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Marius Tour de FranceMTF #Moselle

J249 / Papiers d’identité contre terrain où bivouaquer …

[22 novembre]

Il est tard lorsque nous quittons le village de Frémestroff. D’abord, parce qu’avec Stéphane nous sommes partis chercher la longe de Marius que j’avais oubliée sur le terrain vague où nous avions dormi la veille, avant de nous arrêter dans une supérette pour faire quelques courses.  Mais aussi car, lorsque nous rentrons, je monte à l’étage m’allonger. Je ne suis décidément pas très bien pour partir tout de suite. Mais nous devons partir quoi qu’il en soit. Nos mul’ânes n’ont pas assez d’espace et d’herbe dans l’enclos où on les a installés hier soir. Il faudrait trouver un pré, revoir le maire… pas envie.

Je me fait violence au bout de 30 min.  On range nos affaires et devant Élodie, Stéphane et leur ami Alexandre, nous bâtons nos compagnons aux longues oreilles. Stéphane tient même avec brio le rôle de boucle d’attache, car la porte de la grange ne tient pas assez bien, ce que ne manque pas de nous faire remarquer la voisine d’en face, propriétaire du bâtiment. Après des au-revoir chaleureux, nous reprenons notre chemin. Le temps est nuageux lorsque nous quittons Frémestroff mais nous avons la chance de commencer par une petite route goudronnée. Ça ne durera pas. Nous qui habituellement pestons contre le bitume, on préfère ici l’asphalte aux chemins boueux, glissants et plein d’ornières. 

Nous traversons Lening, petit village longiligne comme la plupart des communes ici. Ça nous surprend de voir les villages étalés le long de la route principale.  Les paysages eux, sont invariablement les mêmes : plats avec de grands champs aux dégradés de marrons ou de verts. Le temps ne nous aide pas à apprécier le décor !! 

A Vahl-Ebersing, Céline et moi tentons une expérience : alors que nos mul’ânes grignotent au bord du chemin, devant le tunnel d’une départementale très fréquentée, nous les laissons et allons nous cacher, espérant qu’ils nous cherchent. Mais c’est peine perdue !! L’herbe est trop bonne pour nous suivre ! Et surtout, ils savent exactement où on est… Finalement, après quelques minutes, on décide de revenir les chercher un peu déçus il faut le dire.  C’est là que nous rencontrons un promeneur et son chien. Après les questions d’usage, il nous indiquera notre chemin en nous conseillant de faire attention aux chasseurs. Ici il y a beaucoup de gibier et il n’est pas rare effectivement, de croiser des hardes de chevreuils.

Nous ne sommes pas loin de Lelling. Vu l’heure, on se dit qu’on ira pas plus loin. Dès les premières maisons, on se met en quête d’un terrain ou d’une ferme. La nuit commence à tomber. La pluie aussi. On ne voit pas grand monde lorsqu’on traverse ce petit village de quelques centaines d’âmes. Et les quelques habitants que l’on croise ne répondent pas à nos « bonsoirs » ni à nos signes de salutations. Ambiance étrange. Certains ferment leurs rideaux, d’autres quittent leur voiture en courant, feignant de ne pas nous voir. On fait le tour du bourg deux fois sans trouver quelqu’un pour nous renseigner. Ah si, une retraitée qui rentre sa voiture sans pouvoir prendre ses jambes à son cou lorsqu’on va à sa rencontre, nous dira ne pas connaître d’endroit où nous poser. Je lui montre le terrain qui se trouve derrière chez elle, mais la veille dame affirme que son propriétaire est loin. Je ne perds pas mon temps à lui demander son numéro de téléphone. On décide donc d’aller en bas du village où nous avons repéré un stade. On les kiffe les stades !!  C’est alors qu’un pick-up se gare de l’autre côté de la rue. Un homme souriant en sort et vient à notre rencontre. « Notre sauveur » me dis-je avec un certain plaisir !! « Bonjour, je suis le maire du village. on m’a signalé votre présence » nous lance l’individu. Cette petite phrase met la puce à l’oreille de Céline qui comprend rapidement que ça va se gâter ! Moi je n’ai pas prêté attention à cette phrase…

Malgré le froid, la pluie et la fatigue, on répond avec le sourire à ses questions. Notre tour de France, notre voyage, les départements traversés,… On lui explique qu’on cherche un terrain où se poser pour la nuit. Le premier magistrat de la commune nous écoute et finit par nous demander nos papiers. Les bras m’en tombent ! « Vous comprenez, on traverse une période critique » justifie l’élu qui nous assure qu’il nous conduira dans un lieu pour la nuit si nous lui montrons nos cartes d’identité. Je fulmine. Exerciiiiiiiiiiiiice !!!! Poliment, je me permets de lui dire ce que je pense de son attitude mais on s’exécute car on n’a pas envie de voir débarquer les gendarmes et perdre notre temps pour ce maire qui se prend pour le shérif du comté. On se retient de pouffer de rire lorsqu’en inspectant la carte d’identité suisse de Céline, il l’interroge : « C’est la Croix Rouge ? « . On voit que le Texas Ranger est un initié !! Bravo ! Un peu mal à l’aise lorsque je lui demande s’il veut voir ma carte de presse parce que je compte bien parler de cet épisode dans les journaux, il poursuit ses justifications et fait marche arrière en expliquant qu’on n’était pas obligé d’obtempérer. En plus, il se fout de notre gueule ! Faut le vivre ! On remet nos sacs à dos tandis que le maire nous invite à le suivre jusqu’au terrain où l’on pourrait s’installer. Hors de question pour moi ! Je rage : « On n’a pas besoin de vous ! ». J’attrape la longe de Marius et prend la direction du stade. Il pleut, il fait nuit, on a perdu beaucoup de temps.  Céline elle, sourit de cette histoire inédite et se dit que c’est dommage de ne pas accepter la proposition du premier magistrat de la commune. Je crois que ce qui me met en rogne c’est de penser que, si on n’avait pas eu nos papiers, on aurait pu crever dans le froid et sous la pluie. Bravo la solidarité.

La sortie de Lelling est dangereuse. Il n’y a pas d’éclairage public. On sort les gilets jaunes et les frontales pour rejoindre le stade qui se trouve le long du ruisseau du Bischwald. C’est devant un bunker et entre deux accalmies, qu’on plante les tentes. On évite de mettre nos ânes sur le stade !! L’herbe est suffisamment haute autour pour eux. Pendant que Céline termine le bivouac, je vais frapper à la porte d’une maison qui se trouve de l’autre côté de la route départementale pour demander de l’eau. L’accueil de la dame qui m’ouvre la porte est chaleureux… Ça fait du bien après notre incident « mairique ». Ça fait toujours du bien de rencontrer des gens bienveillants. Je lui raconte en quelques minutes notre voyage et notre caravane, et lui donne l’adresse de notre blog. Avant de partir, elle me demande si elle et sa fille pourraient venir avant d’aller à l’école pour « voir les ânes ». Bien évidemment !!! 

Je retrouve Céline, heureux de lui raconter ma rencontre avec cette habitante du village ! Enfin des ondes positives ! 

Après avoir mangé un bout, on rentre dans la tente. Bayah est couchée depuis un petit moment après avoir englouti ses deux grosses poignées de croquettes. Il se remet à pleuvoir…  Pour se défouler, on publie sur les réseaux sociaux un petit pamphlet sur le maire, et les réactions ne se font pas attendre. Avant de s’endormir, on se rassure en se disant que demain soir, nous serons posés chez des gens qui nous ont proposé de nous recevoir et ont accepté que nous fassions notre journée de pause chez eux. Voilà une bonne nouvelle !!

Tags : FrémestroffLeningLenningLorraineMoselleTour de France

5 commentaires

  1. Bonne année à vous ainsi qu’à nos amis aux longues oreilles… tous nos meilleurs voeux… la santé surtout et plein de bonnes choses… sacré Maire… évidemment nous sommes dans des périodes de contrôles plan « vigipirate » et autres… mais avec un âne et une mule il risque rien le pauvre… c’est sur qu’à 1 chiffre près il vaut mieux être dans le 26 que dans le 25… pas de projet de vacances par là bas… c’est sur… heureusement que nous ne sommes pas en guerre… bonne continuation et courage pour le temps…
    Maurice / Taulign’ânes.

  2. Ça ressemble à la Moselle cette affaire … en tout cas bonne année à vous deux pleine de force, de courage et d’humanité surtout… caresses aux longues oreilles !
    Yves

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