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Marius Tour de FranceMTF #Doubs

Jour 164 / Au pays du Comté et du Morbier

20160826_164457Nous avons donc quitté le Larderet le mercredi 24 août 2016 et dormi une nuit  » à la belle »  chez des éleveurs de chevaux comtois et de vaches laitières dans un petit hameau reculé.
Un café – croissants partagé avec eux avant de partir nous a donné l’occasion de parler de leurs choix, leurs passions, leurs contraintes et de leurs difficultés notamment de leurs deux filières : les chevaux, dont les ventes baissent du fait que peu de personnes utilisent encore les comtois (une race de cheval de trait de taille moyenne d’origine germanique et propre à la Franche-Comté) pour le débardage ou autre traction animale. Quand les équidés ne se vendent pas pour le travail, ils partent à la boucherie, mais là encore, la viande de cheval n’a plus la côte…

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Autre filière : celle du lait, qui connait moins de difficultés dans cette région qu’ailleurs grâce aux AOP Comté et Morbier qui permettent aux éleveurs de vendre leur lait le double du prix que s’ils le vendaient à des entreprises laitières traditionnelles. Mais quand même, quel boulot! Pour Céline, bien qu’elle comprenne ces préoccupations, ce genre de discussions n’a pas vraiment d’issue. Le voyage la confronte d’ailleurs souvent à ses choix alimentaires, elle qui préfère se passer de chair animale ou de produits laitiers, pour des raisons de santé et par choix de conscience. Parfois, on n’a pas le choix de manger de la viande ou du fromage, lorsqu’on est invité de très bon coeur et qu’on a faim, comme on n’a pas le choix d’acheter certains produits de grande surface car il n’y a juste rien d’autre. Vaste sujet et très vaste débat, que nous développerons peut être un jour.
20160825_170623Nous sommes passés dans le Doubs. Nous avons quitté le Jura après avoir traversé Salin-les-Bains, petite ville thermale coincée dans un étranglement de la vallée de la Furieuse et dont l’économie a longtemps été basée sur l’exploitation du sel et la faïencerie. Ce fut aussi notre premier « bain de foule » depuis longtemps ! Mais ici encore, nous avons rencontré un accueil très chaleureux, et trouvé chaque jour de chouettes lieux pour passer la nuit, comme « tombés du ciel ». Ce fut le cas à Salin justement où nous nous sommes installés sur le terrain de sport d’une école privée. Un Anglais rencontré la veille, est venu nous apporter le café au petit déjeuner et de l’eau pour nos ânes ! Adorable. Son épouse reviendra un peu plus tard, avec des fruits et des légumes. Quelle bienveillance !

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Salin-Les-Bains

Depuis que nous sommes partis, les températures sont très élevées. Une alerte canicule a d’ailleurs été émise par Météo France. Cela dit, il ne fait pas aussi chaud que dans le sud et pour nous, les température restent malgré tout supportables. Ce n’est pas le cas pour les chiennes qui se jettent dans toutes les fontaines que l’on croise. Céline a parfois porté un bout de tissu sous son chapeau pour se protéger des rayons brûlants du soleil. Étonnamment, le regard des gens croisés en voiture a rapidement changé ! A l’heure où le voile et le burkini sont dans toutes les bouches…

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Même les vaches recherchent l’ombre

Heureusement, nous traversons pas mal de forêts et nous faisons des pauses entre 13h et 16h si nécessaire, à l’ombre des grands arbres au bord d’un chemin, ou dans une cahute en pierres fraîches rencontrée à un croisement, bercés par le doux ronron des tracteurs qui tournicotent dans tous les champs, en train de finaliser les foins.

Il fait chaud et nous faisons donc attention à avoir toujours de l’eau pour tout le monde, raison pour laquelle nous bivouaquons proche des villages, car il n’y a pas beaucoup de cours d’eau. Lorsque ça grimpe, comme en quittant Salin, nos mulânes transpirent, mais ne rechignent pas. Nous leur laissons le temps de reprendre leur souffle. Ils ont d’autant plus chaud qu’il ont remis un peu de poil d’hiver pour palier à la fraîcheur des nuits pleines de rosée.

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Ben, l’ami de Céline.

Après une nuit sur un stade de foot qui n’avait sans doute pas vu de ballon rond depuis fort longtemps, nous avons quitté le village de Crouzet-Migette accompagnés des parents de Céline et de Ben, un ami de Céline, venu nous accompagner deux jours.
« Les mots me manquent pour parler de Ben » explique Céline. « Je le connais depuis 10 ans mais il fait partie de ces personnes que l’on connait depuis toujours. Nous nous sommes rencontrés dans un cadre musical et avons partagé la scène sur divers projets, et notamment pour la grande aventure de Georges Michel et son Orchestre, un spectacle humoristico rock n’ roule mené par un personnage haut en couleur créé par Ben. Ça m’a fait un grand plaisir de voir Ben accompagner notre équipage, lui qui adore aller quelques semaines par an marcher sur Compostelle ou ailleurs, histoire de se débrancher un peu le cerveau conscient et travailleur. Créatif dans l’âme, mon talentueux ami et moi avons déconné avec l’accent valaisan et échangé sur l’avancement de nos vies respectives, quel bonheur après plus d’une année sans se voir. C’était aussi intéressant car Ben n’a que très peu de contacts avec des animaux, il ne se rappelait d’ailleurs pas avoir déjà touché un âne ou un cheval de sa vie. Il a donc été servi, et son oeil novice nous a fait remarqué des trucs que nous ne voyons plus, que ce soit chez les chiennes ou les mulânes. Il a passé de longues minutes à caresser deux énormes juments comtoises et leurs poulains, et a plusieurs fois chanté pour des vaches sur le chemin ! Elles ont aimé. Stéphane et Ben n’ont pas manqué de sujets de discussions non plus, et même en 48h, il nous reste plein de souvenirs. Merci copain d’avoir pris le temps de venir, et merci à mes parents d’avoir fait un bivouac, un top pique-nique et quelques poignées de kilomètres avec nous, pour une fois qu’on n’avait pas de mission à leur confier!! »

A la maison forestière, nous trouvons beaucoup de monde. Ca sent encore les vacances. En ce samedi midi il y a beaucoup de groupes et de familles venus profiter de cette journée ensoleillée pour pique niquer. Avant de reprendre le chemin, je pique un somme pendant que Céline et Ben papotent et rattrapent le temps.
20160828_115418Les arbres nous protègent de la chaleur jusqu’à deux kilomètres avant Levier. Les cafés sont fermés, les boulangeries aussi. La seule qui est ouverte n’est pas terrible mais nous y achetons tout de même du pain et quelques douceurs. Des points d’eau et des fontaines feront le bonheur de nos ânes et de nos chiennes qui tirent la langue. Après s’être enfilés avidement quelques pâtisseries assis par terre sur un parking, on se dirige vers le supermarché du village. Le ravitaillement fait, on revient sur nos pas pour retrouver le chemin. On s’arrête dans un café pour prendre un verre et rééquilibrer les sacoches. Ouvert lorsque nous sommes passés la première fois pour aller faire nos courses, il est maintenant fermé, quelle déception… On décide malgré tout de debâter et de ranger les courses, bourrées à l’arrache dans nos sacs a dos, correctement dans les sacoches. Et alors que nous étions à l’oeuvre, le patron de l’établissement arrive avec son fils. Ils s’étaient absentés le temps de faire eux aussi, quelques courses ! Il nous fait un café. …

De là tout s’enchaîne : Naser, albanais d’origine, vit ici depuis 10 ans, après avoir travaillé 20 ans sur Genève. Il connaît bien les ânes pour avoir bossé avec eux durant son enfance, notamment pour aller chercher le bois. Il nous propose rapidement de les laisser brouter en liberté dans leur jardin. De fil en aiguille, Naser nous propose de dormir dans son parc, nous acceptons après plusieurs minutes de discussions. En effet, nous voulions avancer un peu car Ben doit partir demain soir et il lui faut rejoindre la départementale à Bulle pas trop tard pour faire du stop et prendre ensuite un train à Pontarlier.

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Nous décidons finalement de rester ici et demandons à Naser si nous pouvons diner dans son restaurant. Malheureusement pour nous, son resto est fermé … Néanmoins, il prend le parti de nous faire à manger quand même! Nous mangeons donc une entrecôte frites salade sur une table joliment dressée un peu à l’écart de la terrasse, pour la discrétion, estomaqués par tant de gentillesse. Puis nous finissons la soirée à refaire le monde avec lui, sa femme Céline et leurs deux fils. Luigi, 15 ans, nous touche par sa maturité, son aplomb, son écoute et sa sensibilité. Quelle belle soirée !!!

Naser nous montre par où passer pour aller prendre une douche, et comment nous faire des cafés dans son bar le lendemain.

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A la belle près sous les arbres et au pied de la statue de la Vierge !

Nous allons nous coucher  » à la belle  » sous des arbres qui entourent une petite place herbeuse abritant une vierge Marie dans sa grotte. C’est à ses pieds que nous dormirons, bercés par les mouvements de nos animaux et des deux juments comtoises et leurs poulains, dans le parc d’à côté. Demain c’est sans doute le coq roi de la famille qui nous réveillera, encore sous le charme de cette belle rencontre.

Tags : burkiniCrouzet-MigettedoubsLeviersalin les bains

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