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Marius Tour de FranceMTF Meuse

Jour 362 / Au Gran Murin, rencontre avec deux rockeurs pour enfant !

[Vendredi 17 mars]

Comme on le craignait, tout est givré au petit matin et Bayah tremblote en sortant de sa tente.  Comme pratiquement chaque matin, Stéphane range les duvets, les matelas et la tente pendant que je m’occupe du café, lâche Bayah pour qu’elle court et se réchauffe en allant faire ses besoins, et déplace les ânes pour qu’ils aient quelques herbes fraîches à se mettre sous la dent avant le départ. Nous avons une assez grosse journée aujourd’hui et avons prévu de partir rapidement. En plus, nous n’avons pas non plus beaucoup de choix pour les bivouacs puisque nous traversons de grandes zones de forêt et/ou cultures. Le terrain est varié également aujourd’hui: de la route, de la piste en terre dure, du sentier moelleux, des feuilles mortes.. Depuis notre reprise et à quelques exceptions près, qui nous ont valu certaines fois des remontrances solides, Marius et Symphonie tiennent un rythme soutenu, ce qui nous permet d’avancer bien mieux sans pour autant fatiguer plus. En effet, ce sont surtout les heures de marche, de portage et de station debout, plus que le nombre de kilomètres, qui nous fatiguent. En ce moment, après quelques minutes pour chauffer la machine, nos mulânes marchent à environ 4 km/h, ce qui est vraiment appréciable. Ils sont motivés, dynamiques, et se partagent la tête du convoi en fonction des envies de Symphonie (oui oui mule décide).

Nous passons les villages de Ranzières et de Génicourt-Sur-Meuse où nous nous arrêtons brièvement pour une pause casse-croûte dans un petit triangle d’herbe entre deux routes tranquilles. Alors que nous nous apprêtons à déguster notre ration de midi tout emmitouflés dans nos veste à cause d’un vent froid qui ne nous lâche pas, une voiture s’arrête à notre hauteur et en descend un homme d’environ 70 ans, en bleu de travail. Il vient nous saluer et se présente : Colorado. Enchantés! Colorado nous explique qu’il est un passionné de western mais plutôt du côté des indiens. Avec ses amis, il a passé de longs week-ends à construire des tipis, tanner des peaux, monter à cheval et des journées voire des semaines à vivre à l’ancienne, sans électricité ni plastique, par exemple. Il a eu l’occasion de rencontrer plusieurs Amérindiens de différentes tribus et s’est investi pour leur cause avec ferveur et assiduité. Aujourd’hui, il a moins d’énergie pour vivre cette passion, ses enfants et petits-enfants ne sont pas trop intéressés par le trip « indien ». Puis, nous ayant raconté tout ça et plein d’étoiles dans les yeux, Colorado nous adresse un salut et s’en retourne à la maison qu’il est en train de retaper. De dos, avec ses longs cheveux blancs attachés dans la nuque, il a tout du vieux Cherokee..

Nous avalons une salade en vitesse et rebâtons les mulânes car nous avons encore du chemin à parcourir. Beaucoup de forêt et de pistes remplies de feuilles dont le froissement résonne sous nos pas. Sur le terrain, nous réadaptons souvent le tracé si nous le pouvons, comme par exemple couper pour prendre un petit raccourci par un chemin plutôt qu’une route. C’est seulement une fois sur place que l’on voit si c’est possible. Les chemins que nous suivons dans ces bois ressemble davantage à des tranchées de coupe qu’à des sentiers de randonnée, mais bon, ça marche aussi. Une petite forêt de conifères semblables à des arolles, nous accueille juste avant la grande descente sur Sommedieue, au fond du vallon. Nous y parvenons vers 18h et n’avons guère d’autre choix que de nous arrêter ici, mais comme cette petite ville est construite au fond d’une cuvette et entourée de champs cultivés ou de forêt, nous avons du mal à nous imaginer où nous allons pouvoir caser nos compagnons cette nuit… Confiance.

Le chemin nous fait entrer dans le bourg par une sorte de chantier de construction, puis nous débouchons sur un joli petit canal et un petit pont qui donne droit sur un bar, Au Gran Murin (recommandé par le Guide du Routard, s’il vous plait) devant lequel un groupe de personnes prend tranquillement l’apéro, pendant que les enfants joue autour de l’ancien lavoir. L’ambiance a tout de suite l’air sympa et un attroupement se forme autour de nous. Après les quelques mots d’usage échangés à même la route, nous sentons bien qu’il va falloir qu’on s’arrête aussi boire un coup; d’ailleurs on nous y invite quasiment de suite. Avant toute chose, nous avons le réflexe de demander où nous pouvons trouver un terrain pour la nuit. C’est la première nécessité que nous devons régler avant de nous permettre de déguster nous-mêmes une bonne petite bière. On nous indique un ancien terrain de camping à la sortie du village, pas très loin, qui fera très bien l’affaire. Les mulânes seront en longe mais nous aurons de la place et de l’herbe. Voilà qui est calé.

Les deux rockeurs : Aurèle et David

Vincent, le patron de ce bar qui a l’air d’être le lieu de réunion le plus cool du bled et aux allures d’Irish pub, nous amène une bière mais aussi des carottes et du chou pour les ânes. Nous les avons déchargés devant le bar et les enfants s’agglutinent à leurs têtes pour leur faire des caresses. Nous commençons à bien discuter avec David et Aurèle, un couple de musiciens de rock alternatif pour enfants qui habite ici. Rapidement, ils nous proposent de venir chez eux pour prendre une douche, manger et dormir: ils ont de la place, reste à savoir ce que nous ferons des ânes… ils ont bien un petit jardin mais il ne suffira pas à nourrir nos bestiaux. Steph demande si quelqu’un a du foin par ici et bingo, ils connaissent une jeune femme qui a des chevaux à deux pas.

Tout s’arrange alors, nos compagnons seront nourris. Ah oui, encore un détail, pour accéder au jardin nous devons passer par le garage puis à l’intérieur de la maison, dans la véranda plus exactement….ok, un passage est créé pour que Marius et Symphonie puissent traverser en évitant les canapés, la table et les chaises et poser délicatement leurs petits sabots sur le carrelage sans glisser. Sans leur chargement, ça le fait. On s’est demandé à un instant s’ils oserait y aller, et bien c’est sans aucune hésitation qu’il se sont prêtés à l’exercice, comme s’ils faisait ça tous les jours. Nous on a bien rit et la petite Fleur, la fille de David, encore plus. Nous sommes encore une fois accueillis comme des Princes aux petits oignons et passons une super soirée de partage autour du voyage, de la musique et de la responsabilité de chacun de colporter de belles idées de la manière qui nous correspond le plus. Pour Aurèle et David, la musique et surtout les concerts sont un vecteur de valeurs très efficace pour communiquer avec les enfants, dès les premiers mois de vie. Leur formation s’appelle Echo Lalie, et cartonne dans la région et ailleurs. Que de bons moments, merci encore les amis!! Allez, une douche et au lit. Bayah, elle, profitera d’être seule dans la véranda pour occuper illicitement le canapé, heureusement recouvert d’un plaid, soit disant passant…

[Samedi 18 mars]

Vers 11h On quitte Aurèle et David chez qui nous avons très bien dormi. Fleur est enchantée de voir les mulânes dans le jardin. Après cette bonne nuit au chaud, quelques tasses de café et un petit déj, nous sommes motivés à reprendre la route malgré la pluie qui tombe à l’horizontale, une toute petite pluie fine et extrêmement mouillante. Marius et Symphonie, qui ont eu l’amabilité de faire tous leurs crottins au fond du jardin, en ressortiront par le même chemin qu’ils ont emprunté pour y entrer, c’est-à-dire la véranda. Mais cette fois-ci, Aurèle a posé un vieux drap au sol car le carrelage est rendu très glissant par l’eau. On dirait qu’ils ont fait ça toute leur vie. Des vrais champions d’ânes!

Nous sommes enchantés de cette rencontre fortuite et spontanée. Nous avons bien rigolé à nous raconter nos vies et nous repartons le cœur tout heureux. On entame l’étape du jour par une petite grimpette. Nous sommes exposés au vent mais la piste est très agréable à marcher. Toute la journée aura cette couleur. Nous traversons un pont sur l’autoroute assez impressionnant puisque les voitures et les camions qui passent en-dessous font beaucoup de bruit à cause de l’eau. En longeant l’aérodrome, nous essayons de trouver le restaurant La Faillote, où nos hôtes de la veille sont allés manger. Malheureusement, nous ne savons pas vraiment par où le rejoindre et une départementale à gros trafic, doublée de cette pluie qui rend la visibilité quasi nulle, nous décourage à chercher plus avant. Tant pis pour le café, on trace sur Verdun.

On descend, puis on remonte, puis on redescend et ainsi de suite. La forêt est vallonnée et c’est plutôt agréable. Après 2h30 de marche, nous traversons le village de Bellerupte. Cocoonés dans nos anoraks, nous croisons un groupe de randonneurs qui part avec ses bâtons de marche, l’occasion d’échanger quelques mots. Puis nous remontons de l’autre côté avec une grosse envie de faire une pose mais sans trouver d’abris. En haut de la route, nous profitons d’une haie de chaque côté pour décharger les ânes et nous reposer une demie-heure. On a un peu tous plein les pattes. Nous voyons aussi que Bayah a un peu de peine. Les nuits ont été très froides et aujourd’hui l’humidité ne l’aide pas. Elle nous semble fatiguée.

Bon, ce soir nous devrions dormir au sec dans un hangar car nous sommes accueillis chez Hervé et Danielle qui ont une petite ferme avec vaches et chevaux, presque au centre de Verdun. C’est Nadia, de la ferme pédagogique aux Éparges, qui nous a donné leur contact. Allez, encore un effort, quelques kilomètres. Une traversée de zone industrielle et commerciale, et son trafic du samedi après-midi, des sourires, des klaxons, des signes de la main, un long ruban de trottoir infini et nous arrivons rincés dans tous les sens du terme chez nos hôtes. Il est 16h30 et nous avons fait 18 km!  Nous installons nos affaires dans le hangar. Marius et Symphonie ont droit à un chouette parc arboré avec un petit abri et foin. Bayah est trempée et fait triste mine. Nous l’installons sous ses couvertures. Hervé et Danielle consolident un bout de clôture, puis nous allons nous réchauffer devant un bon café. Avant de se poser vraiment et de profiter de notre soirée en bonne compagnie, on va faire quelques courses au supermarché du coin, et on enlève une tique plantée dans le mon cuir chevelu !!

Tags : LorraineMeuseSommedieueVaux les PalameixVerdun

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