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Marius Tour de FranceMTF #Sur les pas des Huguenots

Jour 49 / Ces cimetières qui nous rappellent l’histoire des exilés protestants

« Ici à Die, nous nous reposons deux jours et ensuite, trois longues étapes nous attendent pour franchir le Col de Menée et rejoindre le plateau du Trièves où tous se réjouissent d’arriver. Ce territoire, dont quasiment tous les habitants ont adhéré à la Réforme représente une parenthèse de sécurité dans notre périple » raconte le héros de Joannes Melsen dans « Aller simple »… On s’y croirait…

20160508_105341C’est avec la gueule de bois qu’on se réveille. Non pas qu’on ait beaucoup bu avec Annick et Michel hier soir, mais l’accueil de l’agricultrice nous laisse comme un goût amer. On ne tarde donc pas pour démonter les tentes. On ne sait jamais si l’envie d’appeler les gendarmes l’avait titillée… Dommage. nous aurions bien aimé rencontré ces bergers, voir d’un peu plus prêt cette ancienne abbaye Cistercienne du XIIe siècle, nichée au pied du Glandasse, et pas mal fréquenté par les Huguenots. Ruinée lors des guerres de religion du XVIe siècle, abandonnée par les moines de Citeaux après la Révolution, ce qui l’a très probablement sauvée d’une nouvelle ruine, elle devient alors une ferme. L’agriculture a permis de sauver le bâtiment et d’en assurer l’entretien. Pour la petite histoire, c’est un brillant universitaire qui a décidé de tout abandonner et d’acheter l’ancienne abbaye pour la restaurer après s’être retiré dans les collines de Haute-Provence. il s’est fait berger et a acheté cette abbaye qu’il a commencé à restaurer. C’est ainsi qu’il a retapé l’église abbatiale et l’a donnée à ses deux cents brebis en guise de bergerie. Son fils, propriétaire actuel (dont on vous parlait hier), a pris la suite de cette restauration. Il a transformer le site en une exploitation agricole avec des brebis et un gîte rural. Une salle de concert a été aménagée dans l’ancien réfectoire de l’abbaye et la cuisine voûtée est transformée en gîte d’étape. La bergerie a été installée dans la nef de l’église. Le cloître est visible, mais il a perdu ses galeries charpentées. Par le cloître on peut avoir accès à toutes les pièces de l’Abbaye : l’église, la salle du chapitre et la sacristie. Le réfectoire est aussi accessible depuis le cloître. Mais tout cela nous l’avons lu sur la fiche du chemin des Huguenots et nous n’aurons pas l’envie ni même la possibilité de l’admirer.

A côté de notre tente, deux camionnettes. Dans l’une d’elles « habite » une baroudeuse avec qui nous avons papoté hier soir. Guide de moyenne montagne, elle est partie très tôt ce matin arpenter le Glandasse à la recherche sans doute de plantes sauvages qu’elle aime cuisiner.

20160510_130140Le temps de plier le bivouac et de bâter nos équidés, beaucoup de touristes se sont garés sur le parking et viennent papoter avec nous. Parmi eux, un éco-garde du Parc Régional du Vercors qui nous confirme que le chemin des Huguenots de la Drôme à Cheval n’est pas complètement balisé parce qu’il traverse des parcelles privées sans l’accord de tous les propriétaires. Voilà un début d’explications mais on s’interroge sur la pertinence de proposer des tracés non finalisés et très imprécis par endroit. Pour nous, ça aurait pu mal se terminer. Nous allons contacter l’association pour leur faire part des incohérences rencontrées.

Nous profitons d’avoir sous la main le responsable des balisages du parc pour lui faire part également du fair que certains panneaux sont complètement faux au niveau du kilométrage indiqué (du style plus t’avance et plus c’est loin !!) et certain lieu sont erronés. « Les kilométrages et le temps sont indicatifs » nous a répondu l’éco-garde ! Pourquoi alors passer beaucoup de temps sur un balisage qui n’est pas juste et précis ?

20160508_172237C’est avec nos interrogations que nous reprenons la route. Il fait beau et, week-end de l’ascensions oblige, nous rencontrons beaucoup de monde. Un groupe de randonneurs à qui nous distribuons des cartes, a fait un don de 15 euros à l’association Solidarité Elisa ! Le chemin aujourd’hui est tranquille. Direction le col de l’Abbaye en traversant le chemin forestier de l’Allier. Le col franchit (848m), une piste nous conduit jusqu’à Laval d’Aix, un petit hameau qui ne manque pas de points d’eau potable. Kali est tombé dans un bassin : elle pensait s’appuyer sur du dur lorsqu’elle a mis ses pattes sur de la vase qui flottait en surface!!! Elle en ressort un peu vexée et ressemble a un petit « raton » dégoulinant !!! Eclats de rires !!

20160508_143945Avant d’arriver dans ce petit bourg, nous avons rencontré sur le chemin une bonne douzaine de jeunes fêtards, exclusivement mâles, qui redescendaient sans doute d’une cabane où, au vu des nombreux cadavres de bouteilles de bières transportées dans le sans de la descente, ils avaient dû passer une très bonne soirée.

A l’heure de la pause, nous nous arrêtons dans un coin forêt herbeuse pour débâter et faire une halte casse-croute. Mais si Marius n’a pas manqué une seconde de cette pause pour avaler tout ce qu’il pouvait, Bayah, Kali et Symphonie se sont elles, calées contre nous pour un brin de sieste que j’ai fini par partager  ! Une telle proximité avec une telle sérénité a attiré notre attention car peu habituelles. Nous avons tous profité de ce moment de calme et de connexion.

20160508_152645Notre chemin passe souvent devant des cimetières protestants sont situés à l’écart des villages. Cela nous rappelle que nous sommes toujours sur un chemin chargé d’histoire, dans le Diois tout particulièrement. A Die en effet, Pierre Gay, prêtre de la cathédrale embrasse la Réforme et rapporte de Paris des livres subversifs. En 1561, une quarantaine d’Eglises réformées sont dressées. C’est le cas à Die mais aussi à Bourdeaux, dans le Trièves, à Mens. Le cas de Die est exemplaire puisque la Réforme est adoptée en 1562 lors d’un vote public. Les Cordeliers et les dominicains se convertissent à leur tour et offrent leurs biens à la vile. Die devient alors dans sa quasi-totalité, une citadelle protestante : la ville compte 4000 protestants.

Pour en revenir aux cimetières protestants, la révocation de l’Édit de Nantes en 1685 interdit le culte protestant : exclus des emplois publics, de leurs temples, les protestants sont exclus de leurs cimetières. Les instructions du conseil du Roi sont claires : « Sa Majesté ne veut pas qu’il y ait d’endroit marqué pour les enterrements de ceux de la dite religion et chacun pourra les faire enterrer où bon lui semblera ». Les ordonnances royales exigent de plus qu’ils soient enterrés de nuit et sans rassemblement. Les protestants qui refusent de se convertir vont pendant de nombreuses années, ensevelir leurs morts clandestinement, « dans les terres », dans un champ appartenant à la famille du décédé. Ainsi est née la tradition des cimetières de famille : quelques tombes dans un jardin, un pré, un espace non cultivé, enclos ou non par des murs : les cimetières de plein champ éloignés des maisons paraissent avoir été clos dès leur création, alors que ceux proches des habitations étaient plus souvent ouverts. Les régions à forte densité protestante sont littéralement truffées de tels cimetières, les cyprès marquant les tombes près des mas.

20160508_172428Tranquillement, nous arrivons en milieu d’après-midi à Saint-Roman où nous croisons Pascale, la tante de Pierre-Marie qui, pour ceux qui étaient là l’an dernier, était le perchman de l’équipe de production qui nous avait accompagnés pour un documentaire sur le loup. Pascale, donc, nous a proposé il y a quelques jours, un terrain pour recevoir notre caravane. C’est donc dans un de ses parcs à chevaux que Marius et Symphonie passerons la nuit tandis que nous monterons à la tente juste à coté. Pendant que je pique un somme et que les ânes jouent à cache-cache entre les arbustes, Céline profite de l’eau au robinet pour se laver un brin dans une gamelle. Elle est pas belle la vie !!!!!

(Source « Protestants en Dauphiné, l’aventure de la Réforme » ed. le dauphiné; et www.museeprotestant.org)

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