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Marius Tour de FranceMTF #Moselle

J245 / Un temps à ne pas mettre un mul’âne dehors

Tout le monde est présent alors que nous nous préparons à partir et sortons nos sacoches du garage. Sauf Aloïse, qui préfère ne pas assister aux adieux, ce qui en dit long sur la sensibilité de la famille. Même Alain, qui n’habite pas sur place, est revenu exprès pour nous dire au revoir. Nicole nous a préparé  un bon pique-nique pour la mi journée, Éliane nous remplit un sac de fruits, de pain, de biscuits, Marius et Symphonie reçoivent des pommes. Jean-Philippe, qui a pris plein de photos, ne trouve pas ses mots pour nous témoigner ce qu’il ressent à cet instant. Céline lui offre  la laisse de kali. Nous savons que nous aurions pu rester encore mais nous devons avancer. Et puis le principe même de l’itinérance est de marcher, d’arriver, de vivre ce que l’on a à vivre et repartir vers d’autres aventures, d’autres rencontres, d’autres horizons. Ce que nous pouvons apporter aux personnes rencontrées, nous le pouvons parce que nous allons repartir. L’instant est intense parce que limité dans le temps.

On espère les revoir. Qui sait lorsqu’on sera à Metz, ils pourront peut-être venir nous voir. Après tout, si pour nous la distance s’exprime en journées de marche, pour le commun des mortels, les kilomètres n’ont pas la même signification.

C’est donc avec beaucoup de mal que nous sommes partis. Jean-Philippe et Éliane nous ont suivi du regard pendant un long moment, agitant les bras comme nous, pour se dire au revoir. Passés la maison forestière (celle où nous avions envisagé de nous poser avant d’arriver au Légeret), nous perdons de vue nos hôtes.

Sans doute encore sous le coût de l’émotion, nous nous égarons et c’est devant l’ouvrage de Simserhof que nous nous rendons compte que nous avons oublié de prendre un sentier ! Bref demi-tour ! Et ici on fait attention où l’on met les pieds et surtout on ne s’éloigne pas du chemin. Par endroit, des panneaux nous indiquent en effet que les terrains de chaque coté du chemin, sont encore piégés. Il reste encore une partie des réseaux de fils de fer barbelés, de queues de cochon, des ardillons plantés dans le sol et des rails antichars dissimulés dans les bois. Leur rôle était de freiner l’infanterie assaillante pour que les mitrailleuses installées dans les bunker, puissent la faucher. Si tout cet arsenal de la ligne de fortification n’a pas servi, puisque les Allemands l’ont contournée, il peut toujours blesser des marcheurs.

Et des bunkers, nous allons encore en voir pas mal le long de notre itinéraire qui suit toujours la ligne Maginot. Il faut s’imaginer que la visibilité était différente puisqu’à l’époque la forêt n’existait pas !

Nous suivons un peu plus loin les conseils d’Hubert selon lequel il était préférable de ne pas descendre par Notre Dame de Fatima. Nous prenons donc un autre chemin pour arriver à Holbach. Un sentier juste magnifique. Ça nous change lorsqu’on arrive sur une départementale pour rejoindre un autre chemin. Le bruit, la circulation, sans parler de la pluie… c’est un peu galère ! Et puis, à hauteur d’une sorte d’auberge au hameau de la Fromuehle, un homme nous hèle. « Vous allez où ? « . Après lui avoir expliqué que nous nous dirigeons vers Petit-Réderching, il nous dissuade de passer par le chemin sur lequel nous nous trouvons et nous invite à longer la départementale que nous venons de laisser. Impossible : elle est en double voie. Les voitures roulent trop vite.  Il nous indique alors un autre sentier. J’hésite… me méfie… L’homme n’a pas l’air très sympa. J’imagine qu’il n’aime pas les étrangers et qu’il n’a pas envie qu’on se balade près de chez lui… Devant son insistance, on fait finalement demi-tour en se disant que si ça ne joue pas, on reviendra.

On prend la piste sur un kilomètre ou deux. D’après les indications du riverain et notre carte, on doit suivre un sentier qui nous emmène sur les hauteurs de Petit-Réderching. On a un peu de mal à trouver le bon. Le premier qu’on emprunte ne mène à rien, le second pas mieux et le troisième est aussi un cul-de-sac. Mais là, on n’a pas le choix, on se fraie un chemin dans les ronces et entre les branches mortes pour rejoindre un pré qui semble être l’issue pour retrouver notre tracé. Là, on décide de se poser pour manger un bout. Une longue haie nous protège du vent qui souffle en rafale. Pendant qu’on grignote sur le pouce, Marius et Symphonie profite de l’herbe verte de la prairie. Ils ont l’air de se régaler ! Toutefois, nous ne nous attardons pas : la nuit sera vite là.Éliane et Jean-Philippe nous retrouvent à Petit-Réderching pour nous amener les sandwiches préparés par Nicole, que nous avions oublié en partant. Eliane et son fils nous amène même le café pour nous réchauffer. C’est adorable. On savait bien qu’on se reverrait ! Dans ce même village nous avons rencontré une dame étonnée de nous voir passer dans sa rue ! Elle nous a laissé du chocolat et des bonbons ! Chouette l’accueil Lorrain !On est déjà en milieu d’après-midi. Il nous faut penser à nous poser. Peut-être aux abords du prochain village. On quitte Petit-Réderching en passant devant une ferme. Un lieu pour passer la nuit ? On est rapidement fixé : deux agriculteurs sont en train d’égorger un mouton à même le sol sous un appentis, un peu plus loin le cadavre d’un veau git en bordure du chemin, … pas très accueillant la « ferme arc-en-ciel ». On ne s’attarde pas. On poursuit notre route… boueuse ! Ça glisse pas mal ! Non loin, selon notre carte, il y a une ferme. On se dit que ça pourrait être notre un lieu de bivouac ! Courage, il ne nous reste qu’une petite demi-heure pour y arriver.La ferme se compose de quatre grands bâtiments. Trois accueillent des vaches et dans un quatrième, le matériel et les tracteurs sont stockés. J’ai mis un moment à trouver l’agriculteur que nous avions aperçu alors que nous étions toujours sur le chemin d’accès. Il apparaît sur son tracteur après 10 minutes. La surprise de voir nos mul’ânes se lit sur son visage. Après les présentations, il accepte que l’on s’installe pour la nuit, nous précisant qu’ici il n’y a ni eau potable ni électricité. Peu importe : il y a un parc et du foin pour nos longues oreilles mais aussi un abri pour nous et Bayah ! Il y a quand même des toilettes, et nous allons dormir au sec et à l’abri du vent entre les tracteurs ! Le Bo-nheur !!

[Vendredi 18 novembre]

Il y a eu beaucoup de vent et de pluie cette nuit, le toit en tôle a grincé, tapé, ronflé. Alors que nous nous préparons, un monsieur arrive avec un panier en osier. C’est Léopold, le papa de Vincent, le jeune agriculteur qui nous a accueillis. Dans le panier, un thermos de café et des biscuits bio. Nous sommes à nouveau très touchés. Nous discutons avec Léopold qui nous explique qu’il a toujours travaillé en biodynamique, qu’il s’intéresse à la santé de la terre qu’il n’essaie pas de dominer mais de comprendre. En 30 ans, il a vu l’impact de l’agriculture intensive, des produits phytosanitaires et du changement climatique. Il déplore le fait que trop d’agriculteurs soient aveuglés par la nécessité de rentabilité et ne prennent pas le temps ni la décision de se remettre en question, pour le bien de tous. Lui, a fait le choix de s’informer, de se former, d’apprendre sans cesse, d’essayer, notamment des semences anciennes, d’observer. Il souhaite que son fils adopte la même démarche, mais à vrai dire, il s’inquiète un peu pour l’avenir.

La météo n’est pas de notre côté aujourd’hui: pluie, bourrasques, froid, chemins lacérés d’ornières boueuses… Nous devons marcher contre le vent et nos mulânes n’aiment pas ça. Avec courage, ils y vont quand même, mais à deux à l’heure. Une piste en gravier nous offre un peu de répit, dans un paysage gris et morne. À chaque fois que nous nous trouvons abrités par une haie d’arbres ou un bâtiment, ils ralentissent ou s’arrêtent et nous montrent qu’ils ne voient pas trop l’utilité de continuer. Il semble que nous n’irons pas bien loin aujourd’hui. Nous traversons tant bien que mal le petit village de Guising. Alors que nous en sortons, une voiture s’arrête à notre hauteur. Quelle surprise de voir en sortir le vétérinaire qui avait soigné Kali!! Il vient nous saluer et nous redit qu’il est désolé de n’avoir pas réussi à la sauver, que son état était trop grave… Il nous a reconnus  malgré nos capuches, mais il faut dire qu’il ne doit pas y avoir 36 équipages comme le nôtre en ce moment dans la région. Nous repartons sur une petite route, déjà fatigués après à peine deux heures de marche à motiver nos compagnons. Nous avons vu sur la carte qu’il y a une grosse ferme un peu plus loin, la ferme d’Olferding. Nous décidons de ne pas nous acharner, d’aller y trouver refuge en espérant un lendemain plus clément.

Arrivés dans la cour, un homme nous demande si nous cherchons notre route. Nous lui expliquons nos besoins, et il nous propose de nous installer dans un des bâtiments derrière, où sont entreposés tracteurs et grosses balles de paille et où nous serons tranquilles. Nous y allons de ce pas, et déchargeons Marius et Symphonie à l’abri. Nous les laissons attachés là le temps de leur organiser un parc pour la nuit. Ils se mettent en mode sieste, apparemment bien heureux d’être au sec. Un homme arrive sur un tracteur. C’est Louis, un des employés de la ferme. En fait, nous n’avons pas encore croisé le patron… Louis pense que nous pouvons installer nos compagnons dans un des parcs, celui qui est le plus abrité du vent et qui est bien herbeux. Il veillera à vérifier la clôture et à mettre le courant, car il y a des taureaux pas loin, qui pourraient avoir envie de passer. Tous les autres bovidés de cette immense exploitation sont maintenant rentrés pour l’hiver.

Louis nous propose de venir assister à la traite à 17h, et de boire un verre de lait frais. Entre temps, Céline part en quête du patron, Yves, pour s’assurer de son accord au sujet de notre présence ici. Elle le trouve dans son bureau, lui explique notre projet et l’invite à aller visiter notre blog. Il est amical, mais en homme d’affaire occupé, ne pose pas plus de questions. Ce qui lui importe surtout, c’est que nous ne fumions pas dans son hangar. Pendant ce temps, je bataille avec mon ordinateur qui se décharge vite et surtout ne veut plus se charger. Il y a bien des prises de courant ici, mais ça ne prend pas… Le toit est recouvert de panneaux solaires. C’est peut-être que les prises sont en direct, et que vu la météo, il n’y a pas assez d’électricité produite? Et les batteries n’aiment décidément pas le froid. Nous allons chercher de l’eau et voir la traite, sans grande conviction. Ici, tout est automatisé : ce sont des robots qui distribuent la nourriture aux vaches, et qui poussent le foin contre les mangeoires. La salle de traite est high-tech, le nombre de litres calculé, les trayeuses se retirent toute seule lorsque les pis sont vides. Les vaches entrent et sortent par dizaines selon un mécanisme de couloir bien huilé qui les pousse par basculement. Leurs pattes sont douchées au jet.

Trois hommes s’affairent en même temps, dont Louis. Nous filmons un peu cette machine de production. Devant nos caméras, un jeune homme nous demande si nous sommes là pour rénover leur salle de traite… Non, à vrai dire, après les traites à l’ancienne des quelques vaches du Légeret et le passage dans une ferme bio, nous ne nous sentons pas très à l’aise ici. Nous refusons poliment le verre de lait en expliquant que nous ne le digérons pas bien, remercions et partons rejoindre nos pénates pour la nuit. On doit encore se faire un truc à manger. Nous recevons des nouvelles d’Eliane et Jean-Philippe. Ils connaissent bien la ferme où nous sommes puisque c’est ici qu’ils vendent leurs « broutards ». Ils étaient en train de partir pour venir nous voir mais leur après midi avait été occupée par un imprévu : leur vache couchée n’allait pas bien et le vétérinaire avait dû intervenir pour lui prodiguer des soins. Nous installons notre couchage au fond du hangar et nous couchons tôt, bien au chaud dans nos duvets. Demain est un autre jour.

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