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Marius Tour de FranceMTF #Moselle

J243 / Des cadeaux dans les épreuves

[Lundi 14 novembre]

J’appréhende le départ. Je sais que l’absence de Kali se fera sentir surtout sur les chemins. Nos repères ont changé, Céline a du mal à reprendre confiance… Hervé est déjà parti lorsque nous terminons de préparer nos affaires. C’est non sans émotion que nous nous disons au-revoir. Il s’est passé tant de choses ici en quelques jours. Nous sommes très touchés par sa gentillesse et sa  bienveillance. Et encore une fois, on ne peut que constater la synchronicité des évènements. Cette rencontre, ce lieu où nous avons pu nous poser quelques jours avant, alors que, sans le savoir, nous aurions besoin d’aide. Je dis toujours qu’« il y a toujours une raison aux choses qui nous arrivent, bonnes ou non ». J’essaie toujours de regarder avec un certain recul, ou sous d’autres angles les évènements pour essayer de comprendre les raisons pour lesquelles ils se sont passés. Mais je vous l’accorde, ce n’est pas évident surtout lorsqu’ils nous touchent durement. 

Il fait beau aujourd’hui… enfin il ne pleut pas !!  Nous quittons la Petite Suisse silencieusement. Marius trace devant alors que Symphonie se retourne à plusieurs reprises comme pour nous dire : « Les amis, il manque quelqu’un là non ? On attend pas Kali ? ». Bayah elle, se comporte bizarrement. Elle saute, court, joue avec un morceau de bois… on a l’impression de voir Kali. 

Nous arrivons rapidement à Éguelshardt que nous traversons avant de pénétrer dans la forêt de Mouterhouse. Les feuilles des arbres ne sont pas toutes tombés.  On s’émerveille de la beauté du lieu. L’ambiance est particulière d’autant que la lumière feutrée qui traverse la forêt nous donne l’impression qu’il est déjà tard. Nous ne rencontrons aucune difficulté ici. Le chemin est même facile mais on arrive quand même à se tromper ! Ce qui semble être une clairière sur notre carte près de la sauce de la Horn près d’un étang Entenbaechel nous invite à nous arrêter pour casser une petite graine et permettre à nos mul’ânes de faire de même ! Mais en arrivant sur les lieux, il s’avère que l’endroit est marécageux et pas aussi vert que nous l’espérions. Mais ça fera l’affaire pour nos deux gros ! L’herbe manque par endroit. Elle n’est souvent plus assez riche. C’est une problématique qui se pose avec l’arrivée de l’hiver et les premières gelées. 

On ne s’attarde pas. La nuit tombe de plus en plus tôt et il nous reste encore un peu de chemin. 

On traverse une ancienne voie de chemin de fer, et poursuivons notre chemin dans le bois de Bitche. Nous ne passerons pas dans cette ville serrée autour de son imposante citadelle Vauban. Nous n’avons pas le temps ! Nous la contournons en longeant une départementale par un chemin qui nous permet d’être en sécurité. C’est là qu’on se rend compte que nous avons oublié à la maison forestière, la gamelle pliable qui nous sert à donner à boire à nos animaux. On envoie un message à Hervé pour lui demander s’il peut nous la ramener. Il viendra dans la soirée. Quand on a pas de tête, d’autres ont une voiture !!! Merci Hervé pour ta gentillesse. 

Nous passons devant d’autres bunkers signe que nous longeons toujours la ligne Maginot. La forêt est chargée ici… 

On a eu du mal à trouver le sentier qui doit nous conduire au Légeret. Au vu de la végétation qui a repris le dessus, il semble ne plus être utilisé. La nature a repris ses droits : tant bien que mal, on se fraye un chemin au milieu des ronces qui s’accrochent à nos vêtements, nos sacs à dos et nous griffrent les mains. Finalement, après 20 minutes de débroussaillage avec le bâton de mon drapeau, on se retrouve bloqués. Et soudain, nos ânes se mettent à rebrousser chemin, comme s’ils avaient peur de quelque chose. Je parviens à tenir Marius mais Symphonie détale ! On finit par traverser le bois pour regagner la route et arriver, à la frontale, au Légeret. Ce passage difficile a eu un avantage : il a contribué à remettre Céline dans le moment présent et à la sortir de l’état cotonneux où elle se trouvait. Nous revoilà au coeur du chemin

A l’entrée du hameau, on passe devant une ferme où on repère quelqu’un qui travaille sur un tracteur. On hésite à aller demander si on peut se poser sur un terrain. Nous avions vu sur la carte qu’une maison forestière se trouvait un peu plus loin. Finalement, on se décide : Céline traverse la route pour poser la question au jeune homme.  Alain accepte que nous mettions nos mulânes dans un de leur pré, avec la tente.

Alain et son frère Jean-Philippe nous indiquent le champ et nous invitent à venir boire un café pour nous réchauffer. Le temps de planter les tentes et de s’assurer que le pré est bien fermé et nous rejoignons la petite famille qui nous accueille à bras ouverts. Éliane nous propose de manger au chaud. Elle nous a aussi préparé un grand sac de victuailles ! Nous sommes très touchés par la générosité de la famille. Nous regagnons notre tente avec deux sacs de foin pour les doudous, ils en mangent puis Marius se couche dessus, se faisant une litière isolante de l’herbe givrée. Toute la troupe est repue et casée, nous pouvons dormir tranquille. En entrant dans la tente, nous trouvons un adorable message d’Alain, que nous venons de quitter, sur le blog: il n’a pas traîné ! Nous sommes très touchés et nous endormons le coeur heureux.

[Mardi 15 novembre]

Le temps ne s’arrange pas. Ce matin, la pluie givrante, humide et glaciale, tombe sur le bivouac. Nous allons boire un café chaud avec Éliane et Jean-Philippe puis chez Hubert et Nicole, la maison d’en face. Hubert est en fait le frère d’Eliane. Nous avions échangé quelques mots la veille au soir. Je regarde la météo et vois que c’est la journée la plus froide et que dès demain ça se radoucit, même si la pluie est au rendez vous. Nous n’avons pas envie de nous faire tremper et geler, Bayah tremble au sortir de sa tente… Nous demandons  à nos hôtes s’il est possible de rester ici une journée de plus et de mettre nos affaires au sec. Ils acceptent de bon coeur, et nous déménageons notre barda dans le garage de Hubert et Nicole, qui est chauffé et aménagé d’une table et de tout ce dont nous pouvons avoir besoin. Nous en profitons pour nous reposer, faire une machine de linge, et faire sécher nos affaires dans la chaufferie. Bayah s’installe avec nous au chaud. Marius et Symphonie se mettent le cul au vent et attendent que ça passe en mangeant du foin. Hubert nous emmène manger à midi à « La Petite Suisse », le resto où nous étions allés avec Hervé ! Nous le croisons d’ailleurs là-bas avec ses collègues de l’ONF et c’est drôle. Nous mangeons beaucoup, trop même, au buffet à volonté. L’après midi se passe à nous réorganiser, revoir le tracé pour faire plus court, et à faire une interview de Jean-Philippe, 21 ans, qui travaille avec son père et son frère sur la ferme. Son point de vue nous intéresse, et il se prête au jeu avec plaisir et aplomb, il parle très bien et sans bafouiller. Le soir, Nicole a préparé un succulent repas très copieux et nous remangeons, trop, en parlant de l’avenir du monde… Ici, nos hôtes ont peur que nous ayons faim on dirait. Nous passons  une excellente nuit réparatrice dans un vrai lit, chambre avec vue sur les ânes en face, royal.

[Mercredi 16 novembre]

Nous nous levons d’attaque pour repartir, nous avons bien dormi au sec et dans un lit bien douillet ! Dehors, il fait toujours humide mais moins froid. Mais rapidement, je ne me sens pas très bien. Une migraine commence à me prendre la tête.  Après avoir bu un café avec Nicole et Hubert, nous prenons copieux petit dej’ chez Eliane. Nous parlons voyage, animaux, projets. Ils ont une vache en ce moment qui s’est pas relevée après le vêlage de deux jumeaux, ça va bientôt faire une semaine. Ils ont beaucoup de frais de vétérinaire, mais c’est comme ça chez eux, on ne laisse pas un animal à l’abandon et on le soigne. Même si c’est pas facile. Leur exploitation est petite et humaine et ici on aime vraiment ses animaux. 

Au bout d’un moment, je commence à me sentir nauséeux, je dois sortir prendre l’air. Ça ne passe pas et je me sens de plus en plus mal. Bon. Je retourne me coucher pour quelques heures, incapable de me remettre en route. Pendant ce temps, Céline comprend qu’on ne va pas partir aujourd’hui et arrange notre prolongation de séjour, qui ne pose heureusement aucun problème, y compris le terrain et le foin pour les mulânes. Ceux-ci n’ont pas d’abri et c’est un peu dur pour eux mais comme la température est remontée, le vent n’a pas l’air de leur poser de problème et ils se mettent contre une haie pour se protéger des bourrasques. Pendant que je me repose, après le repas (décidément), Hubert accompagne Céline pour visiter le Simserhof, un ouvrage militaire impressionnant situé sur la ligne Maginot. Il s’agit de plusieurs bunkers construits avant la deuxième guerre, équipés de réseaux souterrains et des meilleurs armements et technologies de l’époque, disposés a plusieurs endroits stratégiques dans la forêt, qui alors était une rase campagne. Hubert a travaillé 20 ans dans ces ouvrages pour la restauration et récupération de matériel. Il les connaît par coeur, car il y emmenait aussi des groupes de touristes pour les faire visiter. 

Voir partir Céline et Bayah a rendu nos mulânes hystériques ! Je les ai vus s’exciter dans leur parc et se mettre à galoper comme des fous. Je vais les voir mais ma présence ne les calme pas immédiatement. Ça glisse et re-glisse sur l’herbe humide… Ont-ils cru qu’on partait sans eux?

Après avoir dîné avec Hubert et Nicole, nous nous rendons chez Eliane et sa famille qui nous attendent pour une soirée « films ». Je leur ai proposé en effet de leur montrer nos films de voyage. L’occasion d’échanger sur nos aventures et de répondre aux questions notamment de Jean-Philippe qui s’intéresse beaucoup à notre démarche. L’occasion aussi de rencontrer le papa, Aloise, qui lui aussi a bien envie de voir nos aventures en images. C’est une très belle soirée, et nous sentons que notre présence ici est en train de jouer un rôle important. Eliane et Jean-Philippe nous ont déjà dit à plusieurs reprises qu’ils n’ont pas envie de nous voir repartir, et qu’ils se sentent reconnaissants que le chemin nous ait conduits jusqu’à leur porte. Quel cadeau pour nos cœurs… 

Tags : Le LégeretLorraineMarius Tour de FranceMosellePetit RéderchingTour de France

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