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La nuit a été courte. A force d’entendre dire que « la Chartreuse est dangereuse », j’ai une boule au ventre à l’idée de traverser des sentiers inconnus, non signalés comme étant des chemins équestres. J’ai lu et relu tout ce que je pouvais trouver sur les chemins que nous devons emprunter, téléphoné au Parc Régional de la Chartreuse, contacté des cavaliers qui connaissent bien le secteur … Bref, j’ai tout fait pour me rassurer mais la crainte de mettre nos animaux en danger est toujours très forte. Cette nuit, j’ai retrouvé le blog de Pascaline et Barbara, les deux pionnières qui ont ouvert la voie des « Huguenots » il y a 6 ans. Elles évoquent certains passages difficiles, voire dangereux avec des ânes notamment en cas de pluie. Vu le temps humide de ces derniers jours, nous les éviterons !

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Dernier regard sur Grenoble.

Nous sommes réveillés au petit matin par des gens qui veulent caresser les ânes. Nos chiennes de garde ne l’entendent pas de cette oreille et se mettent à leur aboyer dessus. Depuis la tente, on essaie de les faire taire, mais rien n’y fait. Finalement on finit par sortir et on voit un jeune accroupi à côté de Bayah essayant de l’amadouer. Usant de caresses et de mots doux, il finit par y arriver… Ah ben bravo !! Kali a du sortir « un peigne » (comprenez ses dents) qui l’a découragé et laissé à distance. Incorruptibles les Suisses ? Céline discute en se frottant les yeux avec notre « réveil martin » qui s’excuse platement de nous avoir tiré de notre sommeil (vu la couleur de ce qui devait être le blanc de ses yeux, il ne s’était probablement encore pas couché !). Moi je vais faire quelques photos de cette vue imprenable sur Grenoble et des montagnes environnantes.

20160528_124030Peu dormi, peu motivés, nous avons longuement trainassé avant de prendre enfin la descente pour La Tronche. Et quand on a vu la tronche du sentier, on s’est dit dit qu’on allait en baver ! Extrêmement raide et raviné, le petit filet de cailloux sur lequel nous sommes sensés marcher sous un soleil de plomb nous donne du fil à retordre. Céline ne se sent pas assez reposée après la grosse journée de la veille et le réveil aux aurores. Lorsque Symphonie décide de passer par le talus (pour aller pisser?), elle a du mal à garder son sang froid, craque et fond en larmes. Elle a envie de s’asseoir sur le bord du chemin et de s’arrêter là : raz-le-bol de ces montagnes russes. C’est bien sûr impossible. On respire un grand coup et on reprend dans le calme. Ce genre de passage étroit et pentu demande pas mal de concentration pour guider les équidés. Pas toujours facile de voyager avec un sac à dos, un chien et un âne chargé quand on a le souci de préserver tout le monde dans des situations compliquées. Cependant, cela aurait pu être pire : il aurait pu pleuvoir !

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L’église de Corec au loin.

Enfin le sentier s’élargit. La descente est toujours un peu rude pour nos ânes dont le bât, malgré toute notre attention et nos réglages, avance sur les épaules. En plus, les sacoches de Marius ballotent. Si nous étions cavaliers, nous pourrions descendre de nos montures pour les soulager. Dans notre cas, ils n’ont d’autre choix que d’assumer leur charge en toute situation, ce qu’ils font d’ailleurs très bien !
20160528_155217Nous passons devant les premières maisons de La Tronche où notre gueule passe manifestement bien puisqu’une famille offre de l’eau à toute notre tribu et nous glisse 1O euros pour Solidarité Elisa ! Direction «Corenc village» par une route goudronnée. Nous traversons plusieurs zones résidentielles plutôt chicos où beaucoup de maisons taillées dans un blocos semblent avoir toutes été dessinées par le même architecte ! Ici on nous regarde avec amusement mais nous n’aurons pas la possibilité de faire dormir Kali et Bayah avec la Porsche car nous ne sommes qu’en milieu d’étape. Et de toute façon, la piscine et le béton ont pris trop de place sur l’herbe !

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Une bande herbeuse entre deux zones résidentielles !! Wouaaaaaawwww !!

Fort heureusement, tout ici n’est pas encore goudronné. Il reste  quelques oasis de verdure que nous traversons entre deux rues bordées de barrières en PVC . Parfois, un champ ou un vignoble nous permet d’apprécier le chemin.

A Corenc, quelqu’un nous hèle dans une rue. On se retourne, un homme nous propose de l’eau… Nous acceptons, les chiens ont soif ! Pascal, c’est son prénom, nous amène du sirop de menthe maison, des noisettes, du café, des cerises… On a fini par débâter devant chez lui pour notre pose de la demi-journée. Il est 15h! Le coeur sur la main et très attachant, cet ancien pilote de ligne a beaucoup voyagé et a notamment traversé la France de l’atlantique à la Méditerranée avec des ânes. Autant dire que notre voyage ne le laisse pas indifférent. Il nous pose une multitude de questions et on a beaucoup de mal à le quitter. S’il avait eu un jardin assez grand pour nos « équidés », il ne nous aurait probablement pas laissés partir ! Ce fut un très chouette moment improvisé au bord d’une rue !

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Pascal, heureux de pouvoir offrir des noisettes à nos ânes !

Nous devons y aller car la route est encore longue. Et pas de chance, le chemin que nous devons prendre n’est pas accessible car en travaux. Un coup d’oeil sur la carte, et on décide d’en prendre un autre un peu plus loin qui rejoint celui que nous devions emprunter. Mais après un bon kilomètre de montée, on se retrouve à nouveau devant un chemin fermé. Un riverain nous explique qu’il n’y a pas de travaux et que nous pouvons monter… pas de travaux mais malgré tout, au bout du chemin, une barrière qui nous oblige à débâter.

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Impossible de passer !

Les galères continuent un peu plus loin. Nous devons passer une combe et nous ignorons la nature de l’endroit où nous sommes. Celine part en éclaireuse et descend les petits lacets bien raides du sentier pour aller vérifier si « ça passe »! Ces mêmes lacets que Marius et Symphonie prendront avec beaucoup d’agilité. Le terrain est sec mais un arbre en bordure déséquilibre les bâts. Il faut toujours être prudent.

Nous passons donc la combe et arrivés sur un replat, nous nous croyons au bout de nos peines. Mais non, le chemin repique droit en montée dans la caillasse. On hésite un peu avant de s’y lancer sans cordes et pitons!! Finalement on se décide à  grimper, ce que nous devons faire en courant et par à-coups pour ne pas couper nos ânes dans leur élan et leur laisser le temps de reprendre leur respiration. Arrivés enfin en haut, nous passons devant deux grands réservoirs d’eau puis la piste s’étire doucement le long de la montagne.

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Au fond, Belledonne… rare journée sans nuage : on en profite.

En toute fin d’après midi, nous arrivons enfin à Bivier. Une première villa avec un terrain assez grand et de l’herbe à foison nous pousse à sonner à la porte pour demander l’hospitalité. Mais derrière la porte en bois, une voie âgée hésite. Finalement sans ouvrir, la dame accepte de nous laisser entrer sur son terrain et nous indique l’entrée. Je comprends qu’elle n’est pas rassurée. Finalement, après être rentrés sur son terrain, nous décidons de partir et d’aller voir ailleurs.

Alors que nous approchons du stade situé dans un quartier résidentiel visiblement aisé,  nous passons devant un terrain herbeux sur lequel est implanté une sorte de cabanon en bois. Nous rencontrons alors une famille qui vient visiblement d’arriver chez elle et à qui nous demandons, après avoir répondu aux questions d’usage, s’il s’agit d’un terrain communal. La réponse est affirmative ! Une bonne nouvelle car des orages sont annoncés et nous pourrons dormir sous un abri, nos chiens aussi !

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Une réserve d’eau décorée !

Après avoir débâté nos animaux, Céline retourne chez la petite famille pour demander de l’eau. Janig, lui propose de venir les rejoindre une fois notre camp installé. Nous y allons un peu plus tard et un peu honteux de notre état peu présentable, d’autant qu’on se retrouve au milieu d’une fête de famille à la veille de la Confirmation de leurs jumeaux. Ca fait toujours chaud au coeur d’être accueillis les bras ouverts par des personnes que l’on ne connaît pas. Au fil des discussions, nous percevons les valeurs humanistes des membres de cette famille unie qui se retrouve dès qu’une occasion de présente. Janig et son mari sont engagés socialement dans la région et ont inculqué à leurs trois enfants des valeurs humanistes, sociales, économiques, éthiques, de consommation responsable.

La religion est très présente au sein de cette famille. Le beau-père de Janig par exemple participe à des rencontres entre l’Imam, le prêtre et leur deux communautés de sa ville pour parler et échanger sur les textes religieux, dans le but de mieux se comprendre et d’apprendre de l’autre et le respecter. Les enfants se sont appropriés également la religion mais à 17 ans, leur regard est plus critique et, au point sur leur foi et sur la Bible, ils n’hésitent pas à poser des questions qui dérangent comme la position de l’Eglise sur les prêtres pédophiles, question posée cash à un évèque.

20160529_104512Il est tard lorsque nous rejoignons nos pénates. Fatigués mais heureux d’avoir rencontré cette généreuse famille. Nous sommes réconfortés par le fait que peu importe la classe sociale, la prise de conscience de nos pouvoirs de changer les choses pour un monde plus humain et plus cohérent gagne du terrain. La transition est à tous les niveaux et c’est une bonne nouvelle.

Même pas entendu l’orage !!

 

 

 

 

4 commentaires

  1. Quel moment de bonheur , le soir, de suivre votre trajet, merci pour les superbes photos.
    Plein de très bonnes ondes pour votre équipage.
    Coeur à coeur avec vous.Nicole

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