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Petit passage au Musée du Protestantisme, départ du Chemin des Huguenots.
Petit passage au Musée du Protestantisme, départ du Chemin des Huguenots.

« Le harcèlement ici en Dauphiné devient exécrable. Depuis la révocation de l’Édit de Nantes, à l’ouest comme à l’est du Rhône, les dragons quadrillent la région. Les troupes continuent d’être cantonnées dans les maisons. Le clergé  Catholique est exaspéré, cela fait trop longtemps qu’il a essayé, par tous les moyens, de ramener les réformés à la religion du Roi, sans aucune réussite. La brutalité des actes atteste bien de l’impuissance des évêques » raconte Johannes Melsen dans « Aller simple… le récit d’un voyage compliqué.

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Surveillés, humiliés, conditions de vie dramatique, … sans parler de la faim et de la peste… Au XVIIe siècle, des milliers de protestants n’ont d’autre choix que de quitter la France. Ils abandonnent tout et prennent pour beaucoup la direction de la Suisse ou de l’Allemagne. C’est sur les pas de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants que nous allons marcher durant près d’un mois. « Le chemin des Huguenots », ancien chemin d’exil, retrace les sentiers empruntés, souvent de nuit, par les protestants français et vaudois du Piémont persécutés après la révocation de l’Édit de Nantes. Un tracé de 1600 km entre Poët-Laval dans la Drôme et Bad Karlshafen, en Allemagne, qui suit de près le chemin historique de cet exil. Il traverse le Diois avant de sillonner le Trièves en Isère, traverse Grenoble, Chambéry, et Genève avant de  rejoindre l’Allemagne. Mais nous n’irons pas plus loin que Rolle, pour autant que nous ayons pu traverser la frontière à Chancy. Au total, le tracé Français compte 374 km en 29 étapes sur les départements de la Drôme, l’Isère et la Savoie. Il faudra plus d’un mois à notre caravane pour arriver jusqu’en Helvétie.

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On a donc levé le  camp en milieu de matinée et quitté le village perché de Poët-Laval dominé par son château des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Direction Dieulefit, première étape de la journée avant de nous rendre à Comps. Le chemin des Huguenots est bien balisé et plutôt agréable… pour l’instant. Peu de goudron et de très belles forêts à traverser. Quelques jolis points de vue nous offrent de magnifiques panoramas. Les animaux sont bien reposés et marchent à bonne allure. De nombreuses flaques et plusieurs ruisseaux sont une aubaine pour les chiens.

Lorsque nous arrivons sur les hauteurs de Dieulefit, nous découvrons ce bourg où, entre l’Édit de Nantes et sa Révocation, catholiques et protestants vivaient en bon voisinage, comme d’ailleurs dans de nombreux autres villages. Ainsi l’ancien temple et l’Église St Roch étaient très proches et dans la Viale ce ne sont pas moins de 2 500 personnes, les deux confessions confondues, qui se côtoyaient en ce quartier pourtant peu étendu.

Nous nous arrêtons devant le temple pour boire un café. Notre halte ne passe pas inaperçue. Jeunes et moins jeunes viennent à notre rencontre et surtout à la rencontre de nos équidés. Ce qui devait être un moment de détente devient vite une conférence sur la place du village !! A la terrasse d’un café, nous discutons longuement avec un sympathique couple et ses deux enfants tout en ayant un œil vigilant sur notre caravane assaillie de curieux ce qui fait aboyer Kali et Bayah en charge de la garde de nos affaires. Par ailleurs, les gens ont tendance à donner du pain ou du sucre aux ânes (parfois sans demander notre avis) ce qui, comme beaucoup l’ignorent, n’est pas bon pour leur santé ! Bref… On repart finalement un demi-sandwich chacun dans le ventre et 3 cafés dans les veines histoire de nous doper jusqu’à l’église Romane de Comps.

20160422_091623Parce que pour rejoindre l’édifice dédié à Saint Pierre et Saint Paul, le GR9 grimpe pas mal à peine sorti du village. Le chemin devient plus étroit après quelques kilomètres, traverse un parc à chevaux puis contourne la Montagne des Ventes. Nous marchons alors sur un petit sentier à fleur de ravin. Je ne suis pas vraiment rassuré, les sacoches des « mul’ânes » ripent, raclent, cognent contre les arbres, déséquilibrant souvent nos compagnons de voyage qui savent néanmoins gérer leur charge avec brio. Finalement, nous redescendons tranquillement vers la chapelle qui trône à plus de 650m d’altitude. Le lieu semble magique et rappelle les paysages irlandais. L’église et le cimetière attenants sont comme posés sur un carré d’herbe verdoyant qui se détache des prés alentour tondus par les moutons. Un mélange de sobriété, d’austérité, de propreté et d’abondance se dégage du lieu et contraste avec la sauvagerie des rafales de vent qui nous accueillent. Malgré ces bourrasques qui s’engouffrent dans la tente, nous nous y retranchons pour déguster deux plats lyophilisés préparés à la hâte après nous être occupés de nos animaux.

Après deux bouchées, nous ressortons en catastrophe car nous entendons des bruits d’agitation de Marius et Symphonie qui semblent être affolés par quelque chose. Un chien ? Le vent ? On ne sait pas vraiment… Après quelques minutes, le calme est revenu et tout est rentré dans l’ordre. Leur cul au vent et leurs yeux mi-clos nous permettaient de finir notre repas et d’aller nous coucher !

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