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Marius Tour de FranceMTF #Ardennes

Jour 371 / Traverser une 2×2 voies à 110km/h … Fait !

[Lundi 27 mars 2017 – 19km]
Au réveil, nous constatons avec soulagement que les mulânes se sont bien tenus, qu’ils n’ont pas grignotés les arbres, fait leurs crottins bien dans les bordures, et qu’ils n’ont rien démonté. Merci les doudous! Comme Steph et Oriane ramènent la friteuse à Marie-Agnès pendant que je garde le camps, celle-ci nous propose un café et une douche, ce que nous acceptons avec grand plaisir. Quel bel accueil. Nous repartirons un peu plus tard que prévu, mais frais et dispos pour une nouvelle journée. Marie-Agnès, qui connaît bien la région et sait lire une carte, nous indique les passages idéaux pour nos deux prochaines journées, au terme desquelles nous arriverons aux portes de Reims. Autant dire que ses conseils sont précieux, car nous abordons une zone très urbanisée où serpentent de nombreuses grosses routes, voies de chemin de fer, zones industrielles et zones militaires, le tout pas toujours simples à traverser. Elle nous montre par ailleurs que nous pouvons longer un petite rivière en quittant St-Etienne, ce qui est appréciable car nous pourrons profiter de l’ombre des arbres et n’aurons pas trop de route. Les arbres fruitiers commencent à être bien en fleur et leurs explosions de couleurs douces accompagnent les effluves que nous croisons ici et là.
Malgré cela, aujourd’hui encore, nous voyons surtout des champs à perte de vue, des grandes lignes droites de chemins où l’horizon vert de blé ou brun de terre n’est perturbé que par quelques petits bosquets perdus, d’où s’envolent chevreuils, faisans et lièvres sur notre passage. Nous parlons, pour oublier cette immensité vide, cette nature contrôlée et souvent empoisonnée de traitements pour ceci et contre cela. Que reste-t-il de vivant dans cette terre au garde à vous? D’autant que nous avons appris que la plupart de ces grandes cultures de blé, betteraves, lentilles et colza n’étaient pas destinées à la nourriture humaine, mais aux laboratoires cosmétiques ou au bétail. « Il faut bien nourrir le monde« , qu’ils nous disent pour justifier la présence de ces immenses contrées labourées et déboisées, et des grosses machines qui y brûlent leur gazoil en boucle. Nous pensons que c’est surtout en réduisant le gaspillage et en variant les cultures sur petites surfaces que nous pourrons espérer garder une terre vivante capable de nous nourrir à terme.
On apprend aussi qu’autrefois, des forêts entières s’étendaient ici. Mais pour fabriquer des tonneaux pour le champagne, tout a été rasé.
Peu avant d’arriver à Pontfaverger, alors que nous longeons un ènième champs nu et labouré, un jeune agriculteur arrête son tracteur à notre hauteur, en descend pour venir à notre rencontre et nous demande ce que nous faisons, où nous allons. Avec un grand intérêt pour notre périple, il nous propose de faire escale chez lui cette nuit. Il nous indique où se trouve sa ferme en nous répétant que sa porte est grande ouverte. Il est encore tôt et nous préférons avancer, car nous avons encore du chemin pour arriver demain soir aux portes de Reims. Nous devons y être pour trois raisons: La première est que la traversée de cette ville nous prendra une journée entière et qu’il nous faut donc en bivouaquer le plus proche possible la veille. La deuxième est qu’il sera plus facile pour Oriane de faire du stop pour retourner à sa voiture si elle se trouve sur un grand axe fréquenté. La troisième est que nous avons besoin de nous ravitailler et que nous trouverons de quoi faire à Ponvaverger.
L’agriculteur nous explique aussi qu’il y a une AMAP à notre destination, proche du supermarché, où nous pourrons sûrement trouver de quoi nous arrêter. Nous le remercions chaleureusement pour ses indications, en lui assurant que si nous changeons d’avis, nous retrouverons sa ferme et l’y attendrons. Ça aurait pu être intéressant d’avoir son avis, justement, sur ces hectares de monocultures.
C’est en méditant là-dessus que notre petite troupe, qui s’étire et se ressert au gré des envies, arrive gentiment à Bethenville. Une petite place avec des familles, une épicerie et un café nous invite à la pause, mais nous décidons de tracer jusqu’à l’étape pour nous poser une fois arrivés. On doit encore faire les courses… Une longue ligne droite en bordure de départementale nous attend, mais heureusement un chemin d’herbe, sécure et agréable, nous permet d’atteindre sans peine Pontfaverger.
Quelle surprise en arrivant d’y trouver: le cirque Zavata!! On s’amuse du fait que les gens qui nous voient passer doivent nous prendre pour quelques uns des leurs, avec notre dégaine et nos longues oreilles chargées. Je m’amuse un peu moins lorsque nous passons à côtés des camions et remorques formant un train coloré, car on tombe nez à nez avec des lamas, des auroques, des poneys, toutes sortes d’animaux à sabots et à cornes qui paissent tranquillement en longe, provoquant une grosse frayeur chez Symphonie. J’ai beaucoup de mal à la tenir sur le petit trottoir et sers les dents pour éviter les platanes, les voitures et les badauds dont l’attention est détournée par le cirque. Elle se calme enfin lorsque nous arrivons vers deux zèbres dans un enclos. Je respire. Pas pour longtemps, car à peine nous repartons que nous voyons une dizaines de chameaux, en longe également, qui ont investi les prés devant le supermarché. Nous les contournons largement avec le sourire, et allons investir à notre tour l’autre côté. Ouf, nous déchargeons les mulânes, Symphonie se remet de ses émotions. Pendant qu’Oriane et moi restons là, Steph s’en va chercher l’AMAP (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) dont nous avait parlé l’agriculteur. Il revient avec la bonne nouvelle: nous pouvons y aller, ils ont de la place. Au tour de Steph de se reposer un peu pendant qu’Oriane et moi faisons les courses. Nous nous achetons deux salades toutes faites pour ce soir, une fois n’est pas coutume!
Il nous faut marcher encore un petit km avant d’arriver dans l’enceinte de l’AMAP, sur les terres d’un ancien château de contes de fée, à moitié en ruines. Nicolas nous y accueille et nous emmène au fond, où nous pouvons nous installer où nous voulons. Il y a même une cabane de chasseurs, chouette, pas besoin de monter les tentes!! Bon, la déco composée de trophées de chasse est un peu … particulière. On aura vraiment tout fait! Le parc est traversé de plusieurs cours d’eau formant notamment une petite île dans la forêt. Nous en bloquons l’accès et cela fait un parfait petit parc arboré pour nos compagnons, qui se plaisent à l’explorer dès qu’ils ont compris qu’ils pouvaient enjamber l’arbre gisant en travers. Nous leur donnons un peu de sel, et de l’eau, pour éviter de les tenter d’aller boire dans le ruisseau et de traverser (je connais ma mulette…).
Nicolas revient peu après avec des légumes bio, carotte, radis noir et lentilles… Wouaw, ce soir, c’est légumes partie, j’en rêve la moitié du temps!!! On a même une table, c’est top. Les chiens ne se font pas prier pour aller se coucher, ils sombrent rapidement dans un profond sommeil. Nous profitons de ce bel espace jusqu’à la nuit tombée, admirons le coucher du soleil sur la tour du vieux château et rigolons en cœur devant quelques vidéos drôles, tout en parlant un peu politique. J’essaie de penser à autre chose quand, une fois bien installée dans mon duvet, je vois l’immense crâne de cerf 28 cors (mais non j’exagère pas!) suspendu au dessus de nos têtes…. il est bien fixé?
[Mardi 28 mars 2017 – 23km]
Au réveil, on sort Marius et Symphonie de leur île nocturne pour les mettre dans une autre partie de la forêt. Il y a eu des concerts de corbeaux au matin, c’est un lieu de rassemblement pour la nidification. Cette espèce est protégée ici, ce qui n’est pas sans poser problème aux agriculteurs comme notre hôte qui a perdu plusieurs plantations.
La propriété est certes très grande mais close, et il n’y a pas vraiment de risque pour les plantations situées de l’autre côté, d’autant plus qu’à part des oignons, il n’y a encore rien. On se dit donc que c’est chouette pour eux de pouvoir profiter d’un peu de liberté à fouiner et grignoter pendant que nous petit-déjeunons et remballons les affaires tranquillement. Ils restent à portée de vue et nous jetons un œil de temps en temps. Alors que nous faisons honneur aux jolies toilettes sèches aménagées sous les arbres, ils sont encore là. On prend notre temps car, Steph ayant refait les tracés avec les nouvelles indications de Marie-Agnès, il semble qu’en fait nous n’avons que 13 km à parcourir aujourd’hui. Mais au moment d’aller les chercher, plus trace de nos mulânes!! On rentre dans le parc tous les trois et on suit Missac qui a l’air d’être sur une piste. Il y a des larges chemins d’herbe et nous imaginons qu’ils les ont suivi pour aller se balader, mais on ne les trouve pas. Petite flippe quand même à se demander si c’était vraiment bien clos partout… Ou alors ils ont fait le tour du bois et sont passés un peu plus loin pour rejoindre les serres. Bingo. Ils broutent tranquillement autour des plantations, ouf ça va, c’est que de l’herbe.
Un foulard sur le museau de Symphonie pour lui éviter d’être gênée par le vent !

Bon, on s’en retourne avec nos longues oreilles à la cabane pour bâter.

Nous remercions nos hôtes et leur disons au-revoir, avant de quitter sereinement la propriété. En remontant la rue du village, nous chargeons les cartes sur les téléphones et nous rendons compte que le tracé ne débute pas d’ici, mais à 10 km de là… Il y a eu un bug et seule une partie du tracé a été importée. Ce n’est pas grave en soi, car cela nous arrive fréquemment d’en sortir, mais la mauvaise nouvelle est que nous n’avons pas 13 km, mais 23! Une femme et ces enfants nous trouvent dans cette situation en ouvrant leur portail électrique. Super intéressée et enchantée de voir notre caravane, même dépitée, elle nous invite à prendre un café pour le plus grand bonheur des enfants. Bon, ça tombe à pique, comme d’habitude, on va pouvoir regarder ces cartes dans des meilleures conditions qu’au milieu de la route! Nous ne restons pas longtemps, mais il est tout de même midi quand nous partons enfin pour de bon. Allez, on ne s’énerve pas, on ira jusqu’où on pourra et on s’adaptera.

Le paysage aujourd’hui n’est pas plus passionnant que les jours précédents. Cultures. On galère un peu pour trouver un endroit pour la pause de mi-parcours (à ce stade, on ne peut plus dire mi-journée…), qu’on fera finalement devant une ferme juste avant de traverser Beine-Nauroy. Symphonie trouve des grains de céréales dans l’herbe et je ne me rends pas compte tout de suite. Je l’en enlève en espérant qu’il n’y en avait pas trop et surtout que ce n’étaient pas des semences traitées, comme on a pu en voir éparpillées sur les chemins. On doit ramener Marius trois fois car il se dirige l’air de rien vers le champs de blé. Nous ne restons pas longtemps car nous devons avancer. En traversant Beine-Nauroy, on récupère de l’eau pour Oriane et ses chiens qui sont à sec, et on savoure la douceur des arbres en fleur qui nous inondent de rose, ce qui nous change du balais des tracteurs à l’infini.
Le ciel est splendide aujourd’hui, un vrai ciel de mars avec des allures translucides et des nuages créatifs qui resplendissent sous les rayons de soleil. On a vraiment bien marché, les mulânes et les chiens ont bien assuré. On décide de s’arrêter, si possible, à la ferme d’Alger (si, si), seul endroit potentiel pas trop loin de St-Léonard, l’étape prévue initialement. Ainsi on serait au plus proche du canal que nous récupérerons demain pour aller à Reims, et du spot de stop de Oriane, tout en évitant de se taper encore ce soir la traversée de la 2×2 voies et la zone industrielle. Mais les dieux du chemin en ont décidé autrement aujourd’hui. A la ferme d’Alger, il n’y a rien en terme de terrain. Quelques maisons et personne sauf un vieux monsieur qui n’est pas le patron et nous indique que ledit patron est peut-être chez lui mais peut-être ivre mort aussi. Après avoir fait un tour du lieu, laissé à l’abandon et qui n’a plus rien d’une ferme, sous les aboiement d’un gros chien, nous renonçons.
Ok, encore 4,5 km jusqu’à St-Léonard. Le ciel s’assombrit soudain, entre nuages noirs et lueurs du soir, et on se prend une averse alors que nous traversons les dernières cultures avant d’arriver à la départementale super fréquentée, puis à la 2×2 voies, hurlante de camions et voitures lancées à toute allure… Au moins 110 km/h comme l’indiquent les panneaux de signalisation. Nous n’avons trouvé nulle part où la traverser plus aisément par ici, même en regardant les vues satellites. Les cartes sont parfois trompeuses car elles peuvent nous laisser croire qu’il y a un passage ou un tunnel. Là, clairement, nous n’avons pas le choix. Il y a au moins un carrefour et heureusement de gros îlots centraux herbeux qui nous offrent la possibilité de traverser en deux fois. On se concentre, on prie, on demande à nos mul’ânes de ne pas s’arrêter au milieu de l’artère pour déposé son crottin, …on sert les fesses, et on y va… Et on passe les doigts dans le nez! Ouuuuuffffff !!! C’était très impressionnant quand même… Ce fut des secondes très très longues ! Stéphane n’a plus de salive et a mal au ventre !! Il appréhendait beaucoup !!
L’averse a cessé, nous traversons la zone industrielle puis le pont sur le canal de l’Aisne.
A l’entrée de St-Léonard, nous trouvons de suite un immense champs et même mieux, un parc clos un peu plus loin au fond, à l’abri des regards. Il y a des arbres, une croix, quelques jeux pour enfants. La dame chez qui Stéphane va chercher de l’eau lui explique que c’était l’ancienne église détruite pendant la première guerre, et maintenant le « parc à boules », inoccupé la plupart du temps. Et qu’on peut aller y passer la nuit sans souci. Quel bonheur!!
Nous débâtons Marius et Symphonie pressés de se rouler avec délice, ils l’ont bien mérité. Et nous, assis par terre, on se dit qu’on mérite une pizza, on est morts de faim. Un coup de téléphone d’Oriane plus tard, nous avons la confirmation que nous seront livrés « dans le champs en face du café-restaurant Le St-Léonard, à St-Léonard, si si dans le champs on sera là c’est long à vous expliquer » !!
Juste le temps de monter le camps, tente et hamac, et nous dégustons nos pizzas sur un banc, dans la lumière du soir qui embaume notre bivouac d’un calme désiré.
Tags : ArdennesLorraineMarnePontfavergerSt-Etienne-à-ArnesSt-Léonard

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