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Marius Tour de FranceMTF #Alsace

Jour 206 / Le regard d’enfants dans les yeux des gens qui croisent nos mul’ânes : c’est Wouaw !

img_20161006_164021Ce matin [jeudi 6 octobre], la première chose que je fais est d’aller voir le petit renard. Je le retrouve au même endroit, mais sans vie. Finalement c’est peut-être mieux, vu le piteux état dans lequel il se trouvait. Nous sommes allés le rendre respectueusement à la forêt, avec une prière pour tous les animaux que l’homme a décidé de classer « nuisibles » parce qu’ils interfèrent dans ses affaires humaines. Clément aurait bien voulu passer la soirée ou prendre plus de temps avec nous, mais en plein boom de vendanges, c’était un peu compliqué dès lors qu’il devait gérer les vendangeurs, plusieurs woofers, et au matin, un car de Danois en visite touristique. Une question me taraude et j’aurais bien voulu prendre le temps de la lui poser : « N’y a-t-il pas d’incohérence entre son vin élaboré en biodynamie et ses allers retours au bout du monde pour le vendre comme à Dubaï, la ville la plus anti-décroissante du monde dont on connaît tous l’impact sur la planète ». Je n’aurai probablement jamais la réponse … dommage … Mais cela n’enlève rien à l’accueil de Clément et à la grande qualité de ses vins : nous avons eu tout ce dont nous avions besoin et des bras ouverts, fort occupés mais ouverts.

img_20161006_131811Départ à 11h avec Jean-Luc et Brigitte, le couple de comédiens belges en tournée en Alsace avec leur spectacle « Six pieds sur terre », une tragicomédie sur la fin de vie. Ils ont un peu de temps avant leur scène de ce soir et souhaitent marcher quelques heures avec  nous. Nous aurions d’ailleurs adoré le voir, ce spectacle, mais il est joué à Strasbourg juste au moment où nous avons prévu faire une pause pour retourner chacun dans nos familles…  Du coup, nous profitons de l’instant présent à partager avec eux. Ce fut un super moment, à sillonner dans les vignes, les morceaux de forêt et les petits villages, tout en parlant de nos passions et découvertes respectives, de nos philosophies de vie. Décroissance, ralentissement, échange, ouverture, voyage, liberté d’être, respect de la vie et anecdotes inspirantes. Symphonie n’est pas de très bonne humeur. Depuis que Céline la laisse marcher plus en liberté, elle semble faire un peu la tête lorsqu’elle est tenue à la longe. Elle veut par ailleurs marcher uniquement derrière, et souvent à 20 m derrière Marius. C’est peut-être juste un jour comme ça, mais elle semble tristounette, la mulette….

20161006_124932Ces jolis chemins nous amènent à Kientzheim, où nous nous arrêtons pour nous ravitailler.  Il était temps, nous n’avions plus de croquettes !!! Et plus grand chose pour nous. Cette fois, c’est un grand super marché qui est ouvert entre midi et deux, on ne se fera plus avoir ! Nous nous posons pour décharger les ânes dans un petit coin d’herbe au bord de la route et nos amis sortent de leur sac un « kugelhof » avec une confiture de compète, que nous partageons assis sur une bâche : quel bonheur ! Après quoi nos chemins se séparent, eux vont le refaire à l’envers pour rentrer, alors que nous continuons d’avancer en direction du Mont St Odile, le cœur tout plein. Tandis que nous chargeons les ânes, une dame passe avec ses courses et s’arrête pour discuter. Elle repart en nous affirmant que nous avons « fait sa journée » car elle trouve que nous diffusons  beaucoup d’espoir et elle en avait besoin. Cadeau, pour elle comme pour nous, et c’est gratos!

20161006_162128Revignes, revillages. Ils sont tous plus beaux les uns que les autres, avec des maisons colorées et typiques, des grandes portes anciennes, des petits jardinets aménagés, des ruelles pavées longées de petits commerces aux enseignes peintes à la main, avec des noms amusants. Les noms des lieux ici ont tous des consonances germanophones, et cela nous demande un temps d’adaptation pour se repérer et se rappeler d’où on vient et où on va!!

20161006_184947On trouve une prairie libre un peu avant Hunawihr. On doit attacher les ânes rapidement car il y a plusieurs pommiers et, bien sûr, ils vont directement se gaver de fruits. On enlève quelques colchiques et je vais chercher de l’eau aux premières maisons visibles qui sont en hauteur et assez loin, en fait. Céline prépare de la semoule rapide mais surtout une compote de pommes bien chaude et sucrée miam. Il y a profusion et abondance de fruits différents et nous en profitons !! Sinon, ils pourrissent au sol, personne ne semble s’y intéresser…

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Le muesli aux restes de compote de pomme, c’est divin!

Nous commençons à être bien organisés dis donc. Arrivés vers 18h, à 20h15 les animaux et nous sommes nourris, abreuvés, les affaires sous la bâche, Marius et Symphonie dans une haie dense à l’abri du vent froid, les chiennes calfeutrées dans leur tente, elle-même installée sous un arbre, et nous dans nos duvets, dont nous pouvons chaque jour apprécier la qualité. Il nous reste donc un peu de temps pour écrire, si on n’a pas trop froid aux mains.

20161007_124302[Vendredi 7 oct.] Nous reprenons notre route à travers vignes, paysage qui nous suivra tout cette journée, sauf exception. À Ribeauvillé, nous cherchons un café. Après avoir échangé quelques mots houleux avec le chauffeur d’un camion que je jugeais trop pressé aux fesses des mul’ânes, nous attachons nos compagnons à truffes et à sabots sur une vague petite place, et allons boire un café vite fait car nous sommes debout au bar. Il n’y avait rien d’autre. Une dame nous propose une douche, mais nous n’avons pas trop le temps, toujours à cause du fait qu’il y a peu de terrain et que nous devons avancer. On aurait dû attendre pour le café, car en repartant, on se rend compte qu’on n’était pas dans la plus belle partie de ce village.

img_20161007_122150Les rues anciennes et étroites sont bondées de gens et blindées de petits commerces en tout genre, et nous mettons presque trois heures pour le traverser!!! Tout le monde nous arrête, nous prend en photo, nous pose des questions. Devant une boulangerie, un ado vient nous dire qu’il voudrait faire ce que nous faisons, avec un ami. Il rêve de ne plus rien posséder et de partir en voyage, à la rencontre de l’essentiel.  Les mul’ânes ne nous aident pas à avancer car, par cinq fois, ils nous déposent de gros pâtés sur la chaussée, que nous devons déblayer.

img_20161007_122136Quand enfin nous parvenons à sortir de la cohue, c’est pour retrouver les vignes, même si notre marche est agrémentée de jolies forêts. Alors que le soir arrive, nous ne trouvons pas d’endroit où poser notre camp. Les rares bouts de prés que nous repérons sur la carte n’offrent pas les conditions de place ou de sécurité nécessaires au bien-être de notre équipage. On continue de marcher, notre dernier espoir s’évanouit devant une prairie fermée par un gros cadenas. Ensuite, c’est le grand bourg de Châtenois, et nous aurons du mal à le traverser avant la nuit. Néanmoins et sans pouvoir l’expliquer, nous ne nous sentons pas inquiets, nous avons toujours trouvé et cela d’autant plus si nous gardons l’esprit ouvert et confiant. Et oui, c’est comme ça que ça marche.

20161007_184205En entamant la descente dans la ville, nous apercevons le pré idéal, entouré de vignes et situé en face d’une grande propriété sur laquelle trône une immense bâtisse  ancienne. Je vais demander s’il est possible de camper là. Non seulement c’est possible car ce pré est régulièrement occupé par des chevaux, mais en plus la dame habitant avec sa famille dans cette belle maison est très accueillante et nous propose de suite de l’eau, puis du pain, puis de nous cuire des pâtes car il est tard, puis du café dans un thermos, et enfin de nous ramener un sac de croquettes de ses courses du lendemain matin. Elle a vraiment envie de nous aider et de rendre notre soirée ici, la plus agréable possible. Céline, en allant chercher les pâtes, reste discuter un bon moment avec elle et son mari à peine rentré du travail. Nous remarquons que notre caravane intéresse et interpelle tout type de personnes, de toute classe sociale, de tout niveau de vie, de tout bord et de tout poil. Un jour dans un village, une dame est sortie de son gros 4×4 Porsche, toute bien habillée et pomponnée, pour nous demander de prendre une photo et la permission de caresser Marius car elle adore les ânes. On s’est vite rendu compte qu’elle n’en avait probablement jamais touché auparavant et qu’elle réalisait un rêve. Dans un autre village, alors que nous nous étions engagés par erreur dans une impasse, c’est un groupe de « punks » ancienne génération (c’est à dire pas avec une belle crête soignée, un look pimpant et rasés de prêt) qui vient à notre rencontre tout sourire : « hey, Destroy, viens voir y a des copains !! ». Dans un cas comme dans l’autre, c’est avec leurs yeux d’enfants et le cœur en joie que ces gens tendent leurs mains vers nos animaux, et c’est un réel plaisir que d’assister à ça.

Bref, nous voici donc accueillis, installés pour la nuit dans ce pré et tout va bien, nous avons même des pommes à ramasser. Merci les anges du chemin!

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[Samedi 8 oct.]

Nous décollons après un bon café avec la dame d’à côté, qui a aussi chargé nos batteries. Symphonie est toujours un peu à la traîne et un peu ronchon, Céline ne sait plus trop comment la remotiver et se dit que la pause prévue après Strasbourg lui fera du bien, pour retrouver l’envie du voyage. C’est important aussi de trouver un peu de temps « gratuit » avec nos mul’ânes, c’est à dire du temps passé avec eux sans rien leur demander, juste « être » avec eux. Pas toujours évident d’y penser et de l’appliquer.

Cette journée ressemble énormément aux précédentes, à la différence qu’elle va probablement être plus longue. Je me suis en effet rendu compte la veille au soir que je m’étais planté dans mes calculs de km jusqu’au Mont St Odile, qu’il nous manque un jour et que nous n’y arriverons que dimanche après midi au lieu de ce soir… même si nous forçons un peu la marche. Tant pis, nous voulons la tenter quand même, le but étant d’y voir Jean-Charles et son âne officier pour les « Semeurs d’étoiles « , même si nous arrivons un peu tard.

20161007_154434Jean-Charles qui vient d’ailleurs nous faire un coucou aujourd’hui sur notre chemin, pour nous encourager et nous apporter des grosses pommes juteuses. Nous profitons de sa présence pour faire une pause casse-croûte et nous remettons en route car nous sommes loin d’être arrivés à Andlau, le village que nous devons atteindre pour espérer tenir la distance. C’est de nuit, et bien de nuit, que nous y entrons, sans savoir où et comment nous allons nous poser. Alors que nous cherchons  le stade de la dernière heure, nous tombons sur un groupe de personnes à qui Céline demande si quelqu’un connaîtrait un terrain qui pourrait nous accueillir pour la nuit. Il se trouve que l’un des hommes du groupe est adjoint au maire de la commune, et il nous indique chaleureusement les abords du stade, suffisamment grands, où se trouvent même des parcs à chevaux, vides en ce moment. Topissime, nous y arrivons en deux minutes, débâtons Marius et Symphonie et les installons dans un petit parc sans trop y voir, mais qui semble bien clos et protégé par une haie d’arbres. 

20161008_150838Il ne nous reste qu’à trouver de l’eau. Un gamin jouant dehors me ramène chez lui avec mes récipients ad hoc, et son père m’offre une bouteille de pinot de la région et même l’ouvre bouteille qui va bien. Je ne peux pas refuser, même si je sais que nous ne la boirons pas ce soir, et que nous ne pourrons pas la transporter non plus. Bah, on trouvera bien. Lorsque je reviens, Céline m’annonce que bizarrement, après s’être roulés, les mu’lânes n’ont pas daigné brouter un seul brin d’herbe dans ce parc. Ils n’ont fait que le sentir, et attendre en la regardant avec insistance. Étrange, il y a pourtant de l’herbe, sent-elle trop le cheval, est-elle polluée à l’excès ? Il est déjà presque 21h et nous décidons de les sortir de là pour voir. Aussitôt à l’extérieur, il se mettent à manger. Bon, il passeront donc la nuit à la longe, attachés au bord du stade, mais au moins ils pourront se nourrir. Céline n’a pas très faim, nous sommes fatigués. Une fois les animaux installés dans le noir, je grignote donc une boîte de sardines en solitaire et on file se reposer. Demain il fera jour et nous devons atteindre le Mont st Odile!

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Le stade le lendemain matin !
Tags : AlsaceAndlauChatenoisHunawihrKatzenthal

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