close
Marius Tour de FranceMTF #Jura

Jour 123 / Leur tour de France avec un âne et deux enfants… c’était un 1977 !

20160723_172824Après avoir passé 7 ans sur les routes d’Amérique et d’Asie, notamment au Népal,  Marie-Claude et Georges Papigny ont décidé, après la naissance de leurs deux fils Axel et Mathias (alors âgés de 16 mois et 3 ans), de partir faire un tour de France à pied, avec l’âne Grisou. « Une randonnée fantastique » de 5300 km qui a duré 18 mois ! C’était en … 1977 !

20160723_172942
L’église des Planches en Montage

Je ne connaissais pas ce couple qui habite dans le Jura et qui est sans nul doute, après Stevenson, pionnier du voyage au pas de l’âne. Je ne saurais dire ce que j’ai ressenti lorsque Zon, notre hôte des hauts de Morbier, nous a parlé de ces deux voyageurs, si ce n’est une grande envie de les rencontrer. Je ne saurais non plus exprimer la raison exacte pour laquelle j’ai eu les larmes aux yeux lorsque j’ai découvert leur histoire. Mais c’est une profonde émotion qui m’a parcouru en imaginant cette famille, il y a 40 ans, traverser notre pays avec un équipement qui n’avait rien à voir avec celui, plus technique, que nous utilisons aujourd’hui pour notre voyage. J’avais des dizaines de questions, sur leur aventure mais pas seulement. Sur « l’après ». Comment redevient-on sédentaire après un tel périple ? Quels souvenirs garde-t-on ? N’est-on pas toute sa vie attiré par l’appel du chemin ? Qu’est devenu Grisou ? … Aujourd’hui Marie-Claude et Georges sont d’heureux septuagénaires, parents, grand-parents, arrière-grand-parents. Ce voyage est un beau mais un lointain souvenir. Que leur en reste-t-il?

IMG_20160724_153735Zon les avaient appelés pour les prévenir que nous passerions peut-être dans les prochains jours. Sans le savoir, lorsque nous avons préparé notre itinéraire pour nous rendre au Larderet, Les planches-en-Montagne, la petite commune du jura où vit le couple de voyageurs depuis ce tour de France, était une de nos étapes. Il n’y a décidément pas de hasard. Nous les avons contactés quelques heures avant notre arrivée. Je sentais déjà dans la voix de Marie-Claude, qui m’avait répondu, de l’enthousiasme à l’idée de nous recevoir.

20160724_151246Nous sommes arrivés chez eux en milieu d’après-midi. Leur imposante ferme donne sur l’avenue principale du village. Malone sonna à la porte. Une grande joie m’envahissait alors, Céline penchant plus pour de la curiosité. Marie-Claude nous ouvrit la porte tandis que Georges nous faisait signe à la fenêtre. Nous devions débâter dans la rue pour franchir la porte et traverser le long  couloir exigüe qui scinde le bâtiment et conduit au terrain derrière la maison. Un passage incontournable que Marius a eu un peu de mal à emprunter. Il lui rappelait peut-être l’entrée d’un van… Allez savoir ! Nos deux compagnons de route ont trouvé un petit troupeau de cinq moutons dans le pré que nos hôtes avaient mis à leur disposition. Céline a décidé de lâcher Symphonie pour voir comment elle se comporterait avec les jeunes ovins et, à peine arrivée dans le parc, elle s’est mise à les chasser assez rudement en leur galopant derrière! Les moutons courent vite mais ils avaient l’air stressés. Pour éviter que la mule ne les traumatise, même si elle se serait probablement calmée après un moment, nous avons décidé de l’attacher à la longue longe. Et malheureusement pour lui, nous avons aussi fait de même avec Marius pour ne pas que son acolyte casse tout pour le rejoindre. Ils nous ont beaucoup appelés ce soir là. Nous étions loin d’eux, et la partie du champs où nous pouvions les attacher était au bord d’un torrent. Céline pense que c’est le bruit de l’eau, qui les empêche de bien nous entendre, qui ne leur convient pas.. Elle est triste d’ailleurs de voir Symphonie se batailler avec sa corde, sans comprendre que si elle ignorait les moutons, elle serait libre…  Il faut être un peu ferme parfois, et s’adapter à la réalité du moment sans trop d’états d’âme sous peine de vraiment mal dormir la nuit.

20160723_175005
Symphonie … pas les moutons !! Symphoniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiie !!!!!!!!

Nos hôtes nous avaient préparé nos chambres au rez-de-chaussée de leur maison. Enfin, il s’agissait plus que d’une chambre : un appartement pour nous tout seuls ! Même quelques dizaines d’années plus tard, les anciens baroudeurs n’ont pas oublié ce dont les voyageurs avaient besoin. Et pour eux, nous accueillir c’était un peu rendre ce que d’autres leur avaient donné au cours de leur périple.

Lorsque nous sommes arrivés, Axel, le fils cadet de Marie-Claude et Georges était là. Nous avons eu la chance de discuter avec lui du voyage. Il n’a quasi aucun souvenir de ces 18 mois passés sur les chemins. Il se rappelle en revanche très bien d’un autre tour de France, en voiture cette fois, lorsque ses parents on sillonné l’hexagone pendant plusieurs années pour présenter des diaporamas et leurs livres. A vrai dire, ce ne sont pas de très bons souvenirs pour lui !

Alors que Malone jouait avec son fils Victor, nous nous sommes tous posés autour d’un verre avant de diner ensemble et nous nous sommes racontés nos voyages, nos histoires communes…

20160721_090425
Les deux tomes de « La Randonnée fantastique » écris par Marie-Claude au retour de leur voyage.

Le couple avait acheté Grisou quelques semaines avant de partir. Autant dire qu’en matière de gestion d’âne, il était inexpérimenté, et le reconnait sans problème. Il l’avait acheté dans les Pyrénées chez un berger qui l’utilisait pour notamment, descendre ses fromages dans la vallée. Puis, ils ont fait fabriquer le bât (« lou baste ») chez un forgeron de leur village. Un bât sur mesure ! A l’époque ce ne devait pas être simple de trouver un fabriquant comme ça l’est aujourd’hui ! Grisou portait une 6Oaine de kilos ! Une performance à une époque où la randonnée n’étant pas un loisir très répandu, le matériel était très lourd ! Georges nous a raconté qu’il avait pris dans ses bagages, le code civil pour faire respecter leurs droits ! Il lui a bien rendu service puisque la famille à été contrôlée 31 fois par la marée chaussée ! C’était vraiment une autre époque ! Aujourd’hui, les gendarmes nous sourient ou nous ignorent mais en 10 ans, je n’ai pas eu un seul contrôle d’identité !

La petite famille a traversé l’hiver et un printemps pluvieux de la Bretagne à la Provence, en passant par les Vosges, le Jura, les Alpes et les Cévennes. Ils n’ont pas toujours été très bien reçus dans les village et ont dû souvent rappeler la loi lorsqu’il s’agissait de traverser des chemins communaux, des GR ou simplement trouver un lieu pour dormir dans une commune. Ils gardent dans leur coeur l’accueil magnifique de manouches reconnaissant en eux d’authentiques nomades. Durant un an et demi, il ont appris beaucoup du monde merveilleux mais exigeant de l’errance. C’était une autre époque, d’autres habitudes de vie, d’autres moeurs. Leur carnet de voyage que nous pouvons lire dans leurs livres « La randonnée fantastique » (qu’ils nous ont offerts et dédicacés) est aussi une photographie d’une France qui n’existe plus. J’entends souvent d’ailleurs cette phrase qui a le don de m’hérisser le poil : « C’était mieux avant ». Et bien non ma pauv’lucette, ce n’était pas mieux avant. Les temps changent, évoluent. Et finalement qu’as tu fais « Lucette » pour que ne soit pas moins pire ? Bref …

20160724_145149
La petite famille se replonge dans leurs souvenirs … 40 ans après !

Georges est drôle, pétillant, heureux, passionné et loquace. Marie-Claude, taquine, généreuse, plus réservée mais n’en pense pas moins. 40 ans après,  tous les deux sont « passés à autre chose ». Ils écrivent toujours, suivent une voie spirituelle. Nous avons également beaucoup parlé de cela, de la lente déconstruction de la  » personnalité », qui permet peut être d’accéder à l’éveil, la compréhension inexplicable de l’origine de la vie, de la source, et aussi des rapports entre science et spiritualité. Georges est d’ailleurs très attaché aux sources des informations et se passionne dans des recherches approfondies sur le sujet. Mais nous rencontrer avec nos mulânes ravive leurs souvenirs qu’ils partagent avec nous, des étoiles dans les yeux comme si c’était hier ! L’espace de quelques heures, nous replongions en cette année 77.

Tags : haut-jurajuraPapignyPlanches en Montagestevenson

Laisser un commentaire

Simple Share Buttons
Vous ne voulez manquer aucune de nos publications ? Abonnez-vous en laissant votre mail ici :
Abonnez-vous !