close
Marius Tour de FranceMTF #BelfortMTF #Haute-Saône

Jour 195 / Le chemin n’est pas un long fleuve tranquille et la montagne nous le rappelle

img_20160925_124659Départ 12h30 après une journée d’arrêt chez Ophélie et Kévin à la Chapelle-Sous-Chaux, moi sur les vidéos, Céline sur un jeu. Elle était fatiguée et n’a rien eu envie de faire d’autre. C’est bien aussi parfois de se poser. En allant voir les mulânes dans leur parc, samedi, nous avons eu la surprise de recevoir la visite inopinée de Pascal et Jacqueline, alors en balade à moto par cette douce et belle journée ensoleillée. Sympa !20160925_150051Départ donc à 12h30 ce dimanche [25 sept.], malgré nos efforts pour décoller plus tôt.. on est sensés faire 16 km jusqu’au restau d’alpage de la Vierge de Wissgrut pas loin duquel nous devrions trouver de quoi bivouaquer. Il fait très chaud. Nous marchons sur le GR 5 en nous fiant à nos cartes mais sans le tracé gpx, que nous n’avons pas eu le temps de créer et d’importer sur nos téléphones. Nous passons entre de magnifiques étangs et marchons sur une terre rouge qui nous ravit les yeux. On s’arrête boire un café à Giromagny, c’est dimanche et il n’y en a qu’un seul d’ouvert sur la place, où se prépare un concert. Lorsqu’on rebâte, Valérie, une correspondante de l’Est Républicain qui habite sur la place et nous a vus, vient vers nous avec son calepin pour nous poser quelques questions et prendre une photo. Très sympa. Nous nous éclipsons assez vite car le « sound check » a commencé et les mulânes ne sont pas très à l’aise avec les basses qui vibrent.20160925_164703

Nous continuons sur le GR5 , traversons la ville et entamons la montée vers le Ballon d’Alsace. Tout se passe bien, les ânes sont assez en forme et nous aussi, on ne sent pas la montée. Le paysage est beau, la lumière d’automne aussi. Vers 16h30 nous pensons que nous n’arriverons pas jusqu’à la Vierge et, étant principalement en forêt, il nous faut trouver une prairie pour nous poser. Nous n’avons pas très envie de marcher le soir car nous entendons souvent des coups de feu, même proches. La chasse …  Un premier endroit où nous aurions pu demander un bout de terrain ne nous inspire guère d’autant que plus on s’approche, plus des tirs résonnent… Alors tant pis, nous décidons de continuer jusqu’à un gîte d’étape proche que nous repérons sur la carte. En espérant que ce ne sera pas trop cher. Mais c’est le seul endroit où nous trouverons du terrain pour les mulânes car partout autour il y a de la forêt, et en pente.

20160926_081758Lorsque nous arrivons au gîte Mont-Jean, vers 17h30, il n’y a personne. Nous débâtons et attendons le propriétaire, pendant que Marius et Symphonie débroussaillent le coin. C’est très en pente et nous nous demandons où on va pouvoir les attacher, car il n’y a pas d’enclos. Après une heure, une voiture arrive. Le monsieur nous confirme que nous pouvons dormir ici, il n’y a personne d’autre. Cool. Les chiennes dormirons dans un joli hangars ouvert mais confortable, sur copeaux, avec nos affaires. Quant aux mulânes, ils pourront squatter le replat devant la maison, où il n’y a pas grand chose en herbe, mais ils auront du foin. Avec ce qu’ils ont mangé en liberté toute la soirée, ça ira très bien. Nous profitons  jusqu’à la tombée du jour assis dans l’herbe, il fait doux et nous avons un bout de réseau devant le hangars. Avec une belle vue sur les montagne, nous sommes à 675m. Demain, nous devons améliorer notre record et partir très tôt si nous voulons avoir le temps de passer le Ballon d’Alsace et trouver de quoi dormir.

img_20160925_180037[Lundi 26 sept.]  Réveil 6h30. Départ 9h, yes!

Les animaux ont bien dormi et nous aussi, nous sommes tombés, après un petit plat de céréales – légumineuses, dans un bon lit confortable avec une couverture en laine patchwork comme en tricotait la grand-mère de Céline. Nous avons dû débrancher le détecteur de fumée qui « bipait » fort désagréablement sans raison. Le monsieur ne nous a rien fait payer pour les chiennes, ni pour le foin de Marius et Symphonie. Très gentil.

20160925_185954On entame donc de bon matin une grimpette respectable, direction la vierge du Wissgrut, le resto d’alpage où travaille Ophélie le week end. Malheureusement nous ne la verrons pas puisque nous n’avons pas réussi à y être dimanche en fin de journée. Nous montons à travers de belles forêts, mélangées de conifères et de feuillus. Nous enchaînons pistes caillouteuses et sentiers de terre. Le GR5 ne passe plus ici, mais le nouveau balisage est très bien marqué, avec de nombreux panneaux indicateurs. Tant mieux car pour une fois, nous n’avons pas un tracé dont nous sommes vraiment sûrs, je l’ai fait un peu à l’arrache hier soir. On s’est dit qu’on improviserait un peu avec notre application de cartes IGN, Iphigénie… C’était sans compter avec l’absence de réseau… Ce chemin rappelle beaucoup le Valais à Céline, un canton montagneux qui lui est cher. Nous passons des lieux dits, notamment « le gros hêtre », où un vieil arbre majestueux nous regarde passer. Dans les Vosges, il y a aussi souvent des abris en forêt. Après deux heures de marche nous débouchons sur les alpages et sous un doux soleil. Nous nous réjouissons  de prendre un café et une tarte à la myrtille au resto mais… Zut, fermé le lundi.

img_20160926_161328Nous entendons les cloches des vaches « Salers » qui pâturent ici et dont nous allons traverser tout le parc. Nous croisons en effet une vache auburn, superbe avec ses grandes cornes, et son veau.  Lorsque nous apercevons la barrière annonçant la fin du parc, nous voyons que tout le troupeau, dont un énorme taureau, est devant. Ils ont l’air néanmoins paisibles, habitués à voir passer beaucoup de promeneurs, et nous nous approchons en filmant. Nous tenons les chiennes au pied. Céline n’est jamais très rassurée vers les vaches car Symphonie peut prendre peur et se mettre à trotter ou tenter de s’enfuir, même si elle reste tout de même gérable: il suffit de courir avec elle sur quelques mètres. Là c’est plutôt calme, à priori. Nous négocions le passage, « pardon de vous déranger, mesdames, Monsieur, hum, merci de nous laisser passer, voilà voilà.. ». 20160926_114030Symphonie ne veut pas passer devant, mais, prise d’inquiétude, dépasse ensuite Marius en bourrant un peu. Et là, enchaînement de situation, sous les yeux des bovins impassibles qui n’ont pas bougé d’une oreille pendant tout ce temps : Symphonie stresse, accélère, ne voit pas kali devant elle et lui marche dessus (en fait, sur les poils de la queue). Kali hurle, symphonie s’affole et saute par-dessus kali pour l’éviter, bouscule Céline avec ses sacoches, laquelle perd l’équilibre, se prend les pieds dans la chienne, lâche tout et s’étale, de justesse pas dessus! Symphonie  apeurée fait quelques mètres et s’arrête, le bât un peu de travers. Céline ne s’est pas fait mal, à part un gros bleu à la main, mais a eu très peur pour kali qui par miracle n’a rien, après avoir échappé aux sabots de la mule et à la chute de sa maîtresse ! Nous nous dépêchons de sortir du parc avec nos mulânes un peu tendus. Céline est fâchée contre symphonie qui s’est affolée alors que les vaches étaient tout à fait placides, et surtout a eu très peur qu’un des animaux ne se blesse dans cette débandade. Les larmes coulent et un cri de colère libérateur fuse. Nous débâtons pour faire une pause, prendre de l’arnica, manger un morceau et nous remettre de nos émotions…

20160926_122933 Les rayons de soleil sont  bientôt voilés par la brume que nous voyons ramper sur les alpages et entre les arbres. Nous repartons et traversons quelques stations de ski, croisons un troupeau échappé, ou libre tranquillou sur la route nationale, puis arrivons sous le Ballon d’Alsace, où une auberge nous attire. Nous aurons notre café et tarte myrtille… Enfin !!

Le Ballon d’Alsace, culmine à 1 247 mètres d’altitude, est l’un des premiers sommets significatifs lorsqu’on aborde le massif des Vosges par le sud. De là-haut, on peut voir la Forêt-Noire à l’est, le Jura, la trouée de Belfort mais la chaîne des Alpes bernoises et le mont Blanc au sud, et les crêtes des Vosges au nord. Enfin… par temps clair, ce qui n’était pas le cas lorsque nous sommes passés ! Autrefois, le Ballon était la frontière entre la France et l’Allemagne.

img_20160927_141201Nous décidons de changer l’itinéraire car en lisant la carte, le GR 5 semble, sur cette partie en tout cas, un peu scabreux avec les ânes, et nous le contournons par des pistes que nous repérons sur la carte, avec toujours un réseau très moyen qui ne nous permet pas d’avoir tous les détails. Un petit passage vers la statue de Jeanne d’arc, au milieu d’une classe de lycée en promenade botanique, et c’est la descente qui nous attend maintenant, même une sacrée descente à travers des champs de myrtille, où nous croisons un autre troupeau de vaches et taureau, avec lequel tout se passe bien, même si Céline a un peu les jambes en cotons.

20160926_154942Nous rejoignons une piste, puis un chemin qui nous conduit à travers une splendide forêt humide, ou les cailloux sont recouverts de mousse, et les fougères abondantes. Franchissement d’un ruisseau caillouteux difficile où les mulânes galèrent un moment avant de trouver un passage entre les plaques de roche et les trous d’eau. Nous arrivons vers 18h à la maison forestière où nous avions prévu nous arrêter, seul endroit avec de la prairie autour. Un des bâtiments est ouvert, nous y dormirons, une bâche sur le sol. Il y a même des tables et des chaises et un immense parc clos pour les doudous! Nous n’aurons pas besoin d’ouvrir les fenêtres, il n’y a pas de vitre!! Nous n’avons par contre presque plus d’eau, heureusement qu’il y a de l’eau de pluie pour Kali et Bayah dans un bassin. Nous sommes bien fatigués par cette longue journée, et demain, on se relève tôt! Lorsque le chemin choisi n’est pas vraiment sûr et qu’il y a peu d’endroits pour se poser, il vaut mieux prévoir du rab.

20160927_091312[Mardi 27 sept] Au matin, les mulânes se sont rapprochés tout seuls du portail, et nous regardent rassembler les affaires. Nous quittons vers 9h30 la Maison forestière qui fut notre refuge. Le temps est frais et changeant. Nous traversons des belles prairies, des coins à myrtilles, des alpages à vaches, des stations de ski en attente de neige. Après avoir arpenté le Ballon D’Alsace et abandonné le GR5 pour des pistes plus larges et plus sûres, nous décidons de retenter le chemin de grande randonnée, à partir de la pause purée que nous avons faite devant une autre auberge d’alpage, Rouge Gazon, fermée ce jour là. Décidément, le chemin nous met un peu à l’épreuve, on dirait. Nous pensions y prendre un bon café et quelques informations sur le sentier qui nous attendait, mais voilà… En plus, mon téléphone déconne et je dois le réinitialiser, du coup pas moyen de voir les réponses aux questions que j’avais postées au sujet de l’accessibilité du GR5 pour les équidés. Nous n’avons pas beaucoup de batterie non plus.

img_20160927_125211Nous hésitons, allons voir seuls à pied si le chemin a l’air praticable: un passage étroit au début demande réflexion. Céline pense que ça passe, alors on se la tente. Il y a quelques plaques de roches rendues glissantes par une petite pluie, laquelle nous offre malgré tout un bel arc en ciel sur la vallée. Le sentier est splendide mais nous ne savons pas ce que nous allons rencontrer, et personne ne peut nous renseigner. Symphonie marche devant avec Céline et glisse sur une plaque mais se rattrape. Marius passe et glisse sur la même plaque, se retrouvant couché par terre et moi avec, car j’ai glissé aussi. Pas de dommages, tout va bien. Plus loin, quelle surprise: nous voici devant une échelle qui descend environ 3m pour rejoindre la suite du chemin, qui repart en dessous à la perpendiculaire de celui par lequel nous sommes arrivés. On réfléchit promptement mais calmement. Retourner en arrière signifie perdre la journée et retrouver les plaques de roche glissantes… Céline pense que nos compagnons sont capables de longer la plaque rocheuse par le dessus pour rejoindre le chemin plus loin, à condition d’être déchargés. C’est un peu dangereux mais nous ne sommes pas dans des falaises non plus, il y a des arbres et beaucoup de feuilles mortes amortissantes…

capture-decran-2016-10-21-a-22-00-43Allez on essaie! Nous débâtons rapidement sur le petit sentier et posons nos affaires où nous pouvons. Heureusement Marius et Symphonie restent calmes. Céline passe devant et montre le chemin à Symphonie, qui la suit. Un peu périlleux mais ça passe, la mule gère le passage et se retrouve en bas sur le chemin. Marius suit mais s’arrête après quelques mètres pour brouter ! Il glisse, se retourne, broute à nouveau, son sabot ripe une nouvelle fois…. Il semble un peu perdu, hésite : continuer, retourner en arrière … finalement il se retrouve dans une situation délicate, face au vide… Soudain, il dévale en luge sur la roche, rebondit sur le sentier, et poursuit sa course quelques dizaines de mètres plus bas.  C’est une grosse branche qui le stoppera finalement… heureusement plus de peur que de mal. Et j’ai vraiment eu peur qu’il se tue en dévalant cette pente. Le chemin n’est pas un long fleuve tranquille et la montagne nous le rappelle. img_20160927_163952On reprend nos esprits doucement mais il faut maintenant trouver un moyen d’attacher les ânes sur le sentier étroit, le temps de ramener nous même les sacoches qui attendent plus haut. Et gérer les chiennes pour qu’elles restent tranquilles pendant les opérations. Nous faisons quelques acrobaties pour rebâter, avec conscience et calme, lentement, pour ne pas transmettre plus de stress aux animaux et ne pas faire de bêtises dans l’équilibrage. Un peu secoués, on se remet en chemin, et croisons plusieurs randonneurs très intéressés par notre périple. Nous leur demandons l’état du sentier plus loin, histoire de nous rassurer sur la suite de la journée. 

20160928_114739On doit décharger et recharger encore plusieurs fois pour passer des portails dont la largeur ne suffit pas pour un âne bâté. Nous ne rencontrons par ailleurs que des alpages à vaches, le soir s’en vient et nous ne trouvons pas où nous poser. Nous sommes tous fatigués par cette journée éprouvante et devenons un peu de mauvais poil. Moi le premier, je deviens irritable et pas très sympa… Au milieu d’un alpage, nous apercevons le gîte équestre Belacker. Encore cette fois, nous n’aurons pas d’autre choix que de nous y arrêter. Il y a trois chevaux dans un pré. Devant la porte du gîte, un panneau écrit à la main: « fermeture exceptionnelle aujourd’hui à 16h30 ». Il est passé 18 h, la nuit sera bientôt là..   

img_20160928_071934On décide alors de s’arrêter quand même, de repérer où nous pourrons planter les tentes et éventuellement attacher les mulânes, de manger un morceau (les meilleures pâtes à la tomate du monde) et d’attendre le retour des tenanciers. Au moins, Marius et Symphonie peuvent brouter librement l’herbe rase et faire connaissance avec les chevaux de l’autre côté du fil. Symphonie adopte d’ailleurs un comportement d’approche et de soumission envers la jument dominante, en tétant-machouillant et en tendant le museau. Nous ne l’avions jamais vu faire ça. Les mules se soumettent très souvent au chevaux, en souvenir de leur mère. Marius, lui, s’en fout. La nuit tombée, personne n’est venu. On s’installe donc à la frontale, sur l’alpage à vache à côté du bâtiment et au milieu de machines agricoles, en espérant que les vaches ne viendront pas cette nuit boire à la fontaine. Les mulânes sont attachés plus haut aux piquets d’un autre parc, où ils n’ont pas de risques de s’emmêler dans des machines ou des bouts de bois. Ils n’ont pas grand chose à manger et sont un peu exposés au vent, ce n’est pas idéal, mais c’est malheureusement tout ce que nous pouvons leur offrir ce soir…img_20160928_070915Le froid nous pousse dans nos duvet même s’il n’est que 20h30. Trois heures plus tard, alors que je suis en train de travailler sur le Vlog et que Céline est déjà toute adonnée à un sommeil réparateur, Kali et Bayah, installées sous une remorque, se mettent à aboyer. Ce sont les responsables du gîte qui rentrent et ont laissé sortir leur chien. Je m’habille en vitesse et m’en vais les voir pour leur expliquer la situation. Cela ne leur pose pas de problème que nous soyons là, heureusement, car on ne voit pas bien comment nous aurions pu faire autrement. Un peu embrumés, nous nous endormons en nous réjouissant de pouvoir prendre un petit dej au chaud demain. Quelle journée!!20160928_070901

Tags : AlsaceBallon d'AlsaceLorraineMarius Tour de France

Laisser un commentaire

Simple Share Buttons
Vous ne voulez manquer aucune de nos publications ? Abonnez-vous en laissant votre mail ici :
Abonnez-vous !