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Marius Tour de FranceMTF #Moselle

J248 / « On dirait qu’ça t’gêne de marcher dans la boue… »

[lundi 21 novembre]

Les belles éclaircies qui ont illuminé notre bivouac et la douceur qui nous a permis de rester assez tard dehors hier soir ont cédé la place à un ciel « plafond bas » ce matin. Nous ne voyons personne dans le voisinage alors que nous démontons le camp et le petit parc des mulânes. Affublés de nos capuches et poncho de pluie, nous frappons à la porte de la dame qui nous a proposé ce terrain et offert un bon café, pour lui dire au-revoir et merci.

Rapidement la pluie se remet à tomber, et nous quittons le village en direction l‘étang de Hirbach (52ha) qui a été créée en 1939 pour compléter le trou laissé dans la ligne Maginot, heureux de trouver derrières les maisons un petit bois à traverser, qui nous protégera. Marius et Symphonie n’ont pas l’air dérangés et marchent bien. Sur la route, la camionette d’une entreprise de d’installation et de chauffage solaire s’arrête à notre hauteur. Philippe, le conducteur, dit nous avoir vu à la télévision, sur le reportage de France 2. Il insiste pour nous donner quelques euros, affirmant son envie de participer à notre voyage et à d’éventuels frais que nous pourrions avoir. Merci beaucoup! Il nous donne sa carte et nous demande de lui envoyer l’adresse du blog, qu’il n’a pas le temps de noter car une voiture pressée klaxonne derrière pour passer (rabat-joie). Ce sera chose faite.

Nous échangeons aussi quelques mots avec des riverains intrigués par notre caravane mouillée. Nous traversons plusieurs villages et zones villas, dont plusieurs en construction.

Le chemin n’est pas des plus intéressant, nous avalons de la route et tout est un peu gris. Cerise sur le gâteau, les chemins que nous empruntons sont remplis de boue glaiseuse et glissante qui rend notre progression difficile. Nous faisons une courte pause à un carrefour herbeux, le temps que j’avale quelques fruits secs, car je suis à nouveau pris d’une fringale qui me coupe la chique. Il ne sont pas très bons, Céline confirme, les raisins sont énormes et ont un goût chimique. Nous privilégions en général les fruits secs bio où de bonne qualité, mais parfois on achète ce qu’on trouve, et parfois c’est pas génial. Après avoir emprunté sur quelques kilomètres d’autres chemins boueux sur lesquels nous laissons Marius et Symphonie marcher librement et choisir leurs passages, nous décidons de faire une pause casse-croûte. Une ferme est en vue, la pluie ne cesse pas, l’abri à tracteur sera parfait pour se poser au sec. Nous attachons les mulânes pour les décharger et cherchons une âme dans les environs pour signaler notre présence, mais on ne trouve personne. Céline repère un vieux monsieur qui nous guette par la fenêtre d’une maison voisine. Elle se rend sous la fenêtre pour discuter. Le vieil homme semble très contrarié de notre présence en affirmant que le propriétaire de la ferme sera fâché lorsqu’il arrivera et nous trouvera ici. Il est très méfiant. Céline lui explique tant bien que mal, et trempée, que nous ne restons qu’un petit moment, histoire de grignoter un morceau à l’abri de la pluie, puis finit par lâcher l’affaire devant l’air un peu hagard du vieillard. Si le fermier arrive, nous nous arrangerons avec lui. Pendant ce temps, je ressens un besoin impérieux de m’allonger. Début de migraine, et les fruits secs ne sont pas bien passés. Je renonce à manger quoi que ce soit d’autre et me couche sur mon tapis de sol pour faire une sieste. Les ânes se mettent en mode veille également, préférant rester sous le toit qu’aller brouter alentour.

Pendant ce temps, Céline grignote quelques biscuits et Bayah veille. Je suis réveillé après 20 minutes par ses gros aboiements. Le vieux monsieur s’avance vers nous dans son fauteuil roulant, sous la pluie, et nous redemande ce que nous venons faire ici. Alors que j’émerge, Céline lui réexplique notre voyage et notre besoin de nous abriter un moment. Apparemment, ce monsieur est le père du paysan et il a peur des vols, car il y en a eu plusieurs dans la région. Après avoir tenté de plaisanter avec lui sur le fait que nous n’allions pas tirer un tracteur avec nos ânes, simples randonneurs que nous sommes, Céline finit par lui décrocher un maigre sourire, nous le voyons se détendre et s’en retourner vers sa maison.


Nous avons encore de la route jusqu’à Frémerstoff, alors on y va. Je me rends compte en rechargeant Marius que j’ai oublié sa longe au bivouac à Bettring…Nous demanderons à Elodie et Stéphane, chez qui nous sommes attendus ce soir, s’il est possible qu’ils nous y conduisent en voiture pour le rechercher. Encore des villages, encore des chemins creusés d’ornières de gadoue, qui traversent d’immenses cultures. Quelques kilomètres plus loin, je ne me sens pas bien à nouveau  et nous laissons les ânes brouter dans un champ pour que je puisse m’allonger encore et dormir, même quelques minutes. Je commence à m’inquiéter un peu de ces états nauséeux et migraineux qui me prennent souvent, et j’envisage d’aller voir un médecin lorsque nous serons arrivés à Metz, d’ici une semaine. La pause n’est pas longue car nous avons encore un bout de chemin et nous progressons lentement à cause de la boue.

Aux abords de Frémestroff, nous débouchons sur une pâture à moutons vallonnée, qui s’ouvre sur un gigantesque paysage de cultures. Il n’y a presque rien à perte de vue, et c’est beau. Même les ânes s’en émeuvent et ont envie de courir dans la pré en descente. La lumière s’éclipse gentiment, le jour se termine, mais ça va, ce soir nous savons où nous dormons et que Marius et Symphonie ont un parc qui les attend. Elodie s’est en effet arrangée avec le Maire, qui est paysan, pour leur trouver un bout de terrain clos. Tout semble ok. Il fait bien nuit lorsque nous entrons dans le village et que nous voyons Elodie et son mari Stéphane venir à notre rencontre. Nous débâtons devant leur maison, puis partons tous ensemble jusqu’à la ferme du maire, une rue plus loin. C’est le frère de celui-ci qui est présent et semble plus ou moins au courant de l’affaire. Il nous montre un petit carré d’herbe pauvre et piétinée, entre deux bâtiments, entouré d’une clôture à mouton à moitié défoncée… Il n’a pas l’air très enclin à nous aider à trouver un endroit sympa pour nos mulânes, qui ont envie de se rouler et se reposer. Et il est pressé. On lui explique que ça ne va pas le faire notamment parce que la clôture ne tient pas debout. « Ils ne restent pas tranquilles ? » nous demande l’agriculteur qui semble découvrir les animaux !! Il semble surtout de mauvaise foi… Allez, restons calme… « Exerciiiiiiice ». Je décide de retourner au garage de nos hôtes récupérer notre cordelette pour sécuriser le grillage.  

Lorsque je reviens, Elodie, devant notre air un peu défait, appelle un de ses amis du village, qui connaît du monde, pour lui demander s’il peut nous trouver quelque chose. C’est sa voisine à lui, une dame très gentille, qui accepte de garder nos ânes dans un jardin qui mène à son parc à moutons. Ce n’est pas très grand mais il y a de quoi s’abriter, de l’herbe, des arbres, ça ira très bien pour une nuit. Elle nous dit qu’elle leur amènera un peu de paille. Nous la remercions chaleureusement et rentrons chez Elodie et Stéphane avec leur ami sauveur, invité pour le café. Bayah restera dans le garage avec nos affaires, elle semble s’y accommoder et elle nous entend derrière la porte. Enfin au chaud! Nous sommes encore une fois bien accueillis et reconnaissants. Ce soir nous aurons un bon lit, une bonne douche, une « croque-monsieur party » en bonne compagnie. Elodie et Stéphane, et un jeune ami présent nous parlent longuement de leur arrivée ici, de leur difficulté à se faire intégrer dans ce village, de leur travail respectif, de leurs choix, leurs enfants, des pirouettes de la vie qui nous font changer de cap, par envie ou obligations. Nous parlons racisme et préjugés en tout genre, et nous rendons compte qu’il est important de surveiller nos pensées, car il est facile de se faire piéger soi-même dans le jugement, en toute circonstance. Riche soirée qui se terminera yeux en fentes, à 2h du mat.

 

Tags : BettringFrémestroffLorraineMoselleTour de France

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