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#MarnesMarius Tour de France

Jour 373 / Nos Mul’ânes dans les rues de Reims !

[Mercredi 29 mars 2017 – 15 km]
Réveil enchanteur dans une lumière magique. Stephane me dit qu’il a beaucoup entendu le bruit de la zone industrielle proche, moi rien, avant qu’il ne m’en parle. Tout le monde a bien dormi dans ce petit parc protégé. Comme d’hab, Marius et Symphonie ont gentiment attendu que le réveil sonne et que nous commencions à remuer pour venir frotter la toile de tente, comme pour nous encourager à en sortir. Puisque le lieu est clos et sécurisé, nous sommes contents de pouvoir aller boire un (vrai) café au « St-Léonard », histoire de partager un dernier moment avec Oriane, qui nous laisse continuer et s’en retourne à sa vie. Quelques jours passés ensemble sur le chemin créent des liens et nous avons toujours une sensation étrange lors des séparations. Au café, nous parlons un bon moment avec l’ancien propriétaire. Il est le seul, depuis que nous sommes partis, à considérer notre périple et le partage écrit et vidéo que nous en faisons aussi comme un « travail ».
Ce regard nous conforte dans l’idée que nous avons tous une place, quelle qu’elle soit, et que oui, voyager, suivre nos intuitions, prendre soin les uns des autres, écouter les gens, essayer de partager une vision positive de la vie, colporter du rêve et ouvrir nos cœurs est, si ce n’est une mission, en tout cas une sorte de travail, comme d’autre cultivent ou produisent, ou offrent des services. Lorsqu’on revient vers nos compagnons à longues oreille, nous les retrouvons la tête sous la bâche qui recouvre nos affaires. Nullement indisposés par notre absence, ils en ont profité pour aller fouiller un peu. Il est vrai qu’il y avait des restes de pizzas et je retrouve Symphonie en train de machouiller tranquillement un bout de calzone au jambon….
 Bref. Il va falloir que je la tienne à l’œil la mulette, car il me semble qu’elle devient de plus en plus facétieuse, au fur et à mesure que la relation de confiance se renforce. Ils sont particulièrement collants ce matin, et nous devons les repousser un peu pour pouvoir rassembler nos affaires. Ils veulent nous aider on dirait. L’ancien propriétaire du café et sa femme viennent nous rendre visite avant notre départ, et nous lancent en partant « travaillez bien!« . Nous rendons à Oriane ce que nos mulânes ont transporté pour elle, Ropain et Missac, en espérant que ce ne sera pas trop lourd, puis nous refermons la porte du petit par cet prenons la direction du canal. Oriane va retourner à la 2×2 voies que nous avons traversée hier soir, pour faire du stop. Sous le pont, une dernière bise, un dernier câlin aux loulous, et nos chemins se séparent… jusqu’à la prochaine fois!
Nous marchons le long du canal, et nous arrêtons souvent pour répondre aux questions des personnes que nous croisons. Stéphane a vraiment envie d’aller voir la cathédrale… Mais pas que : Reims, est la capitale du Nord de l’Empire Romain, siège du baptême de Clovis et des sacres royaux, bombardée et détruite à 80% pendant la Grande Guerre, siège du quartier général d’Eisenhower, où l’Allemagne nazie a signé sa capitulation le 7 mai 1945, puis où en 1962 a été célébrée la réconciliation entre la France et l’Allemagne. Je me dis finalement qu’en effet ce serait bien, même si j’ai toujours tendance à vouloir éviter les villes.
Allez, on y va, on trouvera toujours des petits passages pour atteindre notre objectif. En effet, pour atteindre la cathédrale, en passant par la basilique, tout se passe plutôt bien. Nous alternons entre bouts d’axes fréquentés et petites rues de quartiers résidentiels, où nous mettons la banane à tous ceux qui nous voient passer. Un marocain ébahit fait une vidéo en direct pour nous présenter à ses potes. Aux abords de la cathédrale, il y a beaucoup de travaux bruyants et de gros camions, Symphonie monte un peu en pression mais reste à l’écoute, et Marius nous pose quelques petite diarrhées de stress, irramassables malheureusement.
L’arrivée devant le monument nous donne donc l’impression d’arriver dans un havre de paix. C’est grandiose, et nous commençons par faire quelques photos souvenir, avec l’aide d’une jeune femme, pour qu’on soit les quatre sur la même photo. Nous trouvons un petit coin où attacher et décharger les mulânes. Il n’y a pas de quoi manger, mais ils ont bien brouté ce matin et nous referons une petite pause plus tard exprès pour eux. Il y a là une petite caravane de boissons et fast food, et le gars nous concocte des sandwichs tellement généreux qu’ils nous feront deux repas! Nous échangeons longuement avec lui et son ami, et passons un très bon moment.
Stephane va visiter l’intérieur de la cathédrale pendant que je reste avec les affaires, puis nous reprenons la route, car nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge. En effet, la sortie de Reims s’annonce un peu plus compliquée car il n’y a pas 36 possibilités, et nous devons traverser notamment l’autoroute et une voie de chemin de fer, tout ça par un pont ultra fréquenté où passent aussi trams et bus, et dont les trottoirs sont plutôt étroits et pleins de monde. Je marche d’ailleurs souvent avec Symphonie au milieu des voies de trams, ne m’écartant que pour leur laisser le passage, car c’est plus ouvert et cela calme le stress de ma mulette qui a autant envie que moi de sortir de là le plus vite possible. Marius, lui, reste calme. Cela nous demande une grande concentration et une grande connexion, et c’est avec un grand soulagement que nous nous réfugions dans un mini-parc pour reprendre notre souffle. Ce n’est pas encore fini. Pour rejoindre Tinqueux, puis Ormes, notre étape du soir, nous avons encore un bout de grosse route à trottoirs étroits, car impossible de prendre des petites routes parallèles qui ne mènent que dans des culs de sac.
Comme nous avançons en établissant le tracé au fur et à mesure, nous devons régulièrement consulter nos cartes. Nous faisons alors l’erreur de débutants de faire un point carte sous le passage de la voie du TGV. Et pendant que nous regardons si nous devons prendre la route de gauche ou de droite, celui-ci surgit dans une explosion de bruit juste au-dessus de nos têtes. Symphonie, déjà passablement stressée, n’y tient plus et démarre, manquant renverser une dame avec une poussette. Elle s’échappe au galop et Steph peine à retenir Marius qui tente de la suivre. Et là, je me remercie d’avoir mis au point progressivement un cri spécial signifiant « j’ai un truc bon à manger pour toi dans ma main« , que j’utilise gratuitement et régulièrement. Gratuitement, c’est-à-dire pas en guise de récompense pour une demande exécutée ou pour lui passer le licol ou je ne sais quoi. En effet, j’estime que la relation, les soins, ou mes demandes concernant le travail de porter du matériel et suivre mes instructions en chemin n’ont pas à être récompensés par de la nourriture. Premièrement parce que cela fausse la donne, ensuite parce qu’en situation de voyage nous n’avons pas toujours des carottes avec nous ! Si ma mule ne veut pas se laisser attraper ou qu’elle refuse quelque chose alors qu’elle coopère avec plaisir la majorité du temps, c’est qu’elle me fait passer un message et que c’est à moi de me remettre en question sur ma manière de me comporter, mais sûrement pas de l’appâter avec de la nourriture. Sauf exception et urgence. Et là s’en est une!
Alors que ma mule affolée galope avec ses sacoches et sa longe dans une rue à sens unique, je pousse mon cri. Immédiatement, ses oreilles se retournent vers nous, elle s’arrête, fait demi-tour et reviens vers moi au trot. OUF!
Nous nous remettons en route le cœur battant et faisons une pause broute un peu plus loin, sortis de la ville, pour que tout le monde se remette. Nous avons encore quelques km devant nous, un assez long bout en bord de départementale et un passage sur une autre autoroute par un pont étroit et fréquenté. Nos cartes ne sont pas très à jour dans cette région, et ces ouvrages n’y figurent pas, nous devons donc improviser et nous faire confiance. Tout se passe bien, et nous sommes heureux de voir poindre Ormes. A l’entrée du village, nous repérons un bout de terrain bordé de haies, à coté d’une maison toute neuve. Trois adolescents, une fille et deux gars, y font du vélo, et ils viennent immédiatement vers nous pour nous poser plein de questions, très intéressés. Nous leur demandons s’ils pensent que nous pouvons nous poser là et ils nous confirment que oui ,que ce terrain appartient à un vieux monsieur qui est absent, et que cela ne posera pas de problèmes. Nous n’avons malheureusement pas retenu leurs prénoms et j’en suis désolée. Un des garçons se propose pour aller nous chercher de l’eau, leur générosité et leur ouverture nous font chaud au cœur. Nous attachons tout de suite les mulânes à leurs longue longe, désolés qu’ils n’aient pas plus de liberté après une pareille journée, mais le terrain est bordé de deux routes et d’un champs de blé tendre.
Ce soir, nous allons aussi rencontrer Elodie, Christophe et leurs deux enfants, chez qui nous allons arriver demain soir et prendre quelques jours de pause. Ils ont en effet décidé de venir nous voir à notre bivouac. Ils arrivent un peu plus tard avec un apéro, du champagne et du pain! C’est vrai que nous sommes au pays du champagne maintenant! Merci beaucoup pour cette visite revigorante !! La jeune fille, majeure je précise, reste trinquer avec nous, et nous passons un super moment à faire connaissance assis à côté de la tente, pendant que les enfants jouent. Demain devrait être une petite journée peinarde, mais nous sommes bien fatigués et nous réjouissons de pouvoir nous poser un peu chez eux. A la tombée de la nuit, nous regagnons tous nos pénates en nous disant: « A demain« !!
Tags : ChampagneMarneOrmesReimsSt-Léonard

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