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Marius Tour de FranceMTF #Moselle

Jour 355 / Une journée pour concentrer le pire et le meilleur

[Samedi 11 mars 2017]

Il est des meilleures intentions du monde qui, quand on s’y laisse porter en faisant taire notre instinct, peuvent nous plonger malgré nous dans une situation difficile à gérer. Et il y a le cumul de choses incontrôlables. C’est ce qui nous est arrivé aujourd’hui. La journée a pourtant super bien commencé, par un lever de soleil splendide qui nous a doucement tiré de notre sommeil à travers la petite fenêtre du chalet où nous avons passé la nuit, sur la propriété de Ludo, le maréchal ferrant de Onville. Sa forge est impressionnante. Il est un des meilleurs dans sa profession, nous a-t-on dit. Il nous a laissé du matériel de parage, des reinettes d’occasion mais bien aiguisées. La veille au soir, il s’est assuré que nous n’avions besoin de rien, car il partait tôt le matin pour l’Allemagne. Merci pour ton accueil, Ludo.

Pendant que nous prenions le café avec Gabriel et Zélie, profitant d’échanger sur notre choix de rester « pieds nus », nous avons laissé les mulânes libres de brouter alentours, sachant qu’ils resteraient à proximité. Mais Moustique, le border collie de la maison, a décidé de « gérer » cette liberté, ce qui n’a pas plu à nos équidés, particulièrement à Symphonie qui s’est lancée dans une course poursuite avec le chien. Nous les avons rattrapés sans mal et  nous sommes préparés tranquillement. Gabriel et Zélie nous ont laissé leurs coordonnées dans le sud-ouest, au cas où nous y passerions, puis ils sont partis aussi. Moustique, qui n’a rien raté des préparatifs en se roulant dans l’herbe avec Bayah, a décidé de nous accompagner, sa propriétaire nous assurant qu’il reviendrait tout seul. Nous avons dû le chasser à contre cœur avant le village voisin, car il semblait décidé à venir avec nous.

Autre bonne nouvelle, ce soir, il est prévu que nous laisserons les ânes chez Lucien, que nous ne connaissons pas, à St-Julien en Gorze. Puis Brigitte et Sader viendront nous chercher et nous irons tous ensemble passer la soirée à Jaulny, chez Yvette et François, où nous sommes invités à dormir également. Tout cela a été organisé pour nous, pour notre plus grand plaisir. Le problème s’est situé dans le fait qu’il y a eu deux intermédiaires entre nous et Lucien, et donc des idées et interprétations propres à chacun concernant nos besoins ou notre itinéraire. Nous avons modifié notre tracé pour aller jusqu’à St-Julien, puisque nos hôtes s’étaient appliqués à nous y trouver un endroit pour Marius et Symphonie. Chez Lucien qui lui, s’est décarcassé à nous trouver un parc clos, car au départ il avait des box à nous proposer, mais nos ânes n’y sont pas habitués du tout, ce que François ne savait pas quand il a contacté Lucien. Nous avons appris plus tard que cela n’arrangeait pas du tout Lucien de s’occuper de tout ça, car il était très pris et passablement stressé, mais a accepté pour faire plaisir à son ami François.

Quand nous avons appelé Lucien le matin pour nous organiser, il s’est montré d’abord un peu froid, puis avenant, ne nous a pas laisser entendre qu’il n’était pas très disponible, qu’il était un peu agacé que nous ne voulions pas des boxes, qu’il avait dû aller demander à une vieille dame du village pour son terrain, et que cette dame se couche très tôt. Il ne nous a pas dit qu’il avait du monde à la maison le soir, ni qu’il avait très peu de temps à nous accorder. Lui, ne savait pas vraiment non plus qui nous sommes. Une grande partie de ces informations se sont perdues entre les intermédiaires, s’efforçant de faire court par souci d’efficacité. Nous savions juste qu’il était en train de faire du bois et qu’il ne serait pas de retour avant 17h, et nous pensions être largement arrivés pour 17h. Seulement voilà, quand on marche à pied avec un âne et une mule, chaque jour est différent. Un jour ils marchent vite, très motivés, ou parce que le terrain est facile, un autre jour ils trainent la patte dans les montées et regardent le paysage, ou doivent gérer un terrain glissant. Parfois on fait du 4km/h, parfois du 1km/h!! Certains jours nous ne croisons presque personne, et d’autres nous nous faisons arrêter tous les 500 mètres par des gens ravis de nous poser plein de questions. Une fois nous atteignons péniblement les 12 km en ayant marché une grosse journée, une autre fois nous alignons 18km en 5h30.  Autant dire qu’il nous est extrêmement difficile de prévoir exactement une heure d’arrivée.

Aujourd’hui était un jour trèèès lent. Par dessus le marché, Marius a commencé à respirer rapidement et de manière saccadée alors que nous allions repartir de notre pause casse croûte, vers 14h. Malheureusement, nous allions entamer une bonne grimpette, ce qui n’a pas arrangé les choses. En haut de la pente, nous refaisons une pause décharge et observation. Son pouls est un peu rapide. Nous faisons quelques téléphones pour demander conseil et pour avertir nos différents hôtes de la situation. Après presque une heure, Marius respire toujours fort. À côté de ça, il a l’air tout à fait normal. Il mange, marche bien, ne transpire pas, a l’oeil vif. Comme d’hab. Nous sommes sur le GR5 entre Onville et Rembercourt. Au téléphone, Lucien nous propose même de venir nous chercher en van, ou de venir chercher le chargement de Marius au prochain village, nous ne sommes plus qu’à 5-6 km de chez lui. À Rembercourt, Marius semble aller un peu mieux. Nous décidons donc de continuer à pied. Il fait beau et les gens sont dehors. Nous croisons alors plusieurs fois des personnes heureuses de discuter un brin avec nous et très intéressées par notre démarche. Nous passons devant un petit ranch où un couple nous offre un café. Puis une cavalière randonneuse arrive, Laurence, et nous échangeons encore. Par trois fois on nous propose de rester pour la nuit, et nous refusons, puisque nous sommes attendus.

Pour nous aider à éviter de la route et nous faire gagner du temps, les cavaliers du ranch et Laurence refondent notre tracé et finissent par nous convaincre du leur, bien meilleur! Nous leur montrons sur la carte et ils confirment que c’est là, que ça passe tout bien avec des ânes, puisqu’ils le font souvent à cheval. Nous ne sommes pas convaincus de leur maîtrise topographique, mais dans l’idée ça a l’air pas mal. Nous avons une route à monter, il est déjà 17h! Les mulânes traînent.. on ne veut pas trop pousser Marius, même s’il a l’air ok. Nous prenons le chemin indiqué par les cavaliers et nous retrouvons dans des champs cultivés !!! Puis un bout en forêt, puis re dans les champs. Les chemins ont été modifiés, on dirait!!! Tout en pataugeant à essayer de nous sortir de là, car il est trop tard pour faire demi tour,  nous tenons Lucien étroitement informé de notre avancement, qui n’avance pas. Il ne comprend pas pourquoi nous passons par là – nous non plus – et essaie de venir nous récupérer à l’orée du village. Il tourne sans nous voir, nous n’avons presque plus de batterie… Bref, lorsque nous arrivons à sa vue, il est 19h20, la nuit est tombée, et nous en avons tous marre. On est en train de se remémorer en boucle pourquoi nous devons nous en tenir à nos tracés, sauf si quelqu’un peut nous en montrer un précisément sur une carte lui-même, ce qui est rare!! On le sent, en général.


Les gens veulent nous aider à parcourir leur région, qu’ils connaissent bien, mais souvent ça ne fonctionne pas, parce que notre réalité de randonneurs âniers n’est pas la même que celle des piétons, plus agiles, ni des cavaliers, plus rapides. Manifestement, on avait besoin d’une piqûre de rappel! Lucien nous accueille un peu froidement et nous explique comment parvenir jusqu’au terrain, chez la vieille dame qui est déjà au lit. Lorsque nous y parvenons, il laisse libre court à son agacement et nous fait une dure morale, où s’exprime toute son irritation de nous voir débarquer à cette heure-ci, d’avoir refusé ses boxes, d’avoir des demandes « de luxe » comme si tout le monde devait se tenir à notre disposition. Nous sommes épuisés et tombons des nues, déjà bien énervés nous-même d’avoir mis tant de temps à parcourir ces foutus 5 derniers km. Nous exprimons nos regrets, que nous sommes désolés et tentons de nous expliquer, mais Lucien n’a pas le temps, il nous coupe la parole et nous juge sévèrement et d’une manière que nous trouvons injuste. La sauce et le ton montent. À tel point que nous repartons, déterminés à nous passer de ses services. Il s’énerve, nous dit de dégager, s’inquiète de savoir où nous allons aller, s’énerve encore, puis s’en va.

Entre temps, Brigitte et Sader sont arrivés, nous ramassant en pleine tempête, alors que nous nous retrouvons au bord de la route. Et dire que nous avons eu plusieurs propositions dans le village d’avant…!


Tout a fini par s’arranger, nous sommes finalement retournés chez la dame, ayant eu l’accord des voisins. Nous avons passé une excellente soirée en très bonne compagnie, autour d’un bon repas qui nous a remis d’aplomb. Nos hôtes ont été plus qu’aux petits soins pour nous. Nous avons tout expliqué à François et remis bout à bout toutes les informations du puzzle de la situation.

Nous avons conclu de cette expérience:

1) toujours suivre notre intuition, même s’il faut dire « non ».

2) ne jamais faire ou laisser faire des choses à contre coeur, porte de tous les ressentiments.

3) laisser la plus grande place à l’improvisation. Nous sommes toujours plus en mesure de trouver des solutions sur le terrain que quiconque, même avec les meilleurs intentions. En plus, le voyage est très changeant, ce qui ne s’accorde pas avec un planning serré.

4) poser des questions pour éclaircir les situations et s’expliquer nous-même avec toutes les personnes concernées.

5) soit c’est simple et ça se fait, soit c’est compliqué et on passe notre chemin. Renoncer à forcer une situation, et encore moins pour faire plaisir à quelqu’un.

Merci à tous les intervenants de cette journée de nous avoir permis de nous rappeler tout ça, et pour les doux moments passés ensemble.

Merci à vous de l’avoir lu.

Tags : LorraineMeurthe-et-MoselleMoselleOnvilleSt Julien en GorzeTour de France

3 commentaires

  1. Merci pour cet excellent article, tellement bien écrit qu’on a réellement l’impression de vivre tout cela avec vous 🙂
    En tout cas, et vous le concluez fort bien, la Vie a cette manière bien à elle de nous faire des petites piqûres de rappel, à chacunE de les apercevoir comme il le faut et d’en retirer les conclusions qui s’imposent pour avancer sur son chemin ^_^
    Merci à vous deux pour ces magnifiques partages que vous nous offrez !
    Amitiés,
    Mel

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