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AisneMarius Tour de France

J379 / Sous les sentiers, la plage

[Mercredi 5 avril 2017]

Quand le réveil sonne, je trouve qu’il fait sombre… Je sors la caméra dans le but de filmer « la journée type » qu’on avait décidé de commencer aujourd’hui. Cela fait des semaines qu’on veut la faire, cette journée type, et qu’on échange nos idées dessus, mais qu’à chaque fois quelque chose nous en empêche. Ce matin, c’est la lumière. En plus du fait que Stephane a changé d’avis sur le scénario, qu’il voudrait écrire à l’avance. En effet, quand on sort de la tente, il fait gris et froid! On met des couches, on se fait un petit déj’ en vitesse car du coup, le temps ne nous invite pas à nous attarder. Nous n’allons pas suivre le tracé initialement prévu puisque la propriétaire des chevaux du parc nous a conseillé un itinéraire beaucoup plus rapide et sympa jusqu’à Arcy.

Une fois prêts et les chevaux libérés de leur box, comme convenu, nous descendons vers la maison de Antonin et Ellen pour leur dire au revoir. Les jeunes gens nous offrent un café et du gâteau, et nous discutons un bon moment en laissant les mul’ânes brouter. De fil en aiguille, on leur propose de marcher avec nous aujourd’hui jusqu’à Arcy. Il y a environ 9 km, ce n’est pas trop difficile, et ils pourraient revenir assez aisément en stop en fin de journée. L’idée les séduit immédiatement. La maman de Antonin revient du marché avec du pain et plein de légumes frais, elle ne peut malheureusement pas nous accompagner car elle a d’autres choses de prévu aujourd’hui.

Après avoir préparé un petit sac de pique-nique, nous voilà partis tous les six sur les chemins.Nous rejoignons les champs en direction de Les Tournelles. Antonin et Ellen tiennent Marius à tour de rôle. Tous deux sont étudiants à Paris et ils sont venu passer quelques jours se ressourcer dans la maison familiale de Antonin. Ellen est américaine et c’est très intéressant d’avoir son point de vue sur Trump et les mouvements politiques qui secouent les États-Unis. Nous avons envie de garder espoir et de ne pas nous laisser décourager par tout ce qui ne va pas dans le monde. D’autres mouvement sont en marche et le peuple s’organise pour plus d’autonomie est plus d’humanité.

Au bout des champs nous prenons une piste qui nous ramène à la route on nous passons sous une petite voie de chemin de fer, puis nous engageons dans la forêt. Au bord du chemin, un petit espace vert nous invite à poser la bâche et à pique-niquer. Nous sommes très reconnaissants aux jeunes gens de partager leurs bons légumes avec nous, car nous n’en n’avons pas souvent sur la route. Nous leur expliquons notre expérience de l’itinérance, les magnifiques moments que nous vivons et les épreuves qui nous font grandir. Nous avons toujours trouvé une solution aux problèmes et cela nous renforce jour après jour. Nous les sentons attirés par la démarche et les encourageons à vivre quelque chose de similaire ou en tout cas faire tout leur possible pour réaliser leurs rêves. C’est vraiment un chouette moment que nous passons ensemble.
Une fois repartis, nous passons à côté de jolis étangs en suivant le chemin de Loupeigne, puis au niveau de Branges, nous redescendons directement sur Foufry. Là, nous rejoignons notre tracé initial et reprenons le chemin à travers champs. Le temps s’est amélioré depuis ce matin, mais il y a un peu de vent et, comme à son habitude, Symphonie a les naseaux qui grattent. Elle secoue la tête et se frotte sur mon sac à dos. Je tente de lui mettre mon foulard autour du museau pour la soulager mais cela l’empêche plutôt de respirer qu’autre chose, donc tant pis, il faudra qu’elle trouve le moyen de se caler derrière moi pour être coupée du vent. Nous traversons une grosse nationale puis arrivons doucement sur Arcy.

Nous cherchons l’adresse de Fabrice et Karen qui nous accueillent ce soir. Ils ne sont pas encore rentrés et nous attachons donc les mulânes au bord de la route pour les décharger. Nous profitons des derniers instants partagés avec Antonin et Ellen. Comme toujours, il est un peu difficile de se dire au revoir. Nous regardons sur la carte par où ils doivent se rendre pour facilement faire du stop et rentrer chez eux. Cet été, ils pensaient aller faire du woofing, mais l’idée a germer que peut-être ils viendraient nous rejoindre pour marcher une semaine. Nous verrons si cela se concrétise.

Une heure plus tard, une voiture avec un van arrive: c’est Fabrice. Il va se garer à côté d’un parc où se trouvent déjà 3 chevaux de trait ardennais. Il en décharge un 4e du van, et vient nous rejoindre. Fabrice travaille avec ses chevaux et propose diverses prestations en traction animale, comme du débardage, le travail des vignes ou encore l’attelage. Il nous explique qu’il y une réelle demande dans le domaine et qu’ils sont une quinzaine à être installés dans la région. Les mandataires ne sont pas seulement des exploitants bio ou intéressés par du travail alternatif voire soucieux de leur image. Il y a des parcelles de vigne qui sont inaccessibles au gros engins et, d’autre part, il y a un réel problème de tassement des sols en forêt, ce qui amène des propriétaires à privilégier le travail avec les chevaux. C’est un boulot passionnant mais contraignant, où l’on ne compte pas ses heures. Lorsqu’on travaille avec le vivant, tout ne fonctionne pas toujours selon notre volonté. Un cheval est un être sensible qui possède ses particularités et ses humeurs, et la personne qui le conduit doit aussi s’y adapter. Nous installons les mulânes dans un petit parc préparé pour eux, il y seront très bien. Lorsque Karen arrive avec les enfants, il est déjà assez tard. Nous allons filmer Fabrice lorsqu’il va nourrir ses chevaux avec une remorque de foin. Il essaye pour l’instant de les garder « fit », car une mise à l’herbe trop directe pourrait leur porter préjudice. Nous rentrons dans le parc allons les caresser, pendant que leur maître nous explique leurs caractères respectifs, avec beaucoup de tendresse. Ce sont des chevaux doux et très impressionnants par leur taille. Je n’en reviens pas de la largeur de leurs pieds qui doit faire 5 fois celui de Symphonie. Nous sommes arrivés à une période où il y a beaucoup de travail et Fabrice regrette un peu de ne pas pouvoir nous accorder plus de temps. Ce n’est pas grave, nous irons à l’essentiel et nous profitons d’une belle soirée en leur compagnie autour d’un repas qui nous revigore. Fabrice, un grand gaillard solide comme un roc, au visage ensoleillé, franc et droit entouré d’une barbe noire et fournie, est d’une grande sensibilité et nous fait profiter de son savoir et de son humour délicat. Tout le monde doit se lever tôt demain et nous allons donc tous nous coucher pour être en forme.

Des lapins élevés au Champagne ??

[Jeudi 6 avril 2017]
Réveil à 7h. Petit dej’ ensemble, Fabrice retarde un petit peu son départ, l’avantage d’être indépendant. À 8 heure, nos affaires sont sorties. Nos hôtes s’en vont et nous laissent fermer derrière nous lorsque nous partirons. Nous les remercions de tout coeur pour leur accueil et allons chercher Marius et Symphonie, tout surpris de nous voir de si bonne heure.
Départ à 9h10, notre record! Ça fait du bien de marcher tôt le matin, la lumière et l’énergie sont différentes. Nous avançons bien à travers champs et villages.
Nous descendons sur Villeneuve-sur-Fère où nous rejoignons le GR de pays du Tour de l’Omois. À noter sur ce parcours cette magnifique vallée de l’Omois où nous retrouvons les forêts sablonneuses avec cette végétation si particulière et notamment le lieu-dit de « la Hottée du diable » où un sentier didactique nous emmène vers un amas de roches singulières. Une légende raconte qu’au Moyen-âge, un entrepreneur chargé de la construction de l’abbaye du Val Chrétien par le seigneur de Bruyères, rencontra des problèmes à réaliser rapidement l’ouvrage tel qu’il l’avait promis. Il vendit alors son âme au diable pour que la construction soit plus rapide. Muni d’une hotte énorme, le diable commença l’ouvrage, mais au matin un coq s’est mis à chanter et fit peur au diable qui détala. Dans sa fuite, les bretelles de sa hotte se cassèrent et les pierres se répandirent sur le sol. Une autre légende indique que l’entrepreneur ne respecta pas sa promesse et que le diable, furieux, détruisit l’ouvrage, donnant ainsi naissance à ce chaos de blocs rocheux.Ce site naturel protégé, composé de blocs de grès sculptés par le temps, entouré de sable et de végétation, appartient à la commune de Coincy mais est géré par le Conservatoire d’espaces naturels de Picardie. La Hottée du diable est un des lieux privilégiés de l’enfance de Paul et Camille Claudel. Ce lieu proche de la maison natale est chargé d’images, d’histoires, de légendes qui ont nourri l’imaginaire des deux enfants. Dans ce fabuleux chaos de monstres, Camille découvre les sculptures étonnantes d’une nature créatrice.
Je dois toujours bien surveiller Symphonie pour qu’elle ne se roule pas dans ce sable si attrayant. Nous nous sentons portés par la présence de cette végétation magnifique, et l’odeur de résine et de fleurs qui flotte dans l’air printanier.
Un peu avant Coincy, alors que nous longeons un champ où circule un tracteur, l’agriculteur nous fait des signes et vient à notre rencontre, intéressé par notre caravane. Nous lui expliquons notre projet et en profitons pour lui demander s’il est possible de passer la nuit dans sa ferme. Il accepte de bon cœur et nous explique où elle se trouve.

Comme il est très tôt, que nous avons déjà parcouru les kilomètres prévus pour cette journée et que nous avons besoin de nous ravitailler , nous entrons dans la petite ville de Coincy pour y trouver ce dont nous avons besoin. Nos attentes sont plus que comblée: il y a un petit porche abrité où nous pouvons attacher et décharger les mulânes pendant que nous nous offrons un petit café, une part de tarte, et que nous allons faire quelques courses à la supérette. C’est l’heure de la sortie des écoles et des grappes d’enfants viennent caresser Marius et Symphonie qui apprécient. Une fois le plein effectué, nous rechargeons le barda et remontons le village en direction de La Poterie, lieu-dit où se trouve la ferme.

Un peu avant d’arriver, nos deux longues zoreilles les dressent justement, et en regardant dans la même direction qu’eux, nous voyons une énorme autruche dans un parc. Voilà qui est intrigant! Nous leur expliquons qu’il s’agit juste d’une grosse poule et passons sans problème. L’agriculteur n’est pas encore là lorsque nous débarquons devant sa ferme et nous l’attendons tranquillement, en échangeant quelques mots avec les employés. Lorsqu’il arrive, il nous montre le parc où nous pouvons nous installer. C’est une belle pâture avec beaucoup plus d’herbe qu’il n’en faut, et nous décidons d’attacher les mulânes à leur longue longe pour les restreindre un petit peu, sinon ils vont exploser!

Cela n’a pas l’air de les déranger, au vu de l’opulence qui verdoie sous leur nez. Le seul endroit plat pour dormir en ce qui nous concerne et l’abri qui se trouve en bas du parc et qui servait pour les vaches, contre le bâtiment où il devait y avoir un poulailler. Nous déblayons un peu le terrain et décidons tout de même d’y installer la tente, en dessous du toit, car il risque de geler cette nuit et nous aurons plus chaud dans notre petit cocon. L’employé de la ferme nous fait signe que nous pouvons prendre de l’eau froide et chaude dans la salle de traite, merci beaucoup ! Nous nous faisons un petit repas, téléphonons à Brigitte pour prendre des nouvelles d’elle et de la Bayah, et lorsque nous sentons le soir glacial s’installer, sautons dans nos duvets. Encore une bonne journée derrière nous!

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