crugny. De retour dans les champs, peu avant Courville, nous nous retrouvons nez à nez avec un énorme arbre tombé au milieu du chemin et infranchissable. D’un côté du chemin, un bois dense avec un cour d’eau, de l’autre des barbelés. Nous finissons par remonter un bout le chemin pour passer à l’intérieur de la pâture clôturée mais ouverte pour l’occasion, également de l’autre côté de l’arbre. Ouf! À Courville, nous sommes tous fatigués et décidons de chercher un endroit. Le village est très joli et on nous indique un grand terrain communal au fond d’une rue, il est encore tôt et la mairie est ouverte. Avec notre accord en poche, nous nous installons sur le terrain qui est immense.
D’un côté, des jeux pour enfants genre top parcours d’agility en bois, nous n’irons donc pas là. Au fond, des poteaux de but, c’est parfait. Derrière les poteaux de but passe un cours d’eau avec un petit pont de pierre à moitié effondré, qui donne sur une prairie à foin en pleine pousse. J’imagine déjà ma mule jongler sur la moitié potable du pont, alors nous tendons une grande ficelle, histoire de pouvoir les laisser une bonne partie de la  soirée en liberté. Il y a des chevaux autour, une sorte de compagnie lointaine pour nos mulânes. Nous profitons de nous reposer sous les derniers chauds rayons de soleil, avant d’aller saluer les voisins qui nous observent. Nous gagnons une invitation pour l’apéro chez l’un, le mari de l’adjointe au Maire, et pour le café du matin chez les autres.
Nous sommes très touchés par leur gentillesse. L’adjointe au Maire, d’ailleurs, vient également jusqu’à nous pour nous dire qu’elle nous a ouvert les sanitaires de l’ancienne école, où nous pourrons prendre de l’eau et utiliser les WC. Merci beaucoup ! Nous faisons bien d’y remplir notre cubi de 10 litres, car Marius refuse de boire l’eau du ruisseau, même dans sa gamelle. Il regarde le cubi en appelant, le message est clair: il préfère le chlore aux pesticides ! À la tombée de la nuit, nous sentons la baisse  des températures annoncée. Ça va geler cette nuit. On attache nos compagnons et hop sous la tente.
[4 avril 2017 – 17 km]
Nous sommes réveillés par le soleil qui pointé sur ce joli terrain et, après nous être assurés que tout allait bien pour les mulânes, nous répondons à l’invitation des voisins de venir prendre le petit-déjeuner chez eux. Ils sont très gentils et nous passons une bonne heure, tout en dégustant notre café, à parler avec eux de notre périple mais aussi de leur vision de la vie. Le monsieur a beaucoup travaillé pour et avec les restos du cœur, autant dire que le siens est gros comme ça. Nous réussissons à partir sans oublier la ficelle, ce qui est notable.
Nous quittons Courville par le GR 142, que nous laissons un peu plus loin à Saint-Gilles. En traversant ce dernier village, nous tombons sur un monsieur âgé qui vient de suite à notre rencontre, bientôt suivi par une dame et ses enfants eux-mêmes propriétaires de chevaux. Ils nous proposent de faire escale chez eux, ne serait-ce que pour une pause casse-croûte. En effet, il est bientôt midi mais nous, en fait, on vient de partir..  cela nous fait chaud au cœur mais nous préférons décliner et continuer notre route jusqu’à Mont St-Martin, le deuxième en quelques semaines. Il fait vraiment une température agréable et nous sommes toujours en t-shirt!
Après Saint-Martin, il est prévu que nous traversions une douzaine de kilomètres de forêt dont nous ne ressortirons qu’à notre étape du soir: Mareuil-en-Dôle. Comme tous les champs par ici sont cultivés, nous décidons de nous arrêter pour manger un brin à peine entrés dans le bois de la Pointe. Ainsi Marius et Symphonie pourrons grignoter ronces, branches et herbe au bord des chemins. Nous en trouvons d’ailleurs un perpendiculaire au notre et fermé par une barrière, que nous utilisons comme « parc ». Nous repartons ragaillardis sous le bourdonnement des insectes et le chant des oiseaux, ce qui nous change un peu de celui du faisan qui ne nous quitte plus depuis hier. Plus nous avançons dans cette forêt, et notamment au niveau du bois des Bazoches, plus nous avons l’impression de nous enfoncer dans une autre région, plus au sud.
La terre ici contient beaucoup de silice, le chemin devient sable et la végétation se transforme à chacun de nos pas. En quelques centaines de mètres nous sommes dans un autre monde, peuplé de pins, de bouleaux, de bruyère et de chênes tordus. Il y a également tout plein d’autres plantes que nous ne connaissons pas et notamment des petites mousses circulaires et très lumineuses, que nous n’avons vu nulle-part ailleurs. C’est magnifique et tout en regardant ce paysage enchanteur, je garde un œil sur symphonie dont le corps, qui semble s’être détaché de son esprit, ne pense qu’à se rouler dans le sable, oubliant toute forme de charge sur son dos. Ses jambes fléchissent toutes seules, c’est plus fort qu’elle et je dois sans cesse la stimuler. Nous croisons ici une dame en train de cueillir quelques jolies mousses pour une décoration florale.
C’est ici aussi que nous rejoignons le GR de pays du Tour de l’Omois, qui longe plein sud cette immense forêt, redevenue normale dès que nous en sortons, au niveau de la Fontaine aux loups. Symphonie me fais le plaisir de bien vouloir marcher un peu devant et nous nous sentons super bien sur les doux chemins d’herbe, avec d’un côté les arbres et de l’autre, des prairies à perte de vue.
Notre tracé ne fait qu’effleurer Mareuil et lorsque nous y descendons, nous ne croisons pas grand monde. Nous tournons un moment avant de trouver quelqu’un à qui parler, un Monsieur dans son jardin qui nous donne de l’eau. Il ne sait malheureusement pas où nous aurions la possibilité de bivouaquer car il n’habite ici que depuis très peu de temps (vérité ?). Alors que nous étions prêts à nous éloigner du village, nous passons devant un joli terrain autour d’un étang et repérons un gars vers une maison. Il nous affirme être l’ancien locataire et ne pas connaître le propriétaire dudit terrain.
Alors que nous discutons, 4 autres personnes sortent d’une autre maison et nous voyons à leurs sourires que tout va bien se passer. Un monsieur nous guide alors vers 2 petites parcelles possibles. Sur la première, plein de petits hêtre ont poussé, ce qui rend impossible l’attache en longue longe car nos mulânes s’emmêleraient immédiatement. L’autre pourrait convenir mais elle est à peine assez grande pour nous caser tous les quatre. En face de cette parcelle, des immense parcs à chevaux dont les magnifiques équidés nous regardent curieusement de leur hauteur comme des Sioux en ligne.
 Alors que nous nous grattons la tête pour trouver une solution, une dame, dont j’ai très malheureusement oublié le prénom honte à moi, dans un des parcs s’approche de nous et après avoir échangé quelques mots  nous propose de mettre son vieux fjord et ses deux poneys en boxe pour la nuit, ceux-ci étant sur place, afin de nous laisser le parc rien que pour nous. Il est grand, avec eau, abri et foin. Cela nous embête un peu pour ses chevaux mais je me dis que nous n’avons eu trop de choix vu l’heure qu’il est et que finalement ce n’est que pour une nuit. Quelle chance nous avons d’avoir rencontré cette dame généreuse, qui a sans doute été séduite par la moitié fjord de ma mulette. Nous ne savons comment la remercier et convenons que nous ouvrirons les portes aux chevaux en partant demain. Marius et Symphonie, qui n’en pouvaient plus de tourner en rond dans ce village avec leurs sacoches se roulent avec rage et délice avant de s’offrir quelques petits galops de joie. Steph s’en va chercher de l’eau à une maison voisine, et retombe sur les deux jeunes gens rencontrés plus tôt, Antonin et Ellen, deux étudiants de Paris en séjour dans la maison de campagne familiale. Nous les reverrons demain matin.
La lumière du soir est splendide, nous grignotons un morceau et rejoignons nos duvet pour un repos bien mérité.
Tags : CourvilleMareuil-en-DôleMarneTramery

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