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20160511_101820Il y a des jours comme ça où rien ne semble aller, où tout semble même aller de travers… et puis, sans savoir pourquoi, quelque chose se passe, d’énorme. Comme un halo de lumière sur notre petite existence pour nous apprendre à recevoir humblement.

La météo avait annoncé des orages. A plus de 1100 m d’altitude dans une forêt au pied des contreforts du Vercors, on s’interroge toujours avec un peu d’appréhension sur ce que nous allons prendre sur la tête… Si l’orage semble être passé à côté, la pluie, elle, est tombée abondamment une bonne partie de la nuit. Lorsque le réveil a sonné, on s’est bien demandé si on n’allait pas rester au chaud dans nos duvets en attendant une accalmie… On a attendu un peu puis on s’est dit que l’accalmie ne viendrait sans doute pas alors… on s’est bougé ! Dehors, la tente des chiennes avaient tenu malgré l’accumulation d’eau sur le poncho que Céline avait installé comme auvent pour les protéger. Marius avait défait son licol qui ne tenait plus que par les oreilles mais ne semblait pas le gêner pour autant, tandis que Symphonie s’était coincée entre les arbres où elle s’était réfugiée et attendait sagement.

IMG-20160519-WA0000Entre deux averses, on trouve du courage pour démonter les tentes, ranger les affaires, faire la vaisselle de la veille, équilibrer les sacoches et prendre un petit café (Céline me précise dans mon oreillette que non, nous n’avons pas pris de café !). En attendant nos « mul’ânes » broutent. Ils ont visiblement faim ! Ils n’aiment pas être brossés ni bâtés lorsque leurs poils sont mouillés. Sensations désagréables pour eux. On insiste toutefois car le pansage est nécessaire et obligatoire avant la pose de la couverture : un caillou, une épine… pourraient les blesser. Malgré tout, ils ne bronchent pas trop et se laissent faire… Décidément la journée sera dure pour tout le monde !

Il est déjà 11h lorsque nous partons de ce bel endroit pour quitter doucement la forêt de l’Esparron. On s’arrête à la ferme du même nom pour remplir les gourdes avant de gagner une piste qui passe sous l’Ermitage Notre Dame l’Esparron. Un site qui existait en 1740 et qui fut un haut lieu de la Résistance à partir de 1943. J’y étais passé en 2011 avec Marius. Le chemin longe une très belle rivière, puis nous empruntons un sentier qui traverse le bois de Percy qui nous laisse peu à peu deviner le plateau du Trièves. Le gibier n’est pas loin, les chiennes ont la truffe au vent et Kali se permet une escapade qui énerve Céline dont l’humeur, un tantinet maussade à cause de la pluie, ne permet que peu de tolérance.

20160511_123345Pas après pas, la forêt s’ouvre et nous découvrons enfin un plateau verdoyant dégagé. Après plusieurs jours passés dans la montage et la forêt, avec comme paysage presque uniquement un mur d’arbres, cette vue sur le Trièves est un peu une bouffée d’oxygène pour nos yeux. C’est alors que nous reprenons notre discussion sur la liberté entamée le matin même sous la pluie : Céline avait l’impression de ne pas se sentir libre, finalement, au vu des nombreuses contraintes rencontrées en voyage. La question était de savoir si en effet nous le sommes vraiment. Pour moi, être libre ne signifie pas ne plus avoir de contraintes.  Après quelques heures de marche et l’apparition d’un rayon de soleil, elle revient sur sa déclaration du matin en se rendant compte qu’elle est en train de sentir le parfum des fleurs qui explose après la pluie en compagnie des animaux plutôt que d’être dans un bureau ou coincé dans un bouchon : tout est relatif et nous en venons à la conclusion que la vraie liberté est intérieure et qu’elle consiste à choisir quelles sont les contraintes que nous préférons vivre dans le pack d’éléments agréables et désagréables indissociables qu’engendre chaque choix. Les contraintes, ce n’est pas forcément la pluie, cela peut-être aussi la peur de déranger lorsqu’un bivouac dans un jardin se transforme en camping d’une semaine.

20160511_133537Nous descendons à Percy, petit village perché sur une butte qui dispose d’une vue à 360° sur le Trièves et poursuivons ensuite notre descente pour remonter (vallonné le Trièves!!!) jusqu’à Monestier-en-Percy et les « Bayles » pour enfin arriver à Prébois sous une pluie battante en fin d’après-midi ! Nous sommes trempés jusqu’aux os lorsque nous entrons dans ce petit village.

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Le Monestier-en-Percy

Nous décidons de tenter de trouver une ferme pour nous poser au sec pendant la nuit. On fait chou blanc à la première. La seconde est un peu plus loin. Il faut traverser le village pour trouver un chemin qui y descend. Nous prenons l’avenue principale et passons devant une ferme visiblement transformée en maison. Nous espérons y trouver quelqu’un. Mais non, il n’y a personne comme dans la plupart des maisons qui semblent vides à cette heure-ci (il est plus de 18h). Soudain, un lapin nain blanc bondit d’une cachette, Bayah le course dans la cour intérieure. Le lapin se planque, puis ressort, court aussi vite qu’il le peut, tente une parade et file derrière divers objets. Ma chienne malgré son arthrose ne le lâche pas et n’écoute pas un instant mes cris pour la faire revenir vers moi. Lorsque je réalise qu’elle ne reviendra pas, je lâche Marius que je tenais à la longe pour choper Bayah qui tient le lapin entre ses crocs … HORREUR !!!! Je lui hurle dessus, elle lâche le pauvre animal qui semble sans vie. Je caresse le lapin, regarde si je vois du sang mais rien…. et contre toute attente, alors que je le dépose au sol, le lapin déguerpit et va se cacher. Je n’ai pas eu le temps de voir où il était parti, j’étais juste soulagé qu’il soit sain et sauf.

20160511_172722Nous ne nous attardons pas. Je suis tellement gêné par ce qu’il vient de se passer… Mais aussi très en colère après ma chienne et après moi qui ai mis du temps à réagir. Arrivés à la ferme, personne à part des moutons. Ça ne sent pas très bon … c’est même plutôt sale. Demi-tour… Nous repassons devant la maison du lapin. Il y a du monde. Parmi la demi-douzaine de personnes, j’aperçois une petite fille qui tient le lapin dans ses bras. Le groupe regarde dans notre direction et je demande alors comment va le lapin. Une dame s’approche et après m’avoir fait répéter me répond qu’il est mort… Céline et moi prenons un coup de bambou. On explique ce qu’il s’est passé et je précise qu’il était vivant lorsque nous sommes partis. Après avoir discuté un moment, nous en venons à la conclusion qu’il est mort d’une crise cardiaque après que l’on soit partis. « Nous avions choisi que ce lapin soit libre. Il aurait pu se faire renverser par une voiture, tuer par un renard… » nous confie Lia, la maman des deux enfants à qui appartenait ce lapin mort libre. Ça nous rappelle la discussion du matin : la liberté a un certain prix.

20160511_160843Elle nous interroge sur ce que nous cherchons et nous propose alors… une chambre chez elle en nous indiquant que ses voisines ont un terrain qui pourrait convenir à nos deux ânes. Deuxième coup de bambou ! Notre chienne vient de tuer le lapin de sa fille et malgré cela, elle nous propose un lit. Quelle leçon…

Nous sommes trempés et nous acceptons bien volontiers.  Nous faisons la connaissance de leurs deux voisines Lauriane et Roxane ainsi que leur petite fille. Puis arrive Yannick, le colocataire de Lia, et sa petite fille. A peine arrivés tous deux s’affairent dans la cuisine pour préparer le dîner. La soirée s’annonce belle…

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